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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 15:45
La terre moins chère – Vidéo 9 mn 59 – SD, 4/3, couleur, stéréo – 2004 – Courtesy l'artiste et Jane Lombard Gallery, New-York

La terre moins chère – Vidéo 9 mn 59 – SD, 4/3, couleur, stéréo – 2004 – Courtesy l'artiste et Jane Lombard Gallery, New-York

Une vidéo peu connue de mounir fatmi présentée ici, qui, avec une économie de moyens très efficace, nous place dans la position de l'autochtone qui regarderait de loin, comme par effraction, ce qui lui est ordinairement interdit: le bord de la piscine d'un resort de luxe, réservé aux touristes. Tournée à Tanger, elle fut montrée en 2006 à la Biennale de Gwangju, en Corée.

Je reposte ici l'intégralité du texte que j'avais rédigé sur cette oeuvre il y a plusieurs années. Si certains enjeux ont évolué depuis, le fond reste d'une grande actualité, posant entre autres les questions du post / neo - colonialisme induit dans l'industrie touristique occidentale, mais aussi la duplicité des attitudes que cela induit, la question des "mondes" - le monde du touriste n'est pas le "tout-monde"-, et celle de l'impossible rencontre du touriste et du migrant, évoquée par ailleurs dans l'exposition.

TOURISTE! Visite guidée 11- Les estivants...au bord de la piscine, avec mounir fatmi

mounir FATMI

La terre moins chère – Vidéo 9 mn 59 – SD, 4/3, couleur, stéréo – 2004 – Courtesy l'artiste et Jane Lombard Gallery, New-York

L’image est un peu floue, filmée de très loin, comme par effraction. Des touristes s’ennuient autour de la piscine d’un grand hôtel, de ces « hôtels-clubs » qui fleurissent partout au Maroc, dans les pays arabes, mais aussi dans tous les pays "émergents" où européens et américains, attirés par des promesses de soleil, de rencontres et de farniente pour pas cher, affluent en masse.

Cela commence par une accroche en grosses lettres sur la vitrine d’une agence de tourisme parisienne : « La terre moins chère », par ce décor kitsch de « souvenirs de vacances », bocaux remplis de sables de toutes les plages du monde, étiquettés des noms des pays où chaque sable a été récolté.
« La terre moins chère » : les chiffres de l’Organisation Mondiale du Tourisme dévoilent que, malgré la crainte du terrorisme, aiguisée depuis les attentats en Egypte et le 11 Septembre, les catastrophes naturelles et les alertes sanitaires, le tourisme de masse notamment vers l’Afrique du Nord , ne cesse de progresser. C’est que pour remplir les hôtels vidés par la peur de ne pas en revenir, les prix des voyages se sont effondrés, ouvrant à ceux à qui cela était inaccessible un espace de consommation nouveau. Cet homme nageant dans cette luxueuse piscine pourrait-il seulement accéder au bar d’un tel hôtel en France ? Ici le touriste veut tout : l’illusion de richesse, de sécurité –ce pour quoi il ne sort pas de l’hôtel-, de folklore, avec une volonté d’insouciance confinant à l’aveuglement.
Ce touriste-là déplace avec lui son pan de monde, son territoire, sans jamais le confronter à la réalité, à l’étrangeté d’un autre monde, n’a que faire de la rencontre des altérités : pas besoin, pas envie, il est là pour se reposer, pour dépenser, pour jouir sans entraves idéologiques de sa liberté, loin des soucis et du sérieux de « son » monde « réel ». Il s’agit, écrit Yves Michaud, d’une « liberté négative où il cherche à se débarrasser du quotidien, de la routine, des obligations, sans échapper pour autant, bien au contraire, aux déterminations du plaisir, (…) aux charmes du stéréotype et du cliché. Le touriste réclame l’immunité : il ne devrait être victime ni des voyous, ni des terroristes, pas même des raz-de-marée et des catastrophes naturelles. »*

TOURISTE! Visite guidée 11- Les estivants...au bord de la piscine, avec mounir fatmi

La terre moins chère pose un regard critique sur les ambiguités de ce tourisme nourri au post-colonialisme. Si d’un côté on vient avec ses devises acheter à bas prix un peu de rêve formaté, de l’autre, l’économie commande de jouer pour le touriste les scènes attendues, non sans un certain cynisme. Du bazar traditionnel déplacé au cœur de l’hôtel à la chanteuse folklorique au buffet exotique du soir, tout est fait pour qu’il amasse ce qu’il faut de lieux communs, et en revienne la tête pleine d’images conçues tout exprès pour ses yeux, sans avoir rien vu.

 « Quand je serai grand je veux être touriste » dit un jeune écolier de Serrekunda en Gambie. Etre touriste, pour Fatou, c’est pouvoir se déplacer sur terre sans visa ni frontières. Telles sont les relations ambigües entre tourisme et immigration : même charters, mêmes destinations, mais dans un tout autre sens. Si pour quelques uns la migration représente un pouvoir sur le temps et l’espace, une liberté de vivre, de travailler, de se distraire, de rêver ailleurs, elle est pour des milliers d’autres un rêve impossible ou un arrachement.

