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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 23:59

On peut découvrir une autre facette du talent de Jean-Marc Forax, actuellement présent dans "Jardins en métamorphose", à Thiais, en allant découvrir, à la Galerie Talmart, ses séries de dessins de "Jizo", figure majeure du panthéon bouddhique, divinité bienfaitrice dévouée aux enfants.

"La croyance à Jizō apparaît au Japon dès l’époque de Nara (710-794), mais ce n’est qu’à la fin de l’époque Heian (794-1192), puis au moyen âge, qu’elle prit ses contours actuels. A mesure que les épreuves se faisaient plus pressantes, Jizō devint l’une des figures les plus conséquentes du panthéon bouddhique japonais. Premières victimes de la folie deshommes, les enfants avaient trouvé un bienfaiteur."

 

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A l’occasion de cette exposition, les éditions Talmart ont publié dans la collection [mnêma], en partenariat avec la fondation franco-japonaise Sasakawa, les oeuvres du plasticien et un texte de François Lachaud, spécialiste du bouddhisme et du Japon, éclairant sur le rôle et la réalité de cette « divinité » japonaise connue sous le nom de Jizō.

 

 

Exposition du 1er juin au 7 juillet 2012

Vernissage le 31 mai

Parution du livre 31 Mai 2012

 

Galerie Talmart

22, rue du Cloître Saint-Merri

75004 Paris

www.talmart.com

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 23:52

En Juin, L'Espace 111 propose de découvrir les univers très personnels de deux femmes, deux artistes baignées de création depuis leur plus tendre enfance, deux sculptrices pour qui l'enfance, dans ses obscurités, ses doutes, dans ses espoirs et sa vitalité aussi, est source d'inspiration.

 

Pour chacune d'elles, la puissance des mondes intérieurs, entre rêve, mémoire et lien filial, résonne de la conviction résolue en la résistance de la vie contre la destruction et la finitude.

 

Pour Clémentine de Chabaneix, et pour Ruta Jusionyte, les sculptures, mais aussi les dessins et l'installation donnent corps à ces visions aussi intimes qu'universelles.

 

 

CLEMENTINE DE CHABANEIX

 

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«Mes histoires sont des sculptures », dit Clémentine de Chabaneix. « Histoires universelles ou intimistes, angoissantes ou poétiques. La matière première est une émotion, un geste, un  souvenir ». ici se dessine un univers poétique et fantasque d’où naissent de petites sculptures de jeunes filles légèrement tristes, des dessins délicats d’enfants un peu diaboliques, des médaillons en faïence émaillée et, pour l’Espace 111, une installation émouvante.

Ses dessins, par exemple, racontent des histoires d’enfance, éternellement liées à la mémoire et au souvenir, de ceux qu’on a et de ceux qu’on se fabriquent, de ceux dont on rêve - beaux ou effrayants-, aux accents parfois magrittiens, de ceux, nostalgiques, qui résonnent en nous d’échos familiers mais lointains.

Des histoires en forme de conte de fée, dans lesquelles le merveilleux ne saurait en masquer les profondeurs inquiètes, parfois sombres et cruelles, les angoisses, les tensions, les peurs, les désirs, ce lot à « comprendre et dépasser »*, pour grandir.

Ses jeunes filles sculptées de céramique, sortes d’« Alice » adolescentes, burtoniennes,  romantiques, fantasques, délicatement gothiques, sont saisies à ce moment de transformation, de métamorphose, ce moment de tumulte entre les mondes intérieurs, dans le détachement de l’époque de l’enfance, en quête de soi-même et d’un passage vers un nouvel âge. Elles sont saisies au moment de la lutte, du grondement face au monde, au moment de la révolution et de l’espoir aussi. Une évidente vitalité.

En 2011, Clémentine de Chabaneix avait, avec « Souvenirs imaginaires », créé une installation, avec sa sœur jumelle : une maison de carton retraçant, des bribes de souvenirs de leur enfance commune, fictifs ou non. Aujourd’hui, à l’Espace 111, c’est encore la famille, et la filiation qui est à l’œuvre dans une nouvelle installation, un bateau traversé d’un arbre, qu’elle décrit comme un hommage à son père. Ce bateau, sur lequel se tient un arbre en péril, exprime, dans l’ambiguïté de son état, la force de résistance de la vie contre l’oubli et la mort, dans la traversée du dernier fleuve, Styx ou Léthé. Sur l’autre rive, la métamorphose, le renouveau, la jeunesse et les rêves.

 

*d’après Bruno Bettelheim – Psychanalyse des contes de fées

 

 

Née dans une famille d’artistes, Clémentine de Chabaneix aime à dire qu’elle « vint au monde première jumelle par un dimanche pluvieux » de 1972, à l’est de la Tour Eiffel. Après des débuts comme actrice, elle se tourne vers la sculpture, se formant au dessin, à la peinture et à la sculpture au cours Pradier, à Paris, renouant ainsi avec une prestigieuse tradition familiale. Elle s’y consacre entièrement depuis 2000, et expose régulièrement, un peu partout en France, depuis 2003.

