Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 13:14
Un monde silencieux - Julie  BERNET-ROLLANDE expose chez FOOUND, à Genève, Suisse

Je suis ravie d'annoncer l'exposition à Genève de l'artste Julie Bernet-Rollande, pour qui j'ai eu le plaisir d'écrire ce texte, en mars 2019, qui présente désormais l'exposition:

 

Un monde silencieux


Quand on cherche à définir en quelques mots le monde que dessine Julie Bernet Rollande, l'idée d'un « monde silencieux » semble s'imposer naturellement. Pourtant, c'est sans doute un truisme de dire que le monde d'aujourd'hui est loin d'être silencieux ; sans doute n'a-t-il même jamais été aussi bruyant. Cette manière de percevoir d'emblée celui de Julie Bernet Rollande comme « silencieux» marque très certainement le sentiment, en regardant ce qu'elle produit, de cette distance volontairement prise de l'artiste d'avec la réalité hurlante des hommes et de leurs préoccupations immédiates, et de sa sensibilité à un univers qui n'attend rien de l'homme, de toute éternité. La nature, la forêt, la terre, cet « être silencieux »*... Non que la
nature soit « silencieuse » - elle grouille probablement des mille bruissements du vivant- mais, à l'instar d'un empirisme « berkeleyien », la nature est sourde à elle-même et seul l'homme, d'une certaine manière, l'entend. C'est donc à cette présence infiniment puissante et massive, et pourtant silencieuse au regard de l'agitation invasive du monde des humains, que se consacre Julie Bernet Rollande.


Ce silence, elle l'exprime d'abord par cet éloge à la lenteur que constitue le choix du dessin. Dans l'éventail des médiums dont un plasticien peut user, le dessin, dans lequel le geste universel du trait de crayon sur le papier renvoie à une temporalité réelle et incarnée, manifeste sans doute le mieux ce temps de
l'oeuvre en train de se faire, ce temps de la matérialisation de l'oeuvre. Travailler lentement, produire peu, tendre l'oreille au murmure de la nature : autant d'attitudes de l'artiste qui longtemps la placèrent loin des standards artistiques, médiatiques et économiques d'un art contemporain soucieux d'épouser les contours du monde hic et nunc.
Mais voici que de crise économique en désastre écologique, les interrogations depuis toujours nourries par Julie Bernet Rollande, dans sa vie personnelle comme dans son travail artistique prennent une dimension nouvelle, et rencontrent aujourd'hui celles d'un monde que nous savons en péril. Et alors les questions du temps qui se vaporise, de la consumation du monde, de l'attention au vivant, qui sont au coeur de son travail, croisent les questionnement les plus actuels.
Elle pourrait ainsi s'inscrire dans la mouvance d'un concept pas complètement nouveau, lancé au début des années 90 par des artistes environnementalistes : le Slow Art. Le Slow Art n'est pas un mouvement artistique au sens plastique ou formel, il ne renvoit pas à une pratique particulière, mais relève d'une posture engagée - dans laquelle se retrouve sans doute Julie Bernet Rollande- issue d'un examen de conscience quant à la société de consommation appliquée au monde de l'art, et de son marché, dans sa dimension spéculative.
Evaluant la responsabilité de l'artiste en tant que producteur d'objets surnuméraires dans un monde déjà saturé d'objets, les partisans du Slow Art invitent les artistes à réfléchir, entre autres, sur la nécessité de leur
production, par rapport à l'inutilité d'une surproduction standardisée, sur les conditions matérielles de production, par rapport à une éthique environnementale mais aussi à une pratique artisanale...


Décélerer le temps, repenser l'espace de la nature comme « espace de contemplation», - à l'instar de l'historien de l'art du début du siècle dernier Aby Warburg souvent cité par les défenseurs du Slow Art- , tel est précisément le travail quotidien de l'artiste, au travers de ses dessins qui tous, ensemble et
séparément, l'engagent, presque malgré elle, dans une oeuvre « écologique », faisant émerger les interactions micro- comme macro-cosmiques, des cellules aux organes, des êtres vivants à leurs environnements, et posant là un ecosytème.
Tel est le sens de ses « Interdépendance »(s). Tel est aussi ce qui explique comment, parmi une série de dessins plutôt abstraits, sera représenté de manière clairement figurative un animal – éléphant, singe..- : interaction, écosystème, disparition d'une espèce...
Dans la simplicité fluide de son art et de son trait, au crayon, au fusain et parfois dans la dilution de l'aquarelle, et le choix du papier comme « medium pauvre » - bien que tendant à devenir aujourd'hui un important médium dans le paysage de l'art contemporain – et après plusieurs tentatives de couleur, elle
opte finalement pour l'essentiel du noir et blanc, moins séduisant, plus méditatif, plus discret. Discrètement plus radical, aussi.
Abstraite ou figurative, la forme de la représentation n'est pas essentielle pour Bernet-Rollande. Elle collecte des visions, furtives ou rayonnantes, des bribes qui n'exigent pas d'être identifiées...Ce qui importe est la sensation du moment, la sensation du visible, la fugacité des impressions, la mobilité des choses davantage que leur stabilité, les traces, formes et empreintes, le mystère, donc.