 

 * Yves Michaud, préface au catalogue de l’exposition « L’œil du touriste », Galeries Patricia Dorfmann, Frédéric Giroux et Alain le Gaillard, Commissariat : Jeanne Truong, Paris, 2005

TOURISTE! Visite guidée 11- Les estivants...au bord de la piscine, avec mounir fatmi

Artiste à la reconnaissance internationale, mounir fatmi passe son enfance dans le marché aux puces de Casabarata, un des quartiers le plus pauvres de la ville de Tanger où sa mère vendait des vêtements pour enfants. Un environnement qui multiplie jusqu’à l’excès les déchets et les objets de consommation en fin de vie. L’artiste voit par la suite cette enfance comme sa première éducation artistique et compare ce marché aux puces à un musée en ruine. Cette vision a également valeur de métaphore et exprime les aspects essentiels de son travail. Influencé par l’idée de médias morts et l’effondrement de la civilisation industrielle et consumériste, il développe une réflexion sur le statut de l’œuvre d’art entre Archive et Archéologie. Il utilise des matériaux obsolètes tels que les câbles d’antenne, les anciennes machines à écrire, ou les cassettes VHS, et travaille sur la notion d’une archéologie expérimentale en examinant le rôle de l’artiste au sein d’une société en crise. Ses vidéos, installations, peintures ou sculptures mettent au jour nos ambiguïtés, nos doutes, nos peurs, nos désirs.

Né en 1970 à Tanger ( Maroc), mounir fatmi vit et travaille entre Paris, Majorque et Tanger.

On peut retrouver ce texte, ainsi que d'autres que j'ai pu rédiger au fil des ans, sur le site de l'artiste:

Merci à mounir fatmi pour son indéfectible confiance au cours de ces nombreuses années!:)

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 14:13
Fifty High Season #33 – Impression numérique – Ed. De 5 + 2 EA – 100 x 75 cm – 2010-2017 – Courtesy l'artiste et Galerie Bertrand Grimont, Paris

Fifty High Season #33 – Impression numérique – Ed. De 5 + 2 EA – 100 x 75 cm – 2010-2017 – Courtesy l'artiste et Galerie Bertrand Grimont, Paris

J'ai été imédiatement sensible aux photos de Shane Lynam, jeune artiste irlandais, pour des raisons toutes personnelles. Car les vacances, le voyage et l'été sont aussi l'espace-temps de notre mémoire et de nos enfances. Cette dimension biographique n'enlève en rien la qualité de cette très belle série photographique intitulée "Fifty High Season", résultat d'une exploration de sept années d'un territoire sous le charme suranné duquel est tombé le photographe.

Il y a une dimension sociologique dans le travail de Shane Lynam mais aussi une grande poésie et un rendu très juste de l'atmosphère très particulière qui règne ici. Les estivants au Barcarès, ce n'est pas une nouvelle série de téléréalité, mais çà fleure bon les congés payés, le balnéaire classe éco, et les vacances les moins chères de France.

Au premier plan "la terre moins chère", vidéo de mounir fatmi

Au premier plan "la terre moins chère", vidéo de mounir fatmi

Shane LYNAM

Fifty High Season #33 – Impression numérique – Ed. De 5 + 2 EA – 100 x 75 cm – 2010-2017 – Courtesy l'artiste et Galerie Bertrand Grimont, Paris

Cette photographie, issue de la série et de l'ouvrage «Fifty High Seasons», est l’aboutissement de sept années de recherches et de travail pour le photographe irlandais Shane Lynam, dans un territoire «exotique» et rarement exploré: la bande côtière entre Perpignan et Montpellier.

Epris des stations balnéaires populaires comme Argelès ou Le Barcarès, qu'il découvre en 2005, il photographie ces ultimes incarnations des Trente Glorieuses, bâties dans les années 60 et toujours occupées par les vacanciers, malgré une «fatigue» architecturale et stylistique évidente des lieux.

En 1963, de Gaulle avait lancé un plan de développement régional connu sous le nom de «Mission Racine», pour transformer ce tronçon sauvage et venteux du littoral du Languedoc-Roussillon en une série de stations balnéaires. Des architectes d'avant-garde, des artistes, avaient été embauchés pour construire ces logements d'été accessibles aux faibles revenus et des œuvres monumentales le long de la promenade. Cela donne ces ensembles architecturaux étranges, et se promener au Barcarès est une plongée dans un univers un peu désuet et surréaliste, comme assoupi même au coeur de l'été, et où la nature a gardé une partie de ses droits.

L'intérêt de ces stations balnéaires était- et reste- leur caractère social. C'est ici que l'on trouve les locations saisonnières -et les campings- les moins chers de France, permettant aux familles les plus modestes de partir aussi en vacances. Un symbole des congés payés, si importants dans la culture française. Des images qui fleurent bon les souvenirs d'enfance.

Avec également une vidéo de mounir fatmi et un beach ball signé Martin Parr

Avec également une vidéo de mounir fatmi et un beach ball signé Martin Parr

Jeune photographe irlandais, Shane Lynam vit et travaille à Dublin. Pour ses séries photographiques, il aime s'immerger longuement dans un milieu, une ambiance, une architecture. «Fifty High Seasons» est son premier livre. Très remarqué, il a gagné le prix Gallery of Photography’s Solas Ireland en 2015 et cette série a fait l'objet de nombreux articles dans la presse.

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 13:27
Summer Dreams (Hidden) #1-12 - Stylo BIC bleu sur calendrier (Summer Dreams Art & Image Grid Calendar 2012)  - 30 x 30 cm chacun – 2012 – Courtesy l'artiste

Summer Dreams (Hidden) #1-12 - Stylo BIC bleu sur calendrier (Summer Dreams Art & Image Grid Calendar 2012) - 30 x 30 cm chacun – 2012 – Courtesy l'artiste

Du bleu, du bleu, du bleu, donc...couleur de l'abstraction mais aussi du ciel et de la mer, réunis ici dans cette deuxième oeuvre de Marco Godinho présentée dans l'exposition. On y retrouve cette simplicité radicale et efficace du geste et de l'esthétique propre à son travail. De loin, on dirait un monochrome, 12 carrés bleus... On se rapproche et on découvre, sous les nuances outremer, des paysages paradisiaques, dont la vision est patiemment mais sûrement oblitérée... A la fois masquant le rêve et le révélant, d'une certaine manière. Un rêve banal de sable fin et de palmier, un rêve de calendrier qu'on accroche au mur de la cuisine, comptant les jours qui séparent de la plage, un rêve de touriste en mal de cliché de paradis et d'été permanent...

