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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 21:29
"Dreaming in a wonderful forest"- Un texte pour le solo show de Ilias Selfati à la Galerie Mohamed Drissi, Tanger (Maroc)

Du 23 décembre 2021 au 22 janvier 2022 se tient l'exposition "Dreaming in a wonderful forest", solo show de l'artiste Selfati, à la Galerie Mohamed Drissi, à Tanger ( Maroc)

J'ai le plaisir d'avoir rédigé un texte pour cette exposition, que l'on peut lire ici!

 

"Dreaming in a wonderful forest"- Un texte pour le solo show de Ilias Selfati à la Galerie Mohamed Drissi, Tanger (Maroc)

«Dreaming in a wonderful forest» - Ilias Selfati

 

La forêt -sa demeure, son refuge, son « échappatoire » (1)- est encore une fois au cœur du titre de l'exposition personnelle que l'Institut français de Marrakech consacre à l'artiste tangérois Ilias Selfati.

Rêveries et merveilles, telles seraient les promesses de cette exposition, un titre superlatif qui pourrait paraître inopportun, quand on pense à la situation dans laquelle est plongé le monde aujourd'hui.

 

Alors d'emblée on pressent, si on écarte une potentielle dimension ironique à ce choix, soit une manière de dire une forme d'espoir, voire d'espérance et de foi, soit une urgence à tourner son regard ailleurs et son esprit autrement, de s'extraire de l'immédiateté de ce qui, réellement et médiatiquement, nous est donné, de tenter ce que les philosophes appellent epokhe, non une epokhe sceptique, consistant à suspendre son jugement, mais une epokhe méditative, une manière de s'extraire de la furie du monde, comme on appuie sur un interrupteur, de se disjoindre de la réalité, de cesser tout rapport immédiat – et anxiogène- au monde. Tandis que le monde se débat, il s'agirait, ne serait-ce que pour un temps, de «rêver dans une merveilleuse forêt»...? Une manière de dire: quoiqu'il en soit, le monde est merveilleux?

 

Cet appel à la forêt, espace éminemment vivant, à la fois bruissant et silencieux, à ses représentations, son écosystème et ses bestiaires, dans des expressions parfois organiques, parfois minimalistes, à ses fragments, à sa « primitivité », d'une certaine manière, est récurrent chez Selfati depuis de nombreuses années. Mais cette présence forte qui accompagne sa vie personnelle et artistique depuis si longtemps pourrait prendre aujourd'hui la tournure d'un appel à (re)trouver son «matin intérieur» (2)

Cependant la réflexion et l'art de Selfati se séparent de toute nostalgie arcadienne, à laquelle pourrait faire penser cette référence à Thoreau et l'incessant retour de l'artiste sur l'inépuisable matériel visuel de la forêt.

 

Bien sûr, quelque chose dans la démarche de l'artiste semble aller dans le mouvement d'une critique implicite du monde post-industriel, dans sa manière de montrer ensemble et, ici, sans hiérarchie apparente, ces visions « idylliques » de la nature et ces images, souvent tirées de l'actualité, des violences humaines. Il y a là une certaine vision du monde, et de la place de l'homme dans le monde, quelque chose de l'ordre d'un sentiment de désenchantement du monde.Thoreau l'avait pressenti, en faisant de Walden une critique de la révolution industrielle et des prémices de la société de consommation, Max Weber ensuite le théorisa: l'avènement de l'industrie et de la production de masse est aussi un moment de désenchantement du monde. Si « désenchanter le monde », c'est le débarrasser des croyances archaïques, des superstitions et de figures de l'irrationnel qui peuvent être perçues comme autant de formes d'ignorance, d'oppression et de violence, il n'est pas impossible que ce désenchantement soit aussi au fondement du monde contemporain capitaliste et à la racine de la crise environnementale que nous traversons. Car comment se sentir intimement partie prenante, comment prendre soin, d'un habitat vidé de tout symbole, et pour lequel on a retiré tout affect, sinon celui du profit? Comment continuer à vivre, alors, dans ce monde «abîmé», pour reprendre l'expression de Marielle Macé (3), si ce n'est en le réenchantant?

 

"Dreaming in a wonderful forest"- Un texte pour le solo show de Ilias Selfati à la Galerie Mohamed Drissi, Tanger (Maroc)

De là pourrait-on conclure une volonté de l'artiste de dépeindre une « wonderful forest »...Pourtant , en réalité, Selfati prend ici la tangente d'un art «écologique» maudissant l'anthropocène, comme le font aujourd'hui de nombreux artistes de la scène contemporaine: car si son art est un engagement, il l'est en faveur de l'art lui-même. La nature, comme le reste, n'est au fond qu'un sujet, aussi profondément ancré soit-il dans sa mémoire d'enfance. Ce qui le motive, le transporte, ce qui pour lui peut contribuer au réenchantement du monde, le fait cent fois réinterpréter une silhouette chevaline ou un dripping de fleurs, ou une crucifixion , ou un visage, ce n'est ni le retour à la forêt ni la fin de la violence parmi les hommes, mais l'art.

Rien ne peut le définir autrement que «artiste» et probablement rien n'a pour lui davantage de sens que l'art. Cette passion essentielle -au sens propre - pour l'art nourrit sa conviction que l'art est probablement bien davantage qu'une «planche de salut pour l'âme» comme dirait Schopenhauer -ce qui est déjà beaucoup-, mais une dimension ontologique de l'humain, et la seule façon de retrouver l'évidence de son «matin intérieur».

 

Ce corps à corps, corps et âme, avec l'art, avec la peinture, le détourne de toute tentation de facilité commerciale, des réseaux, des diktats. Trop passionné pour se soumettre aux modes, lobbies et marchés, il est et reste en ce sens un artiste libre. Dans le même temps, sa manière si engagée d'«être artiste» le place dans une lignée d'artistes et de pairs, qu'il admire et dont il reconnaît l'importance, dans des filiations, des proximités d'univers et parfois d'expression.

Au-delà de la peinture espagnole classique et moderne qu'il affectionne, dont on perçoit l'influence, de Velasquez à Picasso en passant par Goya, les ponts se jettent entre ceux qui, d'une manière ou d'une autre, enracinent son art tant dans une Histoire de l'Art que dans une communauté d'esprit, de manière de concevoir le travail et le statut de l'artiste.

On pense à Miquel Barcelo, avec qui Selfati partage, outre un intérêt pour les expressionnistes américains et pour Pollock, des formes issues de la peinture pariétale, mais aussi la représentation du crucifiement, que l'on retrouve de manière récurrente dans son corpus, faisant écho à Rembrandt autant qu'à Bacon. Filiation aussi avec Cy Twombly, dans ses œuvres ni uniquement abstraites ni totalement figurées, dans la diversité des enjeux et les présences scripturales, cette «texture graphique», pour reprendre l'expression de Roland Barthes à propos de Twombly(4) et cette sorte de primitivisme, encore...

On peut penser encore à Robert Longo, dans ce goût pour les «scènes de genre», oscillant de la beauté au drame, de la quiétude à la violence, de l'effroyable beauté du monde à l'avènement de l'apocalypse et cette sorte de romantisme noir qui émane de ses dessins. Noir, noir et blanc, élégant chez Longo, plus brut chez Selfati, mais avec cette même essentialité de la lumière et du noir comme matériaux premiers, bien que sa palette ne s'y réduise pas.

Bien que pétri de culture hispanique, Selfati entretient depuis longtemps un profond intérêt pour certains aspects de la culture japonaise, et notament l'esthétique du wabi-sabi, que Tanizaki, dont l'artiste est lecteur, opposera, dans le célèbre ouvrage Eloge de l'ombre, à l'esthétique occidentale. On perçoit, comme dans le wabi, cette sorte d'admiration modeste pour la dimension insaisissable et débordante de la nature, et, à l'instar du sabi, une esthétique de la patine, de l'inachevé, de l'imparfait, que les taches, matières, substances, coulures et autres drippings viennent souligner, exprimant, avec Tanizaki que « le beau n'est pas une substance en soi, mais rien qu'un dessin d'ombres, qu'un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses.» Aussi n'hésite-t-il pas à déployer une pluralité de techniques et de supports : carton, papier, encre, acrylique, fusain, peinture à l'huile ou pastel, textile, tissu d'origine militaire, entrant en résonance avec le sujet de ses oeuvres.

 

Bien que sa production soit profusionnelle, il apparaît clairement dans l'art de Selfati une dimension de pratique ascétique, qu'on pourrait rapprocher de celle d'un art martial. De la même manière qu'Yves Klein transposa dans son art les préceptes du judo, on pressent, non pas nécessairement dans le résultat visuel, mais dans le processus créatif, quelque chose de la rigueur, de la discipline, de l'énergie, que l'artiste a appris à développer par ailleurs dans une pratique assidue de l'aikido, cet art ou la force de l'adversaire est retournée à son envers.

