Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
22 avril 2025 2 22 /04 /avril /2025 13:35
PUBLICATION - "Ainsi soient-elles", un texte pour le catalogue de l'exposition de LAURETH SULFATE au Centre d'art Jean-Prouvé, Issoire

Je suis ravie d'avoir été invitée par l'artiste Laureth Sulfate à rédiger le texte du catalogue de son exposition monographique "Ainsi soient-elles"  au centre d'Art Jean-Prouvé, à Issoire. Voici l'intégralité du texte publié dans ce catalogue et que l'on peut acquérir de diverses manières bien sûr, auprès  de moi, de l'artiste ou du centre d'art!

PUBLICATION - "Ainsi soient-elles", un texte pour le catalogue de l'exposition de LAURETH SULFATE au Centre d'art Jean-Prouvé, Issoire

 

(…)

Je suis comme je suis

Je suis faite comme ça

Que voulez-vous de plus

Que voulez-vous de moi

(...)

 

Jacques Prévert (1900 – 1977)

in Paroles, 1946

 

Le titre choisi par l'artiste Laureth Sulfate pour son exposition personnelle au Centre d'art Jean-Prouvé d'Issoire, «Ainsi soient-elles», invite d'emblée à un imaginaire poly sémantique, et, avant même d'avoir pénétré dans l'exposition, nous pressentons déjà que nous allons y découvrir un univers iconoclaste, énergique, probablement engagé vers l'évocation d'une féminité multiple et sororale, mais aussi peut-être teinté d'une forme de spiritualité. Nos attentes ne sont déçues...

«Ainsi soit-il», locution classique dans le discours liturgique – équivalent de Amen- , s'inscrit littéralement comme la conclusion d'une prière: «Espérons qu'il en soit ainsi», ou encore «Acceptons qu'il en soit ainsi» ou peut encore être appréhendé comme une injonction «Qu'il en soit ainsi», c'est-à-dire, tel que Dieu, et/ou ses Saints, le veulent.

Dieu et les Saints, nous le savons, sont souvent des hommes et en choisissant de féminiser et de rendre plurielle cette locution, Laureth Sufate érige d'emblée une loi nouvelle, que l'on pourrait tenter de résumer de cette manière: ainsi faut-il désormais agir tel que les femmes sont, veulent être – ou ne plus être-, seront désormais, poussées par un vent que d'aucun trouveront libertaire, et qui, d'une certaine manière, définit assez bien l'œuvre, les femmes, et la personnalité, puissantes et libres, de Laureth Sulfate.

PUBLICATION - "Ainsi soient-elles", un texte pour le catalogue de l'exposition de LAURETH SULFATE au Centre d'art Jean-Prouvé, Issoire

L'exposition se déploie dans une double dimension prospective-rétrospective. La grande salle présente pour la plupart des œuvres récentes et inédites, certaines spécifiquement réalisées pour le Centre d'art d'Issoire, tandis que les salles attenantes reviennent sur des thématiques et des œuvres qui ont jalonné le parcours artistique de Laureth Sulfate, ainsi que sur la commande que la Ville avait faite à l'artiste d'une fresque, «Le bal des abeilles», que l'on peut admirer Place Suzanne Noël, rendant hommage à cette personnalité historique de l'après-Grande Guerre et pionnière de la chirurgie réparatrice.

 

Au premier plan de cette proposition foisonnante, l'installation interactive «Ainsi soient-elles» présente une série de sept sculptures de vierges Marie – sept, comme le chiffre symbolisant la perfection spirituelle dans la tradition hermétique et la kabbale - sur fond de drapés blancs évoquant, selon, des voiles virginaux, des plis baroques, des suaires ou encore de christiques perizonium. L'artiste a, à dessein, choisi une représentation sculpturale classique, afin de pouvoir en détourner l'iconographie et y superposer des éléments plus iconoclastes. La figure de la Vierge constitue un élément central dans la spiritualité mais aussi, avec le temps, dans la perception de l «être-femme». Incarnant tout ce à quoi l'humanité peut aspirer: la foi, l'espérance, le dévouement, la générosité, la compassion..., ce modèle de vertu pourrait sembler obsolète dans notre monde déchiré, mais l'intérêt que portent les artistes contemporains à cette incontournable figure de l'histoire de l'art démontre à quel point elle prend encore sens aujourd'hui, ouvrant à tout un pan de réflexion sur ce que recouvrent aujourd'hui nos aspirations à la bienveillance, à l'inclusion, à une redéfinition des contours de l'«être-femme»... Retravaillées plastiquement, chacune d'entre elles «s'anime dans un souffle de réalité augmentée, chacune portant une voix unique.», explique l'artiste. «Certaines Vierges murmurent une prière sous forme de chant, des mots d'espoir et de pardon. D'autres, plus légères, entonnent simplement une chanson, comme un écho des émotions universelles portées par les femmes à travers l'histoire, (…), gardiennes vivantes d'un dialogue entre la douleur et la lumière, la mémoire et la transcendance, révélant un pont entre l'histoire humaine et l'éternité» dit-elle encore. L'artiste évoque ainsi des figures de femmes fortes malgré l'adversité et la guerre: sorcières, pourchassées et assassinées au nom de Dieu, «Canary girls»(1) ou «Radium girls»(2), sacrifiées au nom de la guerre...

 

Complétant ce dispositif, l'artiste a imaginé une manière originale et, avec humour, irrévérencieuse, de découvrir quelques unes de ses vidéos. L'œuvre «sous les jupes des femmes» mixe d'une certaine façon l'esthétique d'un prie-Dieu et une forme sculpturale féminine, cachant un écran sous les plis de sa jupe. Entre chaire et confessionnal, cette proposition insolite permet de s'isoler et de s'immerger dans un univers particulier, spirituel et poétique, sulfureux parfois, faisant écho à la réflexion que l'artiste poursuit sur l'«être-femme», entre transitions et métamorphoses, imaginaires et fantasmes.