TOURISTE! Visite guidée 9 - Les estivants...Marco Godinho

Marco GODINHO

Summer Dreams (Hidden) #1-12 - Stylo BIC bleu sur calendrier (Summer Dreams Art & Image Grid Calendar 2012) - 30 x 30 cm chacun – 2012 – Courtesy l'artiste

Douze images banales et artificielles d’un calendrier intitulé « Summer Dreams, 2012 » servent ici à questionner les failles et les désirs échoués d’une société contemporaine en quête permanente d’Eldorado. Chaque mois du calendrier est associé à l’image d’un endroit idyllique et vante le rêve – et l’espoir – d’une destination paradisiaque à tout moment de l’année. L’artiste accentue l’idée de ce mirage, de cette illusion en recouvrant l’ensemble des images au stylo à bille bleu, jusqu’au point limite de rupture du papier. Cette « dissimilation » agit à la fois comme une sorte de filtre, une mise à distance, et en même temps ouvre la voie à tous les imaginaires et à toutes les géographies possibles. 

TOURISTE! Visite guidée 9 - Les estivants...Marco Godinho

En quête permanente de nouveaux horizons, Marco Godinho est un explorateur du monde, de ses marges et de ses seuils – géographiques, politiques et philosophiques – dans lesquels lui-même évolue. La mer, les migrations, le déplacement, la vie nomade, sont au cœur de son travail, qui déploie un univers singulier et poétique sur la subjectivité de notre espérience du temps et de l'espace. Il aborde avec sensibilité une pratique post-conceptuelle, les questions d’exil, de mémoire et de géographie inspirées par sa propre expérience de vie nomade, suspendue entre différentes langues et cultures et nourrie par la littérature et la poésie. À partir d’installations et de vidéos, en passant par ses écrits et œuvres collaboratives, son travail forme une carte d’un monde façonné par des expériences personnelles et le multiculturalisme.

Son travail est montré partout dans le monde et il a représenté le Luxembourg à la dernière Biennale de Venise.

Né à Salvaterra de Magos (Portugal) en 1978, il vit et travaille entre Luxembourg et Paris.

 

TOURISTE! Visite guidée 9 - Les estivants...Marco Godinho
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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 13:01
Eden-Roc Pool, photographie imprimée sur papier, 40 x 30 cm, 1973, reprint 2020 - C. Slim Aarons

Eden-Roc Pool, photographie imprimée sur papier, 40 x 30 cm, 1973, reprint 2020 - C. Slim Aarons

Touche vintage de l'exposition, qui en ouvre la deuxième partie, cette photo de Slim Aarons illustre combien le mythe de la Riviera a contribué à l'essor du tourisme, de luxe et de masse, autour de la Méditerranée.

Slim Aarons est un personnage fascinant. Reporter de guerre, il décide, après 1945, de faire table rase du passé et de ne plus s'intéresser qu'au luxe et à la volupté. Il parvient à s'introduire dans les milieux les plus huppés de la société américaine, et devient LE photographe de la jet-set et des stars. 

Un bel ouvrage, récemment publié chez Vuitton - et consultable dans l'exposition- montre un curieux monde disparu. Ces photographies de la vie des riches en vacances nous paraissent aujourd'hui particulièrement vulgaires d'ostentation et font écho au travail de Martin Parr. Pourtant, à la différence de Parr, il n'y a aucun second degré chez Aarons.

En ces temps de confinement, on trouvera pas si mal cette photo qui envoie du rêve, la piscine de l'Eden Roc au bord du la grande bleue, du bleu, du bleu, du bleu, le ciel et la mer...

TOURISTE! Visite guidée 8 - Les estivants...Slim Aarons
Photo C. Laura Hawk

Photo C. Laura Hawk

Slim AARONS

Eden-Roc Pool, photographie imprimée sur papier, 40 x 30 cm, 1973, reprint 2020 -

Slim Aarons, ancien photographe de guerre disait que la seule plage qui valait la peine qu’on y débarque était celle qui était « ornée de ravissantes jeunes femmes dénudées, bronzant sous un soleil tranquille. ». Les photograhies raffinées de Slim Arrons, comme ce cliché de la célèbre piscine de l'Hôtel du Cap Eden -Roc, à Antibes, ode au rêve méditerranéen et aux vacances d'élite, offre un regard ébloui sur le rêve de vacances éternelles et éternellement chics.

Chez Slim Aarons, les piscines sont aussi bleues que le ciel, les femmes passent leurs journées à bronzer et le vernis des Riva brille au soleil. Pool-party à Capri, bain de soleil à Saint-Tropez, apéritifs à Acapulco...Ses portraits et ses reportages paraissent dans Life, Harper Bazaar, Flair, Vogue et surtout Holiday, " un magazine de voyage sur papier glacé de la nouvelle jet set " fondé en 1946 et précurseur d' « un tourisme qui a du style. »

la French Riviera : un autre monde, une autre époque, définitivement close.

TOURISTE! Visite guidée 8 - Les estivants...Slim Aarons

George Allen Aarons dit Slim Aarons (1916-2006) est un photographe américain connu pour ses photographies de la haute société dans les années 1950, 1960 et 1970.

D'abord photographe militaire, sa rencontre avec le cinéaste Frank Capra lui ouvre les portes d’Hollywood. A l'instar de la jet-set des trente glorieuses, d'Hollywood à Rome, de New York à la Jamaïque, de Gstaadt à la côte d'Azur, il s'agit pour lui de faire table rase d'une société brisée par la guerre et se plonger dans une vie mondaine. En plein âge d'or du cinéma américain ou italien, le temps est à la Dolce Vita, et à la liberté. Il se spécialise alors dans les clichés de célébrités et de mondanités, toujours dans les endroits les plus somptueux possibles. « Photographier des gens attirants faisant des choses attirantes dans des endroits attirants », tel est le credo qui le rendit célèbre dans le monde entier. Son personnage et son appartement de Manhattan ont d'ailleurs inspiré le personnage de James Stewart dans « Fenêtre sur cour », d'Alfred Hitchcock.