Elle a appris, avec le temps, encore, à opérer un « lâcher prise » qui lui permet d'aborder les idées et les images qui lui viennent sans jugement. Un véritable travail de libération. Ainsi, elle ne produit pas par série mais plus probablement par glissements, une image en appelant une autre et la cohérence thématique,
s'il en faut une, se crée a posteriori. De même la diversité des formats dépend de l'intimité du rapport voulu avec l'image, de la même manière que la nature, lorsque l'on passe du plus étendu au plus discret, demande une attention d'entomologiste, que ses dessins exigent parfois.
Julie Bernet Rollande ferait bien sienne cette phrase de Junichiro Tanizaki « nous oublions ce qui nous est invisible. Nous tenons pour inexistant ce qui ne se voit point »** pour nous enjoindre justement, à regarder de plus près la secrète nature, dans une méticuleuse attention au vivant et un questionnement récurrent sur la place de l'homme dans ce monde, perpétuellement tiraillé qu'il est entre sa passion calculatrice et son idéal ascétique. Or, aujourd'hui, l'homme doit choisir, et de sa résolution s'ensuivra son plus proche avenir. Julie Bernet-Rollande, dans sa détermination à suivre sa voie hors des modes et et des attendus, jusqu'à son parti pris de frugalité, a érigé en quelque sorte un ordre de bataille, et elle a choisi son camp.


*Pierre Rabhi – La part du colibri – Editions de l'Aube,2017
**Junichiro Tanizaki – Eloge de l'ombre – Editions Verdier, 1933

 

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 15:24
A bas les cieux, installation, dimensions variables, 2008 - Naji Kamouche

A bas les cieux, installation, dimensions variables, 2008 - Naji Kamouche

En 2008, Naji Kamouche produisait cette très belle oeuvre sur laquelle j'écrivais un texte, publié en 2010 dans l'ouvrage monographique de l'artiste ( "L'Homme qui dort, l'homme qui prie, l'homme qui tue" - Galerie School Gallery, Paris)

A l'occasion de l'exposition "Dieu(x) mode d'emploi", présentée à Palexpo, à Genève, l'oeuvre est exposée auprès d'oeuvres de  Kader Attia - Marco Brambilla - Mélanie Chappuis - Cédric Dambrain - Sylvie Fleury - Claudio Parmiggiani - Gilles Remiche

et je re publie pour l'occasion le texte sur "A Bas les cieux" ci dessous

 

 

A bas les cieux! (2008) - Une oeuvre de Naji KAMOUCHE dans l'exposition Dieu(x) mode d'emploi, Genève

A bas les cieux » se distingue comme une pièce charnière dans le travail de Naji Kamouche. On y reconnaît des préoccupations qui sous-tendaient déjà d’autres œuvres, au travers d’une stratégie symbolique d’utilisation d’objets réinventés, recréés, reproduits ou détournés dans une perspective mémorielle et poétique. Cette installation réalisée à partir de tapis tels qu’on en trouve dans les intérieurs arabes s’inscrit dans la continuité plastique de l’installation « Caresser l’errance d’un pas oublié » (2005). Le choix de ce tapis, matériau délimitant l’espace de l’installation mais aussi servant à produire les objets, chaussures (pour « Caresser l’errance d’un pas oublié »), ou gants de boxe, relève d’une réflexion sur ce qu’évoque cette matière, et en premier lieu ce motif familier pour l’artiste, analogon d’images et de symboles – l’enfance, la maison, la domesticité et par extension, l’intériorité-.

Dans le travail de Naji Kamouche, « A bas les cieux » constitue une sorte de passage depuis une expression artistique chargée d’autobiographie, de références personnelles, d’expression de l’intime – douleur, solitude, souffrance, déchirement, colère, émotion, difficulté d’être soi- vers un travail superposant à la sphère de l’existentiel une forme de parole et d’engagement qui ne s’observait qu’en filigrane jusqu’alors. Et de cette lecture désenchantée d’un monde en souffrance émerge un souffle,une énergie nouvelle, sur le fil tendu entre l’émotion pure et la pensée. Cet étrange et dramatique ring de boxe joue sa complexité dans les entrelacs de dualités, d’ambiguïtés, que suggèrent d’ailleurs les choix plastiques, entre douceur et violence. D’espace intime, le tapis se fait territoire mental, matérialisation d’une conscience en lutte. Le dispositif implique émotionnellement le spectateur, si ce n’est somatiquement. Ici, on se retrouve « face à soi-même ». Ici se reconnaissent ou se projettent nos colères intimes et toutes nos luttes. « A bas les cieux », espace de protestation, de contestation, semble exhorter à prendre les gants et à frapper, à reprendre la lutte, à ne jamais s’avouer vaincu, à relever la tête, les manches, les bras, à dire non, à se rendre libre, donc, et vivant.
Le biologiste et physiologiste Xavier Bichat définissait ainsi la vie, comme « ensemble des fonctions résistant à la mort »*. Autrement dit, si, d’une certaine manière, le non-être est plus « naturel » que l’être et l’anéantissement, l’inclination logique de toute chose, vivre exige un effort, une lutte de tous les instants, une résistance perpétuelle. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de cette lutte, que cette résistance motrice. «A bas les cieux» crie cela de toutes ses forces, multiplie les lectures de toutes les luttes possibles, de tout ce qui fait que l’on choisit de vivre, plutôt que de disparaître, de se battre plutôt que d’abdiquer. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.