 

Il est sans doute opportun de s'arrêter ici un moment sur ce qui fait la spécificité et la richesse de l'écriture polymorphe de Laureth Sulfate. Depuis plusieurs années, elle déploie en effet un large arsenal de médiums et de techniques, dont la maîtrise permet de réaliser une œuvre à l'envergure multiple, hybride et baroque, tant sur les plans formel que sémantique, entre sculpture, installation, chant, performance, vidéo ou encore photographie, pour créer des œuvres parfois immersives, interactives, croisant les genres et les limites entre réalité et numérique .

Nombre de ses travaux s'appuie sur un premier temps de prise de vue photographique, soigneusement mise en scène, chorégraphiée, dans laquelle les costumes, les maquillages, les poses sont essentiels. Un travail «traditionnel» de photographie qui s'efface ensuite au profit d'un retravail plus pictural, d'une composition étudiée, tenant du collage. Ici s'ouvre l'étape d'un processus faisant appel au numérique, à la palette graphique, permettant ce rendu coloré, vif, à la fois précis et foisonnant. Le diptyque du «Bal des abeilles», reproduit ici dans son intégralité(3), illustre parfaitement cette profusion visuelle, toujours doublée d'une multiplicité des symboles et des récits. L'artiste sait ainsi mixer avec justesse des techniques traditionnelles de l'art avec des techniques plus innovantes telles que l'IA ou la réalité augmentée...Artiste complète, elle ose, sans se limiter et sans étiquette, faire appel à ses multiples talents: pour la série «Ainsi soient-elles», c'est elle qui a composé et chante le «chœur des vierges», elle encore qui interprète, la dangereuse danse de la performance «Metonomia»(2019), ou sous le voile blanc, la mystérieuse silhouette de la série «Un monde hors de ses gongs» (2019).

 

La Vierge semble encore là, résistante, résiliente, comme une figure de proue, émergeant du chaos, de la destruction, des gravats, de cette ère contemporaine qui tient plus du jeu de la mort que de l'aire de jeu, et dans laquelle le temps, l'espace, l'humanité même, semblent disjoints, pour reprendre l'expression de Shakespeare ("the time is out of joint")(4) qui inspire l'artiste. Dans cette série purement photographique, l'artiste, robe blanche la couvrant intégralement, si ce ne sont ses bras, ses mains, comme des capteurs, des appels, erre dans un paysage de fin, semblant chercher quelque chose, une issue, une révélation peut-être, ou comment réparer ce monde désarticulé, dérangé, déréglé, «hors de ses gongs». Et puis il y a ce geste, qui est celui des conspirateurs et des enfants, des sages et des anges, ce geste du mystère, du secret, du silence, chut!, le doigt posé sur les lèvres: And still your fingers on your lips, I pray, dit encore Hamlet. Quelque part parmi les photographies, la silhouette blanche actant le signe harpocratique atteste du souci de compréhension des mystères du monde et de spiritualité qui l'anime.

Cette aspiration ne sera pas contredite par la série des «Lunatika», série en cours de dessins largement inspirée des mandalas et de leur usage jungien. Réalisée à partir de motifs élaborés directement à la pointe fine, de manière libre, cet ensemble de dessins invite, explique l'artiste, «à un voyage intérieur, où l’art du mandala rencontre l’univers mystérieux de la lune», dont l'influence, sur la nature comme peut-être sur notre psyché, est une question scientifique et ésotérique débattue depuis des siècles. Chaque dessin, aire rituelle, appelle autant au vagabondage de l'esprit qu'à la méditation, et devient ainsi «un miroir de l’inconscient, un champ d’énergie symbolique qui reflète les archétypes dans leurs dimensions les plus profondes et universelles.»

 

PUBLICATION - "Ainsi soient-elles", un texte pour le catalogue de l'exposition de LAURETH SULFATE au Centre d'art Jean-Prouvé, Issoire

Bien qu'empreinte de cet authentique souci de spiritualité, l'œuvre de Laureth Sulfate s'inscrit résolument et joyeusement dans le tumulte du monde, notamment en s'emparant de la rue.

Longtemps, et aujourd'hui encore, Laureth Sulfate a arpenté – et récupéré parfois- les pavés de Lyon, pour y déposer ses œuvres et ses actions performatives. Pour elle, à l'instar de nombreux artistes de street-art, la question du passage de la rue – atelier, comme le disait Daniel Buren, au mur des lieux d'art et musées est un objet de réflexion. Comment faire entrer avec cohérence un art destiné à être perçu par le grand public dans la liberté et le brouhaha de la rue dans le contexte, forcément différemment signifiant, comme tous les artistes le savent depuis Marcel Duchamp, du «lieu de monstration de l'art»? Un vaste débat que l'artiste tente de résoudre à sa manière en retravaillant spécifiquement – par les techniques et les dimensions-, pour l'intérieur, des projets qui existèrent dehors.

Ainsi du projet des «Corona girls»(2020-2021) qui naquirent au moment de l'épidémie mondiale de la Covid-19 et se répandirent d'abord sur les murs de la ville. Au premier regard, les œuvres font écho à toute une iconographie fifties: une imagerie pop issue des pin-up d'après-guerre, d'une féminité, donc, exacerbée et conforme à un modèle déterminé de posture et de séduction. Mais il s'agit bien entendu de se réapproprier ces codes pour les transfigurer, et en modifier le sens. De séductrices convenues, ces femmes se dessinent comme des guerrières -le terme «corona girl» faisant à la fois référence aux «Canary girls» et «Radium girls» que nous avons évoqué plus haut- des femmes fortes, infirmières, médecins, luttant contre la maladie et la mort.

A l'inverse du travail sur les «Corona girls» – mais il s'agit au fond de l'autre face du même questionnement-, la série développée autour du port de la burqa, et de la performance que l'artiste réalisa, requestionne la visibilité du corps féminin dans l'espace public, ici par son invisibilisation justement qui, par sa dimension pour nous fantomatique, le signale d'une manière négative, par soustraction.

