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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 11:42
Série Remains of th day, 2011- 2020 - Courtesy Arnaud Cohen

Série Remains of th day, 2011- 2020 - Courtesy Arnaud Cohen

Allez, c'est parti pour la grande visite guidée "virtuelle" du Grand Tour. On ouvre l'exposition dès l'entrée, au bas de l'escalier 18e, avec cet ensemble d'oeuvres d'Arnaud Cohen, entre tourisme vintage et archéologie du futur.

Arnaud COHEN

Remains of the day #1, 2011 - Aluminium, fibre de verre, et résine - h 103 cm x 67 cm x 125 cm- Remains of the day #2, 2011 - Aluminium, fibre de verre, et résine - h 94 cm x 105 cm x 105 cm - Remains of the day #3 - Le Fantôme du Stylite (a - former tribute to Rauschenberg), 2011-2020 - Aluminium, fibre de verre, et résine
h 259 cm x 105 cm x 105 cm - Courtesy Arnaud Cohen

 

Trois colonnes de style antique, évoquant un de ces sites archéologiques prisés des touristes, accueillent le visiteur au bas de l’escalier menant aux salles d’exposition. Echo de souvenirs d’enfance de l’artiste, ils rappellent aussi à tous les férus d’art et d’histoire leurs propres souvenirs d’excursions ensoleillées en Grèce,
en Italie, ou en Tunisie... Pourtant, à y regarder de plus près, si ces ruines épousent bien une forme identifiable, elles ressemblent davantage à des bouteilles de Coca-Cola®, tronquées, qu’à des colonnes doriques...Ces vestiges, alors, ne seraient-ils pas ceux de notre civilisation plutôt que d’un ancien monde ? Ne serions-nous pas devant les traces d’une archéologie du présent ou, autrement dit, devant les vestiges -déjà- de notre société de consommation parvenue à bout de souffle de sa décadence ?
Comme dans un roman ou un film d’anticipation, nous voici touristes du futur, découvrant au détour d’un monument, ces vestiges d’un temple dont les marchands ont fui. Ou, à l’instar du Capitaine Taylor, dans la dernière scène du film « Planet of Apes » (« La Planète des singes », Franklin Schaffner,1968), découvrant sur la plage, horrifié, les vestiges à moitié ensevelis de la statue de la Liberté, devant les restes d’un monde qui doit disparaître...
Un étrange animal hybride, mi chèvre mi léopard, joue le stylite, la vigie, le phoenix, le gardien de la mémoire du site ou l’annonciateur d’un monde nouveau...


 

Le Grand Tour - Visite guidée - Ouverture de l'exposition, escaliers - Arnaud COHEN

L’oeuvre d’Arnaud Cohen aborde le sujet de la responsabilité individuelle dans l’édification de destins collectifs. Il puise ses références autant dans les pratiques situationnistes que dans les mythes et allégories. Sa pratique, relevant souvent de l’appropriation, le porte vers des formes sociales et esthétiques diverses,
depuis des objets identifiés tels que sculptures ou installations jusqu’à des « objets » plus iconoclastes, comme une fondation, une piste de danse ou une émission de télé-réalité. Son travail, entre Histoire et fiction, est régulièrement présenté dans des évènements internationaux, tels que les Biennales de Dakar, de Venise, d’Amérique du Sud, du Caire, et en France, au Palais de Tokyo, au Mémorial de la Shoah, en résidence au Musée de la Chasse et de la Nature.
Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles, notamment au Musée Synodal de Sens, à Berlin, à Cologne, et cette année, au Musée National d’Art Contemporain de Bucarest ainsi qu’à la biennale de Kampala.
Né en 1968, Arnaud Cohen vit et travaille entre Palma de Majorque, en Espagne, et son île-usineatelier
du Poitou.

 

Le Grand Tour - Visite guidée - Ouverture de l'exposition, escaliers - Arnaud COHEN

LE GRAND TOUR

Exposition collective du 19 mai au 25 juillet 2021
H2M - Espace d’art contemporain, 5, rue Teynière à Bourg-en-Bresse
Entrée libre et gratuite, du mercredi au dimanche
de 13 h à 18 h (pas de réservation nécessaire
pour visiter l’exposition).

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 12:13
Visuel de l'affiche : "Le monde nomade", Marco Godinho, courtesy Marco Godinho et 49 Nord 6 Est / FRAC Lorraine

Visuel de l'affiche : "Le monde nomade", Marco Godinho, courtesy Marco Godinho et 49 Nord 6 Est / FRAC Lorraine

C'est avec un plaisir qu'il me serait impossible de dissimuler que je peux aujourd'hui annoncer l'ouverture de l'exposition Le Grand Tour, au Centre d'Art H2M, à Bourg-en-Bresse.

L'exposition, qui devait se tenir du 7 novembre 2020 au 21 février 2021 se tiendra finalement du 19 mai au 25 juillet 2021!

Mes remerciements premiers vont à la Ville de Bourg-en-Bresse et à l'équipe de H2M, qui ont souhaité maintenir coûte que coûte l'exposition jusqu'au terme possible de la programmation.

Cette exposition, qui dispose au voyage, et réfléchit aux enjeux du tourisme, et de l'industrie touristique de masse, avait été conçue bien avant la pandémie. A ce moment-là, rien n'indiquait que l'exposition, partie intégrante, à sa manière, de l'industrie touristico-culturelle, subirait le sort de la fermeture et du silence, et qu'un évènement mondial viendrait requestionner le sens de l'exposition.

Le premier volet de ce projet, intitulé tout simplement Touriste!, devait prendre place à l'Espace d'Art de Mitry-Mory. J'y avais, deux ans avant, réalisé une exposition intitulée Venus Vesper, autour du féminisme et des féminités , et j'avais alors remarqué l'incessant ballet des avions au dessus du centre d'art, dû à la présence de l'aéroport de Roissy tout proche. Faire ce premier volet d'une exposition critique sur le tourisme de masse à deux pas de Roissy et sous les vombrissements des avions me semblait tout indiqué.

Las, après une semaine d'ouverture, l'exposition ferme, c'est le premier confinement, et plus un seul avion décolle de ni n'atterrit à Roissy. Situation totalement inédite donc...Sans autre solution pour faire exister un peu l'exposition, qui ne rouvrira jamais, j'en égrène les photos, les oeuvres, au fil des jours, sur ce blog. Un petit catalogue reste publié, et l'affiche reste un choix d'anthologie, avec deux des trois Untel en touriste for ever.

Le Grand Tour / La Grande Ouverture dans le monde d'après...

