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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 20:19
Farah KHELIL  Point de vue, point d'écoute (clichés 2) - 13 cartes postales d'archives découpées - 10 x 15 cm - 2017-2019 – Courtesy l'artiste

Farah KHELIL Point de vue, point d'écoute (clichés 2) - 13 cartes postales d'archives découpées - 10 x 15 cm - 2017-2019 – Courtesy l'artiste

Cela m'arrive assez rarement, mais j'avais envie de montrer à nouveau cette série de cartes postales ( ce ne sont pas exactement les mêmes mais c'est la même série) que j'avais montré il y a deux ans à St Louis, au Sénégal, dans le cadre de l'exposition Pavillon de l'Exil, avec mounir fatmi. J'avais souhaité y développer une réflexion, déjà, sur la question de la relation du tourisme à la migration. J'écrivais:

"Cette oeuvre, comme celles installées à proximité, du groupe UNTEL, ouvre une réflexion sur la place du tourisme dans le monde contemporain, avec son économie, ses ambiguités, les valeurs, les réalités, les visions du réel qu'il véhicule mais aussi et surtout les relations ambigües entre tourisme et immigration : même charters, mêmes destinations, mais pas dans le même sens Si pour quelques uns la migration représente un pouvoir sur le temps et l’espace, une liberté de vivre, de travailler, de se distraire, de rêver ailleurs, elle est pour des milliers d’autres un rêve impossible ou un arrachement."
*

TOURISTE! Visite guidée 21 - D(es)(é)rives...avec Farah Khelil

En outre, la carte postale est un objet à la fois incontournable de toute réflexion sociologique et esthétique sur le tourisme, et que de nombreux artistes se réapproprient de diverses manières depuis longtemps. Il y a beaucoup à dire sur la carte postale, on pourrait même lui consacrer une exposition entière (et cela avait d'ailleurs été fait en 2019 à Arles si mes souvenirs sont bons).

J'ai donc choisi ces cartes postales de Farah Khelil, dans un travail à la fois conceptuel et émouvant.

TOURISTE! Visite guidée 21 - D(es)(é)rives...avec Farah Khelil
TOURISTE! Visite guidée 21 - D(es)(é)rives...avec Farah Khelil

Farah KHELIL

Point de vue, point d'écoute (clichés 2) - 13 cartes postales d'archives découpées - 10 x 15 cm - 2017-2019 – Courtesy l'artiste

Point de vue, point d’écoute (Clichés 2), est une série de cartes postales envoyées entre les années 1970 et 1990, soigneusement incisées et dont seul le verso manuscrit et timbré est exposé. En disposant les cartes de cette façon, le cliché pittoresque rendu invisible, l'artiste transforme cet objet usuel bien qu'aujourd'hui presque obsolète en une surface à la fois critique et poétique.

Si les textes manuscrits peuvent renvoyer à quelque chose d'émouvant (le souvenir d'un lieu, d'une villégiature), les contours découpés de ce qui est représenté mais que nous ne voyons pas –monument, objet touristique..- se laissant seulement imaginer, renvoient à l'idée de la vision touristique comme vision partielle, et partiale, du réel. Autrement dit, ce que voit l'oeil du touriste n'est qu'une connaissance superficielle d'un lieu, ce que la carte postale donne à voir d'un lieu est souvent caricatural et réducteur.

Ce jeu de dissimulation, et ce découpage, constituent des gestes pointant ce que l'artiste appelle « l'imposture du touriste », l'idée selon laquelle le touriste s'approprie un lieu comme espace connu, maitrisé, alors que cette « connaissance» n'est souvent que « distraite et partielle ».

Cette œuvre ouvre une réflexion sur la place du tourisme dans le monde contemporain, avec son économie, ses ambiguités, les valeurs, les réalités, les visions du réel qu'il véhicule.

 

TOURISTE! Visite guidée 21 - D(es)(é)rives...avec Farah Khelil

Le travail de Farah Khelil cherche souvent à interroger «le point de vue» comme condition d’accès à une réalité de l’événement. Elle installe dans ses œuvres des protocoles de distanciation, de cécité, et des jeux de dissimulation et de dévoilement par détournement et appropriation de divers objets, documents ou archives, mais aussi par le dessin, l’écriture, la vidéo ou encore l’installation.

Docteur en Art et Sciences et diplomée de l'ISBAT de Tunis, Farah Khelil montre régulièrement son travail dans le cadre de nombreuses expositions personnelles et collectives, en France, en Tunisie, aux Etats-Unis, au Maroc, en Espagne, ou encore à Londres ou à Milan...

Née en 1980 à Carthage, en Tunisie, Farah Khelil vit et travaille à Paris, France.

TOURISTE! Visite guidée 21 - D(es)(é)rives...avec Farah Khelil
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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 17:43
The Kiss – Red Kiss ( Down with the Pop Art Series) – Tirage 8 + 4 EA – Fibre de verre, résine, laque, vernis epoxy – Hauteur 60 cm – 2008 – Courtesy l'artiste

The Kiss – Red Kiss ( Down with the Pop Art Series) – Tirage 8 + 4 EA – Fibre de verre, résine, laque, vernis epoxy – Hauteur 60 cm – 2008 – Courtesy l'artiste

Au travers de la fenêtre, dans le ciel mytrien, il ne reste plus à voir aujourd'hui...que les deux avions rutilants et kamikazes d'Arnaud Cohen. Les autres, ceux du Roissy tout proche et qui, à leur façon, faisaient partie de mon décor, s'en sont retournés au sol sagement alignés sur le tarmac, cloués à la piste par un machin rouge aussi, et rond, et si minuscule...David contre Goliath, et Goliath qui ouvrirait un bar à Kérozène avec happy hour 24/24 -il ne sait plus quoi en faire-