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 13:10
Bird of pray ( Travelling with the inner enemy) – Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, lumière LED – 25 x 127 x 27 cm – 2013 – Courtesy l'artiste

Bird of pray ( Travelling with the inner enemy) – Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, lumière LED – 25 x 127 x 27 cm – 2013 – Courtesy l'artiste

La proximité de Mitry Mory avec l'aéroport de Roissy m'avait motivée à proposer ici cette exposition, sachant que près de 1500 avions passent chaque jour devant les fenêtres de l'espace d'art. Parfois, malgré les doubles-vitrages, on entend distinctement la poussée des réacteurs des avions qui décollent...C'est pourquoi il me paraissait indispensable d'évoquer l'activité aéroportuaire dans l'exposition.

Cette oeuvre d'Arnanud Cohen était à ce titre intéressante par sa pluralité sémantique, qui s'enrichit indéniablement d'un sens nouveau au regard de ce que nous vivons...Cet avion vide, l'étrangeté de l'atmosphère - cette lumière verte- et ce "machin rose" comme un blob envahissant dont on ne sait que faire... et la sensation de menace, figurée par ce bras armé, prennent aujoud'hui un autre sens encore...

Bird of pray ( Travelling with the inner enemy) – Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, lumière LED – 25 x 127 x 27 cm – 2013 – Courtesy l'artiste

Bird of pray ( Travelling with the inner enemy) – Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, lumière LED – 25 x 127 x 27 cm – 2013 – Courtesy l'artiste

Arnaud COHEN

Bird of pray ( Travelling with the inner enemy) – Aluminium, fibre de verre, résine, plastique, lumière LED – 25 x 127 x 27 cm – 2013 – Courtesy l'artiste

 

Oeuvre à double détente, « Bird of pray » se présente d'abord comme la maquette d'un intérieur d'avion : bienvenue à bord ! Mais, contournant la carlingue vers son nez, on se retrouve face à un bras armé qui pointe, menaçant.

Polysémique, comme souvent les oeuvres de Cohen, on ne sait s'il s'agit là d'une évocation de la peur du terrorisme – lorsque chaque passager devient potentiellement pour les autorités comme pour soi, un possible kamikaze-, ou de cette dissonance cognitive entre injonction à voyager, de plus en plus pour de moins en moins cher, et culpabilité. Aujourd'hui, en montant dans un avion, on emporte avec soi non seulement sa paranoïa mais aussi sa flygskam, mot suédois désignant «la honte de prendre l'avion». Nul ne peut ignorer l'impact climatique de l'aviation de masse, mais peu, parmi ceux qui ont les moyens de se payer un billet, sont capables de se priver de ce plaisir coupable. Pour le citoyen « responsable », l’avion fait partie de ces petits arrangements avec la conscience écologique. Pourtant, s'offrir des voyages en avion et proclamer en même temps vouloir préserver la planète, nous sommes sommés de choisir, sous la menace de notre bilan carbone.

TOURISTE! Visite guidée 7 - Welcome on board...Arnaud Cohen

L'oeuvre d'Arnaud Cohen aborde le sujet de la responsabilité individuelle dans l'édification de destins collectifs. Il puise ses références autant dans les pratiques situationnistes que dans les mythes et allégories. Sa pratique, relevant souvent de l'appropriation, le porte vers des formes sociales et esthétiques diverses, depuis des objets identifiés tels que sculptures ou installations jusqu'à des « objets » plus iconoclastes, comme une fondation, une piste de danse ou une émission de télé-réalité. Son travail, entre Histoire et fiction, est régulièrement présenté dans des évènements internationaux, telles que les Biennales de Dakar, de Venise, d'Amérique du Sud, du Caire, et en France, au Palais de Tokyo, au Mémorial de la Shoah, en résidence au Musée de la Chasse et de la Nature. Son travail a fait l'objet de plusieurs expositions personnelles, notamment au Musée Synodal de Sens, à Berlin, à Cologne, et cette année, au Musée National d'Art Contemporain de Bucarest ainsi qu'à la biennale de Kampala.

Né en 1968, Arnaud Cohen vit et travaille entre Paris et son île-usine-atelier du Poitou.

 

TOURISTE! Visite guidée 7 - Welcome on board...Arnaud Cohen
TOURISTE! Visite guidée 7 - Welcome on board...Arnaud Cohen
TOURISTE! Visite guidée 7 - Welcome on board...Arnaud Cohen
Arnaud Cohen, et dx des toirs UNTEL, au vernisssage!

Arnaud Cohen, et dx des toirs UNTEL, au vernisssage!

TOURISTE! Visite guidée 7 - Welcome on board...Arnaud Cohen
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 12:06

C'est avec une grand joie que j'ai pu obtenir le retirage de cette photographie, dont je connais l'existence depuis longtemps, de John Isaacs. c'est une partie moins connue du corpus de cet artiste anglais issu du groupe des Young British Artists, surtout renommé pour ses incroyables sculptures violemment critiques, que certains d'entre vous auront peut-être pu voir notamment à feu La Maison Rouge

Oeuvre de John Isaacs appartenant à la collection Antoine de Galbert

Oeuvre de John Isaacs appartenant à la collection Antoine de Galbert

Plus modeste mais tout aussi éclairante, "Voices fom the ID" est une photographie fascinante, qui sans doute fait écho à mon "aérodromophobie", que je maîtrise avec peine.