Une pratique rigoureuse de la profusion, donc, car Selfati produit beaucoup, en un large inventaire. Logntemps cantonna-t-on son œuvre à ses représentations de la nature, le plus souvent présentées séparément d'un travail plus «urbain», ou plus lié à l'activité humaine, considéré comme moins essentiel dans sa démarche. Aujourd'hui, nature(s) et culture(s) se rejoignent, s'associent, se croisent, donnant à voir une sorte de «tout-monde» dans sa diversité, et son chaos aussi, mêlant le politique et le poétique, réunissant les «archipels», pour reprendre la terminologie de Glissant (5). Ilias Selfati est toujours sur la brèche, mais une brèche ouverte sur le monde, solidement étayée par son cosmopolitisme.

 

Marie Deparis-Yafil

Janvier 2021

 

 

  1. Tahar Ben Jelloun, à propos du travail de Selfati

  2. Henry David Thoreau – Walden ou la Vie dans les bois (1854) - Traduction L. Fabulet, 1922

  3. Marielle Macé – Nos Cabanes – Editions Verdier, 2019

  4. Roland Barthes – Cy Tombly, deux textes – Fictions & Cie/Seuil – Publié par la Galerie Yvon Lambert, Paris – 1979

  5. Edouard Glissant – Traité du Tout-Monde, NRF, 1993

 

 

 

"Dreaming in a wonderful forest"

Ilias Selfati

Galerie Mohamed Drissi

52 rue d'Angleterre - Tanger (Maroc)

Du 23 décembre 2021 au 23 janvier 2022

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 20:10
RENAITRE - Un solo show de Yancouba BADJI, à la Galerie TALMART

Outre le retour de la galerie Talmart, apèrs 7 ans d'absence, je suis ravie de pouvoir y signer le commissariat du premier solo show à Paris de l'artiste sénégalais Yancuba Badji, que je soutiens depuis 2018.

A la Galerie Talmart, donc, à Paris, on peut découvrir ou redécouvrir des oeuvres anciennes, la désormais iconique oeuvre Lapa Lapa, et plusieurs toiles récentes de grand format.

On peut également y lire le texte que j'ai écrit pour l'exposition, présenté ci-dessous, ainsi qu'un texte écrit par Marc Monsalllier, de retour de quatre année à Saint-Louis du Sénégal.

On pourra, enfin, découvrir à Paris, à l'Entrepôt dans le 14e ou au Luminor, à deux pas de la galerie, le film déjà multi primé de Sophie Bachelier et Valérie Malek, "Tilo Koto", dont Yancouba Badji est le "héros".

Lapa, Lapa - Yancouba BAdji

Lapa, Lapa - Yancouba BAdji

La vie de Yancouba Badji n’est pas moins romanesque qu’un film, et le film documentaire de Sophie Bachelier et  Valérie Malek, dont il est le “héros” - à l’affiche aujourd’hui partout en France, et que cette exposition accompagne- opère la mise en abîme d’un destin à la fois terriblement ordinaire, celui d’un migrant sur la route de la mort ou de la survie, selon, et sublime: celui d’un homme renaissant de drames que l’occident a oublié, le pinceau comme arme et résilience, un autre film, une histoire dans l’histoire.

En 2018, je rencontrai Yancouba Badji pour la première fois, à Saint-Louis, au Sénégal. En plein tournage de Tilo Koto, il cherchait, avec Sophie Bachelier, à rejoindre sa Casamance natale en moto, pour y tourner les dernières séquences de ce film qui documente et narre son voyage, son aventure, son périple, son errance achevée.

Européenne pour qui, quelque compassionnelle que l’on puisse être, le “drame des migrants” n’avait jamais été autre chose que des images, d’une certaine manière abstraite, saisies dans les médias, rencontrer Yancouba Badji fut comme une déflagration. Soudain, son regard, son sourire, sa voix, la manière dont, silencieux d’abord, il s’ouvre peu à peu et parle, non pour se jeter dans un récit malheureux mais pour exprimer, avec force et conviction, ce en quoi il croit, et son souci politique: voici un homme, une épiphanie, comme aurait dit Levinas. Après cela, le migrant mourant dans les flots bleus de la Méditerranée devenue noire de ses gisants, ne peut plus jamais être, à la façon du “on” heideggerien, une abstraction. Par sa présence sans relâche, dans ses expositions, les débats que suscitent Tilo Koto, Yancouba Badji incarne toute une humanité, toute l’humanité.


 

Cette anecdote est devenue comme un fil conducteur de ce à quoi il est destiné: lorsque Sophie Bachelier demanda à Yancouba, alors détenu en Tunisie, ce dont il avait besoin, il lui répondit: “des pinceaux et de la peinture”.


 

" Si je vais en enfer, j'y ferai des croquis. D'ailleurs, j'ai l'expérience, j'y suis allé et j'ai dessiné " 

Boris Taslitzky


 

Par la peinture Yancouba Badji donne à voir ce qui est aujourd'hui un des rares -sinon le seul- témoignages artistiques connus de l’errance migratoire dans laquelle est jetée une partie de l’humanité du 21ème siècle.

Il y a bien sûr chez Yancouba Badji, comme chez d’autres avant lui dans l’Histoire, quelque chose de cette inextinguible force qui pousse à créer pour résister, résister à l'ennemi, résister à la destruction, faire acte de vie, de survivance, ce sentiment de nécessité de créer pour porter témoignage et  restituer au  monde une image de l'inimaginable. Peindre l’horreur, mais pour qui? Pour ses compagnons d'infortune, pour ses compatriotes, pour nous qui découvrons peut-être ici et autrement la  face sombre et bien réelle du destin de milliers d’humains pris dans les filets d’une histoire géo politique devenue la leur par force.


 

Peindre pour nous, peindre pour lui.


 

Car Yancouba Badji est peintre, ici se tient son essence, son salut, l’arme de sa perdurance et de sa renaissance. Par sa peinture il s’est fait vainqueur du soleil et de la mort, qu' il a regardé en face. Quoiqu'il advienne, et déjà depuis l’enfance, il porte en lui cette fiévreuse urgence de produire des images, des formes et des représentations, de poser sur la toile sa vision d' un monde, d'abord celui qu’il a connu et le hante encore, mais plus encore, d’interpréter la trace d’une réalité, d’un récit humain individuel, débordant l'autobiographie, et à la portée forcément universelle. Ainsi, au-delà du témoignage précieux qu’elle représente, et de sa dimension résiliente, l'œuvre en éclosion de l’artiste Yancouba Badji se dessine aussi et surtout comme la promesse d’un regard singulier, brillant, qui jamais ne s’accomodera du monde tel qu'il est.


 

RENAITRE - Un solo show de Yancouba BADJI, à la Galerie TALMART

RENAITRE

Solo Show de Yancouba Badji

Commissariat: Marie Deparis-Yafil

Galerie Talmart

22 rue du Cloitre St Merri

75004 Paris

Jusqu'au 15 Janvier 2022

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 22:31
Lieux d'être 2021, acrylique et collage sur toile 146x89 cm

Lieux d'être 2021, acrylique et collage sur toile 146x89 cm

Je suis ravie d'annoncer la sortie du premier ouvrage monographique de l'artiste Hélène Milakis, pour lequel je signe une préface, que vous pouvez découvrir ici;

Lieux d'être 2020, acrylique sur papier affiche  150x197 cm

Lieux d'être 2020, acrylique sur papier affiche 150x197 cm

Petits prolégomènes


De son enfance passée dans le pittoresque quartier Saint-Séverin, à Paris, Hélène Milakis ne conserve pas le souvenir d‘un moment de révélation qui l'aurait menée là où elle est aujourd’hui, la peinture comme compagne quotidienne et jamais assouvie. Pourtant, lorsqu’elle entre en 1993 dans l'atelier de l’artiste Dominique Chauveau, s’ouvre devant elle un univers qui ne se refermera pas. Très vite, elle entre aux Beaux-Arts, sous la tutelle de Bioulès, Alberola ou Velickovic. Son univers pictural y prend forme, marqué par la disparition prématurée de son père, dont la figure de l’absence s'inscrira ensuite en filigrane de toute son œuvre.

 

Il suffit de se rendre dans l'atelier d’Hélène Milakis pour constater la diversité et la profusion de sa production: dessin, peinture, gravure, dans une grande diversité de supports, de techniques ou de formats, des plus amples aux plus atypiques, des miniatures au rouleau de dix mètres de long, frise de motifs animaux aux allures pariétales, jusqu’au multiples carnets qu'elle emplit de dessins, esquisses, peintures, qu’elle conçoit non comme croquis préparatoires mais comme oeuvres  à part entière, et qui pourraient tout à fait couvrir un vaste mur d’une salle d’exposition. A la modestie de format du carnet peut tout à fait répondre une œuvre créée sur l’endroit recouvert d’une grande affiche de cinéma ou de publicité, récupérée dans la rue ou le métro. Ce n’est ici pas tant le support qui prend sens - comme bien sur chez Villeglé par exemple-, que la texture lisse de l’affiche, sur laquelle glisse le pinceau et sous laquelle on devine l'épaisseur des affiches, comme une sorte de palimpseste (écho à ce mystère du dessous, que l’on retrouvera, avec ses ajouts de papiers comme des masques, sur certaines de ses oeuvres).

