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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 12:09

Une exposition comme "Noir Eclair", dans laquelle la plupart des oeuvres sont créées pour l'exposition, demande de longs mois de préparation, de travail, de discussions, de déplacements, de réunions...

Une épopée en quelques images...

 

Test pour l'oeuvre "Machination"

Test pour l'oeuvre "Machination"

Amine Bouziane en profite pour tourner quelques images pour le futur documentaire

Amine Bouziane en profite pour tourner quelques images pour le futur documentaire

Exhumation à la Galerie Patricia Dorfmann d'une oeuvre iconique de l'artiste: la valise du "Kidnapping visuel", qu'il faudra restaurer

Exhumation à la Galerie Patricia Dorfmann d'une oeuvre iconique de l'artiste: la valise du "Kidnapping visuel", qu'il faudra restaurer

Et l'otage est toujours là!

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Les ateliers de moulage de la RMN sont fascinants!

Les ateliers de moulage de la RMN sont fascinants!

çà tourne!

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 12:00

Une exposition comme "Noir Eclair", dans laquelle la plupart des oeuvres sont créées pour l'exposition, demande de longs mois de préparation, de travail, de discussions, de déplacements, de réunions...

Une épopée en quelques images...

Première visite à la fonderie qui réalisera le bronze de Louis XIV liquidé, en Ariège

Première visite à la fonderie qui réalisera le bronze de Louis XIV liquidé, en Ariège

Premiers tests pour la réalisation des fresques sur le glacis des douves, en "graffiti propre"

Premiers tests pour la réalisation des fresques sur le glacis des douves, en "graffiti propre"

NOIR ECLAIR - ZEVS - Work in progress (1)
Première visite au Four Solaire d'Odeillo, Font-Romeu, vaillants, artiste et co-commissaire..sous la neige!

Première visite au Four Solaire d'Odeillo, Font-Romeu, vaillants, artiste et co-commissaire..sous la neige!

Visite à l'atelier de moulage de la RMN-Grand Palais, partenaires de l'exposition

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Stéphane Chatry, mon co-commissaire, à la rechercher des tourets idéaux pour l'oeuvre monumentale en extérieur

Stéphane Chatry, mon co-commissaire, à la rechercher des tourets idéaux pour l'oeuvre monumentale en extérieur

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 21:42
NOIR ECLAIR - ZEVS: le site!

Le site dédié à l'exposition est en ligne!

http://www.zevs-noireclair.fr

Bonne visite!

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 19:38
"SPLASH!" - Yassine BALBZIOUI à la Galerie Shart, Casablanca
"SPLASH!" - Yassine BALBZIOUI à la Galerie Shart, Casablanca

Splash! L'onomatopée, suggérant le jaillissement autant que l'éclaboussure, qui sert de titre à la troisième exposition personnelle de Yassine Balbzioui à la galerie Shart sonne comme le signal d'une plongée dans un univers hors norme, au coeur d'une peinture "jetée à la face du public"(1) à l'énergie fauve perceptible. Convoquant tour à tour la fiction, l'image cinématographique, l'absurde et l'insolite, quelque chose de mystérieux et d'enfantin parfois, la puissance vitale de cette peinture ne se dément jamais.
Loin des piscines bleues placides de David Hockney, les oeuvres de Yassine Balbzioui promettent d'être de bien plus "bigger splashes", et bien qu'éloignées aussi de l'abstraction de l'action painting, les toiles de Yassine Balbzioui se manifestent, à leur manière, comme autant d'arènes dans lesquelles il agit et se débat, pour reprendre le mot de Harold Rosemberg.(2) "Summer splash", justement, une série de quatre oeuvres, nous donne d'emblée quelques pistes: il s'agit de scènes de plage, vues sous un angle subjectif, comme de l'oeil d'un estivant sur le sable, apparaissant tels des splashes de peinture sur fond noir, ou à l'inverse comme si on avait essuyé grossièrement une surface couverte de peinture noire...Manière d'affirmer, peut-être, que c'est la peinture qui fait advenir l'image, que d'elle surgit la couleur et la vie, et le monde, y compris dans sa banalité, recelant toujours suffisamment de bizarre, si on l'observe assez longtemps, pour retenir l'attention. La peinture, semble ainsi dire Yassine Balbzioui sort de l'obscurité un double monde , le monde de la toile et de la représentation, et le monde réel. A l'instar de ses "summer splash" le peintre semble opérer comme un renversement des profondeurs, des hiérarchies des surfaces. Et au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit dans l'oeuvre de Yassine Balbzioui: un monde renversé, pas tant finalement "sens dessus dessous" qu' un monde vu sous un autre prisme, comme saisi de derrière un miroir sans tain, pas très loin de celui d'Alice et d'un univers carrollien.(3)


