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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:17

Sous le soleil espéré de Floride, les foires de Miami battent leur plein. A la Scope, foire satellite de Art Basel, la De Buck Gallery, de New-York a fait le pari d'un One man Show autour du travail de ZEVS.

 

zevsmiami.jpg

 

A découvrir du 29 novembre au 4 décembre 2011 stand D27 - SCOPE Pavilion - NE 1st Ave (Midtown Blvd) at NE 30th St., Miami, FL 33127

 

A cette occasion, un catalogue monographique sur ZEVS, avec un de mes textes, est publié.

 

Pendant ce temps, à Paris...

 

La galerie Charlotte Norberg présente pour la première fois, Benoît Carpentier, artiste lillois dont le travail architectural et "cinétique" dans des "projections" est à découvrir

Du 3 décembre au 4 janvier 2012 - Galerie Charlotte Norberg, rue Charlot - Paris 3ème

 

Et à Montreuil...

Emilie Di Nunzio Joly termine son parcours des lieux montreuillois et referme son journal de bord photographique d'une pensionnaire à la Villa Médicis à L'Espace 111

 

di nunzio

 

 

Les 3 et 4 décembre à L'Espace 111 - 111 rue de Stalingrad à Montreuil

 

Aux Editions de La Martinière, Yves Haddad publie un joli livre intitulé "Père et Mère", conviant 155 artistes sur ce thème, parmi lesquels Crumb, Anne Van der Linden, Roger Bismuth, Speedy Graphito, Lorenzo Mattotti, Iris Levasseur, Philippe Druillet, Matali Crasset... et Sylvain Polony!

Celui-ci y délivre deux portraits familiaux dans la veine figurative qu'on lui connait peu mais qu'il montra au printemps dernier chez Charlotte Norberg.

 

P-re.jpg   M-re

 

PERE&MERE

155 épreuves d’artistes

Auteur : Yves Haddad

Editions de La Martinière

Prix de vente: 35€ TTC

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 23:55

Le Musée en Herbe, à Paris, se définit comme le premier musée d'art destiné aux enfants, qui, depuis plus de 25 ans, initie les enfants à l'art avec une vraie programmation artistique et une pédagogie adaptée.

 

Actuellement, le Musée en Herbe présente "Les hieroglyphes de Keith Haring", une belle exposition rassemblant près de 60 oeuvres de l'artiste star du New-York des années 80.

 

Parallèlement, l'espace "Ma première Galerie" a invité tout au long de l'année une quinzaine d'artistes généralement issus du street art pour une "explosition!". Après Marko 93, Speedy Graphito, Jérome Mesnager, Hervé Di Rosa ou Jean Faucheur, c'est au tour de Zevs d'investir cet espace. Avec "New Deadlines", il a imaginé un nouvel "art crime", celui, de lèse-majesté, de l'incontournable Mickey...

avec lui, l'artiste Anne-Flore Cabanis...

 

28_visuel-invitation.jpg

 

A découvrir, avec les enfants, au Musée en Herbe, 21 rue Hérold, Paris 1er, du 29 novembre au 18 décembre 2011 - www.musee-en-herbe.com

 

j'en profite pour re-publier ici un texte de synthèse que j'ai rédigé sur le travail de Zevs

 

Aghirre Schwarz, connu sous le pseudonyme de ZEVS, est considéré comme une des figures les plus importantes de l’histoire du street art français.  

Des trottoirs de la ville aux murs des musées et des galeries, il réagit aux signes urbains et aux codes de la consommation, interrogeant l’espace public, l’art, et le rapport de l’art à la société de consommation. 

 

Zevs a à peine douze ans lorsqu’il commence à taguer dans les tunnels du métro parisien. Zevs, comme le RER qui faillit lui être fatal. Depuis ce nom sur les murs, comme une reconnaissance territoriale, jusqu’à une réflexion sur les signes de la ville, en passant par la saturation publicitaire, vécue comme une agression du consensuel, il dessine peu à peu les contours d’un vocabulaire graphique, plastique et sémantique inédit et qui fut souvent précurseur des codes visuels de l’art urbain.

Zevs fait partie de cette « Nouvelle Vague » d’artistes issus du monde du graffiti qui a su réaliser la synthèse de plusieurs cultures. Il s’inscrit d’abord dans la continuité de l’intérêt que suscita cet art brut et éphémère qu’est le graffiti, en France bien avant les premiers writers du métro new-yorkais*.