 

Immédiatement, on reconnaît, dans cette production foisonnante, la marque de ce qui fait l’essence même d' “être artiste”, cette volonté de travailler un sujet jusqu’à exténuation, cette inextinguible soif d'expérimentation et de recherche, par delà le style, l’univers que l’artiste se construit, et la reconnaissance, y compris formelle, que l’on peut en faire.

 

S’il fallait replacer la peinture d’Hélène Milakis dans un contexte, une lignée artistique, Der blaue Reiter s’impose d’abord à l'esprit, en raison des chevaux bleus de Franz Marc, sans doute. Mais il serait réducteur de s’en tenir à cette filiation. car si, comme Marc, l’artiste tend à occulter la représentation humaine au profit de l’animal, et que s’y retrouve aussi cette sorte de simplicité formelle et chromatique, elle n’ attribue pas pour autant, comme le fit l'artiste allemand, quelque vertu que ce soit à l’animal, qui répond ici, on le verra à d'autres enjeux symboliques. 

C’est donc plutôt du côté du néo-expressionnisme d’un Baselitz ou d’un Lüpertz qu’il conviendrait de regarder, dans cette manière, parfois, de représenter les corps, de cadrer ses compositions, dans le choix d’un chromatisme sourd, dans une intention plus proche de la sensation, de l’atmosphère, que d'une quelconque vérité. Il s'en faut cependant que la peinture d’Hélène Milakis en soit une simple réappropriation contemporaine. Et elle sait prendre la bonne distance de toute communauté picturale.


 

Lieux d'êtres  2020, acrylique et collage sur toile 27x35 cm

Lieux d'êtres 2020, acrylique et collage sur toile 27x35 cm

Etre là et disparaître

Celui dont les yeux brillent dans la nuit (1)


A l’acrylique rehaussée de craie, de fusain ou de sanguine, une de ses premières séries , “Sommeil profond” (2004-2008), donnait à voir des oeuvres où le blanc - la lumière?- domine, présentant des corps entre gisants et décorporation, esquissés comme en apesanteur, des visages émergeant parfois de la peinture dans la transparence des blancs rosés, d’où affleure parfois un rouge sanguin, reste de vie.

Cette question, ce fait,  de la présence, de l'être-là, et de la disparition nourriront dès lors la peinture et les intentions de Milakis.

 


Lorsqu’en 2012 Hélène Milakis entreprend de dresser des “Portraits de famille”, ce sont d’abord des portraits de groupes, dans lesquels humains et animaux - des chiens, compagnons de l’humain par excellence- semblent nous regarder dans le silence. Pourtant très vite, les visages et les corps s'effacent, au point de ne devenir que contours, silhouettes ou aplats, et peu à peu, les familles canines se substituent aux familles humaines. L’humain, relégué au second plan, s’épuise dans l’ombre, figures déchirées ou recouvertes de ces fameux papiers collés qu’elle utilise comme ajout ou masque, nous y reviendrons. La tête du chien se fait plus précise que la nôtre...Curieusement, pour l’artiste, cet effacement progressif de la figure humaine n’est pas pressentie comme une noirceur, les prémisses ou l’expression d’une angoisse, mais au contraire comme un soulagement, comme si elle se délestait de quelque chose. Le poids de l’être-là...La série "De l'autre côté” (2015),  dans laquelle même les animaux semblent disparaître dans une épaisse forêt picturale, confirme cette inclination à l’effacement. Plus tard, la série “Dead end”, qui affermit le goût de l’artiste pour les aplats noirs, offre, à la frontière de l’abstraction, ou, selon la leçon du néo-expressionnisme, cette figuration qui connait l’abstraction, des formes juste identifiables, renvoyant à une représentation de l’ordre de l’image furtive, de la sensation, paradoxalement à la fois dans le flou et fixé. Etre-là et disparaître…

Et donc avec le temps, voici la figure humaine disparaissant des tableaux de Milakis, au profit d’une figure animale devenant récurrente.

 


Représenter l’animal, dans l’art n’a a priori rien de novateur. Le chien, comme le cheval, font d’ailleurs partie des animaux les plus couramment représentés dans l’Histoire de l’Art et l’art contemporain continue de s’en emparer souvent. De Koons à Cattelan, de Huang Yong Ping à Velickovic, jusqu’à la folle expérience de “Devenir cheval” de Marion Laval-Jeantet (Art Orienté Objet), chiens et chevaux font partie d’un bestiaire usité.

Souvent, il s’agit d’en faire un symbole, un médium d’une dénonciation critique de la société ou d’un moment de l’Histoire. Pour d’autres, l’animal est une occasion décorative, voire humoristique, d'une intention soulignant les concordances entre l’homme et les autres animaux. Pour d’autres encore, de manière plus sérieuse, il s’agit de pointer l’humaine animalité, ou l’animalité humaine, ou encore d’interroger le spécisme, les rapports de domination utilitariste de l’animal ou l’impact anthropocène. Rien de tout cela ne prévaut vraiment dans les intentions de Milakis. De son propre aveu, bien que soucieuse de ces questions - comme nous le sommes tous aujourd’hui - l’écologie et le rapport de l’homme à l'animal ne sont pas au centre de ses préoccupations artistiques. 

 

Il faut donc chercher ailleurs les indices de cette présence animale quasi exclusive dans son corpus pictural, de cette “résistance” à la figure humaine et de la récurrence de ces animaux.

Il y aurait bien l’anecdote de cette rencontre fortuite et presque fantasmatique, avec cette meute de chiens sauvages, quelque part au nord de l’Argentine, dans la province de Jujuy. C'est de là, dit-elle, que naîtra le début de sa longue série des "Chiens errants” (à partir de 2010). 

Il y aurait bien aussi cette tentation tirée de l’étymologie, que ne renierait pas un amateur de jeux de mots signifiants et autres glissements sémantiques (Freud ou Lacan en tête), d’analyser ce qui inspire l’artiste comme une réponse cynique -au sens propre- à ses interrogations ontologiques. En effet, quand on parcourt l'œuvre de Milakis, on ne peut qu’être frappé par ce doute, cette hésitation qui le surplombe, à propos d’un “statut de l’humain” qu’on ne saurait définir, essentiellement. “Je cherche un homme”, clamait Diogène de Sinope, parcourant les rues d’Athènes, sa lanterne brandie en plein jour sous le visage des passants. A l’instar du “chien céleste” (2), il n’est pas impossible qu’Hélène Milakis souscrive à ce mystère. Cela expliquerait, dans le même temps, cette pléthore de chiens et de chevaux sans cesse à nouveau représentés, comme si, avec Diogène, elle voyait bien “le cheval, et non la caballéité” ou encore comme si, se soumettant à l’infortune du concret, il lui fallait soit effacer soit représenter sans cesse ce qui existe (Dasein) à défaut de ce qui est (les grecs diraient ‘To ti esti”)

 


Cette hypothèse, pourtant, si elle esquisse un univers, ne suffit sans doute pas encore à élucider cette massive présence animale dans l'imaginaire de Milakis. Dans ce parcours d’indices, ce jeu de mystères, il reste encore à parier sur la dimension symbolique de l’animal, et de profondes réminiscences, qui s'étendent bien au-delà de la simple métaphore.

 


Si sa symbolique est riche et multiple, le chien possède, dans de nombreuses cultures, en Egypte, en Amérique du Sud, en Afrique subsaharienne comme en Orient un rôle de messager entre l’au-delà et le monde des vivants, mais aussi de protecteur et de passeur. Dans la culture mexicaine ancienne, les chiens étaient le plus souvent sacrifiés à la mort de leur maître, car eux seuls avaient le pouvoir d'accompagner le défunt à l'image de Xolotl, le Dieu-chien, afin d’aider à franchir les neuf fleuves qui séparent le défunt de Chocomemictlan, le royaume des morts. Le chien représente donc le psychopompe par excellence, c'est-à-dire, guide des âmes au bout de la nuit... Dans le panthéon grec, le chien participe à cet univers chtonien, porteur et portier d’un passage vers les mondes souterrains, ce qui implique aussi quelque chose de l’ordre de la renaissance, d’un lien entre les mondes. 

Les chiens parfois errants d’Hélène Milakis, nous regardent, nous invitent, se détachant d’un fond sombre presque monochrome si ce n'étaient des formes distinguées dans la pénombre et ici, là, un trait de lumière - le papier déchiré comme un voile-, une couleur acide comme un réveil.

Et puis, à partir de 2016, apparaît un autre animal, le cheval, représenté le plus souvent de manière frontale, sans mouvement, calme et serein, grave et silencieux. 