Voices from the ID - aeroplane – C-print sur Dibond, 01 / Ed. De 6 – 70 x 93 cm - 2001 – Courtesy l'artiste

Voices from the ID - aeroplane – C-print sur Dibond, 01 / Ed. De 6 – 70 x 93 cm - 2001 – Courtesy l'artiste

John ISAACS

Voices from the ID - aeroplane – C-print sur Dibond, 01 / Ed. De 6 – 70 x 93 cm - 2001 – Courtesy l'artiste

 

Un avion saisi en plein vol, rappelant cette étrange vision d'immobilité que l'on peut souvent constater en levant les yeux vers le ciel mitryien. Une vision absurde, impossible, renforcée par celle, plus fantasmatique encore, de ces bagages ficelés sur la carlingue, comme sur le toit d'une voiture en partance pour quelque transhumance estivale.

Sans indice particulier pourtant, cette image a quelque chose d'inquiétant et d'inconfortable, comme la sensation d'un danger sournois; elle est à l'image de ce que John Isaacs souligne, au travers de ses œuvres, qu'il s'agisse de ses célèbres sculptures de chairs baveuses ou de ses photographies, de la société contemporaine, entre grandeur et décadence, perdue par ses excès. Son avion est l'équivalent d'un train fantôme sur fond de ciel bleu, dont on ne sait s'il atteindra jamais sa destination, surtout si elle est censée être paradiasiaque.

TOURISTE! Visite guidée 6 - Welcome on board! ..John Isaacs

John Isaacs s'inscrit dans la lignée des artistes Young British Artists (Damien Hirst ou les Frères Chapman). Son travail, connu pour ses impressionnantes sculptures de chairs, réalisées en cire à la manière des écorchés du XVIIe siècle, explore la manière dont nous percevons notre monde, et la manière dont il existe réellement, nourrie par nos désillusions de consommateurs, mais vouée à l’effondrement face à une réalité reniée. Depuis 1990, Isaacs produit des œuvres majeures qui ont été exposées dans de nombreuses institutions de renommée internationale (Exposition Young British Artists 6 chez Saatchi Londres (1993)), «Century City» à la Tate Modern, «Minimal Maximal» au Musée National de Kyoto (2001), il a également fait l'objet d'une exposition à la Maison Rouge, à Paris.

Né en 1968 à Lancaster (R-U), il vit et travaille entre Londres et Berlin.

 

TOURISTE! Visite guidée 6 - Welcome on board! ..John Isaacs

Merci à John Isaacs pour son enthousiame!

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 13:48
Les chemises TOURISTE de UNTEL dans le pavillon de l'Exil ( Mai 2018 - St Louis du Sénégal) - En arrière plan, photographie de Gohar Dashti, Vidéo de Sophie Bachelier, et dans la tente, une oeuvre sonore de Mohamed El Baz

Les chemises TOURISTE de UNTEL dans le pavillon de l'Exil ( Mai 2018 - St Louis du Sénégal) - En arrière plan, photographie de Gohar Dashti, Vidéo de Sophie Bachelier, et dans la tente, une oeuvre sonore de Mohamed El Baz

Dans le cadre de l'exposition "Pavillon de l'Exil", co-curaté avec mounir fatmi pour l'Institut français de Saint-Louis au Sénégal ( pour la Biennale de Dakar), nous avions montré pour la première fois en 2018 deux chemises Touriste, issue de la réédition organisée par Michèle Didier en 2015. Ces deux chemises, installées à l'étage de la Galerie du Fleuve, comme deux touristes au bastingage d'un navire de croisière, rappelaient la douloureuse rencontre du tourisme et de la migration, dans cet espace qui, ouvert sur le fleuve Sénégal, semblait un perpétuel appel au départ, de la tragédie au loisir. Cet aspect, essentiel, se retrouve ailleurs dans l'exposition Touriste!, et sera développé plus avant dans le second volet. 

Untel, la chemise Touriste- Deux chemises homme / femme - Polycoton blanc sérigraphié quadrichromie – Ré-édition 2015 – © UNTEL et mfc- michèle didier – Collection particulière

Untel, la chemise Touriste- Deux chemises homme / femme - Polycoton blanc sérigraphié quadrichromie – Ré-édition 2015 – © UNTEL et mfc- michèle didier – Collection particulière

Revoilà donc la chemise Touriste, dans un autre contexte. J'avais très envie d'approfondir sur le travail d'UNTEL autour des performances Touriste, datant de 1978, à la fois "vintage" et d'une incroyable modernité.

Dans le cadre de l'exposition, l'idée a été de suggérer une sorte de "boutique", ou de comptoir d'aéroport, dans lequel on trouverait de quoi se transformer en touriste avant de prendre l'avion: badges, autocollants à coller sur ses valises, passeports de touriste, etc...ainsi que bien sûr les fameuses chemises, et une sélection de photographies issues de la documentation d'UNTEL à propos de la performance de Cahors et du défilé dans la Grande Galerie du Louvre.

TOURISTE! Visite guidée 5 - l'Outlet ...UNTEL

Je voulais ici particulièrement remercier Philippe Cazal pour avoir suggéré et permis l'utilisation de cette superbe photo pour l'affiche et l'invitation de Touriste!

UNTEL, Cahors, 1978

UNTEL, Cahors, 1978

Ce fut une belle aventure qui m'a permis aussi de découvrir de manière plus approfondie le travail historique d'UNTEL et de rencontrer Jean-Paul Albinet et Alain Snyers. Merci à eux pour leur enthousiasme!

Alain Snyers, au vernissage de Touriste!

Alain Snyers, au vernissage de Touriste!

Jean-Paul Albinet, de 1978 à 2020!

Jean-Paul Albinet, de 1978 à 2020!

UNTEL au complet!

UNTEL au complet!