Alors, on pourrait bien interpréter la moelleuse texture des objets, contrastant avec l’usage habituel de gants de boxe et d’un punching ball, comme l’expression désabusée de la vanité de toute lutte. On pourrait voir dans ce rouge prégnant une chaleur bienveillante et inoffensive rendant toute colère stérile. Mais ils disent bien plutôt les violences étouffées ou rendues invisibles sous le velours policé des hypocrisies, et la vigilance nécessaire face à une servitude que la caresse aura peut-être rendu volontaire. Le constat de nos souffrances et de nos désillusions ne suffit pas. La colère et la lutte ne peuvent être vaine, sitôt qu’elles se font stratégies.


Naji Kamouche fait partie de cette génération d’artistes qui n’entendent pas que se jouent sans eux les débats du monde. Loin d’un aveu d’impuissance, son oeuvre, ouvertement vitaliste, dit à la fois cet absolu de la lutte, qui, de l’homo homini lupus de Hobbes à la guerre des consciences hégélienne, s’inscrit au cœur de l’existence humaine parmi les autres. Si cette lutte est d’abord celle de l’affirmation de soi, elle manifeste aussi, à une époque dans laquelle le cynisme, l’instrumentalisation et la réification humaine menacent dangereusement les restes de nos utopies, le refus d’abdiquer de cette croyance que la colère et la pensée critique ont un sens. Il y a dans ce ring quelque chose de la bravoure et du don de soi, où la grandeur côtoie la souffrance, la victoire, la déchéance, et sans doute Naji Kamouche se reconnaît-il quelque part dans cette figure du boxeur, entre noblesse et disgrâce, comme d’une certaine manière, chacun d’entre nous, dans nos démêlés avec ce monde et nos rêves.
« A bas les cieux » : comme dans toutes les œuvres de Naji Kamouche, les mots, parties intégrantes de la création, revêtent la plus grande importance. Charge poétique mais pas seulement, si les mots disent l’indicible, portent en eux ce pouvoir de suggestion, de radicalité, et que la polysémie se fait polémique.
Ici, les indices sont multiples. Que le monde soit sans dieu, ou que les dieux aient abandonné le chantier du monde, il devient inutile d’implorer l’aide des cieux et c’est à hauteur, à espoir et à pouvoir d’homme qu’il faut reprendre la lutte. « A bas les cieux » comme une imprécation nietzschéenne, dans un monde où le silence de dieu aux oreilles des uns est contrebalancé par le fanatisme assourdissant des autres. A l’aliénation, à la résignation, Naji Kamouche oppose une œuvre puissante et percutante. Les gants sont prêts à être chaussés. Il n’y aura pas de K.O.

 

 

* Marie François Xavier Bichat- Recherches physiologiques sur la vie et la mort (1800)

" DIEU(X) MODES D'EMPLOI"

Palexpo, Genève (Suisse)
du 11 octobre 2019 au 19 janvier 2020.

Une exposition Tempora

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 15:48
Avant-première de TILO KOTO, un film documentaire de Sophie Bachelier et Valérie Malek, avec Yancouba Badji, Musée National de l Histoire de l'Immigration

Dans le cadre du festival Visions d'Exil au Musée National de l'Histoire de l'Immigration aura lieu, dimanche 3 novembre à 20h00 l'avant-première nationale du film TILO KOTO ( sous le soleil, en mandingue), un film documentaire signé Sophie Bachelier et Valérie Malek.

 

Le pitch

 

Pour le Casamançais YANCOUBA BADJI, le rêve de l’Europe s’arrête brutalement dans le Sud tunisien après avoir tenté quatre fois la traversée de la Méditerranée depuis les côtes libyennes. Un an et demi «d’aventure» sur les routes clandestines où il faillit maintes fois perdre la vie. TILO KOTO, c’est l’histoire d’un homme brûlé dans sa chair et son âme par un enfer qu’il sublimera par la peinture/ For YANCOUBA BADJI, born in Casamance, Senegal, the dream of Europe stops abruptly in southern Tunisia, after trying to cross the Mediterranean sea from the Libyan coast. During a year and a half of "adventure", he was close to death many times. TILO KOTO is the story of a man burned in his flesh and in his soul, who will sublimate this hell through his painting.

 

Un film essentiel dont j'ai eu la chance de suivre le développement jusqu'à ce terme aujourd'hui et grâce auquel j'ai rencontré Sophie Bachelier - que nous avons présentée, avec mounir fatmi, dans le cadre de l'exposition Pavillon de l'Exil-  et le talentueux Yancouba Badji, en 2018, à Saint-Louis du Sénégal. 

Chaque jour qui passe nous rappelle à l'impétueuse nécessité de ne pas oublier ce qu'est "être humain", de lutter contre la tentation du lointain qui désincarne. Yancouba Badji est un homme, une incarnation, une résilience et un destin. Tilo Koto raconte son histoire et à travers elle, l'histoire de tous les "migrants" du monde.

 

La projection sera suivie d'une rencontre avec les réalisatrices et Yancouba Badji.