Il apparaît ainsi clairement que, d'une manière ou d'une autre, la question du corps des femmes, dans toutes les occurrences politiques et sociétales qu'il implique, autant que poétique et fantasmatique, est bien au cœur des préoccupations de l'artiste.

PUBLICATION - "Ainsi soient-elles", un texte pour le catalogue de l'exposition de LAURETH SULFATE au Centre d'art Jean-Prouvé, Issoire

Dans la dimension rétrospective de l'exposition, une des salles revient sur un travail que l'artiste a développé autour d'une figure de la culture pop, le Joker, ici traité au féminin. Comme un double maléfique et séducteur, «la» Joker questionne les parts sombres, la noirceur sous des dehors colorés, une esthétique dionysiaque – cette folie qui parcourt toute l'œuvre de Laureth Sulfate et qui récuse à l'évidence, pour reprendre la dichotomie nietzschéenne(5), la tentation du calme apollonien, d'une femme apollonienne, docile et mesurée-. Ici trouve-t-on une expression de la démesure, de l'hubris qui caractérise le travail de Laureth Sulfate, mais aussi, parce qu'il n'y a souvent pas de dionysiaque sans tragédie, un visage de la résilience – comment sortir vainqueur d'une tragédie-. Questionnement récurrent dans l'histoire des femmes, intimement parallèle à celle de la nature – que, par exemple, la «tueuse de homard» illustre - malmenées les unes comme l'autre par l'impérialisme du patriarcat systémique, de la violence et des mécanismes de domination.

 

Le diptyque du «Bal des abeilles» synthétise, plastiquement et symboliquement, ces nombreuses représentations et préoccupations égrenées dans l'œuvre de Laureth Sulfate.

D'un côté, des femmes puissantes, chirurgiennes, infirmières, avocates, poétesses, aventurières...sont embarquées sur une folle nef, déclinant des figures symboliques de reconstruction, d'espoir, de monde nouveau, de réinvention, dans une composition fourmillant de détails signifiants.

De l'autre, les voici débarquant sur une terre a priori hostile, «ténébreuse et incertaine». un «monde perdu», décrit l'artiste, le monde disjoint que nous évoquions tout à l'heure. L'œuvre prend alors une tournure eschatologique nettement moins joyeuse, comme une fin de partie. Et ce ne sont pas seulement les femmes mais l'humanité tout entière qui, désormais, tente d'éviter que la partie ne soit définitivement perdue, et que la prédiction nietzschéenne ne se réalise:

«En quelque coin écarté de l'univers répandu dans le flamboiement d'innombrables systèmes solaires, il y eut une fois une étoile sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus arrogante et la plus mensongère de "l'histoire universelle" : mais ce ne fut qu'une minute. A peine quelques soupirs de la nature et l'étoile se congela, les animaux intelligents durent mourir.»(6)

 

Marie Deparis-Yafil

Janvier 2025

 

(1)Durant la Première guerre mondiale, en Angleterre, des femmes travaillaient dans la fabrication d'obus à base de trinitrotoluène (TNT). L'exposition prolongée à cette substance toxique finissait par donner à leur peau une couleur jaune orangé d'où le surnom de "canary girl".

(2)De 1917 à 1926, l’United States Radium Corporation se lance dans l'extraction et la purification du radium à partir du minerai de carnotite afin de produire une peinture fluorescente, fournissant l'armée américaine en montres radioluminescentes. Les "Radium Girls" sont les ouvrières américaines embauchées pour peindre les cadrans de montre et qui, exposées à cette substance, ont commencé à souffrir d’anémie, de fractures osseuses, et de nécrose de la mâchoire., puis de tumeurs cancéreuses des os. Tandis que les les chimistes, connaissant les effets nocifs du radium, évitaient soigneusement de s’exposer au danger, utilisant des écrans de plomb, des masques et des pinces, on demandait aux ouvrières d'épointer les pinceaux avec leurs lèvres, ou de se servir de leur langue pour les effiler. De nombreux décès survinrent, et permirent d'ouvrir un procès historique pour l'histoire du travail ouvrier, à la fin des années 20.

(3)Seule la première partie de ce diptyque est présenté sur la place Suzanne Noël d'Issoire.

(4)William Shakespeare - Hamlet (Acte 1, scène 5), circa 1599

(5)Voir Frederic Nietzsche, La naissance de la tragédie, 1872

(6) Frederic Nietzsche, Le Livre du philosophe, III, 1873

 

 

AINSI SOIENT-ELLES

LAURETH SULFATE
CENTRE D ART JEAN-PROUVE - ISSOIRE

JUSQU'AU 1er JUIN 2025

Partager cet article
Repost0
27 mars 2025 4 27 /03 /mars /2025 12:28
PUBLICATION - CAMILLE SART, SYLVIE KAPTUR-GINTZ in "NOS PARIS CRITIQUES", lacritique.org et Editions NAIMA

Je suis ravie que mes deux textes, "A cette échelle, on ne voit plus les larmes", sur l'oeuvre de Camille Sart, et "L'an prochain à Jérusalem", sur celui de Sylvie Kaptur-Gintz soient désormais publiés et lisibles dans cet ouvrage de référence, "Nos paris critiques", sur une initiative et une invitation de lacritique.org et aux Editions Naïma.

Présentation de l'ouvrage samedi 5 avril à 12h, dans le cadre du salon off ARTPARIS Unrepresented, le Molière, Rue de Richelieu, Paris 1er.

Partager cet article
Repost0
11 février 2025 2 11 /02 /février /2025 09:22
COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

Je suis ravie d'accompagner en tant que curatrice l'exposition personnelle de Régis Sénèque à la Galerie Marguerite Milin, à Paris. 

"L'or des fous", exposition du 5 au 21 février 2025, présente installation, dessins, photos et vidéo, avec également la complicité de Matthieu Gounelle, astrophysicien spécialiste des météorites et attaché au Museum d'Histoire Naturelle de Paris.