Dans l'oeuvre de Balbzioui, dans laquelle cohabite poésie et non sens, l'exploration d'un envers possible, d'une doublure du monde et des êtres, eux-mêmes dans cette hybridation aux confins de l'humain et de la bête, met à jour l'étrangeté au coeur même d'un monde simple et a priori ordinaire, quelque chose de cette rupture toujours possible, de ce basculement hors de la rationalité rassurante de la vie quotidienne: le Unheimlich freudien, c'est -à dire quelque chose de dérangeant, de décalé, d'intranquille voire d'inquiétant, bien que familier.(4) L'imagination de Yassine Balbzioui s'entend particulièrement bien à saisir dans la simplicité apparente de son environnement quotidien, des scènes qui, en devenant tableaux, dévoileront leur indicible Unheimlich. « Rien autant que le banal ne peut être le support pour l’insolite» écrivait le poète Henri Michaux.(5)


Insolites donc, et souvent déconcertantes, les peinturesde Yassine Balbzioui s'inscrivent clairement dans un processus de fiction, de dramatisation presque cinématographique: certaines pourraient être une image isolée sortie d'un story-board, ou le still d'une scène dont nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants. Ceci offre une grande liberté de champ d'interprétation, dans lequel "chacun peut se faire son film". Il y a depuis toujours, chez l'artiste, une volonté clairement affichée de limiter les indices d'appréhension de son oeuvre, autant par inclination pour le non sens que pour libérer de toute entrave trop conceptuelle l'expérience sensible du spectateur.
Ce déficit volontaire d'indices explique sans doute pourquoi il est si périlleux d'analyser l'oeuvre de Yassine Balbzioui et combien celle-ci semble résister, finalement, aux catégories.

On peut toujours s'appuyer sur sa forte dimension expérimentale, non pas au sens conceptuel du terme mais d'une manière plus sensible, comme s'il avançait dans le monde, par touches, essais, fictions nourries de visions fugitives, images dont le sens n'est pas clairement dessiné et saisi...quelque chose de l'ordre de l'indéterminé, du flou, du pas fini, de l'indécis, de l'inachevé, d'un monde décentré, excentrique au sens propre avant que de l'être au figuré. Ses personnages, dont l'artiste lui même, qui n'hésite jamais à se mettre en scène, semblent se débattre avec les éléments, avec l'impossible, le physiquement impossible, et cela relève sans doute davantage de cette appréhension du monde à tâtons, dont le burlesque est l'expression, que d'une tentative conceptuelle, et moins d'un genre de body art cruel que d'une manière d'expérimenter le monde comme si c'était la première fois, avec une sorte de simplicité quasi enfantine, d'innocence, de spontanéité, de naïveté, ou plus exactement, comme si Yassine Balbzioui, s'efforçait à revenir à une naïveté primitive: un véritable travail...

Cette attitude ne va pas sans une claire inclination pour l'absurde et le non sens, éléments véritablement génétiques de son oeuvre, que l'on trouve cette fois de la manière la plus évidente dans l'ensemble de vidéos présentées ici.
Dans cette série de "vidéos-miniatures", inspirées des Fables de Bidpaï du "Panchatantra" (6), découvert lors d'un récente résidence en Inde - fables connues dans le monde arabe sous le nom de Livre de Kalila et Dimna –, il se livre à une série d'actions plus ou moins cohérentes, censées illustrer l'épopée iniatique des deux héros animaliers. "L'obsession du chacal", titre de l'oeuvre, tient à la fois de la performance et de la pantomime, du burlesque et de la mascarade, de la fatrasie médiévale et de Fluxus. Ce mouvement, né notamment en France dans les années 60, refusait lui aussi de se soumettre à quelque définition, cultivant un rapport à la fois immédiat et distancié à la vie et à l'art. Et l'on trouve chez Yassine Balbzioui, comme chez Fluxus, ce décalage contre l'esprit de sérieux et le pontifiant, l'absence de morale contre toute conclusion, et certaines de ses performances n'auraient pas dépareillé avec les actions que Ben mena lors du Fluxus Festival of Total Art, en 1963, comme « faire du vélo dans les airs en hurlant » - point-.

