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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 22:15

 A l'occasion de l'ouverture de l'exposition d'Emmanuel Régent Chez Robert (www.chez-robert.com) demain, dont je suis commissaire invitée, je réédite ici le texte que j'avais écrit en 2006 sur le travail qu'il avait présenté à la Fondation Suisse de la Cité Universitaire

La Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire, bâtiment classé signé Le Corbusier, reçoit, dans le cadre de ses « Cartes Blanches », les sculptures, peintures et dessins du plasticien Emmanuel Régent. Une rencontre forte et subtile.

 

Une visite architecturale

 

Choisir d’aller découvrir le travail contextuel d’Emmanuel Régent, c’est d’abord prendre le temps, en ce printemps tardif, d’une promenade étonnante au cœur d’un ensemble architectural unique à Paris, la Cité Internationale Universitaire. Ici sont érigées, dans un écrin de verdure de plus de trente hectares, trente-sept maisons et résidences universitaires comme beaucoup d’étudiants en rêveraient. Construites entre 1925 et 1969 dans l’esprit d’un rapport d’échanges pacifiés des nations, chacune offre une architecture originale, comme la maison suédoise, réplique d’une demeure bourgeoise typique, celle du Japon, comme une pagode, et parfois impressionnante, à l’image du bâtiment de la fondation belge, la Fondation Biermans Lapôtre. Une véritable ville dans la ville, et un kaléidoscope passionnant des architectures du Xxème siècle.

 

Parmi elles, la Fondation Suisse, comme d’ailleurs la Maison du Brésil (fruit d’une collaboration avec Lucio Costa), est l’œuvre du suisse Le Corbusier. De taille modeste, et réalisée dans les années 30, on y trouve pourtant déjà tout le vocabulaire de l’homme des Cités Radieuses : simplicité géométrique et courbes organiques, béton brut, pilotis, toits terrasses, plans libres, baies vitrées. Un chef d’œuvre architectural dans lequel sont toujours hébergés, au milieu de pièces de mobilier signés Charlotte Perriand, de chanceux étudiants helvètes, conservant ainsi sa vocation de « machine à habiter ».

 

C’est donc ici, dans le cadre d’un programme régulier d’évènements culturels parrainés par la Fondation, qu’Emmanuel Régent, jeune artiste plasticien vivant entre Paris et Villefranche-sur-Mer, est venu tenter un dialogue in situ avec l’œuvre forte et « affirmative » du Corbusier.

 

Une présence discrète

 

Le travail d’Emmanuel Régent s’inscrit de manière récurrente dans une réflexion poétique sur le visible et l’invisible, l’apparition et la disparition en même temps que sur l’aléatoire et l’indéterminé. Son travail, pouvant convoquer tous les supports, avec une prédilection pour le dessin et la peinture, est souvent contextuel et participatif et toujours sur le fil ténu de la transparence.

Ainsi, en 1999, il réalise « Buées » : des carrés de plexiglas montés sur de fines tiges d’acier. Le spectateur, en soufflant sur le plexiglas (idée qui ne lui vient que par analogie, intuition ou vaguement guidé par l’inscription technique « souffle sur plexiglas ») fait apparaître, plus ou moins visiblement selon les conditions de lumière et de température, forcément contingentes, du moment, des formes géométriques. Révélées par le souffle et s’évanouissant avec lui, carrés, étoiles ou triangles ne se mettaient à exister fugitivement que sous les auspices conjugués de la météo et de l’intervention du visiteur. Et beaucoup, dit l’artiste, passaient à côté de « Buées » sans y voir autre chose que la transparence, non-évènements à la George Brecht.

Ici, au Pavillon Suisse, la discrétion des installation d’Emmanuel Régent, entre art minimal et arte povera, répond en douce à la puissance tutélaire du Corbu. Et c’est d’abord à un jeu de piste que nous convie l’artiste, à la recherche de ces presque-rien qui signent sa présence.