Au croisement du street art et de la culture underground, son travail emprunte aussi à la culture pop, au cinéma, à la culture contestataire, à la peinture et à l’histoire de l’art. Il s’essaiera à ce dialogue plusieurs fois, en investissant les salles de peinture classique et de sculptures antiques de la Glyptotek de Copenhague en 2008 ou en confrontant, en 2009, au Musée Czartoryski, à  Cracovie, un sac mi-Louis Vuitton, mi- Léonard de Vinci avec la sublime « Dame à l’Hermine ».

 

Le travail de Zevs, transversal, se joue à la  frontière de plusieurs disciplines et sur divers territoires. Ainsi, le Visual Kidnapping, performance au long court (2002 à 2005), tenait à la fois du cinéma noir, du documentaire, de la vidéo, de la communication et du happening. Ce rapt symbolique d’une image publicitaire, au radicalisme seconde degré très dada, contribua largement à le faire connaître comme « Pubkiller »**. Perçu alors comme un « artisan de la guérilla urbaine », ses interventions portent un engagement critique, une forme d’activisme énergique et construit. Et lorsqu’à la fin des années 90, Zevs écrit en Graffiti propre un ironique « je ne dois pas salir les murs de ma ville », cela n’est pas sans faire référence aux slogans militants qui fleurirent sur les murs de Paris aux alentours de Mai 68 : « Il est interdit d’interdire ».

 

Aujourd’hui, Zevs a largement contribué à la reconnaissance du street art en tant que forme essentielle de l’art contemporain. S’il expose aujourd’hui régulièrement dans les galeries et les musées, il continue de travailler dans la rue qui, à l’instar de Buren dans les années 60, reste son réel atelier. De l’insurrection, de la contestation brute, de la colère nourrissant ses premières interventions, Zevs a évolué vers une réflexion sur les conditions de visibilité et de pérennité de ses « Art crimes », ouvrant à la dimension sémiotique de son travail.

 

 

Révéler l’invisible

Electric Shadows, Graffitis Illuminations, Graffitis propres, Graffitis invisibles…

 

Dénominateur commun de la plupart des interventions de Zevs : sa manière de révéler l’invisible.

A la fin des années 90, les murs des rues de Paris sont couverts de graffitis. Zevs cherche une autre surface où laisser sa trace. Il se met en quête d’un ailleurs de la ville, et s’arrête, finalement, sur le moins évident, sur ce qui, dans la ville, passe inaperçu... Il se met à attraper les ombres, surlignant la présence fantomatique de l’architecture et du mobilier urbain, la nuit, à la lumière de l’éclairage public. Ses Electric Shadows (1998-2001) prolongent l’existence des objets- feux tricolores, monuments, ponts et parfois passants-. Lignes blanches sur le bitume, elles en manifestent le potentiel de présence invisible aux yeux des passants. En rendant visible cet invisible envers de la rue, Zevs, le flasheur d’ombres, ouvre à d’autres territoires, capture la part d’évanescence de la ville – le jour, ces lignes blanches sur le trottoir ne correspondent à rien-  dans une sorte de poétique graphique et furtive. Parfois, ses ombres sont une manière politique de définir la ville, comme lorsqu’une nuit à New-York, il saisit l’ombre d’un homeless endormi, ombre parmi les ombres. Parfois, c’est une sorte d’impressionnisme, une manière très cinématographique de capturer une atmosphère urbaine nocturne, qui évoquerait en vrac Cassavetes ou Scorsese, Jarmusch ou un polar français, avec sa manière de s’approprier les codes visuels du crime et de la police. 

Zevs aime jouer des codes cinématographiques, et rien de plus photogénique, de plus cinématographique, qu’une ville la nuit, propice à toute une dramaturgie du clair obscur, préoccupation récurrente de l’artiste. Pour lui, la ville n’est pas seulement un support, un terrain de jeu, mais un personnage à part entière, un protagoniste dans l’histoire qu’il écrit.

Le travail de Zevs se joue donc en permanence entre l’ombre et la lumière, le jour et la nuit, le visible et l’invisible.