(C) Michel Martzloff

(C) Michel Martzloff

Pour compléter cet accompagnement curatorial, j'ai rédigé un texte, que voici:

 

Ce monde est fou,

et l'on en rit,

mais d'un rire qui n'est pas joyeux.

Georges Minois, historien, (1946 -)A propos de L'éloge de la folie d'Erasme (1511)

 

Au milieu du 19e siècle, on moquait les prétendants à l'orpaillage qui, croyant avoir déniché la pépite qui leur assurerait la fortune, n'avaient en fait extrait qu'un morceau de pyrite, un minéral de moindre valeur mais dont l'éclat jaune métallique était trompeur. Venus parfois du bout du monde, poussés par la pauvreté, confiants en l'Eldorado promis, avides d'une vie meilleure et rêvant d'abondance, certains de ces chercheurs éconduits devenaient fous de désillusion, et la pyrite est devenue «l'or des fous». Dans cette course éperdue à la richesse, matérialisée en pépites et paillettes, les fous étaient ceux qui y avait cru et avait perdu.

(C) Sophie Mabille

(C) Sophie Mabille

Dans la performance A valeur variable (2021/2024), Régis Sénèque, tout en répondant au projet d'«oeuvre mobile» initié alors par l'espace Immanence, traverse Paris jusqu'à Aubervilliers, avec ce qui semble une pépite d'or, protégée dans un cube de plexiglass, entre trésor et ready-made, sur le dos, intriguant les passants. Est-il une sorte de Diogène de Sinope, cherchant l'essence de quelque chose dans l'espace public, un sage sorti de la caverne et exhumant la preuve de l'inanité du monde réel, ou un fou plus ou moins conscient de son état, charriant comme un trésor ce qui n'est qu'un morceau de charbon déguisé? Présenté en majesté dans la galerie, ce morceau de charbon sur lequel la transsubstantiation n'est qu'apparente, fait écho à toute réflexion que nous pourrions avoir sur le réel et l'illusion, sur les gouffres qu'il ouvre et les passions qu'elle déchaine.

COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

L'or noir : le charbon, comme le pétrole, met la fièvre et, comme tout ce qui peut rendre riche et puissant, exacerbe les vices si l'on en croit Erasme, le bien connu auteur de l'Eloge de la Folie: l'ivresse du pouvoir et l'amour de soi, la concupiscence et la flagornerie, la licence et l'intempérance...

L'histoire n'est pas nouvelle, voici bien des siècles que l'homme creuse les profondeurs de la Terre pour en extraire ce qui lui semble le plus précieux, le plus proche du divin et le plus désirable, la malléable et éternelle matérialisation du pouvoir et de la beauté, bref, l'ultime objet du désir. Midas en meurt, les Pharaons s'en parent jusqu'à ne pouvoir en supporter le poids, au troisième millénaire avant notre ère, on excavait déjà. Gaulois, Romains, Celtes...en font l'objet de toutes les guerres, partout pendant des siècles on lance des expéditions à la recherche des supposées mines du Roi Salomon. Plus tard, avec la même avidité, l'homme creuse et creuse encore pour y extraire, jusqu'à épuisement du stock, une roche sédimentée bien utile qu'on appelle le charbon. Voilà bien mille ans que le «Seigneur de la terre»** arraisonne peu à peu la Nature par la technique qui n'est plus depuis longtemps un processus de dévoilement mais celui de la «mise en demeure»**, de la «sommation», de la «réquisition»**. Notre examen de conscience ne sera pas bien long pour admettre que la modernité a exigé de la nature que celle-ci se réduise le plus souvent à une réserve que l'on pense légitimement à notre disposition et que l'on voudrait inépuisable.

COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

Comme dans une sorte de phylogénèse, d'abord affleurant à peine à sa conscience, comme souvent, cela faisait de nombreuses années que Régis Sénèque s'intéressait aux pierres, à la minéralogie en général, au charbon, à l'or aussi, divers matériaux que l'artiste faisait entrer de manière récurrente dans son travail sous différentes formes, sans vraiment savoir pourquoi. Il n'avait alors qu'une vague idée de son histoire familiale et de l' implication de celle-ci dans l'histoire coloniale du Viet Nam.

Au travers d'une série de dessins intitulée A la lumière de tes yeux (2024-2025), l'artiste fait écho à cette histoire, esquissant dans le même temps le lien entre toutes ces histoires, depuis les mythes les plus anciens jusqu'aux réalités industrielles et capitalistiques d'aujourd'hui, en passant par ce que signifia, et dit toujours, passés au filtre de nos regards contemporains critiques, et de l'examen de sa propre histoire, l'esclavage, la colonisation, les guerres de conquête territoriale, l'extorsion écologique, l'exploitation humaine. Cette série de portraits de mineurs d'hier et d'aujourd'hui, dont certains sont des enfants, exécutée au pastel gras doré sur fond noir, dévoile et sublime leurs regards presque hallucinés, phosphorescents, illuminés ou brûlants du charbon qu'ils extraient des entrailles de la Terre, en Chine, en Ukraine ou ailleurs...A travers eux s'incarne le glissement de l'instrumentalisation, de la dimension «calculable», pour résonner encore avec l'analyse d'Heidegger, de la nature vers l'humain mais dans le même temps, ici, «Tous brillent dans la nuit pour qui sait les voir»*, ainsi que l'écrit Matthieu Gounelle.

COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

Cette saisissante collection de regards courant le long des murs de la galerie comme une frise chronologique qui nous raconterait comment nous avons annexé les entrailles de Terre au travers des âges nous ramène à un point névralgique, celui de la guerre. Ici s'érige un mur, un mur de parpaings, autre matériau usité par Régis Sénèque sur lequel est dessiné, gris sur gris, les fumées de la guerre. Le temps d’un déplacement pour révéler du réel, est une sculpture-dessin qui lui fut inspirée d'une image d'actualité lors du conflit en Syrie en 2014. Il y est question de la construction et de la destruction, de la fragilité du bâti, de la maison, et de la guerre, lorsque tout devient dérisoire. Dans notre contexte, il prend un sens à la fois hélas toujours très contemporain - en 2025, les images de villes ravagées, ici ou là dans le monde, nous abreuvent jusqu'au paroxysme de notre capacité à nous scandaliser si ce n'est au moins à nous émouvoir- et universel. Car nous savons que, d'une manière ou d'une autre, ce que symbolisent les richesses minières -le pétrole, le charbon, ou l'or- qu'il s'agisse du pouvoir ici ou du divin au-delà, est inscrit au cœur de la guerre depuis toujours.

COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

Mais «c'est l'or que l'homme préfère (…) / l'or dont les paillettes / l'or dont les pépites / l'or dont le lustre / sert comme un fil aux poètes / recouvre la pierre / nous éblouit et nous aveugle, saisit notre main / et la guide / là où sont les démons / là où manquent les prières / là où les conquérants souffrent / buvant cet or dont ils sont si avides (...)»*

L'écran de la vidéo L'or des fous (2025), portée par la voix de Régis Sénèque lisant le poème de Matthieu Gounelle s'ouvre comme une fenêtre, un portail, vers les abîmes du cosmos et de l'infini.

Cela justifie -t-il notre folie? Nous sommes dans l'univers – dans le «silence éternel de ces espaces infinis», comme dirait Pascal*** - comme embarqués dans une boschienne Nef des fous****, dérivant dans des abysses qui nous ignorent, et nous, assez insensés pour s'y accrocher, à ce navire sans voiles ni gouvernail, et qui peut-être ne va nulle part. Au fond, nous n'en savons rien et en vérité, mieux vaut ne pas trop s'en soucier.

Dans les profondes cales de ce navire, nous avons trouvé de quoi nous consoler de notre condition éperdue, des matières auxquelles nous avons donné suffisamment de valeur pour nous entretuer en attendant la fin.

Ici se rejoignent -qui le sait ?- la Terre et le Ciel, ce que l'Univers a sécrété sans nous.

L'exposition L'or des fous, en quelques traits, retrace modestement cette odyssée traversant l'abîme du cosmos et des milliards d'années jusqu'à nous, à la fin. Explosion de supernova, collision d'étoiles, incandescence des magmas: rien que des conjonctures au delà de nos mesures. Tout ce sublime nous a rendu fous.

COMMISSARIAT - Texte  - L'or des fous - Exposition de REGIS SENEQUE, du 5 au 21 février 2025 - Galerie Marguerite Milin, Paris

*«L'or dont le lustre sert comme un fil aux poètes» - Matthieu Gounelle, 2022 - Matthieu Gounelle est un astrophysicien spécialiste des météorites et attaché au Museum National d'Histoire Naturelle de Paris, auteur du poème présenté dans l'exposition

** Selon le philosophe allemand Martin Heiddeger, notamment dans «La question de la Technique», in Essais et conférences, 1954

***Blaise Pascal, Pensées – «Fragment 233»

**** Jérôme Bosch- La Nef des fous – panneau latéral supposé du Triptyque du vagabond - Huile sur panneau, 58 x 32 cm, circa 1500

 

L'or des fous

Solo show Régis Sénèque

Avec l'accompagnement curatorial de Marie Deparis-Yafil

et des textes de Marie Deparis-Yafil et de Matthieu Gounelle

Du 5 au 21 février 2025

Galerie Marguerite Milin

Rue Charles-François Dupuis - Paris 4e

https://galeriemargueritemilin.wordpress.com/

 

Partager cet article
Repost0
10 février 2025 1 10 /02 /février /2025 12:32
Couverture du catalogue Dans la trame de l'étoffe

Couverture du catalogue Dans la trame de l'étoffe

Je suis très heureuse de voir mon texte "La peau du paysage", rédigé en 2019, publié dans la très belle monographie de Dominique Torrente!

PUBLICATION - "La peau du paysage", dans le catalogue monographique "Dans la trame de l'étoffe" - DOMINIQUE TORRENTE

Que serait la « peau d'un paysage »? La surface visible d'une tectonique complexe, architecturale ou non, ce qui affleure au regard et qu'il ne peut jamais totalement embrasser, un territoire souple, comme un revêtement posé sur les accidents et dont on ne verrait jamais l'envers. L'envers du décor. Ou celui du canevas, cet ouvrage d'aiguille pour noble dame popularisé au 19ème siècle, aujourd'hui objet désuet sinon déchu et « indigne d'intérêt », dont le réusage est cependant au cœur du travail récent de Dominique Torrente, et dont le nom désigne – cela peut-il être un hasard ?- en topographie, l'ensemble des points relevés sur le terrain permettant de reconstituer la toile d'un relief par cartographie.

Seulement, lorsque Dominique Torrente demande aux modèles de ses récentes photographies – montrées ici pour la première fois- de porter les canevas brodés, et que ceux-ci s'approprient ces pièces de tissu comme des « peaux » quasi animales, vêtements colorés que seuls leurs corps architecturent, elles leur redonnent vie et parfois aussi, découvrent l'envers du paysage, du décor, de la belle broderie : les fils emmêlés et les nœuds. « Ce dernier côté est moins beau », dirait Schopenhauer, « mais plus instructif, car il permet de reconnaître l'enchainement des fils »¹, autrement dit, comment s'est construite la peau du paysage. Si Schopenhauer compare la vie à une étoffe brodée dont « chacun ne verrait, dans la première moitié de son existence, que l’endroit, et, dans la seconde, que l’envers »¹, c'est probablement davantage l'intérêt et la curiosité pour la forme du travail, de la transformation par l'assemblage de l'épars en un tout constitué, qui nourrissent les recherches de Dominique Torrente.