Dans l'oeuvre de Cohen, le Goliath, c'était la collusion de ces deux puissances monstrueuses, le Coca et le tourisme mondial, dans un baiser de la mort fascinant et beau comme un Jeff Koons (private joke)

TOURISTE! Visite guidée 20 - D(es)(é)rives...avec Arnaud Cohen

Arnaud COHEN

The Kiss – Red Kiss ( Down with the Pop Art Series) – Tirage 8 + 4 EA – Fibre de verre, résine, laque, vernis epoxy – Hauteur 60 cm – 2008 – Courtesy l'artiste

Dans une rutilante association, tel un baiser de la mort, deux avions semblent fondre sur une bouteille de Coca-Cola®, liant dans le même mouvement un monstre économique made in usa et l'évocation d'une attaque terroriste – celle du 11.09.01- dont tout le monde a encore la mémoire : le choc de deux images, celle d'une économie triomphante brutalement mise en opposition par une idéologie non moins mortifère, le clash violent de deux mondes, de deux manières de voir le monde et de partir à sa conquête.

Au-delà de cette interprétation, l'oeuvre, qui se veut polysémique, peut aussi être comprise, aujourd'hui surtout, sous d'autres prismes. Celui, par exemple, de l'écologie. S'il ne faut désormais « plus que » 2,5 litres d'eau pour produire 1 litre de cette boisson gazeuse, Coca-Cola prélève chaque jour 750 000 litres d'eau dans la nappe phréatique de San Cristobal, au Mexique, asséchant toute une région pour inonder le marché américain...Et combien de litres de Kérozène faut-il pour étancher la soif d'un des ces 1500 avions passant chaque jour dans le ciel mitryen?

Ce « Red kiss » scelle ainsi le mariage de deux icônes de la globalisation : celle de la marchandise, et celle des corps consommants avec l'avion de tourisme.

L'artiste s'amuse d'ailleurs à rappeler que, dans de nombreux guides touristiques, le Coca-Cola®, que l'on trouve absolument partout dans le monde, est la seule boisson recommandée aux touristes, et le meilleur remède contre ... la tourista! 

TOURISTE! Visite guidée 20 - D(es)(é)rives...avec Arnaud Cohen

L'oeuvre d'Arnaud Cohen aborde le sujet de la responsabilité individuelle dans l'édification de destins collectifs. Il puise ses références autant dans les pratiques situationnistes que dans les mythes et allégories. Sa pratique, relevant souvent de l'appropriation, le porte vers des formes sociales et esthétiques diverses, depuis des objets identifiés tels que sculptures ou installations jusqu'à des « objets » plus iconoclastes, comme une fondation, une piste de danse ou une émission de télé-réalité. Son travail, entre Histoire et fiction, est régulièrement présenté dans des évènements internationaux, telles que les Biennales de Dakar, de Venise, d'Amérique du Sud, du Caire, et en France, au Palais de Tokyo, au Mémorial de la Shoah, en résidence au Musée de la Chasse et de la Nature. Son travail a fait l'objet de plusieurs expositions personnelles, notamment au Musée Synodal de Sens, à Berlin, à Cologne, et cette année, au Musée National d'Art Contemporain de Bucarest ainsi qu'à la biennale de Kampala.

Né en 1968, Arnaud Cohen vit et travaille entre Paris et son île-usine-atelier du Poitou.

 

TOURISTE! Visite guidée 20 - D(es)(é)rives...avec Arnaud Cohen
TOURISTE! Visite guidée 20 - D(es)(é)rives...avec Arnaud Cohen

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 18:33
Visit Lesbos– Série Visit – Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm –  2016-  Courtesy l'artiste

Visit Lesbos– Série Visit – Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm – 2016- Courtesy l'artiste

Elle est bien  jolie cette image au premier regard, avant que l'on ne comprenne de quoi il s'agit...C'est toute l'efficacité de cette série d'images inspirées des affiches touristiques signées par Monk, graffeur , graphiste et pochoiriste belge. Après Phuket, on s'arrête ici à Lesbos, espace de l'impossible rencontre du touriste et du migrant, de l'accessoire et du nécessaire, de la vie et de la mort.

TOURISTE!  Visite guidée 19 - D(es)(é)rives...avec Monk

Monk

Visit Lesbos – Série Visit – Tirage sur papier affiche – 100x 75 cm – 2016- Courtesy l'artiste

Les deux créations de l'artiste belge Monk sont présentées ici pour la première fois en format «affiche», à l'instar des affiches touristiques dont elles sont inspirées. Véritables invitations au voyage, les affiches touristiques naissent avec l'invention de la lithographie à la fin du 19ème siècle, et connaissent leur apogée dans les années 30, avec l'émergence des congés payés. Compagnies de chemin de fer, en plein essor, et de navigation deviennent les premiers commanditaires de ces affiches, instruments de promotion idéaux pour susciter le désir de villégiature des potentiels voyageurs. Il s'agit de mettre en avant à la fois le pittoresque et le chic de destinations dans une approche esthétique spécifique, presque contemplative, valorisant l'idée même de voyage, et l'enchantement de l'ailleurs, de la « French Riviera » aux plages de Deauville, du tourisme d'hivernage à Alger au safari en Congo belge.