 

Cette question essentielle de la lumière se retrouve dans ses Graffitis Illuminations. D’abord travail de peinture et de grattage éphémères sur les derniers jours d’un néon qu’il aura repéré dans le métro, il en poursuivit ensuite l’expérience sur des vitrines publicitaires, comme ceux des abribus, qui, lorsqu’elles on été cassées, dévoilent un écran de lumière qu’il entreprend de zébrer, reconstituant les rhizomes du verre brisé. En sculptant ainsi les lumières de la ville, Zevs en révèle d’autres dimensions, produit d’autres images, des paysages différents, qui interpellent le passant, décalent légèrement la réalité et le visage ordinaire de la ville.

 

A la fin des années 90, Zevs réalise ses premiers Graffitis propres, technique dont il est précurseur. Opération de révélation bien particulière, le tag propre consiste à utiliser le jet d’eau haute pression pour réaliser un graffiti en ôtant la saleté du mur qui l’accueille. A l’époque, explique Zevs, les services municipaux avaient entamé un programme intensif de nettoyage de Paris, visant principalement les graffitis. Il les avait observé et avait malicieusement mis au point ce « nettoyage créatif ». En révélant comme en négatif le tag sur fond de crasse, il met en échec l’illusoire idéal de « ville propre » et opère un intéressant retournement: le tag devenu propre oblige à nettoyer non le tag mais le mur, et le tagueur, habituellement poursuivi pour dégradation devient initiateur du nettoyage! Depuis, le graffiti propre est devenu instrument d’une relecture poétique de l’architecture, comme dans le projet que l’artiste mène actuellement au MASP de Sao Paulo : le spectre monumental de l’œuvre de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine.

 

Autre manière de révélation, le Graffiti invisible, que Zevs expérimente depuis quatre ou cinq ans. Il s’agit de graffitis, ou de dessins, réalisés avec des encres fluo luminescentes, invisibles à la lumière du jour mais qui se révèlent dans la lumière noire.

Zevs souligne les fissures, les failles et les cicatrices, réelles, fictionnelles ou émotionnelles, de la ville.

Il réalise ainsi des œuvres fluo luminescentes à grande échelle comme le  « Ztunnel » à Eindhoven, en 2007 : à la nuit venue, les silhouettes des passants « flashés » et devenus fantomatiques habitent un tunnel passager et transfigurent la physionomie de ce no man’s land nocturne. Zébrant les architectures patrimoniales d’éclairs électriques, il s’attaque en 2008 à la façade de la Glyptotek à Copenhague, sa première exposition personnelle dans un musée, puis, en 2010, à celle de la Tour du Village du Château de Vincennes. Les graffitis invisibles ouvrent à une dimension particulièrement émotionnelle, suggérant l’absence, la trace et la mémoire. Dimension qu’il a exploré en 2010 en évoquant le souvenir des indigents dans les rues du Vieux Panier et à l’Hospice (devenu musée) de la Vieille Charité de Marseille et, plus récemment, dans cette chambre d’hôtel de Portland, Maine, dans laquelle deux des terroristes du 09.11passèrent leur dernière nuit.

 

 

Liquider les logos

« J’aime beaucoup le graphisme et plus particulièrement les logos. Il y en a de très beaux et qui arrivent à produire du sens. (...) J’ai créé mon propre logo en m’inspirant du triangle jaune visible sur les armoires électrique dans les stations de métro »***

Le travail de « liquidation » des logos s’enracine dans les Visual attacks réalisées au début des années 2000. Il se met alors à shooter méthodiquement et indifféremment des hommes et des femmes, à condition qu’ils soient beaux, lisses, déshumanisés par la magie de Photoshop. Un point rouge à la bombe, entre les deux yeux du mannequin sur l’affiche, filets de peinture rouge sang coulant sur son visage. Le sabotage est efficace. Attaque frontale contre l’omniprésence de la publicité dans le paysage urbain, les « Visual attacks » pointent dans le même temps sa puissance prescriptive. En brouillant la lecture commerciale de l’image, en empêchant l’identification du passant avec le modèle ensanglanté, Zevs détourne le pouvoir de l’image à son profit.

Zevs avait évalué l’intérêt esthétique, émotionnel, et critique de l’image commerciale. En 2004, avec « La rue aux artistes », il réalise une affiche placardée à 300 exemplaires, constituée d’éléments typographiques entièrement volés aux logos. Zevs choisit dès lors de s’attaquer au logo publicitaire dans l’espace public. Il commence par « liquider » une virgule de Nike, à Berlin en 2005, et poursuit avec ceux de Coca-Cola ou de MacDonald’s. Puis, il s’intéresse aux logos des marques de luxe qu’il reproduit pour les «liquider».