 

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RUTA JUSIONYTE

 

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A l’Espace 111, Ruta Jusionyte présente, seules ou en installation, des sculptures en terre cuite, ainsi qu’un ensemble de dessins, qui, dans leur puissante expressivité, flirtent avec un certain expressionnisme.

Au premier regard, l’œuvre de Ruta Jusionyte, d’une manière certes différente de celle de Clémentine de Chabaneix, renvoie au monde de l’enfance, dans sa fragilité mais aussi sa rudesse, les yeux grand ouverts, entre curiosité, effronterie et effroi. Mais à y regarder de plus près, c’est peut-être davantage les tréfonds de la nature humaine, sa manière de s’élever au-delà de la bestialité, tout en en conservant les traces, que questionne l’artiste. Avec profondeur et circonspection, elle s’efforce de saisir la manière dont se jouent les relations à l’Autre, dans la confrontation, le conflit, l’adversité, dans l’esquive, dans la tentative de conciliation, et d’amour. Et toujours, quoiqu’il arrive, la résistance de la vie, et de l’art, face à la l’oppression et à la destruction, la force de l’intelligence perpétuellement en lutte, en laquelle croit, résolument, Ruta.

Et la dimension parfois mythologique de ses œuvres relève autant de ce questionnement sur les origines que de la façon dont se construit l’avenir. Car, au travers de ces êtres indomptés, qui « ont derrière eux un monde indicible, tragique » et « ne s’inclinent » ni devant le passé ni devant le futur, Ruta, qui a connu, dans sa Lituanie natale marquée par le nazisme et l’occupation russe, l’oppression, la privation, l’anesthésie de la culture, entend veiller à ce que le monde, le sien, celui dans lequel nous vivons, reste en alerte.

«  A travers moi, l’homme, vers le monde », dit-elle.

« Herbe folle »* renaissant sur le terreau des totalitarismes, Ruta Jusionyte explique qu’elle « ne donne pas de réponse définitive », que « savoir c’est avoir vécu », que c’est dans et avec le temps que triomphe la résistance.

 

* D’après Thierry Delcourt

 

Ruta Jusionyte est née en 1978 en Lituanie, à Klaipéda. Elle est issue de plusieurs générations d’artistes : son grand-père paternel et son père étaient peintres, sa grand-mère, sculptrice, sa mère, graphiste et galeriste…tout un univers familial ayant façonné son regard, et la conduisant naturellement à étudier aux Beaux-Arts, à Klaipeda d’abord, puis à l’Académie des Beaux-Arts de Vilnius, dont elle sort diplômée en 2000.  « Mon père et mon grand-père disaient souvent : "L'art c'est Paris !" » C’est donc à Paris que Ruta Jusionyte s’installe, en 2001. Dès l’année suivante, elle commence à exposer et n’a jamais cessé de montrer son travail, dans des expositions personnelles ou collectives, un peu partout en France.

 

Les 16 et 17 juin à l'Espace 111 - 111 rue de Stalingrad, Montreuil

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 00:11

Pour son exposition personnelle au Centre Culturel Français de Ouagadougou (Burkina-Faso), Yveline Tropéa a choisi de présenter un ensemble d’œuvres brodées et perlées inédit, et très différent de ce qu’elle a produit jusqu’à aujourd’hui.

« Motel Maquis Poissons Braisés » se compose ainsi de deux séries, l’une inspirée des panneaux publicitaires omniprésents dans la ville, l’autre, travaillée à partir du graphisme des sacs de riz ou de farine que l’on trouve dans les magasins d’alimentation de Ouagadougou.

 

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Dans les panneaux publicitaires, Yveline Tropéa expérimente une forme différente de l’autoportrait, qu’elle pratique par ailleurs de manière récurrente. Ici, sa relation à son propre visage perdure, mais de manière moins légère, plus tranchante, se détachant de l’innocence, de la pureté qu’elle recherchait jusqu’alors (elle avait coutume d’utiliser une très belle photo d’elle, alors qu’elle avait 20 ans). Ici les traits sont plus acérés, plus marqués, moins « complaisants ». « Le temps, et la dureté de la vie », dit-elle, « m’ont rattrapée… »

 

Les panneaux publicitaires perlés et brodés de « Motel Maquis Poissons Braisés » pourraient apparaître comme des exercices de style, en comparaison du reste de sa production.

Mais si cette série est née du projet d’exposer au Centre Culturel Français de Ouagadougou, c’est surtout le désir, depuis près de 8 ans qu’Yveline Tropéa vit au Burkina Faso une partie de l’année, de rendre compte, pour la première fois, de son expérience africaine. Bien sûr, cela reste un regard léger, celui d’une Européenne, sans doute plus esthétique que politique, sur un continent, et un pays qui n’est pas le sien.

