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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 11:55

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« La Pangée », 230x300 cm, installation in situ, textiles, fils tendus, 2011

  

A la fin de l’ère carbonifère, il y a plus de 300 millions d’années, toutes les terres émergées ne formaient qu’un seul et même supercontinent. Puis, au cours des millions d’années qui suivirent, la Pangée se fractura, des rifts se formèrent, et les terres, en surface, se séparèrent en continents.

C’est en partie cette superhistoire de la géologie et de la tectonique des plaques que suggère l’œuvre monumentale de Brankica Zilovic, réalisée spécialement pour l’exposition. A la fin de l’histoire, prédit la science, dans quelques 250 millions d’années, une Pangée ultime aura lieu et les continents ne feront à nouveau plus qu’un.

Cette Pangée, par la globalisation, tant sur le plan économique que par la mondialisation des réseaux de communication et d’information, nous la vivons déjà, d’une certaine manière. Mais paradoxalement, cela ne permet pas, loin s’en faut, une unification pacifique du monde, mais bien au contraire l’exacerbation des oppositions et des ruptures, des rifts idéologiques, religieux, économiques, et les continents sont plus que jamais, à la fois mouvants et déchirés de guerres intestines, à la dérive. Brankica Zilovic livre alors une vision du monde, poétique et violent à la fois, un monde dont elle fait apparaître les tensions, les dislocations, les sutures parfois brutales, dans ses frontières arbitraires, ses paix extorquées, ses territoires spoliés…et la globalisation ne fait jamais qu’advenir un supercontinent « super fragile », au risque de la désintégration, de la liquéfaction. Un monde à la dérive.

 

Brankica Zilovic, née en Serbie en 1974, quitte Belgrade pour Paris à la fin des années 90.  Elle découvre alors les écrits de Roland Barthes et l’œuvre de Ghada Amer,  qui l’amène à une réflexion sur les femmes, la société et la fonction de la mode. Son travail passe par différentes étapes, toujours dans un rapport étroit, qu’elle traite du vêtement, dans ses « contre-coutures »,  ou s’élance dans d’indéfinissables paysages, organiques ou non, avec le tissu, le fil, la couture, avec ce qui lie, relie, se tisse, retient ou dessine, dans une hybridation des techniques traditionnelles de la couture et de la broderie, et de l’expression visuelle contemporaine.

Zilovic considère ses propres travaux comme des « métaphores de l’indéfinissable », dans un balancement subtil entre formes de l’abstraction et métaphores du réel. Car ses inspirations puisent bel et bien dans ce monde,  dans une grande richesse de références visuelles et artistiques, base de données et d’images, depuis des photographies personnelles jusqu’aux géographies les plus lointaines. Tout un univers d’où émergeront le temps venu émotion, poésie, dialogue avec les textures et les histoires, la sienne et celle du monde, les sensations et les éléments.

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:53

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« Sisyphe II » -  Installation de 9 éléments, 118x60cm, textiles, ouate, polystyrène extrudé, 2011

 

Dans son contraste de rose et de rouge, « Sisyphe II» apparait tout à la fois délicat et élégant, inquiétant et dévorateur, chair et sang. L’ambiguïté est manifeste, comme lorsque Mai Tabakian analyse la dimension méticuleuse de son travail comme d’une précision « chirurgicale », tandis que, comme souvent chez les artistes qui travaillent autour du textile, les notions de blessure, et de suture sont bien présentes : on y retrouve la double fonction du tissu qui protège et répare. Voici donc le geste qui fabrique -revit- la blessure et qui la soigne, la colmate, rend lisse ce qui fut déchiré, « comble le vide et dénoue le silence ». Il y a donc quelque chose de l’ordre d’une manière de transcender cathartiquement le négatif, transcender le vil et les sources d’effroi, d’angoisse dans une expression tendre et esthétique, douce et simple, opaque et consistante, harmonieuse et mouvante, abstraite et suggestive, aspirante et impénétrable à la fois. Transformer la laideur en art. Retourner ce qui, dans l’organique, peut paraître impur, en essayant de rendre beau et apaisant ce même organique, qu’il se fasse géométrique ou qu’il soit délesté de sa dimension « intestinale », dans un subtil jeu d’entre-deux entre attraction et répulsion.