En le rendant liquide, Zevs s’attaque visuellement à la fonction symbolique du logo. Il procède à sa descente critique et interroge le pouvoir du signe publicitaire et ce qu’il véhicule. Clé de voûte de l’identité d’une marque, s’immisçant durablement dans le paysage affectif des individus, le logo est un  redoutable « vendeur silencieux »****. En liquidant le logo de Chanel ou de Vuitton, tous les deux immédiatement reconnaissables, il s’attaque à tout un réseau de signes (de reconnaissance), de codes (sociaux), de significations et d’émotions. Le logo synthétise un monde, celui du luxe, des magasins feutrés, de la richesse et du pouvoir. La transfiguration du logo par liquidation renvoie, par une contre-force suggestive, à la surconsommation, à la tyrannie de la publicité, du paraître et des codes, à la vulgarité de l’ostentation.

Pourtant, son travail ne se réduit pas à une logique binaire.  Pour lui, l’art est un contre-pouvoir qui prend appui sur le pouvoir lui-même. « Comme en Aïkido, je détourne sa force à mon profit », dit-il.

En outre, les ambivalences sont volontairement maintenues, depuis l’appropriation du logo pour produire l’œuvre, jusqu’à la ré-esthétisation du signe, contribuant à lui confirmer son statut d’objet esthétique. Il a aussi parfaitement conscience de la manière dont les marques, ayant remarqué son travail sans en éluder l’aspect critique, s’en inspirent, tentant ainsi d'intégrer le négatif pour le synthétiser en une émanation nouvelle de leur créativité. Il sait comment les images qu’il produit seront aspirées dans le vortex du monde médiatique, retaillées, remaniées puis relâchées dans d’autres publicités, des images nouvelles…

Zevs a l’intuition de cette ambiguïté, en se servant des images que produit la société de marché et de consommation non pour les réduire à néant, mais pour y ouvrir une faille, les inciser et  en exprimer la maladie par la liquéfaction, comme on ouvre une plaie purulente, au travers de ces drippings de peinture coulant sur les toiles aux logos liquidés, à l’impact visuel si fort, et qui font aujourd’hui sa signature.

De la même manière que les images véhiculées par les médias manipulent les opinions et le regard porté sur les objets, Zevs manipule et déconstruit l’image pour en mettre justement en lumière les arcanes, les ficelles, les présupposés signifiants. Il extirpe peu à peu une sorte de sémiologie implicite et critique de ces images qui font et décrivent le monde, et c’est dans ce dévoilement que se situe la subversion de son travail. En offrant au regard une vision du monde en « Version liquidée », il entend nous mettre en alerte, nous enjoindre à garder l’œil ouvert, nous décille à la manière du « Chien Andalou ». 

Le travail de Zevs relève donc bien davantage de la « déconstruction », pour reprendre le terme cher à Derrida, que de la destruction. Dans son souci récurrent de faire remonter l’invisible au visible, de l’envers des rues au soubassements de la publicité, il s’agit bien de mettre au jour ces fondements implicites qui justifient la hiérarchie du système pour, par son acte artistique, en travailler les écarts jusqu’au basculement, renverser l’ordre, et, en définitive, intervenir sur « ce qui reste ». Le planisphère liquidé («Global liquidation multicolor », 2011) que montre Zevs dans l’exposition personnelle qui lui a été consacrée récemment à New-York***** signe la fin annoncée, et peut-être nécessaire, d’un monde, celui de la raison instrumentale, de l’impérialisme de l’économie mondiale, d’une manière de vivre ce monde, dont la crise financière aura rendu la fragilité particulièrement accrue et sensible.