UNTEL (Albinet / Cazal / Rouff, pour la performance « Touriste » - Albinet/ Cazal/ Snyers, pour UNTEL)

Untel, la chemise Touriste- Deux chemises homme / femme - Polycoton blanc sérigraphié quadrichromie – Ré-édition 2015 – © UNTEL et mfc- michèle didier – Collection particulière

Untel, la pochette Touriste – 6 Séries d'éléments sous pochette plastique: un dépliant, un passeport, un badge, un magnet, 4 autocollants – Dimensions variables – 2015- © UNTEL et mfc- michèle didier

 

Les artistes se rêvent souvent en voyageurs, sans doute sont-ils le plus souvent touristes, eux aussi. Certains, comme les artistes d'UNTEL, choisissent de revêtir (au sens propre) le costume du touriste et d'en faire matière à performance.

Dans la première salle de l'exposition est présenté un ensemble d'objets et de documents, sous la forme d' un comptoir de vente qui pourrait prendre place dans un terminal d'aéroport, permettant d'acquérir tout ce qu'il faut pour se préparer à être « touriste », avant de prendre l'avion : passeports, vêtements adéquats, et signes de reconnaissance. Tous ces objets ont été imaginés par Untel, un collectif de trois artistes qui furent actifs entre 1975 et 1980.

TOURISTE! Visite guidée 5 - l'Outlet ...UNTEL

En juin 1978, UNTEL réalise une performance intitulée "Touriste". Elle consistait à déambuler dans les rues de Cahors et à se faire prendre en photo en duo par un passant, cette action étant simultanément photographiée par le troisième membre du trio. Chacun était vêtu d’une veste et d'un pantalon de peintre en bâtiment blanc, tee- shirt blanc, intégralement sérigraphiés du mot TOURISTE. « Le lettrage et la disposition fait penser à ces anciennes valises, recouvertes d’étiquettes au nom des destinations parcourues – Shangaï, Berlin, Las Vegas, London…- Mais, là où la valise bruisse de noms multiples et exotiques, le statut imprimé sur le costume est, lui, obstinément répété – Touriste, Touriste, Touriste – comme une identité à laquelle il serait impossible d’échapper.» (N. Léger).

TOURISTE! Visite guidée 5 - l'Outlet ...UNTEL

Puis, le 16 octobre 1978, lors de leur performance FASHION SHOW, dans la Grande Galerie du Louvre, UNTEL défile, présentant sa collection TOURISTE, détournant un temps le public des chefs d'oeuvre de l'Histoire de l'art.

En 2015, l'exposition «L'art d'être touriste» réactive la performance et donnant lieu à la production des objets et vêtements présentés ici.

Depuis 1978, le contexte a changé mais les propositions radicales d'UNTEL interrogeant l'acte consumériste restent d'une grande actualité. Les enjeux complexes de l'industrie du tourisme sont devenus cruciaux, et le monde de l'art contemporain n'y échappe pas, transhumant de foires en biennales.

TOURISTE! Visite guidée 5 - l'Outlet ...UNTEL

UNTEL TOURISTE avec la participation de Wilfrid Rouff – Paris, Octobre 1978

Fashion Show, 1978 - Présentation et commentaire à haute voix de la Collection Touriste - Performance, Grande galerie, Musée du Louvre, Paris

En avant-première / UNTEL présente aujourd’hui / dans la grande galerie du musée du Louvre / sa collection très colorée / « TOURISTE » / JEAN-PAUL / N°1 / veste blanche / pantalon ajusté blanc / au motif répétitif / au graphisme étudié / maillot de corps cerise / encolure ras du cou / harmonisé au costume / N°2 / PHILIPPE / porte un ensemble neige / très confortable / imprimé de couleurs vives et dynamiques / veste décontractée / boutonnée sur le devant / pantalon droit / T-shirt, coloris abricot / Le 3 / WILFRID / a revêtu un complet white tout simple / veste aux poches surpiquées / pantalon sport / polo 100% coton / manches courtes / impression polychrome / le tout reste très original et jeune / À la ville comme en week-end / ces tenues très légères / à porter en toutes circonstances / restent néanmoins très classiques / Les badges et accessoires / sont aussi une création UNTEL.

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UNTEL est un groupe d’artistes constitué de Jean-Paul Albinet, Philippe Cazal et Alain Snyers qui, de 1975 à 1980, donnèrent vie à de nombreuses actions dans l’espace public. L’investigation d'un quotidien moderne et urbain – une investigation critique, très imprégnée de mai 68 et de la pensée situationniste- constitue l'essence de ces actions et positionne historiquement UNTEL comme post-Fluxus. Mettant en évidence, avec une douce ironie, la banalité et l’insignifiance de ce qui constitue notre quotidien dans ses contradictions et ses aliénations, UNTEL utilise tous les supports et modes d’expression: photographies, films, enregistrements sonores, environnements, gestes, actions corporelles, objets fabriqués, etc. systématiquement documentés et pouvant être réactivés. Ainsi, «La ville 365 jours par an» collecte photographiquement des (non) évènements quotidiens tandis que «Faits divers» documente les actions du groupe. En 1975, au Grand Palais, ils rejouent le «Déjeuner sur l'herbe». En 1977, «Vie quotidienne», au musée d’art moderne de la Ville de Paris, présente 2500 objets du quotidien (journaux, tracts, objets trouvés dans la rue), conditionnés sous vide, à la manière d'un supermarché. Dans «Plus rien à vendre, tout à échanger», ce sont des centaines de déchets qui sont plastifiés et exposés sur un étal du marché de Chalon-sur-Saône. Le groupe se dissout en 1981, apposant pour l'occasion une plaque «commémorative» au Jardin des poètes à Paris.