 

 

Les œuvres créées par Mai Tabakian apparaissent comme des objets hybrides. Bien que ne pouvant se définir à proprement parler comme des peintures, elles se présentent néanmoins le plus souvent en images picturales, en tableaux. Dans le même temps, la présence prégnante de la matière, du volume et de la structure, leur donne immédiatement une dimension sculpturale, voire architecturale. Objets hybrides, donc, aussi et surtout parce que le médium principal du travail de Mai Tabakian est le textile. Ici, cependant, il ne s’agit ni de broderie, ni de tapisserie, ni véritablement de détournement car le tissu est employé pour ce qu’il est : matière, couleur, texture. Le travail de Mai Tabakian pourrait s’apparenter à une sorte de marqueterie textile, le tissu étant embossé sur des pièces rondes de polystyrène extrudé.

L’artiste n’utilise pas le tissu  comme une matière à coudre, à assembler comme un vêtement, autour d’un corps, fusse-t-il fictif,  mais bien comme un medium pictural, par lequel couleurs, textures et éventuellement motifs s’apparentent à la palette du peintre. Pour elle, le tissu présente une grande richesse tant sur les plans plastique, chromatique, texturel, que dans ce rapport si particulier et sensuel au toucher, souvent ignoré dans la création plastique. Dans leurs épaisseurs, leurs formes pleines et rebondies, leurs sinuosités, les œuvres de Mai Tabakian donnent irrésistiblement envie d’en découvrir l’intime géographie sous les doigts.

Mais au-delà de cet intérêt formel, le choix de Mai Tabakian pour le tissu est sous-tendu des échos d’une histoire personnelle avec cette matière. Car si son travail renvoie d’emblée à la notion d’«ouvrage féminin», cette activité la rappelle à tout un univers lié à son enfance, entre sa grand-mère maternelle qui pratiquait la couture et l’y initia très jeune, et ses voyages au Viêt-Nam, dont elle est originaire, où elle fut fascinée, petite fille, par la profusion de tissus colorés, les vêtements chatoyants ou les soieries. On pense au rapport que peuvent avoir certains artistes comme Louise Bourgeois ou Annette Messager avec le tissu en tant que vecteur d’histoires de femme, de transmission de féminité, mais aussi de souvenirs et d’évocation de l’enfance, ramenant souvent à l’objet transitoire. Mais là où l’une ou l’autre de ces artistes se sont orientées vers une forme d’expressionnisme de l’introspection et de la mémoire, Mai Tabakian a choisi d’élaborer des compositions abstraites de formes, formes parfois organiques, parfois plus géométriques, parfois semblables à des paraboles mathématiques. Mais, le choix de ce rendu matelassé, comme un cocon ou un réceptacle protecteur, pourrait bien, tout en suggérant une manière de se protéger de trop en dire de soi, laisser émerger bien des hypothèses.

On devine alors, sous ces dehors formels et abstraits, une épaisseur existentielle, une émotion affleurant, des histoires et des réminiscences complexes qui ne se laissent pas envisager au premier regard, trop occupé à se perdre dans le labyrinthe et les contours sinueux des motifs formés par les applications de tissu.

Les œuvres de Mai Tabakian, malgré les couleurs chatoyantes, gaies ou douces, glitter ou pastels, recouvrent sans doute bien de plus inquiétantes ou douloureuses réalités, sentiments ou pensées, comme une forme de lutte contre une cruauté dont nous ne savons pas tout.

 

Photo:

« Sisyphe II » - Installation de 9 éléments textiles, 2011

 

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 11:49

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“Spasmes et douleurs” - 1mx2m, sanguine, crayons de couleur, acrylique et encre sur toile, préparation, gesso, fil électrique, douille en porcelaine mate, ampoule, 2011 

 

« Spasmes et douleurs », issu d’une série autour des douleurs féminines, se présente comme une sorte d’installation aux ambitions sculpturales, dans cet impressionnant format, qui renforce la profondeur et la densité charnelle du dessin, soutenu avec force et simplicité par cette installation lumineuse, clin d’œil à l’univers baconien, qui, mieux que personne, a su saisir la dimension intrinsèquement poignante de la condition humaine.

 

L’œuvre dessinée de Sandra Krasker s’inscrit dans une recherche particulièrement contemporaine sur ce qui anime le corps, non pas tant dans la forme générique du corps humain, mais dans ce qui en constituerait un portrait possible.