Dans son ouvrage Archéologie du présent. Manifeste pour une esthétique cynique (7), le philosophe Michel Onfray construit l'hypothèse d'un art contemporain se développant, après Marcel Duchamp, de manière cynique, non au sens usuel, et amer, du terme mais en référence avec le "geste cynique", celui de l'antique Diogène de Sinope qui, en agissant à l'envers des manières habituelles (8), aurait auguré d'une attitude artistique contemporaine aujourd'hui très soutenue: action performative, retournement, détournement, décalage, réhabilitation des matières viles, et toute une gamme de procédés relevant de l'"idiotie"(9)... Or, depuis Diogène, jusqu'à Dada, Duchamp, Fluxus et d'autres encore, nous le savons, ce cynisme est une sagesse, une manière d'imposer dans l'espace public une transgression, une transvaluation, d'échapper à l'autorité, de filer entre les mailles d'un discours par trop réducteur, une sagesse de la liberté, donc, tournée vers le grand large, à laquelle souscrit définitivement Yassine Balbzioui.

 

(1) Selon une phrase lancée dans le public du Troisième salon de l'automne au Grand Palais, à Paris, en 1905,
pour qualifier la nouvelle peinture que le critique d'art Louis Vauxcelles appelera « peinture de fauve », d'où le
« fauvisme ».

(2) Harold Roseberg – The Tradition of the New - 1959
(3) Nous faisons ici allusion à l'univers développé par Lewis Carroll dans le roman Through the Looking-Glass, and What Alice Found There, ( “De l'autre côté du miroir”), 1871
(4) Sigmund Freud Essais de psychanalyse appliquée. Collection idées nrf. Editions Gallimard. Traduction Marie
Bonaparte. L'inquiétante étrangeté p163 à 210.
(5) Henri Michaux – En rêvant à partir de peintures énigmatiques – Ed, Fata Morgana, 1972
(6) Texte le plus diffusé après la Bible, le Pañcatantra, oeuvre indienne anonyme, est un art de gouverner à l'usage du prince. Les préceptes sont illustrés par des fables qui mettent en scène tout un bestiaire parlant à
comportement humain.
(7) Michel Onfray - Archéologie du présent. Manifeste pour une esthétique cynique, Ed. Grasset et Adam Biro,
2003
(8) Diogène de Sinope, philosophe grec père de l'école cynique vers -V AVJC, qui dormait dans une jarre (et non dans un tonneau), pouvait, par exemple, sortir d'un théâtre en marche arrière, traîner un hareng derrière soi, ou tenir en laisse un coq plumé, se masturber sur la place publique, manger du poulpe cru ou se promener lanterne à la main en plein jour...
(9) Jean-Yves Jouannais - L'Idiotie. Art. vie. politique - méthode, éditions Beaux-arts Magazine livres, 2003

 

Texte publié dans le catalogue de l'exposition, Avril - Mai 2016

"SPLASH!" - Yassine BALBZIOUI à la Galerie Shart, Casablanca
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:14

Artiste franco-marocaine née à Erfoud, Majida Khattari s'est fait connaître internationalement, depuis 1996, grâce à ses « défilés-performances » dramaturgiques dans lesquels ses vêtements-sculptures- manifestes exprimaient l’aliénation des femmes entravées par les burqa, hijab et autres niqab. Majida Khattari fonde ainsi son travail sur une dialectique du visible et de l’invisible, de la présence et de l’absence, de l’interdit et du désir, et sur la dimension profondément politique du corps de la femme.

Luxe des étoffes, soies damassées et organzas, matières précieuses, raffinement des motifs floraux et des dentelles, extrême souci du détail et de la mise en scène, volupté  de jeunes femmes alanguies, dont on devine les corps sous les drapés et les voiles : tout concourt à développer une atmosphère sensuelle et finalement retenue, car à la manière des moucharabieh, les étoffes et les voiles se posent comme un écran et imposent une distance entre les corps dénudés et notre regard.