Heureusement, pensais-je, un second volet est prévu. Une deuxième exposition, reprenant en partie l'exposition de Mitry Mory et enrichie de nouvelles oeuvres, est prévue au centre d'art H2M de Bourg-en-Bresse, en novembre 2020. Sous le nom de "Le Grand Tour", clin d'oeil à la tradition aristocratico-bourgeoise des voyages d'éducation et d'humanité des siècles passés qui, d'une certaine manière, ont participé au développement du "tourisme" puis du tourisme de masse, le Grand Tour élargit le propos et les propositions artistiques.

Las encore, jusqu'au dernier jour de montage, nous aurons cru pouvoir ouvrir..en novembre, puis en décembre...puis en janvier...bref..des mois durant, l'exposition , prête à vivre, exposition fantôme dans le silence, attend son hypothétqiue tour.

Pendant ce temps, dans le monde, l'industrie du tourisme s'est arrêtée net: plus de paquebot de croisières, d'avions, de charters, de club vacances ni de musées. Cet arrêt subit et massif du tourisme et de tout ce qu'il génère conduit à se questionner à nouveau sur le sens de l'exposition. Si elle n'était pas en soi une exposition complètement  à charge contre le tourisme - on y évoque aussi, l'imaginaire du voyage et le paysage-, cette exposition, dans ce contexte de sortie de crise sanitaire ayant conduit à l'arrêt total de l'industrie du tourisme, peut-elle avoir le même sens qu'avant la crise? S'il nous parait absurde d'appeler à l'arrêt de l'activité touristique - on a vu non seulement comment nombre d'économies (et l'économie, ce sont aussi des gens qui vivent grâce à ...) sont dramatiquement impactées, mais aussi comme la possibilité du voyage est une nourriture émotionnelle, intellectuelle, nécessaire-, on peut légitimement aspirer à une sorte de tourisme raisonné, et devenu raisonnable, par la force de la loi - les paquebots enfin interdits à Venise-, ou par de nouvelles habitudes de consommation. Mais tous, qui avons été privés de cette liberté de pouvoir potentiellement partir, n'avons nous pas comme une folle envie de prendre le premier avion venu? Ne sont peut-être pas seulement Cassandre ceux qui prédisent un retour encore plus puissant, et dévastateur, du tourisme de masse dans les années qui viennent.

Aussi, l'exposition Le Grand Tour, les questions qu'elle pose et les artistes qui en parlent , restent-ils pleinement, et plus que jamais d'actualité, entre nos envies - bien légitimes- de partir enfin! et ce que la pandémie nous aura appris...ou non.

Les oeuvres choisies auront sans nulle doute une saveur nouvelle dans ce contexte unique dans notre histoire, et c'est donc avec grande joie que je vous invite à venir les découvrir dès le 19 mai. 

Je serais sur place, plusieurs jours, Les 21 et 22 mai, puis en juin et juillet, pour vous conduire dans l'exposition et vous raconter Le Grand Tour. N'hésitez pas à revenir vers moi pour que je vous informe sur ces dates (mdeparisyafil@gmail.com)

une petite image en avant-première, avec le coin "documentation" façon salle d'attente d'agence de voyage, avec une affiche "Visit Lesbos " de Monk, et deux photogrpahies de Sophie Bachelier

une petite image en avant-première, avec le coin "documentation" façon salle d'attente d'agence de voyage, avec une affiche "Visit Lesbos " de Monk, et deux photogrpahies de Sophie Bachelier

LE GRAND TOUR

DU 19 MAI AU 25 JUILLET 2021
PREMIERE VISITE GUIDEE PAR LE COMMISSAIRE: JEUDI 22 MAI

H2M - espace d’art contemporain
Hôtel Marron de Meillonnas
5, rue Teynière
01000 Bourg-en-Bresse
04 74 42 46 00
Entrée libre et gratuite – ouvert du mercredi au dimanche de 13 h à 18 h

 

Avec

Slim Aarons (US), Pilar Albarracin (Espagne), Jean-Paul Albinet (France), Pierre Ardouvin (France), Sophie Bachelier (France), Fayçal Baghriche ( France-Algérie), Yancouba Badji (Sénégal), Pauline Bastard (France), Becquemin & Sagot (France), Delphine Bedel (France- Pays-Bas), Catherine Burki (France), Arnaud Cohen (France), mounir fatmi (Maroc), Gaelle Foray (France), Marco Godinho (Luxembourg - Portugal), Paolo Iommelli (Italie), John Isaacs (Grande-Bretagne), Sylvie Kaptur-Gintz (France), Farah Khelil (Tunisie), Esmeralda Kosmatopoulos (Grèce), Dinh Q Lê (Viet-Nam), Shane Lynam (Irlande), Monk (Belgique), Martin Parr (Grande-Bretagne), Bogdan Pavlovic (Serbie), Sadek Rahim (Algérie), Philippe Ramette (France), Emmanuel Régent (France), Reiner Riedler (Autriche), Lionel Scoccimaro (France), Laurent Tixador (France), UNTEL (France), Zevs (France), Brankica Zilovic (Serbie- France)


Un immense remerciement aux artistes et aux prêteurs qui tous, ont accepté la prolongation des prêts. Merci à eux!


10 Chancery Lane Gallery, Honk Hong - 49 Nord 6 Est / FRAC Lorraine – Carpenters Workshop Gallery, Paris / Londres / New-York / San Francisco - H Gallery, Paris – Galerie In Situ-Fabienne Leclerc, Romainville - Galerie Bertrand Grimont, Paris - Jane Lombard Gallery, New- York - Mfc- Michèle Didier, Paris – New Galerie, Paris - Galerie Jérôme Poggi, Paris - Galerie Praz-Delavallade, Paris / Los Angeles - Galerie Laure Roynette, Paris - Studio mounir fatmi, Paris – Studio John Isaacs, Berlin – Galleria Officine dell'immagine, Milan - Galerie Vallois, Paris – Galerie Xippas, Paris

 

 

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 16:42
LE TEMPS QU'ELLE FAIT - Francine FLANDRIN à la Galerie L'Oeil Histrion, Caen - Save the date 18 septembre!

Je suis ravie d'ouvrir cette saison "si particulière" avec ce texte rédigé pour "Le temps qu'elle fait",  la première exposition solo de Francine FLANDRIN à la Galerie L'Oeil Histrion, à Caen.

Vernissage vendredi 18 septembre: j'y serai!

Working -  huile sur jean, cloche en verre soufflé, bois, laiton gravé. H 53 cm, ø 23 cm.