Dans la série «Visit», Monk s'approprie les codes de l'affiche touristique et les détourne pour présenter de manière frontale et grinçante un envers du décor. Monk HF a puisé son inspiration dans un poster de 1936 de Franz Krausz, «Visit Palestine», conçu pour encourager l’immigration en Israël, plus de dix ans avant sa «création» et devenu depuis, un symbole de résistance.

 

TOURISTE!  Visite guidée 19 - D(es)(é)rives...avec Monk

«Visit Lesbos»: L'île grecque était, jusqu'en 2005, une destination touristique de rêve jusqu'à ce qu'elle devienne, presque du jour au lendemain, le symbole de drame des migrants (jusqu'à près de 500 000 migrants échouent à Lesbos, au pic de la crise, qui n'est pas finie). «Visit Lesbos» dresse le portrait de deux types de voyage inconciliables: celui du touriste rêvant de sable fin et d'eau turquoise, celui de l'exilé, jeté mort ou presque sur la grêve, si il a eu la chance d'être rescapé des naufrages quotidiens. Si pour quelques uns la migration représente un pouvoir sur le temps et l’espace, une liberté de vivre, de se distraire, de rêver ailleurs, elle est pour des milliers d’autres un rêve impossible ou un arrachement. "Les gens ne veulent pas se baigner où d'autres se sont noyés", dit un hôtelier de Mitylène. Adieu les oliveraies et la forêt millénaire, les villages pittoresques, la forteresse de Molyvos, la plage d'Eressos et l'ouzo de Plomari...les décharges de gilets de sauvetage ont reformaté le paysage touristique en paysage politique.

TOURISTE!  Visite guidée 19 - D(es)(é)rives...avec Monk

Monk est un street-artist, graphiste et pochoiriste belge, vivant et travaillant à Bruxelles. Artiste engagé, Monk se veut citoyen du monde et crée des propositions graphiques toujours critiques et chargées de sens.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 14:42
Liberty enlightening the world – Fibres de tapis – 7 x 7 x 29 cm – 2019 – Courtesy de l'artiste

Liberty enlightening the world – Fibres de tapis – 7 x 7 x 29 cm – 2019 – Courtesy de l'artiste

Je collabore étroitement avec Sadek Rahim depuis plusieurs années maintenant, toujours avec passion et enthousiasme; et je fus avec fierté commissaire de sa grande exposition monographique "Gravity3" au MAMO d'Oran, première exposition de cette envergure d'art contemporain d'un artiste vivant en Algérie, première exposition post-Bouteflika aussi...Une exposition qui réunit de nombreux superlatifs et de "première fois" dans l'Histoire, et sur laquelle nous travaillons encore puisque nous sommes actuellement en train de préparer un ouvrage et espérons pouvoir faire tourner tout ou partie de l'exposition dans le monde.

Parmi les nombreuses oeuvres produites pour l'exposition, il ya eu cette oeuvre - une parmi d'autres - qui était présentée au MAMO sous une vitrine en forme de "cabinet de curiosité"

 

TOURISTE! Visite guidée 18 - D(es) (é) rives...avec Sadek Rahim

Dans ce "cabinet de curiosités", se trouvaient divers objets, expérimentations, matières..j'écrivais , pour le cartel: "(...)des « Artificialia », objets repris ou créés par l'artiste rappelant son univers esthétique : petites pièces mécaniques, fragments, poussières ou fibres de tapis, cubes de béton ou de graphite...Tous revêtent un sens pour l'artiste, faisant écho à des gestes du quotidien ou des objets familiers, tels que le tapis, présent dans tous les intérieurs, ou le cube de béton, que l'on voit sur les ports ...Un abrégé de l'univers de l'artiste, son monde en miniature, en quelque sorte."

Il y avait donc cette dimension d'objet curieux, à laquelle s'ajoutait celle de l'usage inédit de la fibre de tapis, désagrégé et reformé,  de l'expérimentation sculpturale, et du résultat - un objet fragile, semblant au bord de la désintégration...

Et puis cette petite sculpture de la statue de la Liberté, ô combien symbole, a commencé à faire parler d'elle: on l'a vue à New-York, à la Wallach Gallery, on la verra à Marseille peut-être après le déconfinement, elle a fait la Une du magazine Artaïs, la voici dans Touriste! Sa préciosité, son apparente fagilité ne dissimulent pas la richesse de ses significations. Une très belle oeuvre qui, colosse de poussière ou presque, peut aussi se voir aujourd'hui comme le présage de la fragilité extrême du monde occidental et en particulier des Etats-Unis, dont la pandémie a révélé de manière radicale l'immense précarité économique du plus grand nombre.

TOURISTE! Visite guidée 18 - D(es) (é) rives...avec Sadek Rahim

Sadek RAHIM

Liberty enlightening the world – Fibres de tapis – 7 x 7 x 29 cm – 2019 – Courtesy de l'artiste

 

Auscultant l'Histoire de l'Algérie, ses richesses et ses renoncements, ses illusions, ses drames et aujourd'hui, plus que jamais, ses espoirs, dans des œuvres profondément inspirées par les matériaux et les formes iconographiques liés à la culture algérienne, Sadek Rahim traite de manière sensible et critique des problématiques de la jeunesse algérienne, des relations complexes entre Orient et Occident, du déracinement, du désir d'exil, et de l'illusion de l'eldorado.

Cette Statue de la Liberté, dont le véritable nom est «Liberté éclairant le monde» représente pour de nombreux candidats à l'exil, le symbole d'un autre monde, celui de la liberté, mais aussi d'un Eldorado qui pour l'artiste n'est souvent qu'un mythe et une illusion.