Il est probablement l’animal le plus représenté dans l’Histoire de l’art, de l'art pariétal à Byzance, de l'Egypte à Vinci, de David à l’art contemporain. Le portrait équestre, dès le 16ème siècle, constitue même un genre en soi. 

 

Comme le chien, le cheval occupe souvent, dans les mythologies et cultures anciennes, une fonction de psychopompe et se déploie depuis toujours autour de lui un riche imaginaire, questionnant notamment la dualité de force et de raison, d'instinct et d’intelligence, dont la figure du centaure réalise la synthèse.

Il ne paraît donc pas hors de propos d’hypostasier que la présence massive, tant formellement qu'en nombre, de ces animaux dans la peinture de Milakis puisse constituer l’expression métaphorique ou symbolique de ce qui draine et nourrit son oeuvre et sa réflexion, cette question lancinante de la présence, de la disparition, de l’absence, et de la concordance des mondes.


 

Lieux d'êtres 2020, acrylique et collage sur toile 27x35 cm

Lieux d'êtres 2020, acrylique et collage sur toile 27x35 cm

Papier déchiré, papier collé

Un trait de lumière tout contre le secret du masque


D’autres éléments, d’abord plastiques, viennent attester de ce souci récurrent. Ainsi, la technique de collage dont l’artiste fait usage de manière régulière bien que non systématique dans la composition de ses œuvres.  

Ce rajout de papier sur la toile s’avère parfois peu visible au premier regard, caché sous la peinture. Parfois au contraire, la déchirure du papier collé ponctue la composition, comme une zébrure de lumière dans un ensemble chromatique souvent sombre, ou encore, le collage se fait manifeste, produisant par la superposition un volume inattendu dans la toile. Le papier, posé sur la tête ou le visage, devient alors comme un masque sur les représentations figurées, redoublant cette sensation de mystère qui entoure les toiles de Milakis. 

 

Bien sûr, le masque constitue une thématique filant toute l’Histoire de l’Art. Il est souvent, comme chez Goya, la marque des faiblesses et cruautés humaines, le symbole, comme chez Ensor par exemple, de la mascarade sociale. Délaissant cette dimension critique, Hélène Milakis recouvre ce que l’on ne verra pas d’une autre figure, jouant plutôt de la fonction autant négatrice que créatrice d'identité du masque, poursuivant cette quête-enquête du mystère de l’être, dans cette permanente dialectique entre montrer et dissimuler. Et puis ce masque de papier, redoublement de la figure en même temps que son effacement ne peut que faire écho à son usage chamanique. Le masque, objet transitionnel,  n’est-il pas alors comme un écran interposé entre deux mondes, matérialisation ou extériorisation des forces présentes, mouvantes et agissantes dans la nature? Outil d'anonymat universellement usité, ouvrant à une "métaphysique de la présence", le masque, au delà de sa présence sensible, opère en médiateur spirituel par lequel celui qui le porte - homme ou animal, se désincarne pour incarner “autre chose”. Au Japon, on dit que le masque que l’on pose, qui n'est pas porté, est "terasu", “ en sommeil ”(3). Ceux que Milakis colle sur ses figures, eux, sont  “vivants”, et c’est là que s’incarne vraiment le mystère de la continuité des deux mondes.


 

Des tableaux de rêve

Dans les profondeurs de la réminiscence


 

Sans être non plus monadique, ce qui interdirait probablement toute communication émotionnelle, la peinture d'Hélène Milakis est, ou était jusqu'il y a peu, une peinture “intérieure”, explorant essentiellement une vie intérieure plutôt que le monde, d’une certaine manière. Une peinture qui parle d’un monde du dedans, de l'occupation intime à se tenir au bord des deux mondes, celui de l'être, celui de l’absence. C’est sans doute la raison pour laquelle la notion de trace, d'empreinte, et donc de double, importe tant à l’artiste.. Ainsi emploie-t-elle souvent cette technique proche du monotype consistant à  peindre un motif sur un support pour venir l'imprimer, le dupliquer sur un autre, créant ainsi une image et son double, une figure et sa trace, un être et un autre ( “une autre histoire”, 2020).


 

Bien que dans sa pratique, la notion de mouvement, en tant que geste, geste pictural, physique, de la main et du pinceau sur la toile, compte, la peinture de Milakis en elle même ancre ses représentations dans un contexte perceptif suspensif: aucun élément n’indique de temps ou de lieu défini, ni non plus quelque espace fictionnel déterminé. Autrement dit, de manière générale, nous ne savons jamais ni où ni quand, ni dans quelle histoire se situent les œuvres que nous voyons, que n’entrent dans aucun schéma narratif clair. 

 

Ce sont des tableaux, presque au sens théâtral du terme, c’est-à-dire des scènes capturées, dans un décor donné, qui sans connaissance du contexte, ne donnent que peu d'indices hors du tableau lui-même. Le contraire du coup de théâtre selon Diderot (4), un état des lieux - des "lieux d’être”, dirait Hélène - un arrêt sur image ou encore, une manière d’aborder la scène qui nous fait écho aux “Rêves reconstitués” d’Edouard Levé (5). Dans cette série photographique, Edouard Levé avait demandé à ses proches de rejouer le plus fidèlement possible des scènes de ses propres rêves  afin d’empêcher leur évanescence naturelle. Cela donnait d'étranges images d'actions comme figées dans un espace-temps indéfini, comme souvent d'ailleurs le sont les images de rêves. Il y a un peu de cela dans les peintures de Milakis, quelque chose de l’ordre de l’image onirique - rêve ou cauchemar, d'ailleurs- flottant hors du temps et de l'espace conventionnels, hors de toute narration linéaire, un pur “moment” imaginaire, une durée décomposée, les fragments d’un temps discontinu.

 

Ici, rêve et souvenir se construisent et se maintiennent sur la toile de la même manière que présent et passé peuvent se superposer dans nos consciences et nos imaginaires. Hélène Milakis fait souvent référence au film de Carlos Saura, “Cria Cuervos” (6), dont l’univers peut éclairer celui de l’artiste, ou comment la force de la représentation - ces animaux, ces corps puissamment présents sur sa toile, hantés, dans leur présence même- , et  les images du monde réel se fichent dans le monde imaginaire, comme autant de rémanences, brouillant entre eux les limites. Entre rêve, vision et réalité, sans frontière, sans règles et sans échelle de valeur, avec toute la puissance de son imaginaire, Hélène Milakis nous fait ainsi pénétrer dans son monde intérieur, grondant dans le silence.


 

Du souvenir au “ressouvenir”, il n’y a qu'une plongée dans les profondeurs de l’âme que l’artiste, sans en avoir toujours la claire conscience, laisse ressurgir à la surface de ses toiles. Souvent dit-elle, il s ‘agit de se laisser porter par ce qui advient, de se laisser guider par cette inspiration, ce surgissement des images, qu’elle ne maîtrise pas toujours. Ainsi subsiste-t-il toujours un mystère indépassable, s’il n’était que, comme le souffle Platon par la voix de Socrate, le mystère des formes qu’elle peint ne soit que l’éveil d’images latentes qu’elle porte en elle, depuis toujours et au-delà.

 

« Ainsi, immortelle et maintes fois renaissante l’âme a tout vu, tant ici-bas que dans l’Hadès, et il n’est rien qu’elle n’ait appris ; aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que, sur la vertu et sur le reste, elle soit capable de se ressouvenir de ce qu’elle a su antérieurement. » (7)

 

Peut-être a-t-elle déjà vu la force tranquille de l’animal, la beauté antique des statues grecques et la puissance mythique du Minotaure, elle, que les origines ancrent dans ce pays, cette histoire, cette culture, sans y avoir jamais vraiment vécu. D’où lui viendrait sinon le surgissement du Taureau de Minos dans la bien-nommée série “Une autre histoire”(2018), ces paysages de ruines antiques qui peuplent ses fonds de tableaux, et dont le sens dépasse probablement le simple clin d’oeil à la tradition picturale ruiniste, ou encore ces corps masculins, tronqués de leur tête, que l'on retrouve dans son oeuvre de manière récurrente, massifs et mystérieux, rouge comme une argile ou un corps irrigué, vivant donc mais évoquant sans ambiguïté quelque chose de la statuaire grecque? 

La réminiscence, puisque c’est à cette hypothèse que nous souscrivons ici: une séduisante conjecture qui ne trouble pas tant le besoin de croire en la magie, et en la profonde poésie de l'inspiration.

Dès regards 2021, acrylique sur toile 27x35cm

Dès regards 2021, acrylique sur toile 27x35cm

Au hasard du destin

La sensation du paysage 


Récemment, pendant la pandémie, Hélène Milakis a entrepris un virage significatif dans son travail.

Cela commence avec la redécouverte d'une photo de sa sœur, enfant, et, sans qu’elle sache vraiment pourquoi, ce cliché sorti du tiroir et ressurgi du passé agit comme un déclic.