La dimension délibérément esthétique des photographies de Majida Khattari ne doit cependant pas éluder le caractère critique de son œuvre. Ce choix de la beauté est pour elle un enjeu essentiel, une stratégie, un piège visuel en même temps qu’une arme discursive. Ainsi, le recours aux étoffes les plus luxueuses ne se clôture pas à sa seule fin esthétique. Par elles, l'artiste rappelle combien les échanges entre Orient et Occident s'enracinent dans l'Histoire – au travers, ici notamment, du commerce textile depuis le Moyen-Age- mais aussi que durant des siècles, Damas, Bagdad, Mossoul ou Gaza évoquèrent bien davantage la luxuriance des soieries qui y étaient produites que la dictature, la guerre ou le terrorisme.

 

Depuis plusieurs années, l'artiste, au travers de son travail photographique, explore l'histoire de la peinture, et en particulier de l'orientalisme, cette fascination occidentale pour l’exotisme supposé de ces contrées nouvelles et lointaines, pour le fantasme de sensualité débridée qu’il distille -images de harems peuplés d’odalisques lascives, atmosphères d’oisiveté hédoniste- qui excitèrent les imaginaires romantiques des peintres, des poètes et des écrivains des siècles derniers. Elle pointe ainsi une certaine vision de l’Orient, déconstruite et relue politiquement par Edward Saïd, dont elle partage l'analyse. Car le « post-orientalisme » des photographies de Majida Khattari, inspiré de Delacroix ou de Gérôme, ne relève ni de la citation picturale, ni de l’exercice de style mais bien plutôt d’une tentative de retournement du regard occidental sur l’Orient : hier fascination romantique pour la «splendeur orientale» et ses promesses de volupté, pour reprendre le mot de Baudelaire, il se nourrit aujourd’hui d’un fantasme de violence et se fait synonyme de danger extrémiste et de terreur. Ici, imposant une autre vision, Majida Khattari fait se renvoyer dos à dos les préjugés occidentaux sur l’Orient en en mettant en lumière les paradoxes historiques.

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:55
Terra- Pierre de Semond, gravure, 100 x 56 x 10 cm, 2014 - Courtesy de l’artiste de la galerie Loevenbruck, Paris

Terra- Pierre de Semond, gravure, 100 x 56 x 10 cm, 2014 - Courtesy de l’artiste de la galerie Loevenbruck, Paris

Sous le magnolia du deuxième cloître, une pierre tombale été déposée. On en découvre, en s'approchant, l'étrange épitaphe...

«Selon les nouvelles données de l’astrophysique, notre planète a quatre milliards cinq cent quarante millions d’années et sa mort surviendra dans quelque six milliards d’années. (Inutile de s’inquiéter, de toute façon les dernières traces de vie sur Terre auront disparu d’ici cinq cent millions d’années.) Étant donné l’évolution du système solaire, la Terre sera engloutie par le Soleil qui sera devenu une géante rouge. Le Soleil se dilatera alors jusqu’à l’orbite de la Terre. C’en sera terminé de Mercure, de Vénus, de la Terre et, pour finir, de Mars aussi. Les autres planètes seront vouées à un avenir très, très chaud.

Après le célèbre Socle du monde de Piero Manzoni, où l’artiste plaçait la planète entière dans un contexte sculptural, je crois qu’il est temps de franchir une autre étape et d’envisager la sculpture dans le contexte de notre système solaire, en tenant compte de la quatrième dimension temporelle. Il serait bon, je pense, de dédier à notre Terre une pierre tombale personnelle. Sans attendre davantage, parce que l’humanité ne vivra pas jusque-là».

Werner Reiterer, juin 2014

L'artiste autrichien Werner Reiterer excelle dans l'art du contre-pied. Drôle, dérangeant, impertinent, son travail est une «entreprise de démystification de nos réalités quotidiennes», entre absurde, humour et poésie.