 

Sur les pilotis extérieurs du bâtiment, trois dessins à la craie blanche sur le béton gris, comme ces croquis d’architectes tracés rapidement « sur le mur de béton brut d’un chantier », s’offrent au regard attentif. Les passants pressés ne les remarqueront peut-être pas, intégrés qu’ils sont au paysage urbain, où les murs, entre tags, graffitis et pochoirs, sont devenus un terrain familier d’expression spontanée. Le promeneur y verra l’œuvre d’un habile dessinateur et l’initié, quelques discrètes références à l’œuvre de l’architecte, comme l’os du chien du troisième pilotis, rappel de la forme organique de ce dernier, si l’on sait que les ossements conservés dans son cabanon de Roquebrune avaient inspirés Le Corbusier pour certains éléments architecturaux. Bientôt, dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, les intempéries auront fait leur œuvre et les dessins disparaîtront, absorbés par les éléments.

Dans l’entrée du bâtiment, près des escaliers, deux peintures apparemment monochromes semblent avoir toujours été là. Pourtant, en s’approchant, au gré de la lumière rasante, on devine les traits d’un visage :  il s’agit en fait de portraits, presque imperceptibles sous la dernière couche de couleur en aplat. Ni cartels, ni explications. Cette absence de repères est volontaire : pour l’artiste, l’attention, le questionnement du spectateur, sa patience face au « temps de l’œuvre » importent autant que sa participation à l’émergence de l’œuvre. Seul l’intéressé se reconnaîtra, peut-être : les portraits sont ceux de Thomas Rebutato, artisan niçois reconverti en patron de « l’Etoile de Mer », guinguette contre laquelle s’appuyait le Cabanon, à Roquebrune, et qui se lia d’amitié avec son client Le Corbusier, au début des années 50, à la faveur de son grand projet d’ « Unités de vacances » sur le Littoral méditerranéen. Un hommage très…discret.

Puis, dans le salon courbe, auquel la fresque murale peinte par Le Corbusier en 48, en remplacement du mural photographique détruit pendant la guerre, et le mobilier, signé Le Corbusier et Perriand donnent une atmosphère unique, plusieurs installations s’intègrent presque naturellement dans l’espace. « L’autre jour », sculpture-éventail composée d’un support rotatif de 50 dessins sur un socle en bois, présente des images simples, parfois inachevées, réalisés à partir de photos, d’images captées sur Internet, de croquis nés du quotidien de l’artiste. Parfois, deux dessins en transparence en créent un troisième, ici ou là, se font les liens entre les images, l’architecture, le monde technique et industriel ou le principe de rotation. Une seconde installation du même type, mais sur un support de bois plan, et un hommage à l’architecte et à sa fin tragique – que je laisse au visiteur le soin de découvrir- complètent le dispositif.

Enfin, à l’étage, la « chambre témoin », dont le mobilier d’origine de Charlotte Perriand a (hélas ?) vraisemblablement inspiré des milliers de chambres d’étudiants de part le monde, devient le théâtre de petites apparitions. Ici encore, le parti pris d’intégration maximale de l’artiste au lieu rendent ses interventions anti-spectaculaires. Un caillou recouvert d’aluminium posé sur une étagère réfracte la lumière, chère au maître, pénétrant par la baie vitrée. Une série de peintures-sculptures, plaques de bois laquées de bleus s’empilent sur un élément mural comme des livres d’étudiants. Associées ou dissociées, ces œuvres révèlent ou dispersent leur secret…

 

Un art « économique », comme aurait dit Corbu, qui, loin des machineries spectaculaires et des images tonitruantes, impose sa présence en douce jusqu’à l’effacement, jusqu’à l’évidence.

 

Emmanuel Régent au Pavillon Suisse

Jusqu’au 28 mai 2006

Cité International Universitaire

7k, Boulevard Jourdan 75014 Paris

www.fondationsuisse.fr

Exposition organisée par Maribel Nadal Jové


Texte publié sur www.lafactory.com  en 2006

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 23:03

From the sidewalks of the cities to the walls of art galleries, Zevs reacts to the city signs and to the codes of consumerism. His work deals with the public area as well as with what art represents and the relation between art and the consumer society. Zevs was only twelve years old when he started making graffiti on the walls of his neighbourhood.