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 12:55

Les médias et la publicité nourrissent de manière insistante et massive nos désirs de voyage. Même si aujourd'hui, du fond de nos confinements, cela semble (provisoirement) absurde et obsolète, le poids de la publicité dans l'industrie du voyage et du tourisme est essentielle, et l'histoire des deux industries se rejoint. 
C'est cette dimension qui m'a intéressée dans le travail de Monk, graphiste belge dont j'ai découvert l'oeuvre au hasard de mes recherches, sa manière de se réapproprier un langage graphique "vintage" pour affronter des problèmatiques très contemporaines soulevées par le tourisme et le tourisme de masse. 

Le travail sur cette série intitulée "Visit" est d'une redoutable efficacité, à double détente, attriant l'oeil avant que l'on en découvre et comprenne le sens et la charge critique. 

Je présente dans l'exposition deux oeuvres tirées au format affiche et présentées comme telles, et ici, dans la première salle de l'exposition comme une invitation au voyage: Visit Phuket!

Monk - Visit Phuket – Série Visit –Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm –  2016-  Courtesy l'artiste

Monk - Visit Phuket – Série Visit –Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm – 2016- Courtesy l'artiste

Monk

Visit Phuket – Série Visit – Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm – 2016- Courtesy l'artiste

Les deux créations de l'artiste belge Monk sont présentées ici pour la première fois en format «affiche», à l'instar des affiches touristiques dont elles sont inspirées. Véritables invitations au voyage, les affiches touristiques naissent avec l'invention de la lithographie à la fin du 19ème siècle, et connaissent leur apogée dans les années 30, avec l'émergence des congés payés. Compagnies de chemin de fer, en plein essor, et de navigation deviennent les premiers commanditaires de ces affiches, instruments de promotion idéaux pour susciter le désir de villégiature des potentiels voyageurs. Il s'agit de mettre en avant à la fois le pittoresque et le chic de destinations dans une approche esthétique spécifique, presque contemplative, valorisant l'idée même de voyage, et l'enchantement de l'ailleurs, de la « French Riviera » aux plages de Deauville, du tourisme d'hivernage à Alger au safari en Congo belge.

 

Au premier plan, oeuvre d Arnaud Cohen

Au premier plan, oeuvre d Arnaud Cohen

Dans la série «Visit», Monk s'approprie les codes de l'affiche touristique et les détourne pour présenter de manière frontale et grinçante un envers du décor. Monk a puisé son inspiration dans un poster de 1936 de Franz Krausz, «Visit Palestine», conçu pour encourager l’immigration en Israël, plus de dix ans avant sa «création» et devenu depuis, un symbole de résistance.

"Visit Palestine", Frank Krausz, 1936

"Visit Palestine", Frank Krausz, 1936

«Visit Phuket»: En Thaïlande, comme dans de nombreux pays d'Asie du Sud-Est, la prostitution, bien qu'officiellement réprimée, est un véritable argument touristique. Au-delà de la prostitution «traditionnelle», le tourisme pédocriminel constitue un fléau masqué, mais bien présent. Dans les hôtels, depuis 2017, les touristes se voient remettre un dépliant rappelant que les relations sexuelles avec les enfants constituent un crime, pourtant des études menées par l'ONG ECPAT, estiment le nombre des victimes à plus de 40 000, et les mineurs constitueraient 40% des prostitués en Thaïlande. Ultime forme marchande du loisir, illustration de l’exploitation de la misère, le tourisme sexuel ne cesse de s’étendre sous la pression de la mondialisation, tant libérale que touristique, amplifiée par les crises économiques ou sociétales. De (rares) études montrent que, sur un milliard de touristes internationaux chaque année, 10 % environ choisiraient leur destination vacancière en fonction de l’offre sexuelle locale. Et si le tourisme sexuel est un phénomène planétaire, l’Asie reste le continent le plus touché.

TOURISTE! Visite guidée 4 - L'appel au voyage, MONK

Monk est un street-artist, graphiste et pochoiriste belge, vivant et travaillant à Bruxelles. Artiste engagé, Monk se veut citoyen du monde et crée des propositions graphiques toujours critiques et chargées de sens.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 10:40

3ème oeuvre évoquant la cartographie comme point de départ du "rêve de partir", cet Atlas dessiné de Bogdan Pavlovic aborde de manière très personnelle l'infinie diversité du monde.

En accord avec l'artiste, nous avions envie que le public puisse tourner les pages de cet Atlas , plutôt que de le tenir "confiné" dans une vitrine..d'où les gants blancs!

TOURISTE! Visite guidée 3 - Ouverture de l'exposition: livres, cartes, planisphères et Atlas...Bogdan Pavlovic

Puis, se dessinait l'idée, avec la découverte d'un continent inconnu, "l'astralia", d'un "tourisme" nouveau, d'un tourisme de l'avenir peut-être: puisque le monde terrestre est à peu près entièrement dévoilé et potentiellement objet de tour operators, il nous reste les abysses et l'espace...

Bogdan PAVLOVIC  Another Country Project- Atlas – Dessins, techniques mixtes sur atlas – 40 x 28 x 3 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

Bogdan PAVLOVIC Another Country Project- Atlas – Dessins, techniques mixtes sur atlas – 40 x 28 x 3 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

Bogdan PAVLOVIC

Another Country Project- Atlas – Dessins, techniques mixtes sur atlas – 40 x 28 x 3 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

Qui n'a jamais rêvé devant les pages ouvertes d'un Atlas de contrées lointaines, de paysages merveilleux, d'espaces inconnus? Rien de plus propice à nos imaginaires touristiques que ces cartes du monde et souvent, nos envies de voyage commencent là. Avec « Another country project- Atlas », Bogdan Pavlovic explore la cartographie de son propre imaginaire, en recouvrant les pages d'un Atlas de dessins, représentations diverses, scènes, animaux, personnages, comme une multiplicité de points de vue sur un monde à la fois limité dans son espace et infini par ses représentations et ses possibles. Puis au fil des pages, les espaces imaginaires, entre ciel et terre, prennent le pas sur une cartographie réelle. Avec « Astralia », l'artiste redessine la carte d'un monde nouveau, d'un autre monde encore à explorer, qui, dans le même temps, n'est pas sans faire penser à l'Ile d'Utopie, que Thomas More dessina au XVIè siècle.