Jusqu’à cette série de panneaux publicitaires, son travail, s’il avait su exploiter à merveille le talent des artisans africains – brodeuses et brodeurs- n’avait jamais abordé de manière directe l’Afrique, ni son esthétique contemporaine. Le projet « Motel Maquis Poissons Braisés » se présente donc comme un hommage à l’esthétique populaire, à la culture affichiste et graphique africaine.

Ces panneaux publicitaires, extrêmement présents dans le paysage visuel urbain, avaient d’emblée marqué Yveline, dès son arrivée. Ici, elle les réinterprète avec humour et préciosité. Humour, dans sa manière de se mettre en scène dans ces publicités vantant d’imaginaires talents de styliste ou de coiffeuse…Préciosité de ces images populaires détournées, rendues uniques et sublimées par les broderies et les perles.

Pour les réaliser, elle a d’abord travailler en collaboration avec l’artiste peintre Fidèle Kabre, qui réinterprétait en peinture, dans l’esprit des panneaux publicitaires de Ouagadougou, ses autoportraits-mises en scène photographiques, pour passer ensuite au perlage et à la broderie. Puis elle a progressivement simplifié le processus, délaissant peu à peu l’autoportrait, pour photographier les panneaux publicitaires dans la rue, avant d’en retravailler la matière.

 

De là est venue, par glissement, l’idée d’étendre cette expérimentation à des images publicitaires du quotidien, celles dessinées sur les sacs de riz ou de farine, par exemple.

Ainsi est née une seconde série, plus ouvertement pop encore, dans cette manière de remettre sous le regard, par le prisme de l’intervention plastique, un objet à la fois symbolique et usuel du quotidien et de la consommation.

Ici, le contexte africain donne à cette série de broderie une dimension particulièrement sensible, dans l’opposition et le contraste des mondes, celui dans lequel chacun lutte pour se procurer le sac de riz ou de farine qui assurera la base de la nourriture pour quelques semaines, et celui dans lequel les objets ordinaires et sans valeur intrinsèque, transvalués par le travail de l’artiste et l’univers clos du marché de l’art, se vendent à prix d’or.

 

"Motel Maquis Poissons braisés" - Yveline Tropéa

CCF de Ouagadougou, Burkina Faso

du 1er au 23 juin 2012

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 23:02

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"FAITES-MOI SIGNE!"

 

En philologie, on a coutume de définir le signe comme ce à quoi "nous recourons en vue de communiquer nos états de conscience et par lequel nous interprétons la communication qui nous est faite". Dire et lire, parler et entendre, transmettre et comprendre ... interpréter : tel est l'usage des signes, des lettres et des mots, des organes et des objets de l'écriture...

L'Espace 111 nous inviter ainsi à découvrir, au travers des travaux de 4 artistes - Frédéric Develay, Patrice Baudin, Florence Baudin et Guehria - autre manières d'interpréter les signes. Si pour chacun, le signe se saisit en tant qu'objet ou outil plastique, il s'investit aussi comme univers qui fait sens. Comme un appel aussi, à la rencontre - cette communication à l'essence même du signe - : signe d'appartenance, de reconnaissance, d'amitié, de connivence ... "Faites-moi signe !" se dessine comme une tentative de sémiologie poétique, montrant les glissements de la perception du signe au sens qu'il nomme, de l'objet visuel au monde sémantique, inventant une grammaire, maniée avec dextérité, poésie, humour et profondeur par ces quatre artistes.

 

 

GUEHRIA

 

Les mots sont depuis toujours éminemment présents dans le travail de Guehria. Expressions graphiques particulièrement sensibles, ses oeuvres détournent la lisibilité de contenus typographiques ou calligraphiques traditionnels pour recréer un univers mixte, dans lequel une certaine esthétique "baroque" rejoint un vocabulaire numérique. Dans un esprit parfois proche du "cabinet de curiosité", lunettes de théâtre, cadres ornementés anciens et stéréoscopes datant du 19ème siècle s'hybrident aux impressions lenticulaires et aux technologies de la perception les plus contemporaines. Ces jeux d'optique auxquels convie l'artiste, grâce aux instruments mis à la disposition des visiteurs, donnent à ses oeuvres une dimension ludique et interactive, avec ses effets de reliefs 3D, de perspectives et ses anaglyphes, dimension à l'origine même du cinéma. Dans le même temps, la perception des images n'est jamais donnée immédiatement, car systématiquement "perturbée"par la surimpression de textes engagés, instillant une lecture "à plusieurs niveaux", reliés entre eux par une sémantique, un réseau de sens qu'il s'agit de déchiffrer, et qui se fait alors message.

 

Formée au Design textile à l'Ecole Olivier de Serres et poursuivant sa formation aux techniques numériques les plus récentes Guehria expose depuis 1996 dans le cadre de nombreuses expositions personnelles et collectives. Son travail, rapprochant le domaine physique de la perception et de la lumière avec celui des signes et des mots, se développe, selon les projets, de diverses manières et sur divers supports et médias photographiques, vidéos, installations prennent forme à partir d'objets anciens ou de récupération autant que de matériaux contemporains.