Dès lors, l’artiste réintroduit la figure humaine dans son travail, au travers de cette image de petite fille, toujours positionnée de la même manière, de trois quart, tenant dans ses mains  un oiseau au destin tragique, comme une sorte d’Anankè moderne (8), et qui constitue peut-être, a posteriori, une des clés du travail de Milakis....Plus tard, dans cette série intitulée “lieux d’êtres”, l’oiseau disparaît parfois, mais autre chose surgit...


 

Car, sans autre transition, l’artiste ouvre sa gamme chromatique à une palette de verts et de bleus peu usités jusqu’alors. Depuis toujours, elle avait privilégié une palette qu’elle définit elle-même comme sommaire, composée de tons rompus ou rabattus de noir, avec parfois une pointe acide. Cette échappée chromatique semble symboliquement signaler une ouverture plus globale de sa peinture vers un extérieur nouveau.

Sans arguer d’une peinture de plein air, on en est loin, Hélène Milakis semble ouvrir portes et fenêtres, offrir et s'offrir une forme de respiration et une sensation nouvelle, quelque chose comme une sensation de paysage. 


 

Ce faisant, la peinture à venir d’Hélène Milakis pourrait alors prendre le parti d’une réconciliation, de la pose et du mouvement, des figures humaines et animales, du dedans et du dehors, du mystère et du réel, du passé et du présent, de la tragédie et du bonheur.

 

(1)Selon le linguiste Albert Joris Van de Windekens, le mot “chien” prendrait une de ses origines dans l'idiome indo-européen Keu, qui signifie “luire, briller”  -Langue, dialecte, littérature. Études romanes à la mémoire de H. Plomteux, Leuven, Leuven Univ. Pr., 1983, pp. 455-458.

(2) Comme le nommait Kerkides de Megalopolis dans ses Poésies Mimiambes ( III av.JC)

(3) D'après Erhard Stiefel, in "Rencontre avec Erhard Stiefel et Ariane Mnouchkine" - Entretien réalisé par Béatrice Picon-Vallin, au Théâtre du Soleil, le 29 février 2004.

(4) Denis Diderot - Entretiens sur le Flls naturel (1757)

(5) Edouard Levé - Artiste plasticien et écrivain français, 1965-2007

(6) Cria Cuervos, réalisé par le réalisateur espagnol Carlos Saura, en 1976, avec Géraldine Chaplin et Ana Torrent

(7) - Platon dans Ménon, 81b

(8) - Dans la mythologie grecque, la déesse Ananké est à la fois un concept et la personnification de la destinée, de la nécessité inaltérable et de la fatalité.

LIEUX D' ETRES

Exposition du 22 au 30 octobre 2021 De 12h à 19h sauf le lundi

Présence de l’artiste les 23, 24 et 30 octobre 2

2, rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris

06 20 15 67 22

 

Vernissage et signature à l’occasion de la sortie de la monographie Lieux dEtres le samedi 23 octobre de 18h à 21h

 Un grand merci à Stéphane Boulin, pour sa passion de l'art et des artistes, et sa générosité.

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20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 16:56
Road Movie Cruise – Until The End of The World #forever, 2020 - Courtesy Becquemin & Sagot et H Gallery, Paris

Road Movie Cruise – Until The End of The World #forever, 2020 - Courtesy Becquemin & Sagot et H Gallery, Paris

BECQUEMIN & SAGOT

Road Movie Cruise – Until The End of The World
#forever, 2020
Vidéo Full HD , 16/9 1’01’’ Ed. de 7 + 2 EA
I now understand the term Duty Free - Road Movie
Cruise – Until The End of The World #forever,
2020
Bouée de sauvetage, textile, broderies à la main
75 cm de diamètre
Courtesy Becquemin & Sagot et H Gallery, Paris

Road Movie Cruise – Until The End of The World #forever est le troisième volet d’une trilogie autour des industries culturelles et touristiques que le duo d’artistes Emmanuelle Becquemin et Stéphanie Sagot, qui oeuvrent ensemble depuis plus de quinze ans, a inauguré en 2016. Dans chacun de leurs Road-movies, elles déploient le même protocole : infiltrer des territoires de l’entertainment dont elles se font les héroïnes, afin d’en révéler les tragiques travers.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - BECQUEMIN & SAGOT

En septembre 2019, elles embarquent sur le Oasis of the Sea, énorme engin de 220 000 tonneaux construit en 2010 sur 361 mètres de long et 66 de large pour 525 000 m2 de tôle d’acier, 5 000 km de fils électriques, 90 000 m2 de moquette et 4,1 millions de litres d’eau douce consommée chaque jour… afin de traverser une partie de la Méditerranée. A bord, elles tentent, en vain, d’expérimenter toutes les activités touristiques proposées durant la semaine de croisière. Avec un minimum de matériel et sans autorisation, elles filment leur périple mis en scène dans des scénarios succints, dans lesquels elles incarnent différents personnages : croisiéristes, coacheuses sportives, maîtresses-nageuses féministes, activites, figures du «Phoenix» comme allégorie d’un monde qui s’effondre. Elles retracent, dans une atmosphère oscillant entre absurdité et et mélancolie, divertissement jusqu’au vertige et enfermement (curieusement, on ne voit presque pas la mer), les ravages du tourisme de masse.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - BECQUEMIN & SAGOT

Road-Movie Cruise - Until The End of The World #forever, se compose ainsi d’une trentaine de scénettes, dans une ironique esthétique oscillant entre pastille publicitaire, film de vacances, sitcom et story, qui furent d’ailleurs d’abord postées durant tout l’été 2019 sur Instagram.
Départ de Barcelone pour Palma, Marseille, puis la Toscane, Rome, Naples et Barcelone, sur un rythme effréné, avec à bord 6 500 passagers et 2 300 employés. Les artistes se donnent une semaine pour découvrir le bateau, son architecture, ses usages et ses fonctions : l’entertainment permanent, la frénésie d’activités épuisantes, tout est démesuré, mais tout est sous contrôle.
Composées en trois « saisons » inspirées par trois oeuvres de Jérôme Bosch (« La nef des fous », « Allégorie de la débauche et du plaisir »et « La mort et la misère »), ces scénettes forment bout à bout un sea road-movie, un film sur l’errance. Sous des dehors colorés et joyeux, sourd le paradoxe que souligna David Foster Wallace, que les artistes citent à plusieurs reprises dans la vidéo : l’Ocean of the Sea est une machine à jouir qui ne serait, dit-il, qu’une « machine de mort et de décomposition ». Chaque scène se termine sur la représentation désenchantée d’un horizon nuageux et répétitif avec la même phrase en fond d’écran : Until The End of The World, suivi du hashtag #forever. L’annonce de l’apocalypse.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - BECQUEMIN & SAGOT

Le business des bateaux de croisière était jusqu’à ces derniers mois l’une des industries actuelles les plus florissantes de l’économie touristique mondiale. On comptait il y a 6 mois encore une flotte mondiale de 300 paquebots à laquelle s’ajoutait une centaine de navires en cours de construction ou de planification. Aujourd’hui, les bateaux de croisière sont à l’arrêt, les chantiers navals en suspens. La pandémie signe-t-elle la fin de cette économie et de ce type de tourisme dévastateur, ou au contraire, la fin de la pandémie rendra-t-elle encore plus désirable ce mode de consommation touristique ? La partie n’est pas encore finie.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - BECQUEMIN & SAGOT

Becquemin & Sagot est un duo de femmes artistes qui réalisent depuis 2004 des performances, vidéos et sculptures. Dans les situations qu’elles créent, «elles jouent les doublures du réel afin d’en faire miroiter les faux-semblants.» Elles se servent des modes opératoires de l’art pour voyager, détourner les codes habituels et fabriquer de l’art là où l’on ne croit pas en voir» (Marie de Brugerolles). Les Road-movies qu’elles développent depuis 2014 constituent la matière première d’un récit à portée écologiste et féministe. Elles montrent régulièrement leur travail en France et à l’étranger, et enseignent respectivement à Saint-Etienne et Nîmes.
Emmanuelle Becquemin et Stéphanie Sagot vivent et travaillent à Montpellier.

(D’après, notamment, les textes de Becquemin & Sagot et d’Eric Mangion)

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - BECQUEMIN & SAGOT

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
pour visiter l’exposition).