Mieux vaut réserver ici;

https://www.eventbrite.fr/e/billets-tilo-koto-sous-le-soleil-74804138191

 

 

Avant-première de TILO KOTO, un film documentaire de Sophie Bachelier et Valérie Malek, avec Yancouba Badji, Musée National de l Histoire de l'Immigration
TILO KOTO

(sous le soleil)

 

Un film documentaire

de Sophie Bachelier et Valérie Malek

Une production Damu et d’eau fraîche production et 3B Productions  

 

 

 

Dimanche 3 novembre à 20h00

à l'auditorium du Musée National de l'histoire de l'immigration

(entrée libre)

Palais de la Porte Dorée,
293, avenue Daumesnil, 75012 Paris

 

Festival Visions d'exil du 1er au 30 novembre, le programme ici:

http://visionsexil.aa-e.org/

avec nos remerciements à Judith Depaule

 

Puis, dès le lendemain, on poura découvrir la peinture de Yancouba Badji - qui tient une place essentielle dans le film- dans le cadre de l'exposition pré- vente aux enchères chez PIASA, Paris.

Toutes les informations dans le post suivant!

Partager cet article
Repost0
17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 12:01

En "Résonance" de la Biennale de Lyon qui vient de s'ouvrir, Dominique Torrente expose ses dernières oeuvres à la Galerie 116Art,  Villefranche sur Saône. Le titre de l'exposition "Un jour le paysage me traversera", est emprunté à l'ouvrage de Pascal Quignard, Terrasse à Rome (2000).

Je suis particulièrement ravie d'avoir pu rédiger le texte de l'exposition, que je livre ici

Vue de l'exposition - En face, Les riches heures ou l’éclat de vos mains, fibres canevas recto ou verso, installation modulable, environ 3 m x 2,70 m, 2018-2019 A droite Ensemble de dessins sur papier ancien récupéré, aquarelle, gouache, crayons, fibre, couture, broderie, 2019. Chaque dessin 24 cm x 32 cm Objet sur sellette, Opposite n° 19, bois laqué et volume couvert de fibre canevas, 36 cm x 60 cm x 34 cm

Vue de l'exposition - En face, Les riches heures ou l’éclat de vos mains, fibres canevas recto ou verso, installation modulable, environ 3 m x 2,70 m, 2018-2019 A droite Ensemble de dessins sur papier ancien récupéré, aquarelle, gouache, crayons, fibre, couture, broderie, 2019. Chaque dessin 24 cm x 32 cm Objet sur sellette, Opposite n° 19, bois laqué et volume couvert de fibre canevas, 36 cm x 60 cm x 34 cm

LA PEAU DU PAYSAGE
Dominique TORRENTE


Que serait la « peau d'un paysage »? La surface visible d'une tectonique complexe, architecturale ou non, ce qui affleure au regard et qu'il ne peut jamais totalement embrasser, un territoire souple, comme un revêtement posé sur les accidents et dont on ne verrait jamais l'envers. L'envers du décor. Ou celui du canevas, cet ouvrage d'aiguille pour noble dame popularisé au 19ème siècle, aujourd'hui objet désuet sinon
déchu et « indigne d'intérêt », dont le réusage est cependant au coeur du travail récent de Dominique Torrente, et dont le nom désigne – cela peut-il être un hasard ?- en topographie, l'ensemble des points relevés sur le terrain permettant de reconstituer la toile d'un relief par cartographie.
Seulement, lorsque Dominique Torrente demande aux modèles de ses récentes photographies – montrées ici pour la première fois- de porter les canevas brodés, et que ceux-ci s'approprient ces pièces de tissu comme des « peaux » quasi animales, vêtements colorés que seuls leurs corps architecturent, elles leur redonnent vie et parfois aussi, découvrent l'envers du paysage, du décor, de la belle broderie : les fils emmêlés et les noeuds. « Ce dernier côté est moins beau », dirait Schopenhauer, « mais plus instructif, car il permet de reconnaître l'enchainement des fils »¹, autrement dit, comment s'est construite la peau du paysage. Si Schopenhauer compare la vie à une étoffe brodée dont « chacun ne verrait, dans la première moitié de son existence, que l’endroit, et, dans la seconde, que l’envers »¹, c'est probablement davantage l'intérêt et la curiosité pour la forme du travail, de la transformation par l'assemblage de l'épars en un tout constitué, qui nourrissent les recherches de Dominique Torrente.

Détail Les riches heures ou l’éclat de vos mains, canevas à l’endroit ou à l’envers.

Détail Les riches heures ou l’éclat de vos mains, canevas à l’endroit ou à l’envers.

Car l'espace de la toile brodée, endroit comme envers, forme un territoire – un paysage- complexe, au senspremier, étymologique. Elle est un tout complexe c'est-à-dire un « assemblage » de constituants « tissésensemble », un « enchevêtrement d'enlacements »², pour reprendre l'expression d'Edgar Morin. Car il n'estpas impossible que Dominique Torrente ait choisi la toile brodée – consciemment ou non – parce qu'elle
pourrait endosser en quelque sorte la métaphore originelle de la pensée « complexe » et du paysage comme « complexion » c'est-à-dire ce mode d'être fondamental qui existe, surgit et prend sens au travers de ce qui s'assemble, se noue, se tisse, un objet multidimensionnel aux multiples interactions, un objet qui raconte quelque chose, mais pas seulement son contexte d'origine, un objet d'une insoupçonnée richesse,
matérielle et allégorique, ouvrant à une vision multiple et globale, bref, un objet appréhensible, pour reprendre le concept cher à Morin, sur le mode de la « reliance ». Relier les représentations, les formes, les esthétiques, les histoires, opérer des ponts et des rencontres – ensemble de préoccupations qu'elle place sous le terme générique d' «hybridation »-, c'est précisément ce que produit Dominique Torrente dans ce travail de longue haleine autour du canevas brodé, et c'est justement ce qui en fait la complexité formelle et sémantique.