 

 

FREDERIC DEVELAY

 

Le travail de Frédéric Develay s'intéresse à une forme particulière de la "lisibilité" de l'oeuvre, réinvestissant les notions de compréhension et d'interprétation. Pour lui, reprenant le mot attribué à Marcel Duchamp " ce sont les regardes qui font le tableau" : il s'agit de conduire celui qui regarde sur le chemin passant du "voir" ou "lire"comme une manière de l'engager se rendre actif face à l'oeuvre. Aussi les mots que choisit l'artiste ne sont pas seulement des motifs plastiques mais recèlent d'un sens qui ouvre toujours à une dimension autre, à un glissement, à un détournement, à un redoublement, à l'instar de ce miroir gravé de l'expression "réflexion faite" qui joue sur le rapport signifiant/signifié de l'objet montré et du mot qui s'y rapporte. S'ajoute à cette stratégie l'usage d'énoncés performatifs - impératifs et interactifs - que la vie informatique nous a rendu coutumier et presque naturel. C'est alors à l'énoncé de liberté que Frédéric Develay nous confronte, car face à ces fenêtres informatiques agrandies, en réalité, "aucune alternative n'est possible si ce n'est celle d'accepter une proposition imposée." (...) "Nous vivons dans une univers de langage, mais ce langage est tout sauf innocent. Il véhicule avec lui une véritable vision du monde, une idéologie, une doxa, pour utiliser un terne cher à Roland Barthes. Il participe en conséquence d'une rhétorique aussi efficace que dangereuse." *

 

Frédéric Develay "appartient à cette nouvelle génération d'artistes s'inscrivant dans la continuation de la tradition de l'art conceptuel, et plus précisément de le tendance de Joseph Kosuth qui considère que la définition de l'art devient art elle-même." Depuis le début des années 80, il multiplie les expérimentations artistiques, au cours d'expositions personnelles ou collectives, sur des supports et médias aussi divers que le papier, la vidéo, l'installation, l'édition d'ouvrages et de revues, la photographie ou la sculpture, avec une prédilection pour les outils de la révolution informatique, télématiques, puis numériques.

 

*Hou Hanru, Evelyne Jouano - "Ce texte écrit (ne) peut être lu"

 

 

PATRICE BAUDIN

 

Le travail en volume de Patrice Baudin se situe, explique-t-il au carrefour de "trois notions aux limites mouvantes, poreuses : l'écriture, la mythologie et le mouvement, comme autant d'images d'une mémoire suspendue dans le temps". Des empreintes laissées au coeur d'une matière qui semble fragile et périssable, des objets suspendus dans un équilibre incertain : ses oeuvres s'apparentent à des installations , dans le mouvement qu'elles génèrent, naturel ou mécanique, aléatoire ou non. Elles tournent sur elles-mêmes, se balancent, se croisent, oscillent ... Et ce faisant, l'artiste imprime à leur réalité la nécessité du changement, la possibilité de la chute, de l'envol, de la transformation, de la métamorphose ... comme modalité intrinsèque de l'oeuvre elle-même. "L'homme n'est jamais aussi semblable à lui-même que lorsqu'il est en mouvement" aurait dit le baroque Bernini, et cette phrase a durablement et sensiblement marqué Patrice Baudin dans son esthétique et son art, qu'il s'agisse de sculpture ou de musique.

C'est dans ce contexte que transparaissent l'intérêt de l'artiste pour le sens originel et symbolique des mots, mais aussi pour le graphisme et les objets de l'écriture, portes d'accès, livres ouverts, sur la question de l'être.

 

Musicien de formation, spécialisé dans le répertoire de la flûte baroque et dans la conception de spectacle musicaux, Patrice Baudin, formé aux Atelier des Beaux-arts de la Ville de Paris à la sculpture avec Odile Bourdet et Françoise Coutant (2008-2010) se consacre également depuis plusieurs années à la création plastique, mêlant le son, la sculpture, l'image et le mouvement dans des objets toujours poétiques riches en hybridation.

 

 

FLORENCE BAUDIN

 

Chez Florence Baudin, le corps est le réceptacle à la fois de la mémoire et du monde. La fragmentation de ces corps n'est pas, comme chez Annette Messager par exemple, le signe d'une névrose d'identité, mais bien plutôt l'affirmation de son ambiguité, selon, précise-t-elle, "des procédés plastiques et des rencontres singulières entre des matériaux et le sujet traité, lesquels renforcent l'aspect fragile et éphémère de la vie, l'ambivalence des choses et des êtres." Ses installations sculpturales sont peuplées d'oreilles, réceptacles par excellence, de mains aussi, bref, de ce qui peut produire ou recevoir des signes, de ce qui rend possible la communication, la relation à l'autre, charnelle, de ce qui informe le monde, des objets et des paroles, transmet et sculpte la mémoire. Il y a une dimension proprement psychanalytique dans ces oeuvre, que Freud n'aurait pas démenti, lui pour qui l'oreille était bien plus que l'organe de l'ouï, au-delà de ce que les mots qui s'y glissent peuvent vouloir dire, de boites à secrets en secrets de famille ...