 

Sandra Krasker entend saisir une vérité du modèle, une vérité sous-jacente, perceptible dans un regard, une attitude, un geste… Il s’agit pour elle de  privilégier la saisie de l’émotion, du vécu, du ressenti, une forme de beauté qui n’est pas celle, académique, de parfaites proportions, mais qui a à voir avec ce qui transparaît de l’humain, ce qui en fait la beauté, en somme, réévaluant ainsi le sens de la « figuration ».

Car derrière cette sorte de perfection classique de la ligne, ce n’est pas le corps qu’elle dessine mais c’est à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière. Bien que les hommes et les femmes que dessinent Sandra Krasker soient le plus souvent partiellement nus, l’artiste ne se situe pourtant pas dans la crudité de Freud par exemple, car si elle exprime la réalité concrète de la chair, il n’y a ici ni volonté de violenter l’intimité du corps ni véracité inquisitrice mais bien plutôt un appel à l’autre, à la rencontre et à la sollicitude, pour s’inspirer de thèmes chers à Emmanuel Levinas. Et sous l’apparent académisme d’une citation néo-classique, perce alors une authentique modernité, nourrie d’une réflexion sans concession sur la question du traitement de la figure humaine, à la recherche d’une part de vérité de l’humain contemporain, tant dans son rapport au corps que dans ses désarrois perceptibles.

 

Si Sandra Krasker ne tombe pas dans l’empathie avec son modèle, ou dans un expressionnisme de premier degré, elle n’a pas non plus le regard du biologiste, ni ne pose la distance, la neutralité du dessin d’anatomie. Elle maintient ainsi sans cesse une sorte d’ambiguïté entre le souci de réel et la puissance émotionnelle et charnelle qui se dégage de ses esquisses. Le « sous la peau », l’organique presque, le besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie.

Bien entendu, apparaissent en filigrane les questions, fondamentales, de la précarité de la vie, de la corruption et de la mort. Mais il semble qu’il y ait avant tout chez Sandra Krasker une émotion  réelle face aux déploiements de la vie, à l’existence même. Sous l’âpreté de son trait,  contrastant avec la douceur de son regard,  et la peinture qui coule, manifestant discrètement la mobilité et la déliquescence des choses et des êtres, l’œuvre montre l’humain en situation dans le monde, avec ses faiblesses et sa corruption, émotionnelle mais sans pathos.

 

Photo:

“Spasmes et douleurs”, détail, 2011

 

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 11:45

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« Port Royal » - Installation robe, chaussons, magazines, technique mixte : bandes plâtrées, gaze chirurgicale, épingles… - 2009 -

Série « 100/Fil » - 130 x 96 cm chacun - Papier calque millimétré sur tarlatane blanche, fil de lin et fil à coudre, épingles à nourrice, épingles, papier plâtré - 2011 

 

« Port Royal », entièrement faite de bandes plâtrées et de bandes «Velpeau », rubans de crêpe de coton nécessaires aux pansements, n’est pas une robe à porter mais une robe symptôme. La femme qui porterait cette robe, avec son corset rigide de bandes plâtrées, serait obligée à un « port de reine », dans cette robe qui soutiendrait, masquerait, soignerait ses blessures et ses faiblesses. « Port-Royal », c’est aussi le nom du boulevard parisien où se situe un important hôpital maternité. Au travers de cette robe, ce sont donc différentes figures de la féminité qui sont mis en jeu et en regard : la femme mère, la femme protectrice, celle qui panse les petites et grandes blessures mais qui vit aussi avec ses propres blessures, ses douleurs.

Parmi elles, parfois, le regard sur soi déformé par les images de femmes que renvoient les magazines, et dont Sylvie Kaptur-Gintz obture ici la visibilité.

L’installation de chaussons de danse en bandes plâtrées qui l’accompagne renforce ce sentiment de fragilité, rappelle à la fois à l’enfance –quelle petite fille n’a pas rêvé d’être danseuse ?- mais aussi à la souffrance du corps au travers de l’évocation de la pratique de la danse. « Port-Royal » est une évocation émotionnelle intime à propos de l’identité d’une femme, poétique et d’une grande puissance évocatrice.