TOURISTE! Visite guidée 18 - D(es) (é) rives...avec Sadek Rahim

Cette sculpture dont on pressent d'emblée la fragilité est réalisée avec des fibres de tapis. Elément domestique commun à tous les intérieurs algériens, le tapis cristallise, matérialise, l'idée du départ au travers du mythe de la lévitation qui lui est attaché, le tapis « volant » étant l'objet qui permet littéralement, de s'arracher à la pesanteur, de voler vers une destination meilleure. Chez Sadek Rahim, l'utilisation du tapis comme moyen plastique récurrent est une manière de « mettre en échec le mythe du tapis volant comme métaphore de l'échec du mythe de l'eldorado ». Il y fait appel de multiples manières, même les plus inattendues. Ici, il est effilé, désagrégé et sa fibre devient comme une nouvelle matière avec laquelle jouer. De simples particules provenant d'un objet familier, les fibres de tapis se resolidarisent en sculpture précieuse et fragile et se font symboles de l' « autre monde », celui du rêve, du fameux « Eldorado » que peuvent constituer, aux yeux d'un jeune algérien, New York ou Paris. Ici donc, l'espoir et le rêve d'exil se substituent au cliché touristique. Symboles de la liberté, la statue de Bartholdi au large de Manhattan, ou sur l'Ile aux Cygnes, à Paris, non loin de la Tour Eiffel, autre symbole puissant, paraissent pourtant ici bien précaires et les rêves, comme les mythes, se désagrègent peu à peu...

TOURISTE! Visite guidée 18 - D(es) (é) rives...avec Sadek Rahim

Sadek Rahim est un artiste pluridisciplinaire, faisant appel au dessin, à la peinture, à la sculpture, à l'installation, la photographie ou la vidéo au gré de ses projets. Dans les années 90, il voyage en Syrie et en Jordanie, avant d'entamer des études à l’école des Beaux-Arts de Beyrouth (Liban), puis à la prestigieuse Saint Martin’s School of Arts and Design of London. Depuis 2004, il vit et travaille en Algérie, tout en développant une carrière internationale. Son travail, dans lequel il prend des positions affirmées sur la situation économique, culturelle et politique de l'Algérie et de la jeunesse algérienne, explore les questions universelles du « chez soi » et de la migration, de l'appartenance et de l'exil, de l'ailleurs et de l'espoir. Il expose partout dans le monde, à Dubaï, en France, en Corée, au Canada mais aussi en Espagne, en Argentine, en Allemagne, au Liban, en Slovaquie, en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, aux Etats-Unis. Une exposition personnelle d'envergure, la première exposition de ce type en Algérie, lui a été consacrée en 2019 au Musée d'Art Moderne et Contemporain d'Oran, sa ville natale.

Actif dans le développement des Arts Visuels en Algérie, Sadek Rahim est co-fondateur de la Biennale Méditerranéenne d'Art Contemporain d’Oran et du premier Salon de Dessin Contemporain d’Oran en Algérie, en collaboration avec l’association Civ-Oeil.

Il vit et travaille à Oran, en Algérie, où il est né, en 1970.

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 17:33
UDRIVINMECRAZ, Vidéo couleur, son, 8,34 min 2014 – Edition 2/5 – Prêt de la Collection du Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris

UDRIVINMECRAZ, Vidéo couleur, son, 8,34 min 2014 – Edition 2/5 – Prêt de la Collection du Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris

J'avais repéré ce travail de Kenny Dunkan au Salon de Montrouge il y a quelques années et l'avais déjà à l'époque trouvé intéressant. Le lieu, la performance de l'artiste, le bruit des ces Tour Eiffel cousues sur la veste dansant au soleil, les touristes et les "bana-bana" (mot wolof signifiant, approximativement, les "marchands ambulants" qui font partie du paysage et presque de l'attraction touristique)...: je trouve cette vidéo très riche, et ai choisi, ici, de la présenter à proximité de l'oeuvre de Sadek Rahim, abordant un autre symbole de l'Occident ( la Statue de la Liberté) et de l'illusion de l'Eldorado, abondamment entretenue d'une rive à l'autre. Dans cette partie de l'exposition, il s'agit d'aborder ces regards croisés sur le rêve migratoire, la différence entre être touriste et être migrant et le sens (migratoire)- proprement géographique-, et souvent incompatible- de ces deux occurences.

TOURISTE! Visite guidée 17 - D(es) (é)rives ...avec Kenny Dunkan

Kenny DUNKAN

 

UDRIVINMECRAZ, Vidéo couleur, son, 8,34 min 2014 – Edition 2/5 – Prêt de la Collection du Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris

 

Dans UDRIVINMECRAZ, on observe l’artiste dansant sur la place du Trocadéro, devant la Tour Eiffel, sous les regards à la fois médusés et amusés des touristes. La chorégraphie qu’il réalise s’inspire des danses guadeloupéennes traditionnelles et rappelle les parades du carnaval. L’artiste porte une de ses sculptures-parures composée de porte-clés de Tour Eiffel, clin d’œil au lieu et aux vendeurs de la place.

Le titre de la vidéo signifie en argot américain : «You driving me crazy» (tu me rends fou). Comme l’affirme Kenny Dunkan, «c’est Paris, dont (il a) tant rêvé qui le rend fou», comme aussi tous ceux qui parfois risquent leur vie pour fouler, un jour, la dalle du Trocadéro, symbole d'un Eldorado.