Il faut d'abord partir de la découverte que fit l'artiste, il y a quelques années, lors d'une résidence à La Ricamarie, près de Saint-Étienne, de ces canevas brodés à l'aiguille, au point de croix ou au point couché, réalisés à la main par les femmes des classes populaires, principalement entre les années 40 et 80. La plupart reproduisent les peintures considérées comme chefs d'oeuvre de la peinture européenne, de Vermeer à Fragonard, de Millet à Renoir...Fascinée par cet « art modeste », « sans grande valeur marchande mais à forte valeur émotionnelle », comme pourrait en parler Hervé Di Rosa³, Dominique Torrente entreprend de les collecter, comme matériaux plastiques, mais aussi comme objets mémoriels.
Elle explique : « Ces pièces textiles une fois lavées sont répertoriées et archivées, et j’en transforme une grande partie, une autre partie est collectionnée afin de garder mémoire de cette étrange pratique des femmes des milieux modestes européens et de constituer un ensemble d’archives.(...)Débarrassées de leurcadre et lavées, ces modestes tapisseries aux teintes encore vives, où chaque point bien net peut évoquer
un pixel, sont d’étonnantes traces d’un passé révolu, des tissages de mémoire. (...)Cette matière a une mémoire, comme les pages de publicité ou les textes sur lesquels j’aime intervenir.»
Ces objets d'« art domestique » résonnent chez l'artiste de tout un pan de son histoire personnelle, étroitement mêlé à l'histoire du monde ouvrier du siècle passé. S'y questionnent le processus de travail, le travail manuel en tant que geste, la manifestation concrète de l'acte de « produire », si ce n'est de créer, la question du « faire » au sens propre, le rapport à la matière dans le travail ouvrier et paysan et de façon
concomitante, la nécessité de conserver une mémoire de ces modes de travail qui tendent à disparaître dans le monde contemporain. Le travail, comme manière d'inscrire sa volonté dans la matière, se retrouve autant dans la création artistique que comme essence même de transformation du réel à l'image de l'homme, de même que, toujours dans cette perspective hégélienne, le paysage tel que nous le voyons
aujourd'hui est essentiellement le fruit de l'activité humaine, d'un effort imposant notre marque à la nature (ce qu'au fond nous appelons aujourd'hui « anthropocène »). Tel est probablement un des sens de ces assemblages que produit Dominique Torrente, cette manière de produire un « paysage » qui soit le résultat d'un assemblage déterminé.

 

Détail Les riches heures ou l’éclat de vos mains, canevas à l’endroit ou à l’envers.

Détail Les riches heures ou l’éclat de vos mains, canevas à l’endroit ou à l’envers.

Ainsi par exemple « Les riches heures ou l'éclat de vos mains », installation-juxtaposition de canevas constituant une tenture: tout en rappelant à une tradition iconographique d'esprit médiéval mais aussi aux coutumes décoratives aristocratiques, l'oeuvre fait écho au travail manuel comme puissance de représentation, de production d'image, « l'éclat » comme un hommage aux mains ouvrières de ces femmes produisant ces objets, tandis que Dominique Torrente, en les assemblant ainsi, construit une sorte de paysage iconographique, un paysage « modeste » lui aussi, y infusant une affection liée à l'histoire de ces toiles brodées.


Car cette sensibilité particulière au monde ouvrier, dont elle est issue, se nourrit au souvenir d'une enfance passée dans une région marquée par l'industrie textile, et d'une maison régulièrement envahie de tissus et d'étoffes: en travaillant sur ces toiles brodées, elle a, dit-elle, «retrouvé la fulgurance de (s)on attrait pour ces fibres, ces amoncellements de matières souples, molles, épaisses, aux couleurs chatoyantes car enfant,
textiles et broderies envahissaient, s’amoncelaient, débordaient de la table de couture de (s)a mère. »


De nombreux artistes aujourd'hui, se réfèrent au média textile, et notamment à la broderie, pour signifier et le cas échéant s'en prendre à, la dimension domestique et « typiquement» féminine de cette activité. Dominique Torrente semble inverser le processus critique, voyant en cette activité certes spécifiquement « pensée » pour les femmes⁴ une brèche ouverte sur la création dans la répétition ménagère, un espace de liberté arrachée au quotidien ouvrier et aux tâches domestiques, un prétexte au repos si, pour reprendre les mots de Virginia Woolf, « le repos n’est pas l’inactivité mais le goût de se livrer à une activité différente »⁵, bref, une immatérielle mais réelle « chambre à soi ».