TOURISTE! Visite guidée 3 - Ouverture de l'exposition: livres, cartes, planisphères et Atlas...Bogdan Pavlovic

Bogdan Pavlovic est un artiste pluridisciplinaire travaillant le dessin, la peinture et le collage, ainsi que la photographie, l'animation vidéo et l'installation. Depuis 2008, il utilise un type de moquette spécifique comme support pour la réalisation de plusieurs séries de peintures. Le noir & blanc, et le rouge, omniprésent dans ses oeuvres, sont des éléments récurrents de son langage. A travers ses créations, de manière expressive et simple, Bogdan Pavlovic fait la connexion entre l'universel et le personnel, le documentaire et l'imaginaire.

Ses œuvres font partie de nombreuses collections publiques notamment en France et en Serbie. Né en 1969 à Belgrade, en Serbie, diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts (ENSBA) de Paris en 1997, Bogdan Pavlovic vit et travaille à Paris.

Avec l'oeuve de John Isaacs en arrière- plan..à découvrir demain!

Avec l'oeuve de John Isaacs en arrière- plan..à découvrir demain!

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 11:48

Deuxième jour de visite, on continue ! Cette introduction à l'exposition au travers de l'évocation de la carte et des cartographies du monde passe par cette petite pièce de Brankica Zilovic.

Dans un autre contexte spatial, j'aurai opté sans doute pour un de ses grands planisphères  mais ici, faute de place, j'ai choisi cette oeuvre plus intime faisant partie d'une série intitulée "No longer mine".

 

J'avais eu l'occasion d'écrire un long texte sur le travail de Brankica Zilovic lors de sa dernière exposition personnelle à la Galerie Laure Roynette, et notamment sur cette série et ce sentiment étrange qu'elle partage avec nombre de ses compatriotes de "venir d'un pays qui n'existe plus", comme a pu le dire Marina Abramovic

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

Ici est mise en avant la dimension onirique et poétique de l'appropriation du langage cartographique par les artistes et de la manière dont ils produisent ainsi une interprétation, une vision du monde, dans lequel le déplacement est essentiel. C'est aussi un clin d'oeil à tout ce qui se rapporte à une littérature: récit de voyage, odyssées et épopées, livres d'aventures...

 

Brankica ZILOVIC

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

Cette œuvre délicate de l'artiste serbe Brankica Zilovic opère la rencontre du la carte et du fil, ouvrant à un univers propice au rêve, à la poésie. La relation de Brankica Zilovic avec les cartes et les territoires commence à l'orée de «La Pangée» (son premier «planisphère», 2011) et se poursuit depuis, inlassablement. En parfois très grands formats ou de manière, comme ici, plus intime, elle explore les frontières, les fractures, les schismes, les rifts, les mers et les territoires. Comme d'autres artistes contemporains, et malgré Google Maps, la carte agit sur elle comme un objet de question et de représentation, non pas tant du réel que d'un espace mental, d'une projection de l'ordre de la mémoire, de l'imaginaire et du désir. Autrement dit, la carte fait toujours rêver. Cette vision sélective, subjective, et poétique de monde pourrait s'appréhender comme une riposte à l'abstraction et à la dématérialisation du monde contemporain. Elle rend un territoire, fusse-t-il fictionnel, mais visible, à un monde paradoxalement en invisibilité, «sans corps ni visage» (N. Bourriaud). Ces cartes-là parlent d'un monde ouvert, et multiple, un «Tout Monde», comme le définissait Edouard Glissant, penseur auquel elle aime se référer. Sa réflexion, comme sa pratique, prend appui sur cette idée d'interpénétration des cultures et des imaginaires, d'un monde qui perdure et/mais qui change, d'où son vif intérêt pour les images d'ici et d'ailleurs, les cartes et les livres, son insatiable curiosité de tout, qu'elle assouvit dans ses voyages, histoire de vérifier que la terre est bien «en partage pour tous». Ses œuvres sont à l'image de ce monde-là, mouvantes, chaotiques. Par le travail de la broderie et des fils, les éléments s'y croisent, se rencontrent, surgissent, disparaissent, se transforment. Et en brodant des livres anciens de cartes, laissant s'échapper du bleu de la mer des fils pareils à des torrents, elle les réactive d'une certaine manière. Objets de savoir et d'imaginaire en passe de disparaitre dans le vortex numérique, ils persistent et redeviennent, par l'art, objet d'une transmission et d'une histoire.

Au premier plan, oeuvre de Bogdan Pavlovic, à découvrir demain...

Au premier plan, oeuvre de Bogdan Pavlovic, à découvrir demain...

Brankica Zilovic travaille à partir de matériaux issus de l'univers du textile , lesquels donnent lieu, au moyen d'installations et de configurations picturales, à des pièces mêlant biographie individuelle et collective. Marquée par les paysages enneigés des Alpes dinariques de son enfance aussi bien que par le contexte et l’histoire de la Serbie, elle coud, tisse ou brode des compositions réticulaires qui prennent l’allure de paysages mentaux. Ses travaux s’inscrivent ainsi à la croisée de considérations individuelles et de préoccupations historiques voire politiques. Depuis plusieurs années, elle développe un travail parfois monumental et parfois plus intime autour de la cartographie dans lequel elle développe une sorte de sémantique du fil. Elle expose régulièrement en France et à l'étranger. Parallèlement à sa pratique artistique, elle dispense des cours dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur, à Paris, et aux Beaux-Arts d'Angers.

Née en 1974 en Serbie, Brankica Zilovic vit et travaille à Paris.

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