He first sprayed his name on the walls, as if he was marking his territory. Then there was a reaction to the advertising saturation, perceived as coercive.. All this finally opened to a reflection about what living in cities nowadays is like. Little by little, he sketched out a really original graphic, plastic and semantic language. Today, Zevs is widely contributing to the recognition of street art as an essential form of contemporary art. Even though just a little bit older then 30, he was able to find his place in European galleries, but he still goes on working in the street. The street, as Daniel Buren said in the 60s, remains his real studio. 

 

Zevs, like many French graffiti artists, inherited the hip-hop and graffiti culture from when it emerged in New York during the 70’s, until it was exported to the European capitals in the 80’s. But there is no doubt that he has been part of this New Wave of artists who have come from the graffiti universe, who knew how to  synthesize differents genres. At the crossroads of  street art and underground art, his work also deals with the pop culture, the cinema, anti-authority culture, painting and Art History. 

He is also a part of  the interest that the French had for graffiti as a ephemeral form of art brut, long before the first writers in the New Yorker subway. In 1960, Brassaï, a French photographer of Hungarian descent, published a book called “Graffiti”, in which Picasso took part. And when at the end of the 90s, Zevs ironically wrote in “Proper Graffiti” – a technique he forged, consisting in using a high pressure water blast that removes the grime on the wall for writing clean- “I mustn’t dirty the walls of my town”, this is evocative of  the militant graffitis that appeared  in  May 1968, on the walls of Paris, such as “It’s forbidden to forbid”. Seen as an “an urban guerilla artisan ”, Zevs, through his interventions, preaches a critical, structured and tough activism.

 

The first thing that gets our attention in Zevs’s work is of course the way he plays with the street art codes to appropriate the city walls, it's vocabularies, its logos, it's architecture and it's street fittings. He perpetuate them, reveals their flaws and finally leaves his trace. But Zevs’s statement is transversal. It unfolds between several subjects and several territories: those of communication and advertisement in itself, that he turns inside out and perverts the codes, such as in the “Visual Attacks”, in 2000 or in the “Liquidated Logos”, now; those of the theater, the happenings and the performances; those of the art video at the edge of the documentary film; and finally those of the cinema, between blockbusters and experimental movies.

 

It all began like a teen movie. An alternative teen movie. From the window of his bedroom, the teenager saw some graffiti artists writing on the fences of a wasteland. At twelve years old, the kid, who wasn’t  Zevs yet, was making graffitis on his way to school, on the walls of his neighborhood. When he was arrested for the first time, the Parisian police treated him like a real little criminal, keeping him a few hours in the police station. He still remembers that. Subsequently he was arrested a dozen times, until he decides not to get caught again. But, all these misadventures gave him the taste for  a kind of cat and mouse game with the police, but an aesthetic one. The police aesthetics, the thriller or film noir codes, with their crimes and their serial killers, became something like a gimmick and this started to be a sign of his presence.

Zevs-the-outlaw commits artistic offences, and the street becomes the wider scene of the crime.

 

The crime scene: a street, at night.

The weapons of the crime: some white road paint, a brush.

The crime: At nightfall, Zevs went hunting in the city. At the end of the 90s, Paris was “overpainted” with graffiti. Zevs tried to find other surfaces than walls to leave his trace. He embarked on a quest to find another place in town. Finally he chose the most unnoticed place in the city. He started capturing the shadows of the town, by outlining the ghostly presence of the Parisian architecture and of the street fittings under the street lights. These “Electric Shadows” (1998-2001) perpetuated what already existed: the traffic lights, the monuments, the bridges and even sometimes the passers-by. These bright white lines on the asphalt show their potential unseen presence to people's eyes. When he revealed this invisible mirror image of the street, Zevs, the so-called “Shadow Flasher”, opened up some new territories and captured a slice of the evanescence of the city. In the daylight, these white shapes meant nothing. It was a kind of graphic and furtive poetic. Sometimes, his Shadows were political ways to talk about the contemporary urban reality. One night in New York, he caught the shadow of a sleeping homeless person, a shadow among the shadows. At other times, a kind of impressionism, a cinematographic way to catch the night time urban atmosphere which could recall unsorted images of films from Cassavetes, Scorsese, Jarmusch or from French thrillers.