Ses oeuvres questionnent la condition humaine sous toutes ses dimensions. Obsédé par la mort, il cherche à la traiter de manière irrévérencieuse, pour mieux s'y confronter. «L'astuce, c'est de traiter la mort avec un parfait aplomb, sans respect. On a besoin de la devancer pour pouvoir se retourner soudain et lui tirer la langue!»*. Il développe ainsi un univers dont il masque la gravité par la facétie, l'effet de surprise, l'esprit. Ici, présente-t-il une excavation comme « l'entrée du centre de la terre », là, dans une intervention in situ reprise dans The Site Specific Mobiles, Boarding, 2012, il accroche dans une église un panneau lumineux indiquant l'heure d'embarquement pour le paradis, ou encore, ailleurs, une pancarte divine indiquant sèchement que le ciel est fermé, plus loin, une inscription en os évoquant l'anorexie...Sur une table, entre une auréole en néon et un téléphone qui sonne à intervalles réguliers, Dieu a laissé un mot : « Will be back in 5 minutes, God ! » Autant de jeux d'images et d'esprit, oscillant entre le comique, le cynique et l'absurde. Et, dans cette opération de démystification et de détournement, le spectateur est souvent pris à parti, placé dans des situations déroutantes aux limites de l’absurde. Né en 1964 à Graz en Autriche, Werner Reiterer vit et travaille à Vienne.

 

 

* Werner Reiterer, « Werner & Reiterer & Conversation, Collage d’entretiens divers », in Text(e)s, Editions Loevenbruck, Paris, 2009, p.190

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 16:50
Love is coming -Vanité au renardeau, Aluminium et fibre de verre, animal empaillé, résine, 45 x 70 x 35, 2009

Love is coming -Vanité au renardeau, Aluminium et fibre de verre, animal empaillé, résine, 45 x 70 x 35, 2009

Les deux œuvres présentées ici apparaissent comme deux manières, plastiquement différentes, de repenser la « vanité», à l'aune des enjeux sociaux, économiques, politiques, du monde contemporain.

 

« Love is coming », promet aussi la vanité au renardeau, qui, placée dans la salle des faïences du musée, pourrait se limiter à son rôle de trophée si n'était ce bras armé pointé sur le visiteur. Rencontre inattendue entre le renardeau, inoffensif, et le revolver au poing, menaçant, spectre d'une abrupte violence, dont on semble entendre aujourd'hui de manière si inquiétante le sourd grondement. Une vanité réellement contemporaine. Love is coming, vraiment ? Dans ce monde-ci ou dans quelqu'arrière-monde ? Une réflexion qui dévoile, sous l'évidente ironie, une réelle inquiétude quant à la valeur de la vie, ici et maintenant.

 

Né en 1968, Arnaud Cohen commence sa carrière d'artiste plasticien en 1997. Se définissant lui-même comme fils spirituel de Marcel Duchamp et de Marcel Broodthaers, il cherche moins à faire style qu'à faire sens, recourrant à des formes, prosaïques ou usuelles dans l'histoire de l'art, comme un vocabulaire dont il assemble, téléscope les élements pour dégager une voie de traverse : « Mon outil principal, c’est le détournement. (...) Je ne cherche pas à créer des formes nouvelles ou à me perdre dans l’édification d’un style. Ce que je recherche avant tout, c’est à faire naître du sens. » écrit-il. A travers une pratique protéiforme et un « répertoire iconographique » récurrent, il produit un corpus critique jamais exempt d'humour dans lequel il explore les questions de la fiction, des "structures permanentes" du mythe, comme dirait Levi-Strauss, et des mythologies contemporaines et postmodernes, qui doivent toujours beaucoup, comme aux temps les plus anciens, aux effrois eschatologiques et aux espoirs de régénération.

Arnaud Cohen vit et travaille entre Paris et son île usine-atelier, à Cenon sur Vienne.

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 16:47
Illuminated Titian, Danae with Eros - Huile et feuille d'or sur toile - 116 x 90 encadré – 2013 – Courtesy l'artiste de De Buck Gallery, New-York

Illuminated Titian, Danae with Eros - Huile et feuille d'or sur toile - 116 x 90 encadré – 2013 – Courtesy l'artiste de De Buck Gallery, New-York

Les mythologies sont dans toute l'histoire de l'art, une source essentielle d'inspiration. Les histoires d'amour y regorgent, confirmant combien l'amour, de sa forme la plus primitive à la plus raffinée, est un trait fondamental de la condition humaine, comme de celles des Dieux antiques.

Ainsi en est-il de Danae, dont les amours avec Zeus sous la forme d'une pluie d'or donna naissance à Persée, qu'interprétèrent de nombreux maîtres, du Corrège à Tintoret, de Tiepolo à Rembrandt, jusqu'à la Danae de Klimt, dont la pluie d'or glissant entre les cuisses, et le visage suggérant l'extase amoureuse met en lumière la dimension érotique du mythe. Cette « pluie d'or » peut ainsi être interprétée de multiples manières, et dans nos temps contemporains, comme une métaphore sexuelle autant que comme une allégorie des rapports entre les hommes et les femmes par le prisme du pouvoir, et de l'argent.