Working - huile sur jean, cloche en verre soufflé, bois, laiton gravé. H 53 cm, ø 23 cm.

FRANCINE FLANDRIN  - «Le temps qu'elle fait»

 

 

«Là où on croyait voir du sublime, on découvre seulement la dérision»

Sarah Kofman, à propos de Nietzsche

Pourquoi rit-on?

Editions Galilée, Paris,1986

 

Pour sa première exposition personnelle à la Galerie L'Oeil Histrion, l'iconoclaste Francine Flandrin déploie toute la mesure d'un travail dont l'esprit hétérodoxe frappe dès le premier regard. Peintures et dessins, sculptures et objets réunis en cabinets de curiosité (ou en plus désinvoltes «chambres des merveilles»), qui rendent sans aucun doute la vie plus intéressante que l'art : l'art de Francine Flandrin est un palimpseste habité d'un inassouvi appétit d'images et de mots qui tous convergent vers l'impossible conjonction du temps qui passe et de la liberté qui fuit.

Voilà pourquoi, sonate plutôt profane ou pièce en trois actes, se déploie, se noue et se dénoue le «temps qu'elle fait». Cette approximation syntaxique polysémique, clin d'œil à la fusion des genres, dévoile d'emblée l'intention de se laisser submerger par delà l'anodin en même temps que par une réappropriation ludique de l'ordinaire, passé aux filtres et ravages de sa créativité, de son humour et de son sens de la dérision, dans la glorieuse lignée de Dada et Fluxus. «Le temps qu'elle fait» est une totalité, un manifeste à l'intense foisonnement, moins démiurgique qu'il n'en a l'air - Francine Flandrin ne fait ni la pluie ni le beau temps -, mais plus réjouissant pour l'œil et l'esprit que notre épidémique horizon.

Le temps qu'elle fait I - Le temps qu'elle fait c'est d'abord le temps qu'elle prend. Le temps de l'œuvre comme on dit, celui, incompressible - cet espace dans l'espace de l'atelier - dans lequel l'artiste cherche, tâtonne, essaie, se confronte aux matières, aux matériaux et aux questions techniques à résoudre pour produire l'œuvre qu'elle a en tête. Chez Francine Flandrin, il y a cette démarche, partagés par de nombreux artistes contemporains, de multiplier les médiums pourvu que l'idée prenne forme. Et chez elle, cela va de la sculpture au moulage pâtissier, de la céramique au chocolat, de l'ex-voto à la peinture de grand format, de la photographie au dessin, de l'entomologie au jeu de société… Puisque «tout est art», tout est bon à prendre dans les objets d'un quotidien passé ou présent qui tous peuvent, par glissement pratique ou sémantique, devenir autres, dire quelque chose de nouveau, ou dont, plus exactement, elle s'ingénie à donner  /  masquer un sens, dans cet écart permanent, qui est un peu sa marque de fabrique, entre le visible et le signifié.

De ses origines familiales elle garde un sens aigu du travail, non pas la glorification du travail - police que condamnait Nietzsche mais celle du travail agissant sur le réel, qui prend chez l'artiste la forme de la poïétique. Ainsi par exemple le triptyque Painting - Performance - Working (2018) : sa tenue de travail, une peinture détruite, et les restes d'une performance, emballés ficelés façon globes de mariée 19ème, «capsules», dit-elle, «de temps et d'énergie». Forces créatrices que Francine Flandrin dépense sans compter.

Mulholland Dive -  xylocope violet, céramique émaillée platine, ivoire. L 22 x P 13,5 x H 33 cm, 2020

Mulholland Dive - xylocope violet, céramique émaillée platine, ivoire. L 22 x P 13,5 x H 33 cm, 2020

Le temps qu'elle fait II - Le temps qu'elle fait signe sa liberté, tandis que la rigoureuse érudition qui sous tend la plupart de ses œuvres ne masque jamais le souffle dionysiaque qu'elle entend leur donner.

Chez Francine Flandrin, l'invention est toujours au service d'une audace, que l'on retrouve autant dans ses actions performatives (Portier de Nuit pour Accessoires Indispensables (2012), Parachutée, une performance dégonflée qui tombe à pic (2013), Marseille à tous points de vue (2013), Légendaires Apostrophe(s) (2017)) que dans, par exemple, l'inattendue L'Ecce Homo (2012), sein de faïence surmonté d'un téton de chocolat blanc, déclarée première sculpture léchable et rechargeable, se promenant librement entre détournement à l'esprit Dada, sculpture éphémère très Fluxus, et Eat Art.

Francine Flandrin ose. Faire du cul un bijou pour les mains (et par la même occasion ravager en trois lettres le discret charme bourgeois d'un innocent jeu de Scrabble®) avec son désormais célèbre Mot compte triple (depuis 2012) qu'elle n'hésite pas à proposer en version (poule) de luxe, en or et ivoire gravé.

Sorte de Clara Tice de notre temps, la voici se lançant dans un commentaire tout personnel, à la gouache, d'illustrations érotiques des années 30, hors textes d'un mystérieux et bien nommé (!) Jean-Martinet, auteur d'ouvrages aussi pertinents que "Matée par le fouet" et "Venez ici, qu'on vous fouette !" (Quand je fais mon Lavier BDSM : Flandrin /  Martinet, 2020)

Elle ose, donc, les sauts sémantiques les plus improbables au premier regard, l'incorrect, les oxymores et les ellipses, dans lesquels sens réel et sens métaphorique, sens et non sens se confrontent et se répondent, et il semblerait qu'elle ne craigne jamais les jeux de mots, jeux d'esprit et calembours.

Les mots justement. De son Manifeste Hue Dada - redoublant la référence historique et l'absurde -, aux titres soigneusement choisis de ses œuvres, Francine Flandrin joue de l'histoire de l'art comme d'un alphabet. Mais au delà, on retrouve souvent chez elle quelque chose de cette jouissance immédiate et enfantine du bruit des mots (ce qui fit dire que Tzara avait choisi ce mot, «dada», pour mimer le balbutiement d'un enfant - mais aussi ce qui place Flandrin quelque part aux côtés des lettristes). Entre Rrose Sélavy et Charles Dreyfus, l'innocence est feinte (son C.U.L en apporte la preuve) mais le jeu, fut-il hermétique, règne. DIY poetry (2015), coffret précieux rempli de pâtes alphabet, se présente tout à la fois comme un hommage à la poésie tout entière (et en particulier, donc, à Stéphane Mallarmé («Un coup de dé jamais n'abolira le hasard»)) et comme un défi ludique: il y a dans ce coffret de quoi écrire quelques vers éphémères, jetons en une poignée sur la table pour voir si un poème est possible...