Car l'espace de la toile brodée, endroit comme envers, forme un territoire – un paysage- complexe, au sens premier, étymologique. Elle est un tout complexe c'est-à-dire un « assemblage » de constituants « tissés ensemble », un « enchevêtrement d'enlacements »², pour reprendre l'expression d'Edgar Morin. Car il n'est pas impossible que Dominique Torrente ait choisi la toile brodée – consciemment ou non – parce qu'elle pourrait endosser en quelque sorte la métaphore originelle de la pensée « complexe » et du paysage comme « complexion » c'est-à-dire ce mode d'être fondamental qui existe, surgit et prend sens au travers de ce qui s'assemble, se noue, se tisse, un objet multidimensionnel aux multiples interactions, un objet qui raconte quelque chose, mais pas seulement son contexte d'origine, un objet d'une insoupçonnée richesse, matérielle et allégorique, ouvrant à une vision multiple et globale, bref, un objet appréhensible, pour reprendre le concept cher à Morin, sur le mode de la « reliance ».

Relier les représentations, les formes, les esthétiques, les histoires, opérer des ponts et des rencontres – ensemble de préoccupations qu'elle place sous le terme générique d' «hybridation »-, c'est précisément ce que produit Dominique Torrente dans ce travail de longue haleine autour du canevas brodé, et c'est justement ce qui en fait la complexité formelle et sémantique.

 

PUBLICATION - "La peau du paysage", dans le catalogue monographique "Dans la trame de l'étoffe" - DOMINIQUE TORRENTE

Il faut d'abord partir de la découverte que fit l'artiste, il y a quelques années, lors d'une résidence à La Ricamarie, près de Saint-Étienne, de ces canevas brodés à l'aiguille, au point de croix ou au point couché, réalisés à la main par les femmes des classes populaires, principalement entre les années 40 et 80. La plupart reproduisent les peintures considérées comme chefs d'oeuvre de la peinture européenne, de Vermeer à Fragonard, de Millet à Renoir...Fascinée par cet « art modeste », « sans grande valeur marchande mais à forte valeur émotionnelle », comme pourrait en parler Hervé Di Rosa³, Dominique Torrente entreprend de les collecter, comme matériaux plastiques, mais aussi comme objets mémoriels.

Elle explique : « Ces pièces textiles une fois lavées sont répertoriées et archivées, et j’en transforme une grande partie, une autre partie est collectionnée afin de garder mémoire de cette étrange pratique des femmes des milieux modestes européens et de constituer un ensemble d’archives.(...)Débarrassées de leur cadre et lavées, ces modestes tapisseries aux teintes encore vives, où chaque point bien net peut évoquer un pixel, sont d’étonnantes traces d’un passé révolu, des tissages de mémoire. (...)Cette matière a une mémoire, comme les pages de publicité ou les textes sur lesquels j’aime intervenir.»

Ces objets d'« art domestique » résonnent chez l'artiste de tout un pan de son histoire personnelle, étroitement mêlé à l'histoire du monde ouvrier du siècle passé. S'y questionnent le processus de travail, le travail manuel en tant que geste, la manifestation concrète de l'acte de « produire », si ce n'est de créer, la question du « faire » au sens propre, le rapport à la matière dans le travail ouvrier et paysan et de façon concomitante, la nécessité de conserver une mémoire de ces modes de travail qui tendent à disparaître dans le monde contemporain. Le travail, comme manière d'inscrire sa volonté dans la matière, se retrouve autant dans la création artistique que comme essence même de transformation du réel à l'image de l'homme, de même que, toujours dans cette perspective hégélienne, le paysage tel que nous le voyons aujourd'hui est essentiellement le fruit de l'activité humaine, d'un effort imposant notre marque à la nature (ce qu'au fond nous appelons aujourd'hui « anthropocène »). Tel est probablement un des sens de ces assemblages que produit Dominique Torrente, cette manière de produire un « paysage » qui soit le résultat d'un assemblage déterminé.

Ainsi par exemple « Les riches heures ou l'éclat de vos mains », installation-juxtaposition de canevas constituant une tenture: tout en rappelant à une tradition iconographique d'esprit médiéval mais aussi aux coutumes décoratives aristocratiques, l'oeuvre fait écho au travail manuel comme puissance de représentation, de production d'image, « l'éclat » comme un hommage aux mains ouvrières de ces femmes produisant ces objets, tandis que Dominique Torrente, en les assemblant ainsi, construit une sorte de paysage iconographique, un paysage « modeste » lui aussi, y infusant une affection liée à l'histoire de ces toiles brodées.

Car cette sensibilité particulière au monde ouvrier, dont elle est issue, se nourrit au souvenir d'une enfance passée dans une région marquée par l'industrie textile, et d'une maison régulièrement envahie de tissus et d'étoffes: en travaillant sur ces toiles brodées, elle a, dit-elle, «retrouvé la fulgurance de (s)on attrait pour ces fibres, ces amoncellements de matières souples, molles, épaisses, aux couleurs chatoyantes car enfant, textiles et broderies envahissaient, s’amoncelaient, débordaient de la table de couture de (s)a mère. »

 

De nombreux artistes aujourd'hui, se réfèrent au média textile, et notamment à la broderie, pour signifier et le cas échéant s'en prendre à, la dimension domestique et « typiquement» féminine de cette activité. Dominique Torrente semble inverser le processus critique, voyant en cette activité certes spécifiquement « pensée » pour les femmes une brèche ouverte sur la création dans la répétition ménagère, un espace de liberté arrachée au quotidien ouvrier et aux tâches domestiques, un prétexte au repos si, pour reprendre les mots de Virginia Woolf, « le repos n’est pas l’inactivité mais le goût de se livrer à une activité différente », bref, une immatérielle mais réelle « chambre à soi »

 

PUBLICATION - "La peau du paysage", dans le catalogue monographique "Dans la trame de l'étoffe" - DOMINIQUE TORRENTE