 

 

Performances-liquidations

Ce travail de liquidation a aussi donné lieu à des performances remarquées, à Hong kong, en 2008, ainsi qu’en 2010, au mythique Cabaret Voltaire de Zurich. Sur une scène, l’artiste entreprend de tatouer sur le dos nu d’une jeune femme le logo de Chanel (à HK) ou de Vuitton (« Nude LV Murakami Liquidated », à Zurich). Les lettres d’un de ces si enviables logos, saignant sur la peau, offre une image saisissante et extrêmement efficace. On pense au violon de Man Ray, à une baigneuse ingresque qui penserait que la volupté n’est plus dans la nudité mais dans la marque qui l’habille, à la violence et la sensualité du « Pillow Book » de Peter Greenaway. Dans cette attaque contre les marques de luxe, s’exprime implicitement la conscience que celles-ci aiguillonnent le désir des femmes, et s’en nourrissent vampiriquement. Les questions du corps-objet, de la soumission du corps aux impératifs du marketing, de la violence faite aux femmes – et aux hommes dans une moindre mesure-, victimes de la mode et de leurs fantasmes, dans le formatage d’une image-miroir idéale, apparaissent à Zevs comme des épiphénomènes signifiants fondamentalement liés à l’économie mondiale.

En novembre 2010, Zevs réalise la performance « Victim », dans une rue des beaux quartiers de Sao Paulo. « Victim » est particulièrement intéressante pour qui souhaite approcher le travail de Zevs, car elle marque une articulation entre différentes aspirations et synthétise des pratiques récurrentes chez l'artiste au cours de ces dernières années, comme autant de formes d'autocitations ou de traversées des repères dans son vocabulaire graphique et sémantique.

Ici, une jeune femme déambule, nue, puis, soudain, s'écroule au sol. Le sang coule. Autour d’elle, des traces étranges, un L, un V : le crime semble signé…A priori, la performance de Zevs -avec le mannequin brésilien Marina Dias dans le rôle de la victime- pourrait être appréhendée comme une réponse mi trash mi cynique  à celle orchestrée par Vanessa Beecroft, en 2006, au moment où Louis Vuitton ouvrit son flagship sur les Champs Elysées. L’artiste new-yorkaise avait alors mis en scène des jeunes femmes nues dont les corps, pliés aux exigences de l’agencement, des présentoirs du magasin, et de la forme du logo, dessinaient les lettres entrelacées de la célèbre marque. Ainsi, le model symboliquement assassiné dans les rues de Sao Paulo semble en signer l’épilogue. Il n’y a qu’un pas du luxe à la luxure, on commence dans la volupté et on finit sur le trottoir. 

Zevs sait que le logo n’est qu’un signe, la partie visible et émergeante d’un monde aux valeurs et aux enjeux aussi complexes qu’incertains. il pressent aussi que le pouvoir réel aujourd'hui n'est peut-être pas tant politique ou religieux qu’économique, et c'est à ce pouvoir- là, au travers de la séduction du logo et du luxe incarné comme objet du désir renversé en objet mortifère, qu'il entend s'en prendre ici.

 

Dans le même temps, Zevs manifeste, par cette opération, la perversion du sens que constitue ce signe, ou comment le « logos » de la connaissance se voit éclipsé au profit du « logo » commercial. Jeu de mot pour dire comment le sens de la communication et du marketing se substitue à la quête de sens,  comment un système de valeurs fondé sur le désir d’avoir et la pensée calculatrice l’emporte sur les champs du savoir et de la pensée rationnelle. Le logo commercial élabore des mythes, que le logos n’a plus la force de détruire.

Cette liquidation en règle des logos renvoie ainsi avec acuité au propos de Roland Barthes, constatant, avec la pensée structuraliste, le rapport conflictuel, si ce n’est le hiatus, dans la société contemporaine, entre la pensée et la mythologie. Il s’agit de pointer la façon dont les « représentations collectives », produits de notre société et de notre histoire, pour reprendre le terme de Barthes, sont développées comme outils idéologiques par le pouvoir, les médias et les valeurs d’ordre.

Autant d’instances que Zeus examine et questionne dans son travail en les maltraitant, qu’il s’agisse des symboles monétaires, des logos des medias, du graphisme des noms des marques ou des banques, ou de ses attaques contre l’ordre urbain.

Si Zevs décrit et dénonce un état du monde contemporain, il n’est pas assez utopiste – naïf ?- pour nous en raconter la fin. Il suggère seulement qu’il nous faut chercher dans le sens des images avec lesquelles nous vivons, et dans la manière dont nous pouvons les retourner, les dérouter, les déconstruire, des indices comme une ultime tentative de se réapproprier ce monde.