Ouvrir ce coffret rempli de lettres qui ne demandent qu'à signifier, c'est un peu soulever le couvercle de la boîte de Pandore, découvrir ce que les mots recèlent de sens inconscients. Une des peintures présentées dans l'exposition intitulée Un pot de fleurs / Un flot de pleurs : lapsus (2019) lève le voile sur cette partie du travail de Flandrin. Elle explique «Je lis “Les Enténébrés” de Sarah Chiche, quant, à la page 205, je lis et relis à quatre reprises «un pot de fleurs coula de la serrure» au lieu de «un flot de pleurs coula de la serrure». Alors en pleine dépression, je nie l'évidence de la tristesse et de la mélancolie, je comprends mon lapsus... Éclat de rire... J'ai envie de peindre cet éclat». Cette anecdote montre combien sa pratique de la peinture, à la différence du reste de son travail qui relève d'un sérieux champ de réflexion, constitue une activité pour elle directement connectée à son inconscient, dans un élan de «lâché prise». Liberté que l'on retrouve autant dans le geste, ample et déstructuré (ce qui pourrait justifier le titre de la série : «Les explosives»), que dans la diversité des sujets traités, qui n'opèrent aucun continuité apparente, si ce n'est ce fil psychanalytique du lapsus ou du jeu d'image et de mot. N'a-t-elle d'ailleurs pas peint le divan de son psychanalyste menacé d'une imminente et très symbolique explosion (Nan, nan, je t’assure ça va très bien. (2019)) ?

Du lapsus au mot d'esprit, du mot d'esprit à l'ironie, il n'y a qu'un pas que Francine Flandrin, Freud ou Lacan à ses côtés, franchit allègrement, s'il est vrai que le recours aux mécanismes de la dérision reste une efficace dynamique de création.

Ainsi ose-t-elle encore manier l'hommage et l'irrévérence, lorsqu'elle s'approprie Dada pour inventer «Hue dada», sorte de baseline personnelle qui signe son univers, et pour lequel, avec un bel esprit de sérieux de pacotille, elle aura produit le Manifeste, proclamé la République et dont chacun peut devenir citoyen si toutefois on promet allégeance à ses principes et préceptes.

Elle sait manœuvrer pour qu'explosent en douce les prohibitions et que se démasquent les mythes. Car l'humour et l'ironie ici à l'œuvre sont souvent sous-tendus d'une dimension politique. Si, à l'instar de Fluxus, il s'agit toujours, par le renversement ou le n'importe quoi, de garder l'œil révolutionnaire ouvert sur les dérives et les aliénations de la «société du spectacle», son Rikiki Brother, son passeport Hue Dada ou son L'Ecce Homo abordent l'air de rien quelques uns des enjeux du monde contemporain, à l'heure de la surveillance numérique, des drames migratoires ou du renouveau du combat féministe.

Si elle choisit parfois d'être frontale, son travail s'écrit le plus souvent dans une sorte de rhétorique de l'esquive, stratégie qu'elle reconnaît emprunter aux érudits libertins dont la lecture la passionne, s'emparant du politique, ou de l'existentiel par l'investissement symbolique des objets. Ainsi par exemple de l'œuvre Entre la poire et le fromage (2014), sculpture en or et faïence émaillée qui sous l'allure d'un emprunt à une austère et tranquille nature morte «à la Morandi» fait écho pour elle à une réflexion sur le corps, sa dimension forcément politique et sa fragilité, que souligne ce couteau prêt à choir.

Car ce mystère de la chute qui vient, dont sourd l'urgence d'un Carpe Diem : tout est là.

LE TEMPS QU'ELLE FAIT - Francine FLANDRIN à la Galerie L'Oeil Histrion, Caen - Save the date 18 septembre!

Le temps qu'elle fait III- Le temps qui la traverse n'est pas tant celui de la chronologie que celui de la durée, une durée malmenée, compressée, disjointe, comme dirait Derrida reprenant la célèbre phrase d'Hamlet «The time is out of joint»*. Semblable au roi assassiné qui hante et dérange la vie d’Hamlet en errant sur les remparts d’Elseneur, le temps convoque les fantômes, le passé poursuit le présent de ses questions, et tous nous nous assignons à questionner la persistante présence de ce qui n'est plus. Cette condensation du temps / des temps qui «disjoint» l'ordre chronologique est bien ce qui est à l'œuvre dans la série de dessins de grand format que présente Francine Flandrin dans l'exposition. Elle a ressorti des cartons des photos de famille et en redessine l'image sur des papiers de grand format. En 1961, Jacques et Rose filaient le parfait amour, après qu'il lui ait volé un baiser dans le noir. L'histoire familiale en eut-elle été différente si Tinder avait existé ? Et l'oncle Christian, perdu par la fureur de la guerre, aurait-il su davantage qui il était s'il avait connu Grindr ? En rajoutant sur le dessin le logo d'une de ces applications qui font aujourd'hui notre quotidien, l'artiste souligne combien celles-ci s'incrustent dans nos trajectoires de vie à tel point que la vie de nos aïeux, et la notre par là même, auraient été autres... si elles avaient existé à l'époque. A quoi tiennent les destins ?

Ce n'est guère un hasard si Flandrin s'est longtemps passionnée pour les Vanités, et leurs versions contemporaines, ni qu'elle en appelle si souvent au texte de l'Ecclésiaste. Vapeur, buée, fumée... Car en deçà de l'apparente légèreté de son travail, se trame une conscience - conquérante mais forcément inquiète - de l'irréversible et de la disparition. Cette intime et puissante conscience du temps qui dévore et consume traverse bien la plupart de ses œuvres, qu'elle compile ici des objets du passé (ses ex-votos), pose là un insecte sur sa langue (l'autoportrait sculptural Mulholland Dive, 2019), produise une œuvre destinée à disparaitre sous les coups de langue (L'Ecce homo)...

Cette conscience aigue de la temporalité, la conviction d'être «de passage», et la certitude de l'absurde ne peuvent alors conduire qu'à une seule injonction : celle de l'Ici et maintenant. C'est Maintenant, œuvre datée du 26 septembre 2013, jour de l'anniversaire de l'artiste, maintenant ou jamais, maintenant pour toujours, comme un talisman, un serment, une promesse. Car puisqu'aucune conjuration n'est possible, il ne reste donc qu'une seule chose à faire : jouir, dans la mesure du possible. Rire, dans la mesure du possible. «Si le “patatras” est inévitable», écrit-elle, «et que la catastrophe sera fatale, l’ironie se révèle bien plus qu’un simple déclencheur, plutôt une arme absolue, un démultiplicateur de jouissance.»