Etait-ce aussi pour elles, au-delà de la possible dimensions décorative, un moyen d'introduire dans le foyer quelque chose de l'ordre de la culture ? Une entrée au musée où l'on ne va jamais, aux livres auxquels on n'a pas accès ? Ces ouvrages féminins, dont le succès va de pair avec l'industrialisation et la consommation de masse, sont pourtant essentiellement considérés comme kitsch par les élites, c'est-à-dire comme
l'expression d'une maladroite manière de singer le goût bourgeois, indignes d'un quelconque rapprochement avec une réelle oeuvre d'art. En utilisant ces anciens canevas, Dominique Torrente prend encore une fois à rebours l'attitude désormais convenue face au kitsch, admise voire encouragée, comme tendance esthétique au second degré, et vocabulaire, depuis Warhol jusqu'à Jeff Koons, de nombreux artistes contemporains. Et si l'on veut voir dans son travail une manière de revaloriser cette esthétique approximative, ce serait d'abord en vertu de l'hommage tendre et sincère qu'elle rend à ces femmes, et sans ironie, un acte de « reliance », encore. Ainsi croise-t-elle, dans sa série de sculptures Hybrid Lexis, deux langages esthétiques a priori inconciliables formellement et sociologiquement. Hybridation ou « collage » entre des volumes issus du minimalisme (monochromes, volumes géométriques colorés, évoquant Franck Stella ou Donald Judd), et des volumes recouverts de ces toiles brodées, la série Hybrid Lexis – dans laquelle chaque oeuvre est un « Opposite » numéroté- semble rééquilibrer les valeurs, sans a priori.

Opposite n° 11, bois laqué et volume couvert de fibre canevas,  50 cm x 30 cm x 23 cm, 2015

Opposite n° 11, bois laqué et volume couvert de fibre canevas, 50 cm x 30 cm x 23 cm, 2015

Territoire souple, flexible et recyclable, Hommage à Tony Cragg,  2015-2019 installation modulable, fragment de canevas épinglés.  Diamètre variable, ici 160 cm.  Espace d’exposition, médiathèque Jules Verne, La Ricamarie,  2015.

Territoire souple, flexible et recyclable, Hommage à Tony Cragg, 2015-2019 installation modulable, fragment de canevas épinglés. Diamètre variable, ici 160 cm. Espace d’exposition, médiathèque Jules Verne, La Ricamarie, 2015.

De même, si Dominique Torrente semble céder à la tendance de la réappropriation, du réusage, de la « seconde vie » des choses qu'elle intègre dans son processus créatif, c'est au regard d'une réflexion menée à la fois sur le front de la question de la mémoire, et sur celui de l'éco responsabilité. Une question qui n'est pas nouvelle, comme en témoigne son oeuvre « Territoire souple, flexible et recyclable », composée
de fragments, de chutes, de canevas brodés rescapés de ses autres oeuvres, sorte de paysage colorimétrique, par lequel elle rend un hommage, visuel et sémantique, à Tony Cragg. Car à l'instar du sculpteur britannique dans ses premières périodes, et notamment dans les années 70, il s'agit bien pour Dominique Torrente de créer une oeuvre à partir des rebuts du monde industriel, fussent-elles ses émanations culturelles comme le sont ces canevas produits en grand nombre pour le grand nombre. Comme Cragg, elle opère ici un travail de recyclage formel, entre fragmentation et recomposition, dans une sorte d'archéologie contemporaine ( voir son oeuvre « Vestiges », 2017)


"Ainsi les débris de la civilisation se déposent en couches successives créant le terrain fertile sur lequel germera le futur", écrit Tony Cragg, signifiant cette réflexion nécessaire sur le sens de l'oeuvre d'art. Par cette oeuvre hommage, comme par d'autres, par ses dessins notamment, qui parfois intègrent des fragments de canevas, le travail de Dominique Torrente semble s'inscrire dans une réflexion proche de la mouvance
slow art. Dans un monde littéralement submergé d'objets en surnombre, réfléchir à la manière dont est produite l'oeuvre (à partir de quels matériaux, dans quelles conditions) et à la légitimité de sa présence au monde ( ce qu'elle dit, ce qu'elle donne, sa nécessité) est inévitable, et Dominique Torrente ne contourne pas cette responsabilité : elle est au contraire, historiquement, politiquement, écologiquement, au coeur
même de son travail.


¹ Arthur Schopenhauer- Aphorismes sur la sagesse dans la vie - Chapitre VI : "De la différence des âges de la vie".
² « Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot "complexus", "ce qui est tissé ensemble". Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie la figure d’ensemble » - Edgar Morin, « La stratégie de reliance pour l’intelligence de la complexité », in Revue internationale de systémique, vol. 9, n° 2, 1995
³ Hervé Di Rosa, « père » du concept d' « Art Modeste » et du MIAM (Musée International des Arts Modestes, à Sète), fondé en 2000.

⁴ Dominique Torrente explique que les maisons produisant ces modèles de canevas avaient « parié sur le fait que les femmes allaient introduire un geste de travail de couture (façon tapisserie) et non pas de peinture dans ces reproductions, car la couture était le seul domaine d’expression qui leur était permis. »
⁵ Virginia Woolf – Une chambre à soi - 1929

Un jour le paysage me traversera

Dominique Torrente

Du 21 septembre au 2 novembre 2019

Galerie Le 116Art

116 route de frans
(derrière la gare)
69400 Villefranche-Sur-Saône
tél: 06 60 51 89 22
mail: galeriele116art@orange.f

http://www.galeriele116art.com

Partager cet article
Repost0
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 15:19
Focus and flow - Installation in situ dans le cadre de Arts Ephémères, Marseille

Focus and flow - Installation in situ dans le cadre de Arts Ephémères, Marseille

Après Chateaugiron, et pour le première fois, Mai Tabakian montre une pièce en extérieur, dans le cadre de la manifestation Arts Ephémères, à Marseille. A partir du 29 mai, on pourra découvrir "Focus and flow", une installation dans la lignée des "gardiens" vus à Chateaugiron.