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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 16:31
Fifty High Seasons #33, 2010-2017 - Courtesy Shane Lynam / Galerie Bertrand Grimont, Paris

Fifty High Seasons #33, 2010-2017 - Courtesy Shane Lynam / Galerie Bertrand Grimont, Paris

Shane LYNAM

Fifty High Seasons #33, 2010-2017
Photographie impression numérique, Ed de 5 + 2 EA
100 x 75 cm
Courtesy Shane Lynam / Galerie Bertrand Grimont, Paris

Cette photographie, issue de la série et de l’ouvrage «Fifty High Seasons», est l’aboutissement de sept années de recherches et de travail pour le photographe irlandais Shane Lynam, dans un territoire «exotique» et rarement exploré : la bande côtière entre Perpignan et Montpellier.
Epris des stations balnéaires populaires comme Argelès ou Port-Barcarès, qu’il découvre en 2005, il photographie ces ultimes incarnations des Trente Glorieuses, bâties dans les années 60 et toujours occupées par les vacanciers, malgré une «fatigue» architecturale et stylistique évidente des lieux.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - Shane LYNAM

En 1963, de Gaulle avait lancé un plan de développement régional connu sous le nom de «Mission Racine», pour transformer ce tronçon sauvage et venteux du littoral du Languedoc- Roussillon en une série de stations balnéaires. Des architectes d’avant-garde, des artistes, avaient été embauchés pour construire ces logements d’été accessibles aux faibles revenus et des oeuvres monumentales le long de la promenade. Cela donne ces ensembles architecturaux étranges, et se promener à Port-Barcarès est une plongée dans un univers un peu désuet et surréaliste, comme assoupi même au coeur de l’été, et où la nature a gardé une partie de ses droits.
L’intérêt de ces stations balnéaires était- et reste leur caractère social. C’est ici que l’on trouve les locations saisonnières -et les campings- les moins chers de France, permettant aux familles les plus modestes de partir aussi en vacances. Un symbole des congés payés, si importants dans la culture française. Des images qui fleurent bon lessouvenirs d’enfance.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 2, Les estivants - Shane LYNAM

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 16:17
Voices from the ID – Aeroplane, 2001 - Courtesy John Isaacs Studio

Voices from the ID – Aeroplane, 2001 - Courtesy John Isaacs Studio

John ISAACS

Voices from the ID – Aeroplane, 2001
C-Print / re-print 2020
70 cm x 93 cm
Courtesy John Isaacs Studio

Un avion saisi en plein vol, rappelant cette étrange vision d’immobilité que l’on peut souvent constater en observant un avion sur le point d’atterrir. Une vision absurde, impossible, renforcée par celle, plus fantasmatique encore, de ces bagages ficelés sur la carlingue, comme sur le toit d’une voiture en partance pour quelque transhumance estivale.
Sans indice particulier pourtant, cette image a quelque chose d’inquiétant et d’inconfortable, comme la sensation d’un danger sournois; elle est à l’image de ce que John Isaacs souligne, au travers de ses oeuvres, qu’il s’agisse de ses célèbres sculptures de chairs baveuses ou de ses photographies, de la société contemporaine, entre grandeur et décadence, perdue par ses excès. Son avion est l’équivalent d’un train fantôme sur fond de ciel bleu, dont on ne sait s’il atteindra jamais sa destination, surtout si elle est censée être paradisiaque.

Le Grand Tour - Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - John ISAACS

John Isaacs s’inscrit dans la lignée des artistes Young British Artists (Damien Hirst ou les Frères Chapman). Son travail, connu pour ses impressionnantes sculptures de chairs, réalisées en cire à la manière des écorchés du XVIIème siècle, explore la manière dont nous percevons notre monde, et la manière dont il existe réellement, nourrie par nos désillusions de consommateurs, mais vouée à l’effondrement face à une réalité reniée. Depuis 1990, Isaacs produit des oeuvres majeures qui ont été exposées dans de nombreuses institutions de renommée internationale (Exposition Young British Artists 6 chez Saatchi Londres (1993)), «Century City» à la Tate Modern, «Minimal Maximal» au Musée National de Kyoto (2001), il a également fait l’objet d’une exposition à la Maison Rouge, à Paris.
Né en 1968 à Lancaster (R-U), il vit et travaille entre Londres et Berlin

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 16:52

Gravity 3, l'immense exposition solo dont j'avais été commissaire en 2019 au MAMO d'Oran a essaimé, et je suis ravie de constater que cet été, on peut voir des oeuvres de Sadek Rahim dans pas moins de 5 expositions en France!

Un petit tour de France et d'horizon de ces participations à exposition collective, qui montre, si cela était nécessaire, l'extrême acuité du travail de Sadek Rahim.

 

Made in URSS, 2019

Made in URSS, 2019

L'exposition "En attendant Omar Gatlato", à la Friche Belle de Mai, ouverte pendant les confinements avait ouvert le bal (Elle a fermé à la fin du mois de mai). Dans cette exposition, curatée par Natasha Llorens, il s'agissait d'évquer l'Algérie et ses diasporas avec une sélection d'oeuvres de 1965 à nos jours. 

A ainsi été choisi cette oeuvre, produite pour Gravity 3, "Made in URSS": 

Parmi les différents dialogues plastiques que met en jeu Sadek Rahim, le tapis et l'objet mécanique. Le tapis est accroché au mur et un jeu de pliures lui donnent une forme sculpturale. La sensation d'envol est tempéré par la présence lourde de l'objet usiné, ici une pompe à injection. Cette oeuvre rappelle la série d'oeuvres « Gravity paradoxes », montrées ente autres à Dubaï et en Argentine, dans lesquelles le tapis se trouvait confronté, mis en balance, avec le béton, lourd, massif, rigide, qui lestait les oeuvres comme un socle de pesanteur, empêchant tout envol, condamnant le tapis quotidien à ne jamais rejoindre le mythe. On retrouve donc ici l'évocation du tapis familier, traité comme matérialisation, et métaphore, du mythe de la lévitation : le tapis « volant » est l'objet qui permet, littéralement, de s'arracher à la pesanteur, de voler vers une destination meilleure. Chez Sadek Rahim, l'utilisation du tapis comme moyen plastique est une manière de « mettre en échec le du tapis volant comme métaphore de l'échec du mythe de l'eldorado ». La réappropriation de l'objet usiné coloré, au-delà de son intérêt plastique, fait écho au regard critique que pose l'artiste sur la politique économique menée dans le pays depuis plusieurs décennies. Ce qui est cassé, obsolète, à l'abandon, au rebut, ce qui a été perdu, gâché, ce qui ne fonctionne plus... : ces objets de rebut constituent pour l'artiste des symboles d'une Algérie en panne.
Le titre donne un indice critique supplémentaire, faisant allusion la politique industrielle menée par l'Algérie dans les années 60 et 70, inspirée du modèle soviétique, consistant à développer une industrie lourde d'Etat, et qui fut un échec que les Algériens payent encore aujourd'hui.

 

Liberty enlightening the world, 2019

Liberty enlightening the world, 2019

L'oeuvre était déjà présente dans l'exposition "Touriste!" en 2020 à Mitry-Mory, elle revient en saison 2 de mon exposition sur le tourisme, intitulée cette fois "Le Grand Tour", et que l'on peut voir encore jusqu'au 25 juillet au centre d'art H2M, à Bourg-en-Bresse. Placée entre l'oeuvre d'Esmeralda Kosmatopoulos, qui évoque Lesbos, et la einture de Yancouba Badji, elle entre dans la réflexion menée sur le rapport du tourisme et de la migration.

Liberty enlightening the world, 2019
Fibres de tapis
29 x 7 x 7 cm

Auscultant l’Histoire de l’Algérie, ses richesses et ses renoncements, ses illusions, ses drames et aujourd’hui, plus que jamais, ses espoirs, dans des oeuvres profondément inspirées par les matériaux et les formes iconographiques liés à la culture algérienne, Sadek Rahim traite de manière sensible et critique des problématiques de la jeunesse algérienne, des relations complexes entre Orient et Occident, du déracinement, du désir d’exil, et de l’illusion de l’Eldorado.
Cette Statue de la Liberté, dont le véritable nom est «Liberté éclairant le monde» représente pour de nombreux candidats à l’exil, le symbole d’un autre monde, celui de la liberté, mais aussi d’un Eldorado qui pour l’artiste n’est souvent qu’un mythe et une illusion.
Cette sculpture dont on pressent d’emblée la fragilité est réalisée avec des fibres de tapis. Elément domestique commun à tous les intérieurs algériens, le tapis cristallise, matérialise, l’idée du départ au travers du mythe de la lévitation qui lui est attaché, le tapis « volant » étant l’objet qui permet littéralement, de s’arracher à la pesanteur, de voler vers une destination meilleure.
Chez Sadek Rahim, l’utilisation du tapis comme moyen plastique récurrent est une manière de « mettre en échec le mythe du tapis volant comme métaphore de l’échec du mythe de l’Eldorado ». Il se réfère à cet objet de multiples manières, même les plus inattendues. Ici, il est effilé, désagrégé et sa fibre devient comme une nouvelle matière avec laquelle jouer. De simples particules provenant d’un objet familier, les fibres de tapis se resolidarisent en sculpture précieuse et fragile et se font symboles de l’«autre monde», celui du rêve, du fameux « Eldorado » que peuvent constituer, aux yeux d’un jeune algérien, New York ou Paris.
Ici donc, l’espoir et le rêve d’exil se substituent au cliché touristique. Symboles de la liberté, la statue de Bartholdi au large de Manhattan, ou sur l’Ile aux Cygnes, à Paris, non loin de la Tour Eiffel, autre symbole puissant, paraissent pourtant ici bien précaires et les rêves, comme les mythes, se désagrègent peu à peu...