Etait-ce aussi pour elles, au-delà de la possible dimensions décorative, un moyen d'introduire dans le foyer quelque chose de l'ordre de la culture ? Une entrée au musée où l'on ne va jamais, aux livres auxquels on n'a pas accès ? Ces ouvrages féminins, dont le succès va de pair avec l'industrialisation et la consommation de masse, sont pourtant essentiellement considérés comme kitsch par les élites, c'est-à-dire comme l'expression d'une maladroite manière de singer le goût bourgeois, indignes d'un quelconque rapprochement avec une réelle œuvre d'art. En utilisant ces anciens canevas, Dominique Torrente prend encore une fois à rebours l'attitude désormais convenue face au kitsch, admise voire encouragée, comme tendance esthétique au second degré, et vocabulaire, depuis Warhol jusqu'à Jeff Koons, de nombreux artistes contemporains. Et si l'on veut voir dans son travail une manière de revaloriser cette esthétique approximative, ce serait d'abord en vertu de l'hommage tendre et sincère qu'elle rend à ces femmes, et sans ironie, un acte de « reliance », encore. Ainsi croise-t-elle, dans sa série de sculptures Hybrid Lexis, deux langages esthétiques a priori inconciliables formellement et sociologiquement. Hybridation ou « collage » entre des volumes issus du minimalisme (monochromes, volumes géométriques colorés, évoquant Franck Stella ou Donald Judd), et des volumes recouverts de ces toiles brodées, la série Hybrid Lexis – dans laquelle chaque œuvre est un « Opposite » numéroté- semble rééquilibrer les valeurs, sans a priori.

De même, si Dominique Torrente semble céder à la tendance de la réappropriation, du réusage, de la « seconde vie » des choses qu'elle intègre dans son processus créatif, c'est au regard d'une réflexion menée à la fois sur le front de la question de la mémoire, et sur celui de l'éco responsabilité. Une question qui n'est pas nouvelle, comme en témoigne son œuvre « Territoire souple, flexible et recyclable », composée de fragments, de chutes, de canevas brodés rescapés de ses autres œuvres, sorte de paysage colorimétrique, par lequel elle rend un hommage, visuel et sémantique, à Tony Cragg. Car à l'instar du sculpteur britannique dans ses premières périodes, et notamment dans les années 70, il s'agit bien pour Dominique Torrente de créer une œuvre à partir des rebuts du monde industriel, fussent-elles ses émanations culturelles comme le sont ces canevas produits en grand nombre pour le grand nombre. Comme Cragg, elle opère ici un travail de recyclage formel, entre fragmentation et recomposition, dans une sorte d'archéologie contemporaine ( voir son œuvre « Vestiges », 2017)

PUBLICATION - "La peau du paysage", dans le catalogue monographique "Dans la trame de l'étoffe" - DOMINIQUE TORRENTE

"Ainsi les débris de la civilisation se déposent en couches successives créant le terrain fertile sur lequel germera le futur", écrit Tony Cragg, signifiant cette réflexion nécessaire sur le sens de l'oeuvre d'art. Par cette œuvre hommage, comme par d'autres, par ses dessins notamment, qui parfois intègrent des fragments de canevas, le travail de Dominique Torrente semble s'inscrire dans une réflexion proche de la mouvance slow art. Dans un monde littéralement submergé d'objets en surnombre, réfléchir à la manière dont est produite l'oeuvre (à partir de quels matériaux, dans quelles conditions) et à la légitimité de sa présence au monde ( ce qu'elle dit, ce qu'elle donne, sa nécessité) est inévitable, et Dominique Torrente ne contourne pas cette responsabilité : elle est au contraire, historiquement, politiquement, écologiquement, au cœur même de son travail.


 

¹ Arthur Schopenhauer- Aphorismes sur la sagesse dans la vie - Chapitre VI : "De la différence des âges de la vie".

² « Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot "complexus", "ce qui est tissé ensemble". Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie la figure d’ensemble » - Edgar Morin, « La stratégie de reliance pour l’intelligence de la complexité », in Revue internationale de systémique, vol. 9, n° 2, 1995

³ Hervé Di Rosa, « père » du concept d' « Art Modeste » et du MIAM (Musée International des Arts Modestes, à Sète), fondé en 2000.

Dominique Torrente explique que les maisons produisant ces modèles de canevas avaient « parié sur le fait que les femmes allaient introduire un geste de travail de couture (façon tapisserie) et non pas de peinture dans ces reproductions, car la couture était le seul domaine d’expression qui leur était permis. »

Virginia Woolf – Une chambre à soi - 1929


 

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2024 5 13 /12 /décembre /2024 15:37
L'autre- Photo: D/ Gintz

L'autre- Photo: D/ Gintz

Je suis très heureuse d'avoir pu répondre à l'invitation de http://lacritique.org pour rédiger deux textes sur deux artistes, un artiste dit "émergent" et un artiste dit "confirmé", pour la rubrique "Nos paris critiques"

Je présente donc ici le second texte, que l'on peut retrouver sur le site de lacritique.org

https://www.lacritique.org/sylvie-kaptur-gintz-lan-prochain-a-jerusalem/

sur l'oeuvre de Sylvie Kaptur-Gintz et sous le titre

"L'an prochain à Jérusalem"

Bonne lecture!

Partager cet article
Repost0
27 novembre 2024 3 27 /11 /novembre /2024 16:03

Je suis très heureuse d'avoir pu répondre à l'invitation de http://lacritique.org pour rédiger deux textes sur deux artistes, un artiste dit "émergent" et un artiste dit "confirmé", pour la rubrique "Nos paris critiques"

Je présente donc ici le premier texte, que l'on peut retrouver sur le site de lacritique.org

https://www.lacritique.org/camille-sart/

sur l'oeuvre de Camille Sart et sous le titre

"A cette échelle, on ne voit plus les larmes"

Bonne lecture!

Partager cet article
Repost0
29 juillet 2024 1 29 /07 /juillet /2024 12:45
COMMISSARIAT - Treize mois pour sauver les artistes- Varian Fry et son combat - Visite guidée 1

Ce fut une intense aventure que le travail mis en œuvre pour réaliser cette exposition. Accompagnée d'Emmanuelle Polack, historienne de l'Art, chercheuse et chargée de mission au Louvre au département des spoliations, il a fallu, en quelques mois, monter cette exposition de A à Z, ainsi qu'un catalogue de 72 pages!