Blessures, cicatrices et réparations…La série « 100/Fil », quant à elle,  est née du désir d’expérimenter, et de faire parler, les matières, les maux et les mots du corps, de sa fragilité et de la force qu’il déploie, et que dans la cure nous lui imposons, pour se conserver. Le vivant y apparaît dans sa perpétuelle oscillation entre souffrance et douceur de l’apaisement.

 

Dans son travail d’installation, Sylvie Kaptur-Gintz s’approprie les gestes des anciens, des petites mains, tailleurs, maroquiniers…Gestes qu’elle n’a pas appris, qu’elle utilise, dit-elle, « d'une main malhabile » dans un souci de préserver et de nourrir le fil des filiations et des transmissions, d’une histoire mais aussi d'un vocabulaire qui est devenu peu à peu la trame de son travail.

« Dans mes installations » explique-t-elle, «  j'utilise des matériaux simples de la vie quotidienne, mais je bataille avec ces matériaux pour élaborer un nouveau vocabulaire artistique ». Car pour elle, le geste de création est étroitement lié aux notions de naissance et de renaissance. Le monde, ou plus exactement « l’être au monde » est une naissance sans cesse renouvelée, porteuse de mémoire, d’identités, d’histoires individuelles et collectives. Chez elle, les dispositifs formels sont intimement liés au sens, aux émotions suscitées, évoquant la singularité de la condition humaine, la présence humaine dans sa multitude et son unicité, dans sa force et sa fragilité.

 

Photo:

« Port Royal » - 2009 - Photo : Bruno Moyen

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 11:41

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“Fuir” – 192x77 cm, tressage de câbles électriques, prises, néon, mur peint, 2010

 

« Fuir » est une pièce de fils électriques tressé, trame et chaîne serrées en un carré à la fois fermement tissé et inachevé. Les restes des câbles forment un écheveau de fils et de prises évoquant quelque chose comme une chevelure de Gorgone, de Méduse brutale et raffinée, suggérant l’imminence d’une mise sous tension, d’une d’urgence, à la fois fragile et électrique, Cette sensation, entre violence de l’électrochoc et abandon, est renforcée par le mot « Fuir », se détachant en néon au cœur de l’œuvre. Le verbe est essentiel chez Naji Kamouche. Charge poétique mais pas seulement : les mots de Naji disent l’indicible, portent en eux ce pouvoir de suggestion, de radicalité, et la polysémie se fait polémique. « Fuir » : la fuite en avant, mais aussi l’écoulement involontaire, la puissance de l’action, donc -ici davantage solution d’évanouissement réparateur – mais aussi un état de déliquescence. Combattre ou se résigner, lutter ou abdiquer, la colère ou la résistance : de nombreuses œuvres de Kamouche s’articulent autour de ce duel permanent, matérialisation d’une conscience en lutte perpétuelle. « Fuir » manifeste avec grâce et puissance émotionnelle  ce que raccommoder, réparer les blessures peut vouloir dire. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de l’action, du combat, plutôt que l’aliénation. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.

 

Né en 1968, Naji Kamouche vit et travaille à Mulhouse. Son œuvre, toujours pensée et réalisée avec la plus extrême exigence, se joue dans une stratégie symbolique d’utilisation d’objets et de matières réinventés, recréés, reproduits ou détournés dans une perspective mémorielle et poétique. Souvent chargée de références personnelles, son travail explore les territoires de l’intime –douleur, solitude, souffrance, déchirement, colère, émotion, difficulté d’être soi-, sphère existentielle à laquelle se superpose une forme de parole et d’engagement sur des terrains plus politiques, un regard à vif sur un monde en souffrance. Son œuvre, ouvertement vitaliste, loin de tout aveu d’impuissance, dit cet absolue nécessité de la lutte, qui, de l’ «homo homini lupus » de Hobbes à la guerre des consciences hégélienne, s’inscrit au cœur de l’existence humaine parmi les autres. Si cette lutte est d’abord celle de l’affirmation de soi, elle manifeste aussi  pour Naji Kamouche le refus d’abdiquer de la conviction  que la colère et la pensée critique ont un sens.

 

Photo:

« Fuir » - Tressage de câbles électriques, prises, néon, 2010

Photo: ©Fred Hurst – Courtesy Naji Kamouche – Courtesy School Gallery, Paris 

 

 

Remerciements à Olivier Castaing, de la School Gallery, pour le prêt de l'oeuvre "Fuir".