Simple et empreinte d’humour, la vidéo soulève toutefois des questions identitaires complexes, notamment sur la place d’un jeune homme noir, et la sienne, dans une société postcoloniale : sans comprendre, les regards des touristes vont du jeune homme noir qui danse aux hommes noirs qui vendent.

TOURISTE! Visite guidée 17 - D(es) (é)rives ...avec Kenny Dunkan

Le vocabulaire artistique de Kenny Dunkan emprunte aussi bien à la mode, au design, qu’à la culture populaire ; aussi bien à ses origines guadeloupéennes qu’à l’environnement urbain. Au carrefour de ces influences, son travail se déploie aussi à travers des mediums variés – sculpture, performance, photographie et vidéo notamment.

Enfant, il commence à nourrir son répertoire de formes lors des extravagantes parades du carnaval guadeloupéen. Ce foisonnement chaotique de scènes allégoriques et satiriques se retrouve dans ses installations et ses sculptures-objets hybrides à cheval entre artisanat et design. L’acte créatif est pour lui quasi magique et mystique, en témoignent ses performances rituelles.

«J'aime transformer les accessoires fabriqués en série en objets artisanaux pour en faire des objets émancipés un peu magique. Mes premières sensations artistiques, celles de mon enfance, proviennent des moments de carnaval dans les Antilles. De la foule en liesse, des danses endiablées, du détournement des matières ordinaires qui magnifiaient les chars avec aussi des couleurs éclatantes les transformant en sculptures à la fois baroques et pauvres. Cela m’inspire énormément.»

Kenny Dunkan est né en 1988 en Guadeloupe. Il est diplômé de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers Olivier de Serres, puis de l’École nationale des Arts Décoratifs de Paris avec mention. En 2015 il est sélectionné au Salon de Montrouge où il remporte le prix de l’ADAGP des Arts plastiques. Il a été récemment pensionnaire de la Villa Médicis, à Rome.

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 14:37
Girls laying Punji stake booby trapped, Furama resort-Da Nang – Tropicana Migration Series – Photographie - 50 × 67 cm – 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

Girls laying Punji stake booby trapped, Furama resort-Da Nang – Tropicana Migration Series – Photographie - 50 × 67 cm – 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

En 2015, la galerie honk-hongaise 10 Chancery Lane Gallery montre "Tropicana migration", un grand solo show de l'artiste vietnamien Dinh Q Lê, dénonçant le post-colonialisme du tourisme de masse au Vietnam ainsi que, dans une remarquable vidéo intitulée "Glitter's Paradise", le tourisme sexuel. Ce corpus d'oeuvres m'a particulièrement intéressée et je fus ravie que Dinh Q Lê nous permette de reproduire deux oeuvres de cette série. Le discours de l'artiste qui accompagne les oeuvres est particulièrement édifiant, et rend compte de la manière dont le tourisme comme industrie et économie, et en particulier le "tourisme de jouissance" donc, se faufile dans les mailles de l'Histoire et poursuit une histoire de la soumission augurée de longue date.

TOURISTE! Visite guidée 16 - D(es)(é)rives...avec Dinh Q Lê

Dinh Q LÊ

Girls laying Punji stake booby trapped, Furama resort-Da Nang – Tropicana Migration Series – Photographie - 50 × 67 cm – 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

We Were Once Warriors, Fusion Maia Resort - Da Nang – Tropicana Migration Series - Photographie – 50 x 67 cm- 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

 

Ces deux photographies de l'artiste vietnamien Dinh Q. Lê explore les ambiguités du tourisme au Vietnam. Bien sûr, le tourisme est une manne économique importante pour le pays, mais, selon lui, cette industrie continue de nourrir une attitude post-coloniale occidentale. Ses collages photographiques, juxtaposant des photographies d'archives de la guerre à des photos prises sur les websites des «resorts» de luxe occupant maintenant les plages vietnamiennes, invitent à questionner ces ambivalences. Il analyse une situation de collusion à la fois cynique et absurde entre l'histoire dramatique du pays, durablement marqué par près de vingt ans de guerre, et l'activité touristique. Il raconte: «En voyageant vers le sud, les visiteurs peuvent visiter l'ancienne zone démilitarisée et Danang où l'on peut se faire dorloter dans les nombreuses stations balnéaires cinq étoiles le long de «China Beach», qui abritait autrefois la base aérienne militaire américaine la plus occupée pendant la brutale guerre du Vietnam. C'est là que les soldats américains ont bombardé le nord du Vietnam le matin et pouvaient encore se rendre à la plage pour se faire bronzer l'après-midi. Les touristes peuvent continuer encore plus au sud pour visiter le village Son My, également connu sous le nom de My Lai, où 400 femmes et enfants ont été massacrés le 16 mars 1968, puis visiter les belles plages là-bas et déguster des fruits de mer frais et bon marché. Enfin, atteindre Ho Chi Minh-Ville, connue localement sous le nom de Saigon (une forme de résistance des Vietnamiens locaux), où la nourriture est divine et où le commerce du sexe florissant est prêt à répondre à tous vos besoins à un prix raisonnable.»

Cette «migration tropicale» occidentale vers des pays émergents comme le Vietnam l'interrogent tout autant sur le sens de ce tourisme de masse que sur la responsabilité des autorités locales, dans une perspective de profit des deux côtés : le touriste profite du faible niveau de vie des habitants, l'économie vietnamienne a besoin de ces dollars, et est prête à beaucoup de concessions pour cela, y compris le tourisme sexuel et pédocriminel qui y sévit depuis de nombreuses années.