Missing, 2019

Missing, 2019

Fin 2019, "Missing", oeuvre tapis produite pour Gravity 3 rejoint la très belle collection Zinsou, au Bénin. Et c'est aujourd'hui avec joie et fierté que nous pouvons faire découvrir cette oeuvre au public français grâce à l'exposition de la collection Zinsou cet été, au MO.CO de Montpellier, dernière exposition dirigée par Nicolas Bourriaud.

MO.CO. Hôtel des collections accueille pour la première fois des œuvres de la collection de la Fondation, selon une sélection guidée par l’envie d’un récit, à la fois territorial et universel. "Cosmogonies" présente près de 110 œuvres (sculptures, photographies, peintures et installations) de 37 artistes de générations différentes.

 

H2M, MO.CO, FRAC Centre, Malakoff...Le Tour de France estival de Sadek RAHIM!

Ce n'est pas fini! A Malakoff, un autre tapis travaillé par Sadek Rahim est visble dans le cadre de l'exposition "Quelque part entre le silence et les parlers", curatée par Florian Gaité, et qui donne à voir un aperçu de la création contemporaine algérienne, autour de la pluralité des langages et leurs sémantiques.

Oasis 228, installation, 2019-2020

Oasis 228, installation, 2019-2020

Je garde pour la fin la participation de Sadek Rahim avec ce magnifique projet, "Oasis 228", qui ne faisait pas partie de Gravity, dans le cadre de l'exposition Alger, un archipel de libertés, au FRAC Centre Val de Loire, à Orléans, sous le commissariat d Abdelkader Damani et de Nadira Laggoune.

L’exposition Alger, archipel des libertés jette un pont entre plusieurs périodes révolutionnaires qu’a connu et connait jusqu’alors le continent africain. Elle réunit une quinzaine d’artistes dont les réflexions puisent dans les mémoires des luttes africaines, de même qu’elle raconte des trajectoires révolutionnaires iconiques et méconnues, fabrique des récits intimes et collectifs, tant historiques que fictionnels.

L’œuvre 'Oasis 228' est la nostalgie d’une Algérie qui s’érige en État-nation. En effet, dans les années 1970, l’indépendance est acquise depuis peu, l’État amorce alors la construction de complexes métallurgiques et se lance dans la fabrication de véhicules industriels. À l’occasion de l’édition de 1980 du Rallye Paris-Dakar qui traverse le désert algérien, trois chauffeurs d’une entreprise locale, Atouat, Daou Boukrif et Kaloua vont rejoindre la course avec ces camions de fabrication nationale. L’équipage vainqueur est celui du camion 'Oasis 228'.
L’installation rend hommage à ces trois oubliés de l’histoire algérienne et témoigne d’une époque des possibles, annonciatrice d’une volonté d’autonomie économique, après une longue dépossession de biens nationaux. L’artiste rassemble et fabrique des fragments mémoriels : photographies de débris mécaniques obsolètes, une maquette de l’Oasis 228, des coupures de presse et des témoignages filmés, autant de traces pour exhumer un épisode oublié de fierté nationale.
Alors qu’une nouvelle génération de jeunes Algériens s’empare de la rue pour protester contre le chômage et la corruption, cette œuvre renoue avec le rêve d’une Algérie avide de souveraineté et de liberté
Nadira Aklouche-Laggoune
H2M, MO.CO, FRAC Centre, Malakoff...Le Tour de France estival de Sadek RAHIM!

Un été avec Sadek Rahim

Le Grand Tour - Centre d'Art H2M, Bourg-en-Bresse, jusqu'au 25 juillet 2021 - Commissariat: Marie Deparis-Yafil -

Avec aussi: Slim Aarons, Pilar Albarracin, Jean-Paul Albinet, Pierre Ardouvin, Sophie Bachelier, Fayçal Baghriche, Yancouba Badji, Pauline Bastard, Becquemin & Sagot, Delphine Bedel, Catherine Burki, Arnaud Cohen, mounir fatmi, Gaelle Foray, Marco Godinho, Paolo Iommelli, John Isaacs, Sylvie Kaptur-Gintz, Farah Khelil, Esmeralda Kosmatopoulos, Dinh Q Lê, Shane Lynam, Monk, Martin Parr, Bogdan Pavlovic, Philippe Ramette, Emmanuel Régent, Reiner Riedler, Lionel Scoccimaro,, Laurent Tixador, UNTEL, Zevs, Brankica Zilovic

Cosmogonies, la collection Zinsou - MO.CO , Montpellier -Jusqu'au 10 octobre 2021 - Commissariat:  Pauline Faure, Senior Curator, et Rahmouna Boutayeb, Chargée de projets - Sous la direction artistique de Nicolas Bourriaud

Avec également: Léonce Raphaël AGBODJELOU, ASTON, lshola AKPO, Joël ANDRIANOMEARISOA, Sammy BALOJI, Pierre BODO, Frédéric BRULY BOUABRE, Seyni Awa CAMARA, Chéri CHERIN, Jeremy DEMESTER, Jean DEPARA, Omar Victor DIOP, Kifouli DOSSOU, Rotimi FANI‐KAYODE, Samuel FOSSO, Pauline GUERRIER, Romuald HAZOUME, Seydou KEITA, Adama KOUYATE, George LILANGA, Ibrahim MAHAMA, Esther MAHLANGU, Emo de MEDEIROS, MOKE, Zanele MUHOLI, Rigobert NIMI, J. D.'Okhai OJEIKERE, Kwesi OWUSU-ANKOMAH, Gérard QUENUM, Sadek RAHIM, Lyndi SALES, Chéri SAMBA, Amadou SANOGO, Malick SIDIBE, Aïcha SNOUSSI, Sanlé SORY, Cyprien TOKOUDAGBA

Quelque part entre le silence et les parlers - Maison des Arts de Malakoff - Jusqu'au 28 novembre 2021 - Commissariat: Florain Gaité

Avec aussi: Louisa Babari Adel Bentounsi Walid Bouchouchi Fatima Chafaa Dalila Dalléas Bouzar Mounir Gouri Fatima Idiri Sabrina Idiri Chemloul Amina Menia

Alger, archipel des Libertés - Frac Centre Val de Loire - Jusqu'au 2 janvier 2022 - Commissariat: Abdelkader Damani et Nadira Laggoune -

Avec également: Sunday Jack Akpan, Marwa Arsanios, Louisa Babari, Fatima Chafaa, François-Xavier Gbré, Caroline Gueye, le projet des Archives des luttes des femmes en Algérie, William Kentridge, Michèle Magema, Fatima Mazmouz, Drifa Mezenner, Mohamed Rachdi, Leïla Saadna, Lydia Saidi, Zineb Sedira, Massinissa Selmani, Sofiane Zouggar

Et ceux qui passeraient à Florence cet automne, si tant est que cela soit possible, l'exposition "Cities Under Quarantine - The Mailbox Project", qui évoque au travers les récits de plusieurs artistes, à chaque fois sous la forme d'un livre contenant textes et photos, le premier confinement, permettra de découvrir Oran à l'heure du Covid et sous l'oeil de Sadek Rahim, dans un parallèle, bien sûr, à la ville décrite par Camus dans La peste.

Villa Romana, Florence, 4 Septembre / 18 December 2021, Curateur Abed Al Kadiri   

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8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 15:31
Bird of pray (Travelling with the inner ennemy), 2013

Bird of pray (Travelling with the inner ennemy), 2013

Arnaud COHEN

Bird of pray (Travelling with the inner ennemy), 2013
Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, éclairage LED
23 cm x 127 cm x 27 cm
Courtesy Arnaud Cohen

Oeuvre à double détente, « Bird of pray » se présente d’abord comme la maquette d’un intérieur d’avion : bienvenue à bord ! Mais, contournant la carlingue vers son nez, on se retrouve face à un bras armé qui pointe, menaçant.
Polysémique, comme souvent les oeuvres de Cohen, on ne sait s’il s’agit là d’une évocation de la peur du terrorisme – lorsque chaque passager devient potentiellement pour les autorités comme pour soi, un possible kamikaze-, ou de cette dissonance cognitive entre injonction à voyager, de plus en plus pour de moins en moins cher, et culpabilité.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - Arnaud COHEN

Aujourd’hui, en montant dans un avion, on emporte avec soi non seulement sa paranoïa mais aussi sa flygskam, mot suédois désignant «la honte de prendre l’avion». Nul ne peut ignorer l’impact climatique de l’aviation de masse, mais peu, parmi ceux qui ont les moyens de se payer un billet, sont capables de se priver de ce plaisir coupable. Pour le citoyen « responsable », l’avion fait partie de ces petits arrangements avec la conscience écologique. Pourtant, s’offrir des voyages en avion et proclamer en même temps vouloir préserver la planète, nous sommes sommés de choisir, sous la menace de notre bilan carbone.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - Arnaud COHEN

L’oeuvre d’Arnaud Cohen aborde le sujet de la responsabilité individuelle dans l’édification de destins collectifs. Il puise ses références autant dans les pratiques situationnistes que dans les mythes et allégories. Sa pratique, relevant souvent de l’appropriation, le porte vers des formes sociales et esthétiques diverses, depuis des objets identifiés tels que des sculptures ou installations jusqu’à des « objets » plus iconoclastes, comme une fondation, une piste de danse ou une émission de télé-réalité. Son travail, entre Histoire et fiction, est régulièrement présenté dans des évènements internationaux, tels que les Biennales de Dakar, de Venise, d’Amérique du Sud, du Caire, et en France, au Palais de Tokyo, au Mémorial de la Shoah, en résidence au Musée de la Chasse et de la Nature. Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles, notamment au Musée Synodal de Sens, à Berlin, à Cologne, et cette année, au Musée National d’Art Contemporain de Bucarest ainsi qu’à la biennale de Kampala.
Né en 1968, Arnaud Cohen vit et travaille entre Palma de Majorque, en Espagne, et son île-usineatelier
du Poitou.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - Arnaud COHEN

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
pour visiter l’exposition).