Zevs, pseudonyme d'un artiste contemporain, s'est réapproprié le tableau du Titien, Danae et Cupidon (1544), dans le cadre d'une série, Traffic in icons, dans laquelle il réinterprétait les tableaux mythologiques des grands maîtres, les présentant dans un accrochage serré et sous une lumière aveuglante, déconstruisant la muséographie traditionnelle. Ici, dans les appartements du prieur, sa Danae reprend une place plus conventionnelle, en apparence, car plus rien n'élude le caractère érotique, et critique, de l'oeuvre.

Ici, les éclairs -éléments récurrents dans le vocabulaire de l'artiste- foudroient le corps nu de Danae, et laissent ruisseler -« liquider »- dans la terminologie de l'artiste, symboles monétaires et logos qui constituent pour lui les élements sémiologiques d'une critique de la société de consommation contemporaine.

 

Aghirre Schwarz, connu sous le pseudonyme de ZEVS, est considéré comme une des figures les plus importantes de l’histoire du street art français. Des trottoirs de la ville aux murs des musées et des galeries, il réagit aux signes urbains et aux codes de la consommation, interrogeant l’espace public, l’art, et le rapport de l’art à la société de consommation. Au croisement du street art et de la culture underground, son travail emprunte aussi à la culture pop, au cinéma, à la culture contestataire, à la peinture et à l’histoire de l’art. Son œuvre, qui se dessine dans une dramaturgie perpétuellement renouvelée, se caractérise par un foisonnement d'inventions esthétiques : ses Electric shadows (1998-2001) dessinent l'ombre du mobilier urbain, révélant la part d'invisible de la rue, dans une sorte de poétique graphique et furtive. De même pour ses Graffitis invisibles, que seule révèle la lumière noire . Ses Visual Attacks, comme son célèbre Visual kidnapping, opèrent une réflexion critique sur le statut des icônes contemporaines de la publicité. Ses Liquidated Logos, drippings de peinture coulant sur les toiles aux logos liquidés, à l’impact visuel fort, et qui font aujourd’hui la signature de Zevs, entraîne par la liquéfaction, la liquidation, au sens propre et figuré, de la fonction symbolique du logo. Une réflexion esthétique, politique et critique draîne ainsi tout son travail, en perpétuelle alerte. Né en 1977, Zevs vit et travaille entre Paris et Berlin.

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 11:11
L'extraordinaire histoire d'un Porte-Peau - Corine Borgnet

Sortie aux Editions SMAC du livre "l'extraordinaire histoire d'un Porte-Peau", une aventure artistique portée par Corine Borgnet, pour qui j'ai rédigé la préface.

 

 

Dans le corpus des oeuvres de Corine Borgnet, le "Porte peau" tient une place à part, rebelle à toute affiliation et à toute catégorie. C'est pourtant sans doute une des oeuvres les plus fortes que l'artiste a produit, et cela, de son propre aveu, sous une impulsion créatrice plus intuitive que réfléchie, si ce n'est la technique qu'en sculptrice virtuose, elle maitrise parfaitement.

De cette oeuvre particulièrement forte, qui fascina tous ceux qui purent la découvrir avec moi, de "Beyond my dreams", à la galerie Mondapart à Boulogne-Billancourt en 2012, au Centre d'art contemporain de Bourg-en-bresse dans l'exposition "Au delà de mes rêves", en 2013, on connait désormais l'histoire, la naissance et la fin du Porte-peau, et la manière dont la vie de l'oeuvre est devenue une aventure à rebondissement, un roman, une épopée, tragique.

 

Le porte peau n'est pas un Phénix, car jamais il n'a ressurgi tel qu'au premier jour de ses cendres successives. Il ne s'agit en effet pas tant de résurrection que du destin d'une oeuvre "bigger than life" comme pourrait le dire Corine Borgnet, une "hyper oeuvre", une oeuvre hors norme, une oeuvre qu'on pourrait imaginer issue de l'antique hubris.