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 11:34

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« Beach Noise » - Vidéo- 8’18 – 2010 

 

La vidéo « Beach Noise » présentée ici est une version d’un projet à la forme multiple, installation textile et chorégraphique créée autour d’un dispositif textile singulier, une mer de vêtements de 72 m2 à l’intérieur de laquelle différents vêtements sont pris en couture. Faye Formisano raconte l’histoire de « Beach Noise » comme une histoire de blessure profonde, celle du deuil, et le projet chorégraphique comme un geste de réparation, matérialisé par cet impressionnant travail de couture, d’habitation, d’incarnation, et de mémoire.

«Beach Noise, c’est aussi l’histoire d’une fille qui fait le deuil de sa mère. Bien sûr, il est question de tissus et de danse car c’est les moyens d’expression de la fille. Bien sûr, il est question de vêtements qui parlent car c’était le moyen d’expression de la mère. Et puis voilà ça donne à voir une grande mer de vêtements bleue de 72 m2 comme un tombeau fantastique. […] Beach noise, c’est l’histoire de la mère qui va se payer une drôle d’introspection. Ou de la fille. C’est l’histoire de la fille qui cherche à reconstituer les morceaux, en réunissant chaque vêtement comme chaque facettes d’un portrait en creux. C’est l’histoire des revenants qui dansent sous la mer de vêtements comme dans ma mémoire. »

 

 

Artiste pluridisciplinaire, Faye Formisano est une jeune artiste de 27 ans.

 Dans son travail, elle explore différentes pratiques liées au travail du textile, intense support d’émotion et de mémoire. Au travers de photographies, de performances, ou d’ installations chorégraphiques, Faye Formisano crée des « vêtements-manifestes »,  questionnant la manière dont le corps vit l’absence, l’histoire, la mémoire.

 Son travail textile et chorégraphique scrute la contrainte du vêtement, expérimente les situations et les réactions gestuelles, et s’axe autour de la question de la relation et de l’identité.

 

Photo:

Vidéogramme tiré de la vidéo « Beach Noise », 2010

 

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 11:29

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« Espaces autres » 1, 2 & 3- série, technique mixte sur carton, 1 : 32x24 cm, 2 : 40x32 cm, 3 : 25x 19 cm, 2011

« Off 2» - technique mixte sur papier, 22x32 cm, 2011

 

Présentés dans des coffrets semblables aux boîtes d’entomologiste, dans un esprit de cabinet de curiosité, « Off 2 » et la série des « Espaces autres » envisagent la notion de « suture » dans un questionnement entre territoires occultes, lieux d’histoires architectoniques et mémoire.

« Off 2 » se présente comme un livre ouvert dont les pages scellées auraient été séparées de force, livrant leurs déchirements, leurs failles, et leurs secrets, qui pourraient tout aussi bien se révéler être ceux de l’artiste. A cette œuvre évoquant tout à la fois l’arrachement et la force du lien, répondent quelques " Espaces autres". Références explicites aux « Hétérotopies » de Michel Foucault*, définies comme « juxtaposition en un seul lieu réel de plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles »*, les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele donnent à voir des espaces architecturaux violemment redessinés, comme une poussée de l’écorce terrestre violant le construit, forçant à une autre cartographie. Espace réel, qui n’est pas, écrit Foucault, un « espace homogène et vide, mais, au contraire, un espace qui est tout chargé de qualités, un espace, qui est peut-être aussi hanté de fantasme; l'espace de notre perception première, celui de nos rêveries, celui de nos passions détiennent en eux-mêmes des qualités qui sont comme intrinsèques (…) L'espace dans lequel nous vivons, par lequel nous sommes attirés hors de nous-mêmes dans lequel, se déroule précisément l'érosion de notre vie, de notre temps et de notre histoire, cet espace qui nous ronge et nous ravine est en lui-même aussi un espace hétérogène.»*, au sein duquel tout est superposable. Ces « Espaces autres », qui sont aussi espaces intérieurs absurdement bouleversés, sont déchirements, dans les strates de la mémoire, en rupture de temporalité linéaire, "boursouflures" du passé faisant irruption dans le présent, hétérotopie du temps qui s'accumule à l'infini, hétérotopie dans laquelle « le temps ne cesse de s'amonceler et de se jucher au sommet de lui-même »*

L’espace de l’art étant une hétérotopie par excellence, ces « Espaces autres » se dessinent comme les lieux réels de territoires en sommeil.