We Were Once Warriors, Fusion Maia Resort - Da Nang – Tropicana Migration Series - Photographie – 50 x 67 cm- 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

We Were Once Warriors, Fusion Maia Resort - Da Nang – Tropicana Migration Series - Photographie – 50 x 67 cm- 2015 – Courtesy l'artiste et 10 Chancery Lane Gallery, Hong Kong

Né en 1968 à Hà Tiên, au Vietnam, Dinh Q. Lê a émigré aux Etats-Unis, où il est diplômé de School of Visual Arts de New-York, avant de retourner y vivre. Son travail explore les thèmes majeurs de la guerre, du colonialisme, et des effets du tourisme. Il est connu pour ses tissages photo emblématiques, qui intègrent des images d'instantanés touristiques somptueux et des images de la guerre du Vietnam, soulignant le contraste entre les deux époques, dans les mêmes lieux. Les photographies tissées sont le résultat d'une technique de tissage de tapis d'herbe traditionnelle. Reconnu internationalement, son travail est montré dans de nombreuses institutions prestigieuses (MOMA de NY, Chicago, Houston..., Mori Museum de Tokyo...) et biennales internationales.

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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 13:11
The tourist #3 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

The tourist #3 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

Seul sur la plage, aujourd'hui, on en rêve...même si ce touriste- là prend un risque qu'il ne mesure pas...J'ai tout de suite aimé ces photos du photographe italien Paolo Iommelli qui sous des dehors classiques, et une belle précision formelle, présente un regard assez critique sur la manière dont le tourisme s'accapare et transforme le "sens" du paysage.

The tourist #2 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm - 2018 – Courtesy l'artiste

The tourist #2 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm - 2018 – Courtesy l'artiste

Paolo IOMMELLI

The tourist #2 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm - 2018 – Courtesy l'artiste

The tourist #3 – Série The Mass of Tourists – Impression sur papier Hahnemuhle – 40 x 60 cm – 2018 – Courtesy l'artiste

Les deux photographies de Paolo Iommelli présentées ici ont été réalisées sur une plage de l'Ile de Zakynthos, en Grèce, devenue un célèbre «spot» touristique après que, dans les années 80, un cargo de contrebande s'y soit échoué. Cette plage, qui était connue comme une des plus belles de tout le pays, baignée par la mer Ionienne et surplombée d'un monastère est devenu une sorte de parangon du tourisme post-industriel. La vue de ces baigneurs à l'ombre de la carcasse rouillée et couverte de graffitis du navire est saisissante et crée une sorte de disjonction dans l'imagerie idyllique de la plage de rêve.

Le touriste est prêt à prendre tous les risques pour jouir de la mer et du soleil, tetanos et éboulement compris, comme ce vacancier sous son parasol, inconscient des risques de chute de pierres de la montagne surplombant la plage, pourtant dûment signalés sur le panneau à côté de lui. Image symbolique de l'impunité dans laquelle se sent souvent le touriste, de sa conviction aussi qu'une fois en vacances, il ne peut rien lui arriver!

TOURISTE! Visite guidée 15 - Les estivants...en Grèce, avec Paolo Iommelli

Tous touristes! Pour Paolo Iommelli, la série «Tourist» met en évidence le phénomène de massification du tourisme comme un événement économique et sociétal majeur au 20ème siècle, une dimension essentielle de l'identité du «peuple mondialisé» et, comment, de loisir d'élite – ce qui était déjà un glissement par rapport à la dimension iniatique voire «sacrée» du voyage dans les temps anciens-, le tourisme est devenu un produit de consommation courant auquel nous prétendons tous.

 

TOURISTE! Visite guidée 15 - Les estivants...en Grèce, avec Paolo Iommelli

Paolo Iommelli est un ancien élève de Mimmo Jodice, dont il a suivi les cours à l'Académie des Beaux-Arts de Naples. Diplômé de l'Université Federico II (Naples) en philosophie du langage, avec une thèse sur "Mythes et symboles", il est spécialisé dans la documentation des œuvres d'art et des monuments historiques, artistiques et archéologiques, mais développe parallèlement un travail conceptuel interrogeant l'espace et la solitude.
Lauréat de très nombreux prix en Angleterre, aux Etats-Unis ou au Japon, il vit et travaille entre Turin et Aversa, en Italie, où il est né en 1965.

 

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 15:30
Inflatable beach ball - Ballon gonflable imprimé d'une photographie prise à Grandé Beach, Mar Del Plata, Argentine, en 2014 – Diamètre : 35 cm - 2019 – Produit par the National Portrait Gallery, Londres

Inflatable beach ball - Ballon gonflable imprimé d'une photographie prise à Grandé Beach, Mar Del Plata, Argentine, en 2014 – Diamètre : 35 cm - 2019 – Produit par the National Portrait Gallery, Londres

Une oeuvre de Martin Parr, dans une exposition qui parle du tourisme, semble assez incountournable! Après mûre réflexion, j'ai opté, pour ce premier volet de l'exposition (la suite, intitulée "Le Grand Tour", aura lieu à partir de début novembre à H2M, à Bourg-en-Bresse), pour quelque chose de particulier, un objet plutôt qu'une photographie, qui, à mon sens, illustrait la mise en abîme et/ou l'ambiguité du travail de Martin Parr.