 

Francine Flandrin est bien plus sage qu'on ne le pense, car il n'y a probablement rien de plus sage que de s'efforcer de jouir de la vie et de se saisir du jour présent.

Francine Flandrin est une artiste frivole. Mais la frivolité est un état sérieux. Au-delà des apparences, ce n'est, écrit le philosophe Alain, ni légèreté, ni insouciance, ni ignorance, ni naïveté. «Qui n'a pas chanté la nuit pour se donner du courage?»**

 

* W. Shakespeare- Hamlet (Acte 1, scène 5) – 1603, première publication

** Alain – Propos in La revue Libres Propos (1921-1924)

LE TEMPS QU'ELLE FAIT - Francine FLANDRIN à la Galerie L'Oeil Histrion, Caen - Save the date 18 septembre!

TEXTE PARU DANS LA REVUE TK 21 N°111 - https://www.tk-21.com/Le-temps-qu-elle-fait

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 13:25
Autant en emporte le fil – Photos, collages, illustrations, broderies sur tissu – 260 x 180 cm – 2020 – Courtesy l'artiste (Présenté au cinéma Le Concorde)

Autant en emporte le fil – Photos, collages, illustrations, broderies sur tissu – 260 x 180 cm – 2020 – Courtesy l'artiste (Présenté au cinéma Le Concorde)

Sylvie KAPTUR-GINTZ

Autant en emporte le fil – Photos, collages, illustrations, broderies sur tissu – 260 x 180 cm – 2020 – Courtesy l'artiste (Présenté au cinéma Le Concorde)

 

Réalisée spécialement pour «Touriste!», et présentée dans le Hall du cinéma Le Concorde le temps de l'exposition, cette œuvre de Sylvie Kaptur-Gintz mêle broderies, et images de films tournés en de célèbres lieux. Certains de ces lieux ont été choisis par les cinéastes pour leur dimension touristique et immédiatement reconnaissable par les spectateurs, d'autres sont devenus célèbres grâce aux films qui y ont été tournés. Cinéma et tourisme font bon ménage depuis longtemps: ainsi le «ciné-tourisme», très en vogue depuis quelques décennies, désigne le déplacement touristique principalement motivé par l'objectif de retrouver les lieux ayant servi aux tournages. Outre la simple renommée, les retombées économiques de ce tourisme sont loin d'être négligeables engageant au contraire de nombreux enjeux financiers mais aussi, par l'effet de masse, des enjeux de préservation et d'écologie. Ainsi tandis que la Nouvelle Zélande se réjouit de recevoir les fans du Seigneur des Anneaux, que les habitants de certains villages du Sud de la Tunisie ont pris l'habitude de recevoir ceux de Star Wars, les autorités thaïlandaises ont fini par interdire l'accès à la plage où Danny Boyle filma Leonardo di Caprio...

Dans «Autant en emporte le fil» -clin d'oeil au film hollywoodien – Sylvie Kaptur Gintz a choisi de privilégier les lieux qui marquent le parcours de sa cinéphilie, un album de souvenirs de films et de voyages, à la fois intime et public: L'Alhambra de Grenade, L'Acropole (Zorba le grec), Venise ( Vacances à Venise), le «Jardin des Dieux» dans le Colorado ( La prisonnière du désert, Thelma et Louise) ou encore le Tori de Miyajima...Mosaïque d'images et broderies au point serré, comme une nébuleuse mémoire, cette œuvre nous embarque dans un délicat voyage cinématographique.

 

TOURISTE! Visite guidée 27...Outdoor avec Sylvie Kaptur-Gintz

Dans «Autant en emporte le fil» -clin d'oeil au film hollywoodien – Sylvie Kaptur Gintz a choisi de privilégier les lieux qui marquent le parcours de sa cinéphilie, un album de souvenirs de films et de voyages, à la fois intime et public: L'Alhambra de Grenade, L'Acropole (Zorba le grec), Venise ( Vacances à Venise), le «Jardin des Dieux» dans le Colorado ( La prisonnière du désert, Thelma et Louise) ou encore le Tori de Miyajima...Mosaïque d'images et broderies au point serré, comme une nébuleuse mémoire, cette œuvre nous embarque dans un délicat voyage cinématographique.

TOURISTE! Visite guidée 27...Outdoor avec Sylvie Kaptur-Gintz

L'oeuvre de Sylvie Kaptur Gintz est une oeuvre subtile, délicate et inspirée, aux confins de l'art et de l'artisanat, dans le lent et minutieux travail du fil, de la broderie, nourrissant en profondeur ses et nos errances les plus sensibles : l'histoire, toujours, la mémoire, ce qu'on vit, ce qui reste, ce qu'on garde, ce qui marque...des mots, des visages, des motifs. Chacune de ses oeuvres, l’artiste la veut emprunte de mémoire, saturée d’émotion vive, nourrie du sens aigue de l’altérité et de la transmission que Sylvie Kaptur-Gintz porte en elle depuis toujours.

Alors elle se saisit du fil, des tissus, des aiguilles, et s’approprie et transforme en gestes artistiques contemporains les gestes des « petites mains », de ses ascendants, tailleurs, maroquiniers, passant comme eux, avec eux, des heures dans sa maison-atelier à couper, coudre ou broder…Ces gestes, dit-elle encore, « je ne les ai pas appris, je les utilise d’une main malhabile », mais la transmission de ce vocabulaire, le souci de préserver et de nourrir le fil des filiations et des transmissions, d’une histoire, sont devenus la trame même de son travail.

Née à Paris en 1958 , Sylvie Kaptur-Gintz vit et travaille à Colombes, dans la banlieue parisienne.

 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 12:01
Emporter le paysage - Photographie, tirage sur papier affiche– 250 x 150 - 2012- Copyright Catherine Burki ( Présenté à l'Atalante)

Emporter le paysage - Photographie, tirage sur papier affiche– 250 x 150 - 2012- Copyright Catherine Burki ( Présenté à l'Atalante)

La seconde oeuvre formant le "dyptique" "Emporter le paysage", de Catherine Burki, était présentée dans le hall de la salle de spectacle l'Atalante. 

On remercie Christian et Jérôme, pour leur précieux travail de montage!

Et on espère pouvoir montrer à nouveau cette oeuvre bientôt...