 

*Michel Foucault, Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49

 

 

Née en 1971, Vanessa Fanuele vit et travaille à Paris.

Son travail, protéiforme, peinture ou installation, s’articule autour d’interrogations complexes liés tant à la question de la féminité qu’à la mémoire ou aux espaces mentaux. Dans une sorte d’archéologie intérieure, aux travers d’éléments plastiques parfois hétérogènes qu’elle déplie, triture, traite et maltraite, elle cherche à extraire de la mémoire, comme on ouvre une boite de Pandore, les réminiscences d’une identité, d’une histoire, des fragments d’émotions, des explorations indécises, un secret.

Des confins de la conscience et du corps elle extirpe des « monstres », personnels ou collectifs, toute une mythologie intime qui rejoint souvent une certaine forme d’intuition du sacré, jouant parfois l’ambiguïté de la sensualité des corps en même temps que de leur organicité, sang et humeurs. Mais ici, dans une expression radicale et dramatique, troublante dans son raffinement évoquant quelque monde enseveli, reliques, éléments organiques ou objets précieux se lovent entre eux et prolifèrent en rhizomes d’une conscience profonde, affleurant toujours entre les déchirures.

 

Photo:

« Off  2 » - Technique mixte sur papier, 22x32 cm – 2011

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 11:07

Pour moi, cette année, la rentrée sonne tôt! Le 1er septembre aura lieu le vernissage de l'exposition que j'organise à la Galerie Charlotte Norberg, qui a eu la gentillesse de me faire confiance pour la programmation de cette première exposition de la saison.

 

7 artistes et un thème, "Sutures".

 

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L’histoire de « Sutures » commence avec la rencontre, au cours de ces derniers mois,  de plusieurs artistes travaillant autour du fil, du textile, de la couture ou de la broderie, dans des manières chaque fois différentes. Ces rencontres ravivent alors mon intérêt de toujours pour le textile, ayant eu à plusieurs reprises l’occasion de travailler autour de son utilisation dans la création artistique, notamment, en 2009, avec « Seconde peau, seconde vie »*, dans laquelle une partie de l’exposition se penchait sur la récupération ou le détournement par les artistes contemporains de la matière textile.

 

En analysant l’arrière-fond émotionnel des travaux de ces artistes, se fait peu à peu jour l’évidence de points communs entre ces œuvres, les univers qu’ils nourrissent, fussent-ils en apparence peu semblables. Au-delà du regain d’intérêt de la création contemporaine pour la broderie, le fil, le tissu ou le vêtement, dans une sorte de revival Arts & Crafts,  les thèmes de la blessure et de la tentative de réparation, du tissu qui protège et rassure, de la couture comme une manière de (r)accommoder le drame, du fil qui se tisse ou se tend au travers des souvenirs ou de la mémoire, bref, de la puissance hautement évocatrice du textile apparaissent comme récurrents.

 

 L’idée de « Sutures » est née. Terme éminemment médical et puissant, pour dire la force avec laquelle chacun recoud ses souffrances aux points de suture, comment chacun des artistes choisis parle de résistance, de survivance, de résilience. D’être et rester vivant.

 

« Sutures » s’organise ainsi autour de trois axes. Elle rassemble des travaux récents d’artistes qui, pour certains, ont jusqu’aujourd’hui peu eu l’occasion de montrer leur travail. Puis, tout ces artistes (ou presque) ont en commun d’avoir développé, de manière occasionnelle ou récurrente, un travail autour de ces variations sur le fil. Enfin, chacun évoque, par ce biais ou d’autres, ces thèmes de la blessure et la réparation.

 

Si souvent ressort de ces travaux la part d’autobiographie auquel un tel sujet invite, il n’y a pourtant pas de doute que ce propos touche dans le même temps à quelque chose de l’ordre de l’universel. Tous, et d’autant plus par  la création, nous travaillons sans relâche à cicatriser nos mémoires et suturer les plaies de nos vécus.