 

Un opéra

 

Zevs, enfant de Warhol et de la Pop culture, mais conscient de ses ambiguïtés et de ses limites, aime les images. A commencer par celles du cinéma, qui véhiculent autant sinon davantage que toutes autres une forme de vérité sur le monde. Son travail a toujours été traversé de références cinématographiques, comme une manière de poser les jalons d’une opera, d’une œuvre vécue comme une dramaturgie. Pour lui, tous les espaces qu’il investit, la rue comme la galerie ou le musée, sont les lieux possibles d’une histoire, d’un scénario. La plupart de ses actions, projets, vidéos, performances sont minutieusement écrits, empruntant leurs codes esthétiques au cinéma, à la littérature, à l’histoire de l’art, multipliant les croisements et les références.

Ce que fait Zevs se déroule donc comme un opéra baroque et épique, une proposition théâtrale.

Cette dimension dramatique de son travail est largement assumée, jusqu’au choix du « personnage » - Combinaison jaune, foulard imprimé léopard sur le visage, chapeau et gants – dans lequel il s’est longtemps glissé. « J’avais envie de créer un personnage et de travailler à distance, derrière cette image » explique-t-il. L’artiste, qui fut aussi comédien, sait ce que Brecht appelle la « distance », cette sorte d’étrangeté, de décalage, dans ce qui est donné à voir, provoquant chez le spectateur la prise de conscience que ceci n’est pas la réalité, mais quelque chose qui doit donner à penser sur la réalité. Tout, dans son travail comme dans le personnage que Zevs s’est composé, tient de cette distance.

 

 

*En 1960, le photographe français d’origine hongroise Brassaï publiait un livre intitulé « Graffiti » auquel participa Picasso.

** Le « Visual kidnapping» commença à Berlin en 2002, pour s’achever à Paris, au Palais de Tokyo, en 2005. Une affiche de 15 m sur 15 sur la Alexanderplatz, une femme de huit mètres de haut, égérie de la marque de café Lavazza. « Armé de mon scalpel, j’escalade la façade de l’hôtel sur laquelle se trouve l’affiche Lavazza. Une heure et demie plus tard, l’otage est en ma possession et je quitte les lieux, laissant sur l’affiche évidée: VISUAL KIDNAPPING - PAY NOW! », racontera plus tard Zevs au journal Libération. Un jeu de piste s’engage alors entre l’artiste et la marque. Il demande à la marque une rançon de 500 000 euros, équivalent du coût d’une campagne publicitaire. La filiale allemande de Lavazza porte plainte contre X. Sur l’Alexanderplatz, les gens viennent regarder...le trou dans l’affiche. Quelques jours plus tard, il expose la Lavazza girl à la Rebell Minds Gallery, à quelques mètres du lieu de l’enlèvement. Le lendemain, la police débarque mais Zevs a déjà quitté Berlin, avec l’otage pliée dans une valise. Pendant plusieurs mois, il va tantôt cacher, tantôt exhiber l'otage. Finalement, il lui coupe un doigt, l’envoie au PDG de la société, accompagné d’une lettre anonyme exigeant la rançon. Sur un site Internet et à Paris, à la galerie Patricia Dorfmann, en février 2004, les visiteurs sont invités à voter pour ou contre l’exécution de l’otage. En 2005, après de nombreuses tractations, un accord est trouvé entre Zevs et Lavazza, qui remet à l’artiste un (présumé factice) chèque. Accord en forme de happening, que les critiques verront, non sans raison, comme la récupération d’une stratégie subversive anti-publicitaire en une belle opération de communication pour la marque qui clamait « Express yourself ». Cela dit, le Visual Kidnapping deviendra un véritable phénomène en Allemagne, et des dizaines d'images publicitaires seront kidnappées dans les années qui suivent.

***Entretiens avec Pierre-Evariste Douaire

**** d’après Benoît Heilbrunn – professeur de marketing et de communication à l’École de Management de Lyon et chargé d’enseignement à l’Université de Paris III

***** « Liquidated Version » - De Buck Gallery, New-York, USA – février-avril 2011

 

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 21:28

Pour ceux qui auraient la chance de passer par là, la ville de Côme, en Italie, accueille la 21ème édition de MiniArtTextil...

Initiée depuis 1991, l’exposition Miniartextil réunit chaque année à travers un thème une cinquantaine d'oeuvres d’artistes de quarante pays.

Le dénominateur commun tient dans les dimensions imposées : l’oeuvre doit s’inscrire dans un volume de 20 x 20 x 20 cm et faire référence de manière plus ou moins implicite aux métiers et techniques du textile.