"En psychologie positive, le flow  (flux en français) est l’état mental atteint par une personne lorsqu'elle est complètement plongée dans une activité et qu'elle se trouve dans un état maximal de concentration, de plein engagement et de satisfaction dans son accomplissement. 
Fondamentalement, le flow se
par l'absorption totale d'une personne par son occupation. 
Pour représenter cet « état de grâce », Mai Tabakian a choisi de créer un collier à 4 rangs de 4 « perles ». Ces perles sont en fait des yeux, plus précisément, des iris très colorés, comme traversés par un flot d’énergie, avec leurs pupilles bien noires. 
Ces 16 yeux sont à la fois le spectacle et le spectateur, une métaphore de la confusion entre sujet et objet caractéristique de l’état de flow. Il s’agit alors pour les visiteurs de se laisser porter par la contemplation : Focus and flow…"

A découvrir du 29 mai au 10 juin 2019 dans le Parc de la Maison Blanche, 11ème édition des Arts Ephémères, sur le thème "Flux"

Avec également:

Dominique ANGEL Axel BRUN Benedetto BUFALINO Dominique CASTELL Jennifer CAUBET Jean-Baptiste GAUBERT François GENOT Jonas HOHNKE Pierre LUU Mia MARFURT Carlos MARTIEL Rita PARKER LES PAS PERDUS Abdul RAHMAN KATANANI ROBERT ET OMER Mai TABAKIAN Yves SCHEMOUL Marcos AVILA FORERO Joana ZIMMERMANN

Partager cet article
Repost0
20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 10:53
Tools Holder - 2019, black leather tool belt, construction tools and books, 114 x 130 cm. Exhibition view from The White Matter, Ceysson & Bénétière, 2019, Paris Courtesy of the artist and Ceysson & Bénétière, Paris.

Tools Holder - 2019, black leather tool belt, construction tools and books, 114 x 130 cm. Exhibition view from The White Matter, Ceysson & Bénétière, 2019, Paris Courtesy of the artist and Ceysson & Bénétière, Paris.

A voir jusqu'au 22 juin, le solo show de mounir fatmi à la Galerie Ceysson et Benétière, une belle occasion de (re) découvrir le travail de mounir et notamment la magnifique vidéo "The beautiful language", inspirée de " L'enfant sauvage" de Truffaut

 

Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 19h 
T: + 33 1 42 77 08 22

Vue d'ensemble de l'exposition - Studio Fatmi

Vue d'ensemble de l'exposition - Studio Fatmi

Partager cet article
Repost0
11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 16:43
"Cactus Painting" - Ghada Amer au CCCOD, à Tours

"Cactus Painting" - Ghada Amer au CCCOD, à Tours

Au CCCOD, Centre de Création Contemporaine Olivier Debré, au coeur de Tours, Ghada Amer revient exposer après plus de 18 ans d'absence. Une présentation complète, avec, dans la grande salle, l'impressionnante installation "Cactus Painting", réactivation d'une oeuvre que l'artiste avait présenté en 2000 sur l'ancien site du centre d'art. 15 000 cactus et plantes grasses pour former un immense tableau affichant la claire intention de rivaliser avec la peinture comme "activité masculine", mais aussi, dans ce parterre de cactus protubérants et de gazénias épanouis, quelque chose qui n'est pas très éloigné du désormais célèbre jardin de Mai Tabakian, aux  formes inspirées des Lingam et Yoni asiatiques, sous leur aspect coloré  et malicieux. 

Cà  tombe bien, ceux qui passent dans la région  pourront pousser non loin de là, sur le parvis de la scène musicale du Temps Machine, à  Joué  les Tours. Ici, la Borne, concept nomade d'exposition initié par le collectif Le Pays Où  le Ciel est Toujours Bleu, Mai Tabakian présente une version de son "Garden Sweet Garden", jusqu'au 29 juin.

"Garden Sweet Garden" - Mai Tabakian  à  la Borne du POCTB, au Temps Machine, à  Joué  les Tours
"Garden Sweet Garden" - Mai Tabakian  à  la Borne du POCTB, au Temps Machine, à  Joué  les Tours

"Garden Sweet Garden" - Mai Tabakian à la Borne du POCTB, au Temps Machine, à Joué les Tours

Pendant ce temps, on peut aussi découvrir au CCCOD "Dark Continent", référence au fameux supposé "continent noir" de Freud, exposition dans laquelle broderies en compositions picturales, mais aussi sculptures poursuivent son exploration de la figure féminine, contre, tout contre, le regard masculin.

Quelques jours plus tard, Ghada Amer, accepta de devenir la "marraine" , et ma "collègueé" de jury, de la première promotion du DNA mention textile du TALM- Beaux-Arts d'Angers. Une belle journée d'échanges et de découvertes..