 

Florence Baudin se consacre au dessin et à la peinture depuis 1998. Après plusieurs années d'études, notamment d'Arts plastiques à la Sorbonne, qui l'amèneront à devenir enseignante en Arts plastique (2000), de dessin dans l'Atelier des Beaux-Arts de la Ville de Paris avec Annie Lacour et Jean-François Briant (2006-2008) ou de sculpture dans l'Atelier des Beaux-Arts de la Ville de Paris avec Françoise Coutant et Odile Bourdet(2008-2010), elle commence à exposer en 2010. Son travail, d'une grande richesse plastique, convoque le dessin, la sculpture, le son, mais aussi des matériaux aussi divers que plâtre, textile, papier, bois, pigments, carton, sisal, brou de noix, sel (!), cire d'abeille, ouate, cinéfoil, copeaux de boix, fil de fer, plumes et clématites, sable et tests d'oursins, LEDs et papier ruban ...

 

(texte réalisé pour l'Espace 111, Montreuil)

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 22:51

Du 6 au 18 mars 2012, le peintre grec Babis Pilarinos présentera son travail à la galerie du 59Rivoli.

 

visuel-pilarinos.jpg« Paradise Now ! » : le titre de l’exposition, choisi il y a de nombreux mois, prend aujourd’hui une dimension bien particulière, car nul ne peut ignorer maintenant l’étendue du désastre économique et politique de la Grèce, qui a signé le début d’une grave crise partout en Europe.

Alors, invoquer le paradis, ici et maintenant ? Ce titre, qui sonne comme une injonction pourrait bien se transformer en une revendication politique, un impératif aussi, une urgence à y croire encore, ou à le vouloir, encore…

 

Car vu d’ici, nous n’avons au fond que peu de témoignages de la manière dont les grecs vivent, au quotidien, la situation inédite de leur pays. Babis Pilarinos n’est pas de ces artistes reclus dans quelque sphère privilégiée, il vit à Athènes, au coeur de ce monde en crise, et sa sensibilité d’artiste fait de lui un homme résolument de son temps. Comment un artiste grec aborde-t-il ce moment, cette quête devenue nécessaire d’un monde autre et différent ? Son œuvre, dans sa simplicité et sa douceur, se dévoilera alors peut-être moins comme une forme de la naïveté qu’un point d’ironie.

 

Car le langage pictural de Babis Pilarinos, si personnel, oscille entre art naïf et peinture byzantine. Lui qui passe une partie de son temps à couvrir les murs des églises orthodoxes de ses peintures d’icônes est en effet fortement inspiré, tant dans la manière de traiter ses sujets que dans sa technique, de la tradition picturale byzantine;

 

Peindre des icônes et être un artiste contemporain est-il paradoxal? Pas ici, et pas pour Babis Pilarinos, qui affirme, à raison, que rien ne peut jamais être absolument neuf. La peinture d’influence byzantine est pour lui un langage avec lequel il peut exprimer des préoccupations contemporaines, d’où ce « décalage » entre cette peinture à la facture à la fois classique et dirait-on ici, « naïve », et les sujets traités, les contenus même de sa peinture.

 

La peinture narrative de Babis Pilarinos se tourne résolument vers le monde de l’enfance, la sienne, vécue entre les Iles Ioniennes, ou celle qu’il vit encore aujourd’hui au travers de ses propres enfants.

Sur les thèmes récurrents de l’amour, de la mort, de l’amitié, de la communication et de la communion, de la communauté, son oeuvre se veut une “célébration de la  vie”, et sa « naïveté » joyeuse, son intérêt pour l’enfance se dessine moins comme un échappatoire que comme une arme, un combat, contre une certaine violence de la société contemporaine et l’image désabusée d’un monde en « paradis perdu ».

 

Une occasion de soutenir un artiste grec!

 

"Paradise Now! Contes modernes" - Babis Pilarinos - galerie du 59Rivoli - 59 rue de Rivoli, Paris 1er

Du 6 au 18 mars

Vernissage le 7 mars à partir de 18h en présence de l'artiste

 

A noter:

 

Musique classique et traditionnelle grecque avec le DUO guitares EMELIA - Doreen Laskaridou et Maria Papadi -

Le samedi 10 mars à 18h

 

Un projet de livre de contes bilingue français-grec, né de la rencontre entre Babis Pilarinos et Kristell Van Hove, est en cours.

Une lecture des contes par Anne-Sophie Schumacher est prévue le mercredi 14 mars à 18h.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 00:21

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La Galerie Hussenot présente mounir fatmi dans le cadre du traditionnel Armory Show de New-York.

Et à partir du 9 mars, "Oriental accident", exposition personnelle de l'artiste chez Lombard Freid Projects, également à NY. (New-York Lombard-Freid Projects- 518 West 19th Street- New York NY 10 011- Jusqu'au 14 avril)

 

(et bien sûr, à partir du 12 avril, la vidéo "Dieu me pardonne" de mounir fatmi sera présentée dans le cadre de l'exposition "Seules les pierres sont innocentes", à la Galerie Talmart)

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 11:37

Une bien belle expo comme on aimerait en voir plus souvent...