Commissariat muséographique complexe pour cette exposition assez exceptionnelle, tant par son sujet que par les œuvres que nous avons réussi à réunir...Je suis vraiment heureuse du résultat, que je partage ici, pas à pas.

Le Chambon sur Lignon est un village de 2500 habitants, dont la population se multiplie l'été arrivant, un lieu chargé d'histoire, attachant, un village dont une partie de la population a été nommée Justes parmi les nations, une exception! Et une découverte pour moi...

Une des deux gravures de Victor Brauner visible dans l'exposition a été choisie comme visuel de l'exposition, ici présentant l'exposition en vitrophanie monumentale, mais aussi en couverture du catalogue, flyers etc...

Pour cette première étape de la visite, je tiens à remercier:

Emmanuelle Polack, bien sûr, pour sa confiance et notre collaboration fructueuse

Le Mémorial de la Shoah, sa direction, pour la confiance accordée et renouvelée

L'équipe du Lieu de Mémoire, et en particulier Floriane Barbier

Les prêteurs, facilitateurs, aidants de toute sorte:

Galerie 1111, Lyon – Laurent Giros

Galerie 1900-2000, Paris – Collection David et Marcel Fleiss

Galerie de l'Institut, Paris – Yves Lebouc et Anne-Gaëlle Lebouc

Galerie Le Minotaure, Paris – Benoît Sapiro et Judit Baranyai

Galerie Pauline Pavec, Paris – Pauline Pavec

Galerie Zlotowski, Paris – Yves Zlotowski

Indivision Ida Chagall/Michel Brodsky

Monsieur Alain Tarica

 

Ainsi que

 

Association Atelier André Breton – Constance Krebs

Galerie Berthet-Aittouarès, Paris

Sarah Bloomfield

Aube Elléouët Breton et Oona Breton

Catherine Burki

Sébastien Chauffour (MAE)

Christophe Chouard

Nadia Ficara

Peggy Franckstone

Chloé Gaudron

Ambre Gauthier

François Gousset

Bertrand Hugues

Marin Karmitz

Jean-Louis Losi

Céline Moine

Jean-Claude Planchet

Alan Riding

Charlotte Norberg

Sylviane Sarfati

Dominique et Norbert Torrente

Et Madame Eliane Wauquiez

Région Auvergne Rhône-Alpes, Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Fondation Rothschild, Département de la Haute-Loire, DRAC Auvergne Rhône-Alpes, Association pur la Mémoire des enfants cachés et des Justes

Karine Barou, Tania Hagemeister

 

Partager cet article
Repost0
24 juillet 2024 3 24 /07 /juillet /2024 10:08
PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"

Je suis ravie d'annoncer la sortie de la monographie de Shigeko Hirakawa, artiste japonaise vivant et travaillant en France depuis près de quarante ans. Quarante ans de création et un corpus impressionnant, dans lequel prend place de belle manière une oeuvre, '"L'Ange de feu" qui a marqué et dont se souviennent encore tous ceux qui l'on vu.

Nous avions commandité cette œuvre auprès de Shigeko en 2013, dans le cadre de l'exposition "Au delà de mes rêves" que j'avais curaté au Monastère royal de Brou. Une œuvre in situ réalisée pour la nef de l'Eglise du monastère, sublime, mystérieuse et émouvante. 

Quel plaisir que Shigeko m'ait demandé de republier dans ce ouvrage le texte rédigé alors, ainsi qu'un texte de Claude Guibert, sur cette œuvre qui a été beaucoup vue, aussi, dans la presse et sur les réseaux.

ce fut une très belle aventure et ce catalogue est une merveille!

PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"
PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"
PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"

Visualiser le silence

Shigeko Hirakawa

Editions La Manufacture de l'Image

ISBN: 

978-2-36669-074-3

PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"
PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"
PUBLICATION - Retour sur "L'Ange de feu" de Shigeko Hirakawa dans sa monographie "Visualiser le silence"

J'en profite pour re publier quelques images de cette exposition "Au delà de mes rêves" (2013) qui déployait, sur les deux sites du Monastère royal de Brou et de H2M, une vaste exposition autour de la thématique du rêve, de la nuit, et de la mort...Une exposition rassemblant des oeuvres de tous médias, avec de nombreux artistes d'horizon divers, de Monica Mariniello à Sophie Calle, de Rei Nato  Robert Longo, de Chiharu Shiota à Katia Bourdarel, de Corine Borgnet à Mai Tabakian, de Jan Fabre à Sylvie Kaptur-Gintz...sans compter le fameux mur de rêves érotiques...

1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle
1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle

1- Monica Mariniello 2- Gabriela Morawetz 3- Chiharu Shiota 4-Yveline Tropéa, Robert Longo, Chiharu Shiota 5- Sylvie Kaptur Gintz, Mathieu Pernot 6- Vanessa Fanuele, Robert Longo 7- Shigeko Hirakawa 8- Sophie Calle

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2024 5 19 /07 /juillet /2024 19:17
REVUE DE PRESSE - "Treize mois pour sauver les artistes. Le combat de Varian fry" - On en parle ce week-end!
REVUE DE PRESSE - "Treize mois pour sauver les artistes. Le combat de Varian fry" - On en parle ce week-end!
REVUE DE PRESSE - "Treize mois pour sauver les artistes. Le combat de Varian fry" - On en parle ce week-end!

Merci à la presse régionale de Haute-Loire de parler de notre exposition au Chambon sur Lignon : une bonne idée pour une sortie ce week-end! :)

 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2024 5 12 /07 /juillet /2024 11:51
Varian Fry dans les rues de Marseille

Varian Fry dans les rues de Marseille

https://www.france.tv/france-3/auvergne-rhone-alpes/ici-19-20-auvergne/6221960-emission-du-jeudi-11-juillet-2024.html (à partir de la min 14)

 

Ravie de ce très sympathique reportage, avec de belles images de l'exposition, et des réaction du public...Merci France 3!

Partager cet article
Repost0

Recherche

Liens