Il s'agit d'un produit dérivé, que l'on pouvait trouver à la boutique de l'exposition consacrée à Martin Parr en 2019 à la National Portrait Gallery de Londres, boutique débordante d'objets aussi invraisemblables les uns que les autres, serviettes de plage, tongs, ballons, jeu de jokari imprimés d'une photo de plage, réalisée par Martin Parr, bondée de touristes...Cela fait écho à cette phrase du photographe anglais: "Je suis un touriste comme les autres", qui repose, innocemment, la question de l'artiste voyageur...

TOURISTE! Visite guidée 14- Les estivants...sur la plage, avec Martin Parr

Martin PARR

Inflatable beach ball - Ballon gonflable imprimé d'une photographie prise à Grandé Beach, Mar Del Plata, Argentine, en 2014 – Diamètre : 35 cm - 2019 – Produit par the National Portrait Gallery, Londres

L'objet présenté dans l'exposition se veut une sorte de mise en abîme de ce qui nourrit depuis près de trente ans le travail de Martin Parr. Ce ballon de plage, sur lequel est reproduit une photographie prise par l'artiste sur la plage bondée de Grandé Beach en Argentine a été produit à l'occasion de la rétrospective que lui a consacré la National Portrait Gallery de Londres en 2019. «Je suis un touriste comme les autres», dit Martin Parr. Et comme n'importe quel touriste, il ne résiste pas aux objets kitsch et souvenirs artificiels dont l'achat accompagne tout voyage touristique. A la boutique de l'exposition Martin Parr, on achète des tongs, des serviettes de plage et des mugs imprimés de photos de touristes pris dans les filets ironiques de l'artiste. Une mise en abîme vertigineuse qui illustre parfaitement ce consumérisme de masse qu'il étudie dans toutes ses séries. Le musée, l'art, l'exposition, n'échappent pas à cette économie, comme le montrent les boutiques de musées débordantes de produits dérivés parfois aussi incongrus que des bonbons meringués en forme de Joconde ou du bain moussant Van Gogh.

TOURISTE! Visite guidée 14- Les estivants...sur la plage, avec Martin Parr

Né en 1952 à Epsom près de Londres, Martin Parr est un photographe anglais, mondialement célèbre pour son approche originale du documentaire proche de l’analyse sociologique. Inspiré par les photographes Bill Brandt et Cartier Bresson, il s'intéresse d'abord au mode de vie de la classe ouvrière anglais pendant la période Thatcher, depuis les stations balnéaires déclinantes aux villes du nord de l’Angleterre postindustrielles. «Les photographes de Magnum partent en croisade photographier la famine et la faim […], en ce qui me concerne je vais au supermarché du coin, c’est ma ligne de front». C’est en voyant les anglais se rendre de plus en plus à l’étranger pour les vacances, grâce aux billets d’avion à bas prix, dans le même temps que se développent les critiques du tourisme de masse, qu’il commence à s'intéresser à ce pan sociologique. Des sites les plus antiques ( le Parthénon, les pyramides d'Egypte) aux plus factices ( Las Vegas, Disneyland), de la tour de Pise au Grand Canyon, des plages artificielles japonaises aux champs de courses de Dubaï, il parcourt le monde pour se faire l'observateur ironique du tourisme de masse, du passage d’une économie industrielle à une société de services surplombée par les produits culturels, les loisirs, le tourisme, la télévision, l’informatique ou encore les centres commerciaux. Pour Martin Parr, «une bonne photo doit être divertissante, pertinente, précieuse d’un point de vue sociologique et historique”. Ses photographies font écho aux imaginaires individuels et collectifs de la condition du touriste contemporain tout comme elles participent de la construction d’une culture visuelle du tourisme mondial. Il pointe les perturbations environnementales et sociales qu’entraînent la pratique massive du tourisme. "Nous devons être conscients des enjeux et conséquences de notre activité touristique ; j’espère, par ces photographies, nourrir la réflexion sur le sujet. "

TOURISTE! Visite guidée 14- Les estivants...sur la plage, avec Martin Parr
TOURISTE! Visite guidée 14- Les estivants...sur la plage, avec Martin Parr

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 13:17
Oil Painting Esso Blue / Blue – Huile et vernis sur toile – 150 x 150 cm – 2016 – Courtesy l'artiste et New Galerie, Paris

Oil Painting Esso Blue / Blue – Huile et vernis sur toile – 150 x 150 cm – 2016 – Courtesy l'artiste et New Galerie, Paris

Parmi les nombreux axes de travail de Zevs, l'Histoire de l'art est un élément important de son vocabulaire formel et sémantique. Ici, cette revisitation des célèbres piscines de Hockney me semblait d'actualité - non pour le record de vente qu'il avait franchi peu avant- mais pour la manière qu'a eu l'artiste de dérégler l'imagerie en intégrant dans l'image un élément signifiant -sa "signature", la liquidation du logo- et perturbateur du bel agencement. Dans le même temps, cette peinture de Zevs agit de la même manière que celle de Hockney, dans une proximité de fascination...