TOURISTE! Visite guidée 26 - Outdoor...avec Catherine Burki

Catherine BURKI

Emporter le paysage - Photographie, tirage sur papier affiche– 250 x 150 - 2012- Copyright Catherine Burki ( Présenté à l'Atalante)

 

Qu'allons- nous chercher dans le voyage et surtout que remportons-nous avec nous ?

Autre façon d'emporter avec soi le paysage, le marquer sur son corps. Sur le dos d'Ivan, un palmier comme inscrit sur sa peau de vacancier, marque pour un temps son lien intime avec ce paysage étranger qu'il ramène avec lui, insolite souvenir de voyage.

TOURISTE! Visite guidée 26 - Outdoor...avec Catherine Burki

Les deux œuvres composant «Emporter le paysage» sont un peu à part dans le corpus d'oeuvres de Catherine Burki. Avec le dessin comme médium privilégié, son travail s'inspire entre autres du livre de la biologiste américaine Rachel Carson, «Printemps Silencieux», ouvrage qui, il y a plus de cinquante ans, alertait déjà sur ce qui est devenu aujourd'hui une urgence écologique. L' artiste entretient avec la nature une relation faite d'émotions, de retenues, de passions, et de questions, avec une fascination, une attention respectueuse pour le vivant et les formes que prend la vie. Renouer avec la nature, dans tout ce qu'elle est, y compris l'insignifiant, le minuscule, le presque rien, contribuer à une forme de réenchantement du monde, tels sont les desseins de Catherine Burki. Par son incessante et perspicace attention à son milieu, par sa volonté d'en partager la sensibilité, au travers de ses résidences, rencontres et projets collectifs, dans une simplicité de moyens, qu'il s'agisse de dessin, de peinture ou d'installation, Catherine Burki nous rappelle œuvre après oeuvre que «la terre que (nous foulons) n'est pas une masse inerte et morte» (H.D Thoreau) et contribue à l'élucidation d'une nouvelle écologie.

Née en 1976, Catherine Burki vit et travaille à Marseille, France

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 15:35
Emporter le paysage - Cartons découpés, lumières - Dimensions variables – 2012 – Courtesy l'artiste

Emporter le paysage - Cartons découpés, lumières - Dimensions variables – 2012 – Courtesy l'artiste

Eh bien! Nous arrivons à la fin de la visite "virtuelle de l'exposition "Touriste!", prématurément disparue du fait d'une pandémie mondiale..une première...L'exposition ne rouvrira pas ses portes comme je l'avais appelé de mes voeux...Son rayonnement aura donc été plus que confidentiel..."Heureusement", il reste le catalogue, que l'on peut me demander

Une suite est prévue, où l'on retrouvera pour partie les oeuvres présentées ici ainsi que d'autres oeuvres et d'autres artistes; Cela s'appellera "Le Grand Tour" et sera visible à partir du 7 novembre à H2M , à Bourg-en-Bresse...

En attendant, découvrons ensemble la belle installation de Catherine Bürki, "Emporter le paysage", un très joli titre...

Il reste en outre 2 oeuvres à présenter: une seconde oeuvre de Catherine Burki qui avait été présentée à la salle de spectacle l'Atalante, fermée aussi bien sûr, ainsi que l' oeuvre de Sylvie Kaptur-Gintz, présentée au cinéma Le Concorde, qui 'n'est pas resté plus ouvert. Reste encore l'oeuvre finalement inédite de ZEVS, que j'espère pouvoir présenter en "première mondiale" à H2M cet automne...So long!

TOURISTE! Viste guidée 25  - Emporter le paysage... avec Catherine Burki

Catherine BURKI

Emporter le paysage - Cartons découpés, lumières - Dimensions variables – 2012 – Courtesy l'artiste

 

Avec une économie de moyen, quelques cartons et un peu de lumière, Catherine Burki donne à voir, avec l'installation «Emporter le paysage», l'expression d'une interrogation poétique sur le voyage. Qu'allons- nous chercher dans le voyage et surtout que remportons-nous avec nous ? Dans ces cartons venus du Vietnam, découpés de motifs propices au souvenir d'un voyage exotique, que reste-t-il? L'oeuvre garde ce mystère propre à cet attrait du lointain et matérialise en quelque sorte la dimension intangible du «vécu» ailleurs, de l'expérience exogène, sinon exotique, et d'un autre paysage, devenu mental.

TOURISTE! Viste guidée 25  - Emporter le paysage... avec Catherine Burki

Les deux œuvres composant «Emporter le paysage» sont un peu à part dans le corpus d'oeuvres de Catherine Burki. Avec le dessin comme médium privilégié, son travail s'inspire entre autres du livre de la biologiste américaine Rachel Carson, «Printemps Silencieux», ouvrage qui, il y a plus de cinquante ans, alertait déjà sur ce qui est devenu aujourd'hui une urgence écologique. L' artiste entretient avec la nature une relation faite d'émotions, de retenues, de passions, et de questions, avec une fascination, une attention respectueuse pour le vivant et les formes que prend la vie. Renouer avec la nature, dans tout ce qu'elle est, y compris l'insignifiant, le minuscule, le presque rien, contribuer à une forme de réenchantement du monde, tels sont les desseins de Catherine Burki. Par son incessante et perspicace attention à son milieu, par sa volonté d'en partager la sensibilité, au travers de ses résidences, rencontres et projets collectifs, dans une simplicité de moyens, qu'il s'agisse de dessin, de peinture ou d'installation, Catherine Burki nous rappelle œuvre après oeuvre que «la terre que (nous foulons) n'est pas une masse inerte et morte» (H.D Thoreau) et contribue à l'élucidation d'une nouvelle écologie.

 

Née en 1976, Catherine Burki vit et travaille à Marseille, France

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 15:23
Série Le dernier soleil – Aquarelles sur papier – Dimensions variables – 2016 – 2020 – Courtesy l'artiste

Série Le dernier soleil – Aquarelles sur papier – Dimensions variables – 2016 – 2020 – Courtesy l'artiste

Peut-être passerons nous l'été privés de la vision enchanteresse d'un beau coucher de soleil sur la mer...un été impossible, en quelque sorte.

Avant même la pandémie, l'oeuvre d' Emmanuel Régent pouvait déjà amener à une réflexion sur la "mythologie" esthétique du coucher de soleil, dans l'histoire de l'art mais aussi dans l'histoire de nos vacances réelles ou fantasmées - nos mythologies personnelles-, aux prises avec l'accidentelle et inaccessible beauté de l'essentiel.