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 00:08

Je recommande chaudement, à tous ceux qui s'intéressent à l'art textile contemporain, d'aller découvrir à Montrouge, une des plus importantes expositions consacrées au "Fibert Art" du monde, à partir du 4 février!

 

(Mai-Tabakian-Everything-is-under-control--1-.jpgEt Mai Tabakian, dont j'ai déjà parlé dans ces pages et que j'ai exposé récemment dans "Sutures", participe à cette exposition! avec "Everything is under control")

 

"

 

MINIARTEXTIL 2012 à Montrouge : Une exposition d'art textile contemporain sous le signe de l'énergie !

 

E(nergie) = M(iniart)T(extile)³,

la nouvelle équation de l'art textile contemporain !

 

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Avis aux collectionneurs et amateurs d'art contemporain, aux passionnés de mode et de design, aux fous et folles de fils et de style : les mini chefs-d'œuvres de cette exposition, placée cette année sous le signe de l'énergie, vous émerveilleront par leur délicatesse, leur poésie et leur incroyable créativité. Savoir-faire ancestraux, matières textiles de toutes origines et fibres nées des toutes dernières technologies se mêlent à l'envi sous les doigts de leurs créateurs, pour former de bien jolis mariages mixtes... célébrés avec tous les honneurs dans les Salons de l'Hôtel de Ville de Montrouge !

 

Après Côme et avant Venise, la Ville de Montrouge reçoit en effet pour la 8ème fois - et unique étape en France -, l'exposition internationale Miniartextil. Condensé de ce que l'art textile contemporain produit de plus dynamique et d'original, Miniartextil 2012 présente plus d'une cinquantaine d'œuvres « mini-textiles », de format 20x20x20 cm maximum. Du Bangladesh, du Japon, de Pologne, des Etats-Unis, de France ou de Russie, les œuvres sélectionnées pour Miniartextil viennent d'artistes de tous les continents, avec pas moins de 43 pays représentés.

 

Miniartextil regroupe et présente chaque année une sélection pointue d'œuvres d'artistes sélectionnées par un jury international prestigieux, dont fait partie Françoise de Loisy, conservatrice des Musées d'Angers. Ce jury privilégie la jeune création, parmi plus de 350 propositions venues du monde entier. Des adeptes du « Do It Yourself » aux artistes contemporains renouant avec la tradition Arts & Crafts, l'engouement pour la création textile se fait de plus en plus évident et s'inscrit dans l'air du temps !

 

Pour la première année, le « Prix Montrouge » a été créé. Il est décerné à un artiste de l'exposition, dont l'œuvre est acquise par la Ville de Montrouge et entre dans la collection d'art contemporain municipale. Le « Prix Montrouge » est attribué cette année à l'artiste Valérie Buess pour son œuvre « Ready ! ».

 

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Avec Miniartextil, le visiteur pénètre au cœur des matières, là où se brouillent les frontières entre l'artisanat, l'art et le design, le néo-textile, la science et la mode. Miniartextil propose, en effet, un concept inédit : les 54 « mini-œuvres » s'inscrivent toutes dans un format de 20x20x20 cm, offrant ainsi un véritable concentré d'art textile, dans tous ses états ! Surprenantes, poétiques, esthétiques, les œuvres produites marient avec intelligence et élégance savoir-faire ancestraux et dernières innovations en matière de fibres ou de textiles.

 

Cette année, Montrouge a choisi Bernard Battu, Licier à Aubusson, pour parrainer l'exposition. Cet artisan d'art de renom, ayant tissé des œuvres pour Dali et Ernst, exposera à cette occasion une tapisserie et d'autres créations personnelles.

 

belabela_10.jpgMiniartextil, c'est aussi une scénographie originale, présentant chaque mini-œuvre dans un écrin en suspension, léger et épuré. Pour l'édition 2011-2012, Les Salons de l'Hôtel de Ville de Montrouge, dotés d'immenses lustres et de plafonds remarquablement peints début 1900, accueillent en outre une dizaine d'installations de grand format d'artistes invités ponctuant, grandeur nature, cette exposition tout en raffinement. On pourra ainsi admirer l'impressionnant taureau de Jean-Philippe Hausey-Le Plat, les corps lumineux de l'artiste slovène Anda Klancic ou encore l'installation immersive du duo Bela Bela.

 

 

Autour de l'exposition :

 

Des visites guidées de l'exposition seront organisées les dimanche 5 et 12 février après-midi par l'association Art éveil.

 

Pour la première fois cette année, un parcours de galeries parisiennes partenaires mettra en avant le travail de certaines artistes participant à l'exposition : à découvrir à la Galerie Lisette Alibert, à la Galerie Anne de Villepoix, à la Galerie Chevalier ou encore à la Maison du Limousin.