CCCOD, POCTB, TALM : Entre sigles et acronymes, de Tours à  Angers, avec Ghada Amer et Mai Tabakian
CCCOD, POCTB, TALM : Entre sigles et acronymes, de Tours à  Angers, avec Ghada Amer et Mai Tabakian
CCCOD, POCTB, TALM : Entre sigles et acronymes, de Tours à  Angers, avec Ghada Amer et Mai Tabakian
CCCOD, POCTB, TALM : Entre sigles et acronymes, de Tours à  Angers, avec Ghada Amer et Mai Tabakian

Quelques jours plus tard, Ghada Amer, accepta de devenir la "marraine" , et ma "collègue" de jury, de la première promotion du DNA  mention textile du TALM- Beaux-Arts d'Angers. Une belle journée d'échanges et de découvertes..

CCCOD, POCTB, TALM : Entre sigles et acronymes, de Tours à  Angers, avec Ghada Amer et Mai Tabakian
Partager cet article
Repost0
16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 14:39
Ce qui coule n'a pas de fin - Massinissa Selmani , prix SAM Art Projects, au Palais de Tokyo

Je me souviens l'année dernière d'une belle soirée au Palais de Tokyo, durant laquelle Massinissa Selmani avait reçu le prix SAM Art Projects, lui permettant de réaliser une expo solo au même Palais de Tokyo. 

Voici chose faite, avec "Ce qui coule n'a pas de fin", le solo show de Massinissa a ouvert hier et il ne faut pas hésiter à aller voir son projet autour de la figure de Louise Michel, jusqu'au 13 mai 2018, sous le commissariat de Yoann Gourmel.

Extrait du communiqué de presse:

 

« J’ai découvert l’existence des conférences de Louise Michel par hasard dans la presse. J’ai décidé d’entreprendre un travail de recherche allant de l’origine de sa rencontre avec les Algériens en Nouvelle-Calédonie jusqu’à son périple en Algérie, et de retrouver les lieux des conférences ainsi que leur contenu. L’enjeu est de me plonger dans une partie de l’histoire commune entre l’Algérie, la Nouvelle-Calédonie et la France en résonance avec l’actualité récente. » Massinissa Selmani

 

Pour son exposition au Palais de Tokyo, Massinissa Selmani s’est rendu sur les traces de Louise Michel en Algérie et en Nouvelle-Calédonie, où cette figure légendaire de l’anarchisme fut déportée de 1873 à 1880, après la défaite de la Commune de Paris. Elle y côtoya non seulement les Canaques, dont elle soutint la révolte, mais également des Algériens qui y avaient été envoyés au bagne après les insurrections de mars 1871 en Kabylie. De cette rencontre, Louise Michel noua des amitiés avec les Algériens déportés et leur promit de leur rendre visite. Entre octobre et décembre 1904, quelques mois seulement avant sa mort, elle entreprit ce voyage en Algérie où elle donna de nombreuses conférences dénonçant les religions, le militarisme et la violence coloniale. S’inspirant de cet épisode historique méconnu, Massinissa Selmani réalise une installation, où, si le dessin est omniprésent, il déborde de la page pour investir l’espace sous des formes variées. L’artiste y étend par ailleurs ses questionnements au contexte actuel, à la diffusion de la révolte et au positionnement « devant la douleur des autres », selon l’expression de Susan Sontag.

 

 
L’exposition de Massinissa Selmani poursuit un travail d’expérimentation autour du dessin, mêlant une approche documentaire à des constructions fictionnelles, prenant pour points de départ les actualités politiques et sociales issues de coupures de presse. Par la confrontation, la juxtaposition voire la superposition d’éléments réels dont le contexte est systématiquement occulté, Massinissa Selmani crée des scènes énigmatiques et ambiguës témoignant de l’absurdité des comportements humains ou de l’architecture comme instrument de pouvoir.
Partager cet article
Repost0
8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 14:56

L'année dernière, j'y avais organisé "Venus Vesper", une riche exposition autour de la multiplicité des figures féminines. C'est à cette occasion qu"Eliette Nekert, la directrice de l'Espace d'Art de Mitry Mory, a pu découvrir le travail de Mai Tabakian, et l'inviter aujourd'hui à réaliser ce solo show, "La théorie du tout", qui ouvre en beauté et en couleurs la saison 2018.

Vernissage le samedi 20 janvier 2018, à 11h30!

Concert et cocktail en vue...

 

Et jusqu'au 16 février 2018

LA THEORIE DU TOUT- Un solo show de Mai Tabakian à l'Espace d'Art de Mitry Mory
LA THEORIE DU TOUT- Un solo show de Mai Tabakian à l'Espace d'Art de Mitry Mory
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 12:39
Brankica Zilovic chez Miniartextil, à Côme (Italie)

Sublime installation de Brankica Zilovic à Côme, dans le cadre de la traditionnelle exposition d'art contemporain textile Miniartextil.

On reverra très probablement cette installation en février, à Montrouge, dans le cadre de la tournée internationale de Miniartextil!

Une belle saison italienne pour Brankica, qui a aussi montré une autre installation à Turin, dans le cadre de la foire Parartissima, foire off d'Artissima ("Beyond the Map" - Soriana Stagnitta)

 

Brankica Zilovic chez Miniartextil, à Côme (Italie)
Partager cet article
Repost0