TOURISTE! Visite guidée 24 - Emporter le paysage...avec Emmanuel Régent

Emmanuel REGENT

Série Le dernier soleil – Aquarelles sur papier – Dimensions varaibles – 2016 – 2020 – Courtesy l'artiste

Un beau coucher de soleil sur la Méditerranée est probablement un imparable argument pour un touriste en villégiature sur la Côte d'Azur. Emmanuel Régent, lui, vit et travaille face à ce paysage de carte postale, qui, d'éternelle source d'émerveillement, est aussi devenu source d'inspiration et de travail. S'engageant dans la tradition picturaliste de la peinture de motif, comme aurait pu le faire Turner ou un impressionniste, il s'installe face à l'Ouest, sur la terrasse de son atelier dominant la rade de Villefranche-sur-Mer, et durant une heure ou deux, peint de la manière la plus classique qui soit, à l'aquarelle, ses visions du soleil couchant. «Je travaille les teintes du ciel sans aucun détail, sans aucun autre motif ajouté aux variations de la couleur», dit-il. Il se confronte ainsi non seulement à un sujet récurrent dans l'histoire de l'art mais aussi et surtout à l'un des clichés populaires les plus éculés. Peut-on faire autre chose qu'un cliché de carte postale, ou qu'une aquarelle du dimanche, d'un millionième couché de soleil sur la Méditerranée? Dans le même temps, les clichés ont toujours une raison d'être, et il n'y a probablement rien de plus beau que cette vision chaque soir renouvelée. Il faut alors se confronter à l'insaisissable splendeur de ce paysage, de ce perpétuel «dernier soleil» du jour, dont l'essence échappera toujours, impossible.

Vaine tentative, défi perdu d'avance que manifeste le geste de l'artiste qui, le lendemain, choisit la plus belle des aquarelles de la veille et la déchire en morceau, comme un aveu d'échec, de l'artiste lui même, comme de l'art, à restituer l'indicible. « Déchirée », dit l'artiste, « dispersée et jetée au vent telle une lettre d'amour impossible.»

 

TOURISTE! Visite guidée 24 - Emporter le paysage...avec Emmanuel Régent

Cette déchirure, et les fragments qui en résultent peuvent être appréhendés comme «la marque de l'artiste, qui préfère le vide au plein, l'absence à la présence, l'effacement à l'affirmation». (P. Scemama) Connu pour ses impressionnants dessins au feutre noir, au rendu lacunaire (files d’attente, rochers de bord de mer, vestiges archéologiques ou villes en ruines...), faits de milliers de hachures et laissant une large place au blanc et à la réserve, Emmanuel Régent produit une oeuvre dans lequel le retrait prévaut toujours sur sur l'ajout, de ses «Nébuleuses»,, toiles poncées révélant la couleur sous le noir, jusqu'à ces fragments d'épaves -proches formellement de ses aquarelles de soleil- qu'il remonte du fond de la Méditerranée et expose sans y toucher. Dans un processus de révélation, d'apparition, mais aussi d'effacement, d'attente et de manque, son œuvre porte une dimension à la fois romantique et fragile. “J’essaie de construire des échappatoires, d’organiser des fuites, d’ouvrir des sorties par le blanc du papier, de construire des espaces de suppositions, de divagations, d‘égarements…”

Diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2001, Emmanuel Régent est lauréat en 2009 du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo. Il expose régulièrement en France et à l'étranger.

Né en 1973 à Nice, il vit et travaille entre Villefranche-sur-Mer et Paris.

TOURISTE! Visite guidée 24 - Emporter le paysage...avec Emmanuel Régent

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 16:13
Sunset – Installation vidéo- dimensions variables- 2009 – Courtesy l'artiste

Sunset – Installation vidéo- dimensions variables- 2009 – Courtesy l'artiste

Dernière salle, et étape, de l'exposition, que j'ai baptisé ici "Emporter le paysage", à l'instar de l'installation de Catherine Burki, présentée bientôt.

Ici, l'installation de Pauline Bastard ma semblé très intéressante, avec cette sorte de bricolage en trompe l'oeil ou en attrape touriste, qui met en scène le mythe des images de retour de vacances, ou ce que l'on emporte avec soi du paysage...accéléré par l'instantanéité des photos et des réseaux sociaux.

Sunset – Installation vidéo- dimensions variables- 2009 – Courtesy l'artiste

Sunset – Installation vidéo- dimensions variables- 2009 – Courtesy l'artiste

Pauline BASTARD

Sunset – Installation vidéo- dimensions variables- 2009 – Courtesy l'artiste

 

Quoi de plus magique, quelle photo plus « instagramable » et plus désirable peut-on espérer ramener de ses voyages qu'un beau coucher de soleil, sur une plage de rêve, au sommet d'une montagne mythique ou d'un incontournable monument ? En apercevant de loin l'installation de Pauline Bastard, on pense à ce moment opportun où on aura eu la chance de s'approprier, puis de partager non seulement la beauté du moment mais aussi...la preuve qu'on y était!

Mais «Sunset» est un piège. Un piège à touriste. A y regarder de plus près, le coucher de soleil tant convoité n'est qu'un effet spécial, un «trucage de pacotille»: un bout de celluloid, un sac plastique et un ventilateur génèrent l'illusion, du moins le croit on... Par cette installation presque minimaliste, Pauline Bastard interroge notre rapport à l’image comme outil de communication en la détournant de son sens tout comme elle détourne les objets de leur fonction première. De façon décalée et poétique, mais aussi avec humour et une pointe d'ironie, Pauline Bastard interroge ainsi nos représentations, la question du pittoresque, mais aussi notre imagination, nos attentes, nos désirs. Le piège du coucher de soleil, c'est la désirabilité d'une image, comme gage d'un voyage réussi, dans lequel nous tombons tous. Car tous nous voulons emporter avec nous ce moment, pourtant si banal (le soleil se « couche » tous les jours!), où le regard rivé sur l'horizon, enfin contemplatif, on se réjouit de l'existence, et de la beauté du monde.

 

 

TOURISTE! Visite guidée 23 - Emporter le paysage...avec Pauline Bastard

Le travail protéiforme de Pauline Bastard mêle fiction et réalité et s’articule autour du quotidien pour créer un univers poétique, parfois empreint d’une certaine dérision. Elle crée des systèmes en utilisant des matériaux pauvres extraits du quotidien. Par son usage des images (papier, numérique, vidéo…) ou d'objets et outils ordinaires, Pauline Bastard interroge notre rapport à l’image comme outil de communication en la détournant de son sens tout comme elle détourne les objets de leur fonction première, faisant émerger un second degré qui lui est propre. Travaillant souvent en collaboration avec des scénaristes, anthropologues ou psychanalystes, l’artiste invente des situations et des univers qui mêlent réalité et fiction, comme dans le projet « Alex » (2014) ou encore « Timeshare » (2018), jouant avec l’imagination et les attentes des «regardeurs» qui deviennent de véritables champs d’exploration.