 

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(Communiqué de presse de l'exposition)

 

 

http://www.ville-montrouge.fr/temps-libre/art-contemporain/miniartextil/

 

 

MINIARTEXTIL 2012

Exposition du 4 au 24 février 2012

Preview presse le jeudi 2 février à 18h (sur invitation)

Vernissage public le vendredi 3 février à 19 heures

Salons de l'Hôtel de Ville de Montrouge - 43 avenue de la République, 92120 Montrouge

Métro : Porte d'Orléans (ligne 4) - Entrée libre - Tous les jours de 10h à 19h

Plus d'informations au 01 46 12 75 70 ou sur www.ville-montrouge.fr

 

Contacts presse :

agence PopSpirit : Isabelle Vernhes / Katell Itani

01 42 93 44 56 - 06 61 32 27 08 - isabelle@pop-spirit.com / katell@pop-spirit.com

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 22:52

Carton-invitation-arturo.jpg

 

En Novembre, Nancy Olivier reçoit pour la première fois à l’Espace 111 le peintre colombien Arturo Denarvaez.

 

Il y présente un ensemble de peintures, datant de 2005 à aujourd’hui, réunies par la filiation de leur thème, le mythe d’Icare, mais aussi par une sorte de synthèse stylistique, qui s’est stabilisé ces dernières années autour d’une forme d’expressionnisme figuratif puissant, bien que, ne se revendiquant d’aucune école (si tant est que cela ait encore un sens aujourd’hui), l’artiste aime à moduler sa manière picturale selon son propos : ici le trait sera plus précis, les formes plus abstraites, là, le geste sera plus ample, les couleurs plus violentes.  Et même s’il se reconnaît un intérêt profond pour Bacon comme pour la peinture espagnole, Goya, le Greco, Zurbaran et surtout Vélasquez, Arturo Denarvaez peint ce qui le touche et l’interroge, ce qui nourrit sa réflexion et ses songes, comme une façon de transcender l’instant vécu. Il se place ainsi dans une démarche d’exploration de la peinture, travaillant à des séries répondant à des questionnements existentiels à la fois actuels et pérennes.

 

Au-delà, les œuvres présentées ici montrent la fascination qu’il entretient depuis l’enfance pour tout ce qui vole, oiseaux, avions et autres machines. Fascination révélatrice si on considère ce que le vieux rêve humain de s’élever dans les airs, d’Icare à Léonard de Vinci, recèle symboliquement. Depuis toujours, Le travail d’Arturo Denarvaez s’inscrit donc dans une réflexion sur la lévitation, l’élévation, l’arrachement à la pesanteur, le déracinement peut-être, l’affranchissement des normes, l’envolée. C’est aussi la suspension, l’ « entre deux » : entre terre et ciel, corps et âme, chair et esprit. C’est encore, nécessairement, la possibilité et le risque de la chute, mais encore bien davantage le rebond – rédemption, résurrection, Phénix renaissant de ses cendres…-. Autant de thèmes récurrents dans son œuvre, rejoignant précisément ceux qui jalonnent l’Histoire de l’Humanité et les histoires qu’elle se raconte, ces mythes de la transgression, depuis les Argonautes jusque Sisyphe ou Icare. Figurer  la condition humaine semble donc un souci essentiel pour Arturo Denarvaez, l’humain dans sa grandeur et sa misère, comme dirait Pascal, sa lutte contre sa condition et ses tiraillements, dans sa beauté et sa laideur, ses faiblesses et sa puissance, dans le sublime et l’abject dont il est capable.

La peinture d’Arturo Denarvaez est une peinture de la démesure, puissante, aux accords chromatiques courageux et romantiques, dans l’ampleur du geste, oscillant de la pesanteur à vivre à la grâce d'exister.

 

Ainsi, le titre de l’exposition, emprunté au célèbre ouvrage de la philosophe Simone Weil, illustre-t-il ce balancement permanent, même si la peinture d’Arturo Denarvaez parait plus métaphysique que religieuse, plus incarnée que spirituelle. "Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. », écrivait Weil. Il y a quelque chose de cet ordre dans l’œuvre du peintre. D’abord parce que, sans doute, l’acte de création artistique est une forme de la grâce, ensuite, parce qu’Arturo Denarvaez a la conscience profonde que de l’état de grâce à la chute, il ne peut suffire que d’un battement d’aile.

 

 

Né à Bogota, en Colombie, en 1952, Arturo Denarvaez est un artiste autodidacte, qui a grandi dans une famille dans laquelle l’atmosphère était propice aux arts, entre un père musicien et dessinateur, et une mère, peintre. Très vite, il a envie de voyager, de découvrir le monde et dès 1974, il sillonne la France ses crayons et ses couleurs en main. Et puis il découvre Paris, symbole de liberté…Il installe son atelier à Montreuil à la fin des années 80, dans lequel il travaille depuis, exposant un peu partout en France, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud.