Si le Porte-peau est dans la "démesure", non pas tant par son format – modeste- que par son essence même, et la sidération qu'elle produit, alors sa créatrice, défiant le destin ordinaire d'une oeuvre acceptable, ne prenait-elle pas, sans le savoir sans doute, le risque de sa destruction?

Corine Borgnet, qui longtemps se passionna pour les mythes et légendes, n'a-t-elle pas, avec cette oeuvre iconoclaste, provoqué le châtiment de Némésis, car, pour reprendre les mots du vieil Hérodote "le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure"?

Ainsi, le Porte-peau, Icare ou Lucifer, pourrait s'incarner comme manifestation déchue de la puissance de l'art, trop outrageux pour rester "vivant" en toute impunité.

 

Mais au-delà d'une herméneutique pouvant donner sens au destin de cette oeuvre, se dessinent deux réalités conjointes: la persistance de l'oeuvre au travers de ces diverses métamorphoses (de sculpture à objet d'un rituel, puis relique, construit, détruit et reconstruit) et la résistance dont fait preuve – dont doit faire preuve- l'artiste.

Jusqu'à la destruction finale du Porte-peau, c'est Corine Borgnet qui persiste et signe, irrésignée à la néantisation de son oeuvre, la transvaluant en acte de création, jusqu'au bout.

Démiurge, elle s'attache au destin de son Porte-peau, y compris contre l'acharnement d'une société d'assurance qui réifie l'oeuvre d'art comme un simple objet passible d'être détruit, le monde de la bureaucratie confirmant ainsi la prédiction benjaminienne de la déperdition de l'aura*.

 

L'histoire du Porte-peau, de sa vie et de sa mise à mort, pose naturellement la question récurrente, et aux réponses diverses, du statut de l'oeuvre d'art et notamment celle du principe de l'oeuvre d'art contemporain comme processus et non plus comme "objet", ou produit. Produit qui peut, finalement, n'être plus que ruine, miettes dans un bocal baroquement ornementé dans le coin d'un atelier, mais cela importe peu alors si il existe, de sa genèse à sa destruction même, comme processus intellectuel et créatif et non plus comme un objet spécifique. Mais si cela s'entend aisément lorsqu'il s'agit d'un "ready-made" – Duchamp ne disait-il pas que "la réplique d'un ready-made transmet le même message"?- cela parait moins évident pour un objet aussi particulier que le Porte-peau...

C'est qu' il y a bien, aussi, une différence, ontologique et politique, entre la destruction d'une oeuvre par un tiers vandale, et la destruction d'une oeuvre par l'artiste lui-même, comme en témoigne la double expérience de Jean-Pierre Raynaud, qui, en 1993, décide de démolir devant les caméras l'oeuvre "la Maison", qu'il avait érigée en 1969, mais devient en 2015 victime de la liquidation par la Ville de Québec de son "Dialogue avec l'Histoire" (1987).

Alors peut-être le happening de destruction de l'oeuvre organisée par Corine Borgnet dans son atelier – happening qui sera aussi l'objet d'une vidéo, elle-même prolongement d'une relique, dans une autre exposition**- soulève une interrogation non résolue à propos de la sacralisation, de la fétichisation de l'oeuvre d'art, dans la nécessité de la conserver dans son existence concrête. La dimension sacrificielle de sa destruction par l'artiste elle-même, ou en tout cas ici au travers d'une performance réglée par elle, à l'instar des actions dadaïstes (les "Objets à détruire" de Man Ray) offre à mon sens bien davantage l'affirmation réitérée de la persistance, de la volonté de "faire exister" une oeuvre, comme positivité absolue, caractérisant en son essence la démarche de l'artiste.

 

*cf. L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique – Walter Benjamin - Dernière version 1939, in Œuvres III, Paris, Gallimard, 2000.

** Rites de passage– Exposition commissariée par l'artiste Sandrine Elberg, à Plateforme, Paris, en mars 2015

 

 

Ouvrage disponible auprès de l'artiste, des Editions SMAC, et ici...

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:54

Si vous êtes de passage à New-York, notre ami Alex Van Gelder, à l'occasion de la sortie de son livre "Mumbling beauty" chez Thames & Hudson, y conversera à la Public Library avec Jerry! Un beau moment en perspective!

Louise Bourgeois and friends: Alex Van Gelder & Jerry Gorovoy in conversation
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