Née en 1982, Pauline Bastard vit et travaille à Paris.

The travelers – Vidéo, 14 mn – 2011 – Courtesy l'artiste

The travelers – Vidéo, 14 mn – 2011 – Courtesy l'artiste

The travelers – Vidéo, 14 mn – 2011 – Courtesy l'artiste

Dans la première salle de l'exposition, comme une prologue et une manière de boucler la boucle, se trouvait également cette vidéo de Pauline Bastard, présenatnt une série de cartes postales en loop.

Avec « The travelers », Pauline Bastard s'adonne à une autre expérience, également simple mais tout aussi parlante. Aux paysages de carte postale, au sens propre, défilant sur l'écran, sont ajoutés en sous-titres les textes rédigés par les expéditeurs. D'autant plus savoureux qu'ils se trouvent confrontés aux images idylliques, comme un sous-texte prosaïque plus ou moins édifiant et explicite, ils dévoilent l'irréductible hiatus entre rêve et réalité, entre illusion et banalité.

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 15:44
L’inquiétude des jours heureux, (2 œuvres), Série Ecrans de veille - Impression sur toile, résine, paillettes, cadre  - 68x96 cm -  2018 - Production Labanque. Courtesy L'artiste & Galerie Praz-Delavallade Paris/Los Angeles. Credit Photo Pierre Ardouvin

L’inquiétude des jours heureux, (2 œuvres), Série Ecrans de veille - Impression sur toile, résine, paillettes, cadre - 68x96 cm - 2018 - Production Labanque. Courtesy L'artiste & Galerie Praz-Delavallade Paris/Los Angeles. Credit Photo Pierre Ardouvin

On aborde ici les dernières oeuvres de cette salle, avec les deux pièces de Pierre Ardouvin, issues de la série Ecrans de veille. Je dois dire que j'étais d'emblée fascinée par cette idée de matérialiser cette sorte de béance sous-jacente à toute sensation de bonheur et en particulier à la recherche forcenée du plaisir, fusse-t-il simple, pendant le temps des vacances, sorte d'"epokhe" bienfaisante au prix du silence de nos angoisses, de nos peurs, ou de nos drames...

Mais aujourd'hui, ces images parlent aussi autrement, de l'apparente placidité du paysage construit par dessus les menaces d'effondrement, plus manifestes que jamais.

TOURISTE! Visite guidée 22 - D(es)(é)rives ...avec Pierre Ardouvin

Pierre ARDOUVIN

L’inquiétude des jours heureux, (2 œuvres), Série Ecrans de veille - Impression sur toile, résine, paillettes, cadre - 68x96 cm - 2018 - Production Labanque. Courtesy L'artiste & Galerie Praz-Delavallade Paris/Los Angeles. Credit Photo Pierre Ardouvin

Il y a toujours une ombre qui plane, une béance souterraine sous les jours apparemment heureux. Au temps des vacances, parenthèse bénie pour ceux qui aspirent aux joies simples, on se rend au point de vue panoramique, on fait de la barque, en toute innocence, ignorant des abîmes. On emmène avec soi des souvenirs de carte postale.

La série des « Ecrans de veille » est un travail sur la mémoire, sur les souvenirs collectifs réels ou fictifs véhiculés par ces images de carte postale, liées à l’emergence du tourisme populaire, de la société des loisirs de masses, celle des stations balnéaires, du tourisme culturel et muséal.

Dans un processus de collage récurrent chez lui, Pierre Ardouvin associe les images, les retouche. Imprimées sur toile et recouvertes de résines finement pailletées, ces images ainsi liées forment un nouveau paysage désormais teinté d'étrangeté et inquiétude. Le monde qu'il convoque « met en lumière » dit-il, « la porosité de la démarcation entre fantaisies et cauchemars ». Des visions qui parasitent en profondeur la construction intimes et culturelles d'images idyllique de vacances sous la menace d'effondrement et de désillusion.

TOURISTE! Visite guidée 22 - D(es)(é)rives ...avec Pierre Ardouvin

Pierre Ardouvin produit une œuvre protéiforme, réalisant installations, sculptures, dessins, faisant appel de manière récurrente à l'assemblage et au collage. Sa démarche développe, depuis les années 90, une réflexion sur la culture et la société du spectacle, les « rites populaires » dans le contexte de l'industrie culturelle (dont les vacances et le tourisme font bien entendu partie), les rapports de classes et d'identité. S'appropriant souvent des objets du quotidien, il en interroge le sens, l'authenticité, à travers des opérations de recyclage ou de réassemblage, convoquant un imaginaire familier, irrigué par des souvenirs à la fois personnels et collectifs, proche de la culture populaire. Les matériaux synthétiques et kitsch qu'il emploie comme les animaux empaillés, les paysages de cartes postales, les mélodies et décorations populaires, prennent souvent pour référents les archétypes et représentations collectives du bonheur, de l'enfance, l'iconographie vernaculaire des loisirs, de la fête populaire. Son travail dévoile souvent la violence ou la mélancolie latente qui émane de ces représentations a priori inoffensives « C'est cette tension entre les formes de l'artifice populaire et leurs impacts psychiques qui électrise le travail de Pierre Ardouvin » (G. Desanges)

Pierre Ardouvin est né en 1955, il vit et travaille à Paris, France

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 17:58
Publication du catalogue du Pavillon de l'Exil 03 - Escale à Saint-Louis!

Tout vient à point à qui sait attendre, dit-on , je crois! Et en ces temps de...confinement...recevoir les éditions numériques des trois éditions des trois escales du Pavillon de l'Exil (Paris (2016), Marseille (2017), et bien sûr Saint-Louis (2018)) est un plaisir!

On y retrouvera certains de mes textes, et puis une vision, un panorama, de la belle escale de Saint-Louis que j'ai eu le plaisir de curater avec mounir fatmi. 

Disponible sur Amazon / Kindle

PAvillon de l'Exil 01 - Paris

Pavillon de l'Exil 02 - Marseille

Pavillon de l'Exil 03 - Saint-Louis

Dans l'attente de prochaines aventures et éditions, que la pandémie aura infléchi d'une manière ou d'une autre...

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