 

"La pesanteur et la grâce"- Arturo Denarvaez - 19 et 20 novembre 2011-

L'Espace 111 - 111 rue de Stalingrad, Montreuil

www.lespace111.com

 

Texte réalisé à l'occasion de l'exposition pour l'Espace 111

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 12:52

 

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Après « Dans l’archipel avant l’orage » en 2009, la galerie Charlotte Norberg reçoit Anne Guillotel, pour une seconde exposition personnelle. Elle y présente un ensemble de peintures récentes, sous le titre « Auszüge und Zitate », autrement dit « Extraits et Citations », en allemand, clin d’œil à l’époque où l’artiste vivait à Hambourg.

 

Anne Guillotel envisage son œuvre comme une expérimentation des questionnements et problématiques qui traversent l’Histoire de l’art et l’art contemporain. Elle nourrit sa propre histoire picturale des thèmes récurrents de l’histoire de la peinture, tant dans ses sujets (le paysage -ainsi, dans sa précédente exposition à la galerie-, la figure), que dans l’essentielle question de la narration, ou encore dans les manières de traiter l’image et la perception de l’image, la composition, chez elle toujours dynamique, le cadre, le plan, le mouvement comme expression de la temporalité.

L’artiste travaille ainsi par série, sans éluder la perspective d’une cohérence entre elles, dans une continuité dans la recherche, depuis « Pastoralement même », hier, où elle insufflait  une dimension théâtrale à des paysages informels à «Auszüge und Zitate », aujourd’hui, qui, à partir d’œuvres marquantes,  s’inscrit dans un processus de « reprise », rappelant par là même que dans son évolution, l’Histoire de l’art fonctionne par relecture, citation, emprunt, écart et réappropriation. Anne Guillotel nomme cela « épuisement » de la peinture, non en terme de disparition, mais bien plutôt en terme de « puiser » et d’« éprouver » la peinture dans son histoire, dans un recherche itérative, obstinée, une remise en jeu permanente, parce que « peindre appelle peindre, faire et refaire ».

 

« Auszüge und Zitate » augure un retour de la question de la figure, au travers, donc, d’une évocation de l’Histoire de l’art, impulsée par des œuvres aimées. Voici l’artiste transfigurant alors avec une grande liberté le « Balcon » ou le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet, un « Enlèvement des Sabines » - celui de Rubens, de Poussin, de Picasso peut-être-, une femme au bain ingresque à moins que ce ne soit celle de Raysse, une crucifixion presque iconoclaste, une annonciation devenue simple trait de lumière…

Cette réflexion sur la peinture et son histoire s’appuie, d’une part, sur la revendication d’une histoire de la peinture perçue tel un alphabet à partir duquel elle construit son langage ;  d’autre part, sur une réflexion, au plein sens du terme -pensée et distance face à la surface de la toile-, comme une donnée essentielle d’une oeuvre formellement, sensiblement et intellectuellement construite.

 

L’exposition présente en même temps, mais dans deux espaces différents de la galerie, une ligne de peintures de petits formats et certaines œuvres de la série « To be continued, », qui interrogeait la sérialité, la séquence, et le processus narratif d’une manière presque cinématographique, et la série la plus récente, «Auszüge und Zitate », dans laquelle chaque tableau récupère son autonomie narrative, bien que, souvent présentés en diptyques -deux versions d’une même œuvre d’inspiration -, se recrée une autre forme de la séquence et de la temporalité.

Le travail de l’artiste sur la lumière et le clair-obscur, stratégies d’orientation du regard, renvoit à l’intime et à son mystère, de même que cette présence-absence de la figure, ces formes soudain floutées, prises dans leur mouvement, leur confusion, leur épuisement, à la limite de l’effacement (voir « Erschiessung des Austaendischen am 3 Mai 1808 in Madrid » interprétation du « 3 de Mayo » de Goya). Il y a une forme de sensualité dans la peinture d’Anne Guillotel, dans cet équilibre cérébral et charnel, rappelant toujours à la vie intime du corps et de l’esprit mais ne s’isolant jamais dans le solipsisme. Car tout dans son travail enjoint, au contraire, à se reconnaître dans ce qu’elle représente, à s’y projeter, à s’y sentir comme en soi, dans ses histoires qui peuvent renvoyer aux nôtres, dans cette proximité de monde, dans la rencontre des subjectivités et des vécus. S’il est vrai que l’acte de création, dans l’art, est une projection de soi hors de soi et que rien n’existe sans la rencontre avec l’autre, sa peinture n’est donc pas une peinture « pour soi ». Ce qui importe, c’est la manière dont le regard d’Anne Guillotel se porte sur la face intime de l’existence des êtres, comme une douce effraction dans leur intranquillité.

 

"Auszüge und Zitate"- Anne Guillotel - galerie Charlotte Norberg - 74 rue Charlot- Paris 3ème -

Du 15 octobre au 19 novembre 2011

www.galeriecharlottenorberg.com

 

Texte réalisé à l'occasion de l'exposition, pour la Galerie Charlotte Norberg

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