TOURISTE! Visite guidée 13 - Les estivants...A bigger bigger splash, avec Zevs

ZEVS

Oil Painting Esso Blue / Blue – Huile et vernis sur toile – 150 x 150 cm – 2016 – Courtesy l'artiste et New Galerie, Paris

Cette peinture fait partie d'une série reprenant le motif et l'esthétique du célèbre tableau de David Hockney, «A Bigger Splash» (1967), jouant sur l'ambiguité de la forme chromatique et du fond critique. Si à première vue, l'oeuvre imite avec une certaine fidélité la technique et la palette colorée de Hockney, évoquant avec lui le calme luxueux d'une piscine de villa californienne, on remarque assez vite que le mur blanc de la villa en arrière-plan est «tagué» d'un logo – celui d'une compagnie pétrolière bien connue-, logo «liquidé» à la façon de Zevs. La peinture coule sur le sol et se répand dans la piscine comme un déversement d'huile, à la place du splash attendu. L'oeuvre de Hockney, connue pour sa célébration d'un mode de vie azuréen, se retrouve détournée et requalifiée de manière critique. Zevs transforme ainsi ce « scénario » idéal en une réflexion acide sur le capitalisme et le pouvoir de nuisance, économique et écologique, du pétrole, de ses usages et dérivés...Cette image idyllique se trouve souillée par les émanations d'un activité industrielle dont, entre autres, les conséquences polluantes sont majeures, notamment au travers de tout ce qui rend possible le voyage lointain : avions et navires de croisière font partie des moyens de voyage les plus polluants.

TOURISTE! Visite guidée 13 - Les estivants...A bigger bigger splash, avec Zevs

Aguirre Schwarz, connu sous le pseudonyme de ZEVS, est considéré comme une des figures les plus importantes de l’histoire du street art français. Des trottoirs de la ville aux murs des musées et des galeries, il réagit aux signes urbains et aux codes de la consommation, interrogeant l’espace public, l’art, et le rapport de l’art à la société de consommation. Au travers d'oeuvres faisant appel à de nombreuses techniques dont il fut précurseur , comme le graffiti propre, il dessine les contours d’un vocabulaire graphique, plastique et sémantique inédit et qui fut souvent précurseur des codes visuels de l’art urbain. Au croisement du street art et de la culture underground, le travail de Zevs emprunte aussi à la culture pop, au cinéma, à la culture contestataire, à la peinture et à l’histoire de l’art. Il a largement contribué à la reconnaissance du street art en tant que forme de l’art contemporain et expose aujourd’hui régulièrement dans les galeries et les musées partout dans le monde.

Né en 1977, il vit et travaille entre Paris et Berlin.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 14:03
Summer is an attitude – Néon, plexiglas – 15 x 130 x 5 cm – 2008 – Courtesy l'artiste et Carpenters Workshop Gallery, Paris /Londres / NY / San Francisco

Summer is an attitude – Néon, plexiglas – 15 x 130 x 5 cm – 2008 – Courtesy l'artiste et Carpenters Workshop Gallery, Paris /Londres / NY / San Francisco

Un néon de Lionel Scoccimaro qui prend aujourd'hui une saveur particulière... Y aura-t-il un été cet été? Et pour Lionel un été avec des vagues et du surf?

J'aime l'idée de ce clin d'oeil à un univers marginal qui, parce que les marges finissent toujours par être absorbées par le vortex populaire, pâtit lui aussi de la "touristification" de ses codes. J'aime la lueur californienne du néon formant un halo "pink" près de l'oeuvre de Zevs, hommage à Hockney et à ses piscines américaines, et la proximité, donc, des oeuvres de ces deux artistes qui peuvent dialoguer à propos de contre-cultures.

TOURISTE! Visite guidée 12 - Les estivants...une attitude, avec Lionel Scoccimaro

Lionel SCOCCIMARO

Summer is an attitude – Néon, plexiglas – 15 x 130 x 5 cm – 2008 – Courtesy l'artiste et Carpenters Workshop Gallery, Paris /Londres / NY / San Francisco

En lettres de néon, la phrase «Summer is an attitude » («l'été est une attitude») surplombe la salle d'exposition, comme une invitation à un été permanent. D'emblée, l'impression que cette phrase pourrait tout aussi bien être tirée de Vogue ou d'un magazine lifestyle introduit tout un pan de la réflexion de Lionel Scoccimaro sur ce que sont devenues les contre-cultures. Car cette phrase – l'été n'est pas une saison mais une attitude- fait écho à une culture qui fut d'abord marginale, le monde du surf, avant de devenir une ambiance propice au chic journalistique et à la communication touristique. Toute l'imagerie du surf a depuis longtemps été assimilée par la publicité comme le moyen de vendre du rêve de mode de vie et de voyage, d'Hossegor à Malibu: l'idée d'un « summer life style » -vivre un été permanent- accompagne bien des projets de touristes en quête de palmiers, de sable fin, de spots et de vagues...

 

TOURISTE! Visite guidée 12 - Les estivants...une attitude, avec Lionel Scoccimaro

«Summer is an attitude » fait partie d'une série de 26 néons reprenant des phrases et expressions glanées par Lionel Scoccimarro au cours de ses voyages, plongé au cœur de milieux qu'il a fréquenté et qui révèlent, selon lui, quelque chose de leurs mentalités. Surfeur et motard lui-même, Lionel Scoccimaro explore les façons dont la mondialisation a intégré et dilué ces modes de vie formant autrefois une puissante mais ignorée contre-culture. En se réappropriant ces codes de manière iconoclaste, il fait se rejoindre «low» et «high» culture, hybridant les vocabulaires esthétiques du surf, du skate, du rock, de la moto, mais aussi l'imagerie Tiki et la culture néo-vaudou, et celui de l'histoire de l'art et de l'art contemporain.

Son travail est régulièrement montré en France et ailleurs (Canada, Etats-Unis, Mexique). Lionel Scoccimaro est né à Marseille en 1973. De l'Indonésie à la Californie, en passant par le Mexique et le Sénégal, il a longtemps vécu au rythme des saisons et des vagues. Aujourd'hui, il vit et travaille entre Marseille et Hossegor.

TOURISTE! Visite guidée 12 - Les estivants...une attitude, avec Lionel Scoccimaro

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