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 00:34
Untitled, 2011 – 2013 - Courtesy Pauline Bastard

Untitled, 2011 – 2013 - Courtesy Pauline Bastard

Pauline BASTARD

Untitled, 2011 – 2013
3 oeuvres
Matériaux locaux de récupération
Dimensions variables
Courtesy Pauline Bastard

 

Bien que devenu presque obsolète, relégué au rayon inutile par le numérique, l’appareil photo reste, dans l’imaginaire, un indispensable accessoire de la panoplie du touriste. Et si la dimension d’obsolescence est redoublée ici par la reconstitution « artisanale » d’une forme à partir
de matériaux pauvres et divers, la présence de cet objet rappelle combien l’image rapportée est indissociable du voyage. Qui serait capable de
partir en vacances sans prendre aucune photo ?

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1 , Voyage, voyage - Pauline BASTARD

Ici, par une sorte de mise en abîme, Pauline Bastard construit des appareils photos à partir de matériaux récoltés sur place au cours de ses périples. Ils ne prennent aucune photo et pourraient paraitre en eux-mêmes producteurs de souvenirs, s’ils n’étaient finalement peutêtre interchangeables, par ces matériaux qui pourraient tout aussi bien venir d’ici ou d’ailleurs.
Ils incarnent à la fois la promesse de moments mémorables à venir, et l’échec, peut-être la vanité, de vouloir collecter, conserver, figer les images de moments et de lieux. Aujourd’hui, et plus que jamais, avec les smartphones, nous sommes submergés sous des tombereaux d’images, sans plus aucune sélection ni temps de pose. Une fois jetées dans le cloud ou perdues dans les méandres de la mémoire numérique, nous ne les regardons plus. Finalement, nos précieux souvenirs risquent de perdre leur statut, rabaissés au rang d’objet d’une surnuméraire consommation.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1 , Voyage, voyage - Pauline BASTARD

Le travail protéiforme de Pauline Bastard mêle fiction et réalité et s’articule autour du quotidien pour créer un univers poétique, parfois empreint d’une certaine dérision. Elle crée des systèmes en utilisant des matériaux pauvres extraits du quotidien. Par son usage des images (papier, numérique, vidéo, etc.) ou d’objets et outils ordinaires, Pauline Bastard interroge notre rapport à l’image comme outil de communication en la détournant de son sens tout comme elle détourne les objets de leur fonction première, faisant émerger un second degré qui lui estpropre. Travaillant souvent en collaboration avec des scénaristes, anthropologues ou psychanalystes, l’artiste invente des situations et des univers qui mêlent réalité et fiction, comme dans le projet « Alex » (2014) ou encore « Timeshare » (2018), jouant avec l’imagination et les attentes des « regardeurs » qui deviennent de véritables champs d’exploration.
Née en 1982, Pauline Bastard vit et travaille à Paris.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1 , Voyage, voyage - Pauline BASTARD

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
pour visiter l’exposition).

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5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 12:01
Courtesy UNTEL (Albinet / Cazal / Snyers) et mfc- michèle didier

Courtesy UNTEL (Albinet / Cazal / Snyers) et mfc- michèle didier

UNTEL

Untel, la chemise Touriste- Deux chemises homme / femme - Polycoton blanc sérigraphié quadrichromie – Ré-édition 2015 – © UNTEL et mfc- michèle didier – Collection particulière
Untel, la pochette Touriste – 6 Séries d’éléments sous pochette plastique: un dépliant, un passeport, un badge, un magnet, 4 autocollants – Dimensions variables – 2015- © UNTEL et mfc- michèle didier
Untel, photographies de la performance Touriste, Cahors, juin 1978 (Albinet / Cazal / Rouff) et de la performance Fashion Show, Défilé au Louvre, octobre 1978 (Albinet/ Cazal/ Snyers) – Réédition sur carton 2015 -
ainsi que divers éléments
Courtesy UNTEL (Albinet / Cazal / Snyers) et mfc- michèle didier

 

Les artistes se rêvent souvent en voyageurs, sans doute sont-ils le plus souvent touristes, eux aussi.
Certains, comme les artistes d’UNTEL, choisissent de revêtir (au sens propre) le costume du touriste et d’en faire matière à performance.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - UNTEL

Dans la première salle de l’exposition est présenté un ensemble d’objets et de documents, sous la forme d’ un comptoir de vente qui pourrait prendre place dans un terminal d’aéroport, permettant d’acquérir tout ce qu’il faut pour se préparer à être « touriste », avant de prendre l’avion : passeports, vêtements adéquats, et signes de reconnaissance. Tous ces objets ont été imaginés par Untel, un collectif de trois artistes qui furent actifs entre 1975 et 1980.
En juin 1978, UNTEL réalise une performance intitulée «Touriste». Elle consistait à déambuler dans les rues de Cahors et à se faire prendre en photo en duo par un passant, cette action étant simultanément photographiée par le troisième membre du trio. Chacun était vêtu d’une veste et d’un pantalon de peintre en bâtiment blanc, T-shirt blanc, intégralement sérigraphiés du mot TOURISTE. « Le lettrage et la disposition fait penser à ces anciennes valises, recouvertes d’étiquettes au nom des destinations parcourues – Shangaï, Berlin, Las Vegas, London…– Mais, là où la valise bruisse de noms multiples et exotiques, le statut imprimé sur le costume est, lui, obstinément répété – Touriste, Touriste, Touriste – comme une identité à laquelle il serait impossible d’échapper.» (N. Léger).

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - UNTEL

Puis, le 16 octobre 1978, lors de leur performance FASHION SHOW, dans la Grande Galerie du Louvre, UNTEL défile, présentant sa collection TOURISTE, détournant un temps le public des chefs d’oeuvre de l’Histoire de l’art. En 2015, l’exposition «L’art d’être touriste» réactive la performance et donnant lieu à la production des
objets et vêtements présentés ici.

Depuis 1978, le contexte a changé mais les propositions radicales d’UNTEL interrogeant l’acte consumériste restent d’une grande actualité. Les enjeux complexes de l’industrie du tourisme sont devenus cruciaux, et le monde de l’art contemporain n’y échappe pas, transhumant de foires en biennales.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - UNTEL

UNTEL est un groupe d’artistes constitué de Jean-Paul Albinet, Philippe Cazal et Alain Snyers qui, de 1975 à 1980, donnèrent vie à de nombreuses actions dans l’espace public. L’investigation d’un quotidien moderne et urbain – une investigation critique, très imprégnée de mai 68 et de la pensée situationnisteconstitue
l’essence de ces actions et positionne historiquement UNTEL comme post-Fluxus. Mettant en évidence, avec une douce ironie, la banalité et l’insignifiance de ce qui constitue notre quotidien dans ses contradictions et ses aliénations, UNTEL utilise tous les supports et modes d’expression: photographies, films, enregistrements sonores, environnements, gestes, actions corporelles, objets fabriqués, etc. systématiquement documentés et pouvant être réactivés. Ainsi, «La ville 365 jours par an» collecte photographiquement des (non) évènements quotidiens tandis que «Faits divers»documente les actions du groupe. En 1975, au Grand Palais, ils rejouent le «Déjeuner sur l’herbe». En 1977, «Vie quotidienne», au musée d’art moderne de la Ville de Paris, présente 2500 objets du quotidien (journaux, tracts, objets trouvés dans la rue), conditionnés sous vide, à la manière d’un supermarché. Dans «Plus rien à vendre, tout à échanger», ce sont des centaines de déchets qui sont plastifiés et exposés sur un étal du marché de Chalon-sur-Saône. Le groupe se dissout en 1981, apposant pour l’occasion une plaque «commémorative» au Jardin des poètes à Paris.

Le Grand Tour- Visite guidée - Salle 1, Voyage, voyage - UNTEL

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
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