L’association ARTE&ARTE produit cette exposition avec le parrainage du ministère de la culture d’Italie, de la Région Lombardie, de la Ville de Côme, de la Chambre de commerce de Côme et, depuis 2005, avec le concours de la Ville de Montrouge.

compact-vue-1

 

 

Cette année, le thème de l'exposition est "l'énergie", et c'est donc sur ce thème qu'a planché Mai Tabakian avec "Everything is under control"

 

 

 2011 - 18,5cm de haut / 20cm de diamètre - Textiles divers, ouate sur polystyrène extrudé

 

 

 

Il reste encore quelques jours, jusqu'au 20 novembre, pour voir l'exposition à la Chiesa di san Francesco de Côme, puis, l'exposition se tiendra en février 2012 à Montrouge...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la galerie Talmart, exposition de Julien Taylor, jeune photographe déjà doté d'un joli cv, qui aime le monde de la nuit, et dont on nous dit que les "thèmes de création sont ciblés sur un monde mosaïque, un univers piège, dont les deux dimensions apparentes sont un théâtre magique à la Hermann Hesse."

 

CLUB22[1]

Une promesse d'allégresse et une ambiance night fever? la galerie Talmart débaptisée pour l'occasion devient le "Club 22" - A partir du 24 novembre et jusqu'au 23 décembre, au 22, rue du Cloître St Merri- PAris 4ème

 

 

 

Pour ceux qui auraient aussi la chance de passer là, le Brooklyn Museum vient d'acquérir une pièce de mounir fatmi, "maximum sensation", que le musée présente dans le cadre de l'exposition collective "Unfolding tales"...

 

mfbrooklyn

 

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 22:02

Le Festival International des Jardins de Nagasaki, au Japon accueille l' installation pop et acidulée de Maro Avrabou et Dimitri Xenakis

 

"Flower Power - hommage amusé aux années 60"

 

xenakis-japon.jpg

 

xenjap.jpg

 

De jour comme de nuit, place à la couleur!

 

Jusqu'au 6 novembre 2011 - Nagasaki, Japon

 

PHOTOS DR AVRABOU-XENAKIS

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 22:05

 

19_chez-robert_pierre_ardouvin.jpg

 

Du 19 octobre au 4 décembre - Chez Robert - www.chez-robert.com

 

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 20:57

InviBrodinter.jpg

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 10:34

Cr-er-c-est-r-sister-1-.jpg

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 17:40

L'année dernière, la Nuit Blanche avait été un peu particulière pour moi car j'y avais participé activement, en présentant, avec ZEVS, un éclair fluoluminescent de 30 mètres sur la façade du Chateau de Vincennes, qui participait à cet évènement.

Cette année, c'est en spectatrice que je déambulerais peut-être dans les rues de Paris, à la découverte...

 

Difficile de faire une sélection de ce qu'il pourrait y avoir à voir, tant la programmation est multiple et foisonnante, avec sans doute de bonnes surprises mais aussi des déceptions. Il semblerait que, au coeur de Paris, la programmation se soit recentrée géographiquement sur des quartiers clairement identifiables.

 

Nuit-Blanche-2011.jpg

 

Si on s'en tient au programme officiel, j'irai bien voir:

 

Dans le quartier de l'Hôtel de Ville:

 

-Isaac Julien, dans la cour de l'Hôtel de Ville, dont j'ai pu apprécier les dispositifs vidéo déjà, Pierre Ardouvin à l'Hôtel d'Albret et les fameuses sculptures en parpaing de Vincent Ganivet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris

 

Dans le quartier Pigalle/Batignolles:

 

-il semblerait que Fabrice Hyber soit de nouveau dans les grâces... il expose en ce moment chez Jérome de Noirmont...en tout cas il promènera ses "hyber-heroes" dans le square des Batignolles

-très hype, le fils de Dennis Hopper, Henry,  joue les vedettes dans une vidéo de Douglas Gordon, à La Machine, Boulevard de Clichy

 

A Montmartre, on pourra se laisser tenter par le talent de Steve Mc Queen, qui est bien plus qu'un vidéaste, et par l'installation (prophétique? non!) "demain le ciel sera rouge" de Christian Boltanski au théâtre de l'Atelier

 

Quoi d'autre? peut-être l'installation de Pascal Dombis à l'Eglise St Eustache, ou Dominique Ghesquière qui participe, au Musée Nissim de Camondo, à une exposition de groupe, "Echos"...