 

La « suture » est chirurgicale et, bien entendu, évoque d’abord le corps et son organicité. Ainsi, les dessins de Sandra Krasker, qui exprime avec puissance et subtilité ce besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie.

Se joue là une proximité avec ce que Paul Ricoeur définissait comme mouvement dialectique de « brisure-suture » dans ce « paradoxe de la chair » qui à la fois, permet par l’incarnation du cogito, d’exister au sens propre, mais qui dans le même temps comdamne à la souffrance et à la finitude par la chair, sans se limiter à elle.**

Chez Mai Tabakian s’inscrit la double fonction du tissu qui protège et répare, et le geste de l’artiste qui fabrique -revit- la blessure, la soigne, la colmate, rend lisse ce qui fut déchiré, « comble le vide et dénoue le silence » pour reprendre ses mots.  

Les œuvres de Sylvie Kaptur-Gintz, illustrent  de manière poignante cette sorte de dualité soulignée par Ricoeur, tant dans cette robe qui soutient, masque, soigne les blessures et les faiblesses d’une femme mère, femme protectrice, qui panse les petites et grandes blessures, et pense, aussi, ses propres blessures, ses douleurs, que dans la série des « 100/fil » évoquant les maux et les mots du corps, sa fragilité et la force qu’il déploie, et que dans la cure nous lui imposons, pour se conserver. Le vivant y apparaît dans son perpétuel oscillement entre souffrance et douceur de l’apaisement.

 

Mais c’est sans doute davantage encore dans l’histoire et la mémoire individuelle, que les notions de blessure et de réparation, dans leurs dimensions existencielles, se font cruciales.

Faye Formisano raconte ainsi  l’histoire de « Beach Noise » comme une histoire de blessure profonde, celle du deuil, et le projet chorégraphique comme un geste de réparation, matérialisé par cet impressionnant travail de couture, d’habitation, d’incarnation, et de mémoire. Les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele sont ces espaces intérieurs absurdement bouleversés, déchirements dans les strates de la mémoire, en rupture de temporalité linéaire, ce sont ces "boursouflures" du passé faisant irruption dans le présent, hétérotopie du temps qui s'accumule à l'infini, hétérotopie dans laquelle « le temps ne cesse de s'amonceler et de se jucher au sommet de lui-même »***. Enfin, l’œuvre « Fuir », de Naji Kamouche, manifeste avec grâce et puissance émotionnelle  ce que raccomoder, réparer les blessures peut vouloir dire. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de l’action, du combat, plutôt que l’aliénation. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.

 

L’Histoire du monde n’est-elle pas aussi est un vaste jeu de déchirements de ruptures et de sutures ? Les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele le montrent, dans la mesure de cette temporalité historique qui fonctionne de manière tectonique. C’est aussi là la vision développée, avec ampleur par Brankica Zilovic. Elle livre ici une vision du monde, poétique et violent à la fois, un monde dont elle fait apparaître les tensions, les dislocations, les sutures parfois brutales, dans ses frontières arbitraires, ses paix extorquées, ses territoires spoliés…et dans lequel la globalisation ne fait jamais qu’advenir un supercontinent « super fragile », au risque de la désintégration, de la liquéfaction. Un monde à la dérive.

 

Dans cette exposition et avec ces sept artistes, je me suis efforcée de penser par suture, tentant de rapprocher des territoires, de produire des ponts et du lien entre des univers et des histoires qui, sous des dehors hétérogènes, sont mus par de semblables préoccupations et la même nécessité.

 

* « Seconde peau, seconde vie » - 11 mars/12 avril 2009- Salle d’exposition – Ville de Guyancourt- En co-commissariat avec Isabelle Vernhes

**Paul Ricoeur et le paradoxe de la chair – David Le Duc-Tiaha- Ed l’Harmattan

***Michel Foucault - Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49

 

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

 

Photo: carton de "Sutures" - Photo: Benoit Moyen - Détail "Port-Royal", Sylvie Kaptur-Gintz-

 

 

Remerciements

 

A la Galerie Charlotte Norberg et, bien sûr à Charlotte Norberg en particulier

A Olivier Castaing, Directeur de la School Gallery, pour le prêt de l’œuvre de Naji Kamouche

A Benoit Moyen, pour la photographie du carton d’invitation

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 23:25

 

Live à Montreux, 1980...

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 23:20

 

 

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