 

Et puis peut-être, la nuit sera douce, il faudra se laisser bercer...

 

NUIT BLANCHE 2011- Nuit du 1 au 2 octobre - Paris et ailleurs...

 

la Nuit Blanche, c'est aussi en banlieue, comme chez APONIA à Villiers sur Marne, et même en région...

Voir la programmation sur le site de la Nuit Blanche 2011...

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 13:20

 

 

actualitemf-copie-1.jpg

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 18:54

La rentrée, des artistes, ce n'est pas fini!

 

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Emmanuelle Leblanc, avec qui j'ai collaboré récemment, expose une nouvelle "Ligne de peinture" à Berlin, à la Galerie Kh15.

"La ligne de peinture" - Du 30 septembre au 4 décembre 2011- Galerie Kh15- Kleine Hamburger Str.15 - 10117 Berlin

 

Les artistes de "Sutures" ont aussi une actualité ailleurs!

 

Faye Formisano, qui est aussi designer textile, a initié, avec Elsa  Caux , le studio NANUK Design, studio du Design textile. La Galerie Voskel a demandé à Nanuk Design de créer la scénographie de son espace transformé en pop-up store, avec, entre autres, les créations de Warmi et le collectif France Tricot.

Les bandanas et blouses de la collection capsule Kiowa designée par Nanuk Design sont de toute beauté!

 

VOSKEL15.jpg

 

A la Galerie Voskel,   jusqu'au 3 octobre -  5 rue Jean-Pierre Timbaud - Paris 11ème-

 

affiche-douaiMai Tabakian a démarré il y a peu, mais elle démarre fort! La voici invitée dans une exposition très prometteuse, dans laquelle elle partage l'affiche avec rien moins que Anne Ferrer, Claude Lévêque, Françoise Petrovich  ou Philippe Mayaux!

 

"Hybride", commissarié par Freddy Pannecocke et Carole Douay, est organisée par le Service Mobile d’Animations Culturelles (SMAC), en collaboration étroite avec la Ville de Douai, l’école d’art et le Musée de la Chartreuse et avec le soutien de la Business Box / Douai.

Métissage, croisement, hybridation, sont au coeur de la démarche artistique, autant dans son histoire que dans ses connexions avec les autres domaines du savoir et du faire.... 

 

Un catalogue sera publié à l'occasion de cette exposition, avec un texte que je signe à l'intérieur sur le travail de Mai...

 

"Hybride" - DU 17 septembre au 2 octobre 2011- Ancienne Centrale Fermière, Rue de Wetz, à Douai.

Commissaires: Freddy Pannecocke et Carole Douay - Avec: Emmanuel BRILLARD - Rénato CASCIANI - Géraldine CHUNIAUD - Didier CRESSOT - Carole DOUAY - Arnaud DELRUE - Anne FERRER - Aude FRANJOU - Alice HAMON - Myriam HEQUET - Mélanie LECOINTE - Claude LEVÊQUE - Philippe MAYAUX - Armand MORIN - Freddy PANNECOCKE - Jacques PERCONTE - Françoise PETROVITCH – Franck POPULAIRE - Bernard PRAS - Jérôme PROGIN - Éric RONDEPIERRE - Francesco SAMBO - Mai TABAKIAN - Vadim SERANDON - Nicolas TOURTE.

 

 

Pour les 20 ans de l'"Avant-Scène", Théâtre de Colombes, Sylvie Kaptur-Gintz participe à l'exposition-évènement "l'Avant-Siège": 20 artistes interprètent 20 fauteuils de théâtre. Chez Sylvie, il sera question de robe de bal, de broderie et de mémoire...

 

A découvrir les 24 et 25 septembre au Théâtre de Colombes - Place des Droits de l'Homme -

 88 rue St Denis - 92700 Colombes

 

vanessaEnfin, Vanessa Fanuele avait initié, pour "Sutures" une nouvelle série autour de la mémoire et de l'architecture, "Espaces Autres", inspiré d'un texte de Foucault sur les hétérotopies. Elle poursuit dans cette veine en exposant, à la Galerie Bruno Jansem, "Espace Autre, acte premier", variation autour de La Vierge au rocher de Léonard de Vinci.

 

Du 22 septembre au 22 octobre - galerie Bruno Jansem, 50 rue de Lille - Paris 7ème

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