When he was working on his Shadows, Zevs used to close the area with a plastic tape like the police : “Crime Scene- Do not cross” becoming an “Art Crime Scene – Do not cross”. As strange it may seem, few people, nor even the police, found this unusual.

When Zevs finished his work by taking photos of it, it was of course to keep traces before the clean-up crews would get rid of it. But he also thought about Weegee the Famous, this photographer who was shooting  bloody crime scenes....Art crime is his business...

 

Zevs likes to play with the cinematographic codes, and there is nothing more photogenic and more cinematographic than a city at night. For him, the city is not only a support, a playground, but also a full character, a protagonist in the story that he is writing.

Like in a film noir, the city at night is an atmospheric backdrop, which is a recurrent preoccupation for the artist. Zevs’s work constantly deals with shade and the light, the day and the night, the visible and the invisible. As a criminal would leave some clues in his flight, he leaves behind him in his night wanderings more or less discernible traces, which are revealed.

Night disclosure in the black light for his « Invisible Graffiti »- For three years, Zevs has tried out this special kind of graffiti made with fluorescent paint that can only be seen under black light, artificial or UV-filtered light. He outlines the cracks and the rifts on the building walls, uncovers the scars of the town, and streaks the architecture with electric lightenings. He performs large-scaled “Invisible Graffiti”, such as on the façade of the Glyptotek Museum in Copenhagen.

 

But there were some times when the clues were bloodier. One night in 2001, Zevs changed into a serial killer, a serial ad-killer. He started to shoot methodically and equally men and women, provided that they were handsome, unlined and dehumanized by the magic Photoshop. A red splash sprayed right between the eyes of the models on the commercials, with dribbles of blood-red paint dripping on their faces. The sabotage is efficient. The “Visual Attacks” are frontal attacks against the omnipresence of advertising in the urban landscape as well as a manner to mark off its huge power of suggestion. Doing this, he disrupts the trade reading of the image and obstructs the identification of the passer-by with the bloody model. So Zevs hijacks the power of the image to his advantage.

Street by street, he left in his course the bodies of top models, executed in the cause of  rejecting of all conventional lifestyles. As a signature, he left on the poster a photo of himself masked, just to taunt the police. In 2008, he reoffended with the “Visual Rapes”. This time the attacks were aimed at the icons of our world where everything becomes Pop: Marilyn Monroe or Mona Lisa, Che Guevara or Albert Einstein, Columbo or Superman. The photographs were stolen from the Internet. Their faces were obliterated with a flash-effect in Photoshop, but we know them so well that we still recognized them. However they were no longer images, but blurred depictions, shades, shapes.

Zevs is a dangerous mass culture killer. He knows the meaning of what Roszak called “Counter-culture”.

 

His artistic expression is an opposing force based upon the power itself. “ As in Aikido, I reverse the power to change the flow to my advantage”, he often says.
One of his most significant works about this reversed power is the “Visual Kidnapping”, written like a thriller.

The « Visual Kidnapping » was a lengthy performance that began in Berlin, in 2002 and finished at the Palais de Tokyo, in Paris, in 2005. A fifteen by fifteen meter poster on the Alexanderplatz. An eight-meter girl, muse of the coffee brand Lavazza. Later, Zevs will tell to the French newspaper Libération: “Armed with my scalpel, I climbed the front of the hotel where the Lavazza poster was boarded. An hour and a half later, the hostage was mine and I left the place, leaving behind me a hole in the poster and a sentence: VISUAL KIDNAPPING- PAY NOW!”. A paper chase began between the brand and the artist. He demanded a ransom of 500 000 Euros, which equalled the cost of a marketing campaign. The German subsidiary company filed a complained against X. On the Alexanderplatz, people were coming to look at...the hole in the poster. A few days later, he showed the Lavazza girl at the Rebell Minds Gallery, a few meters close from the kidnapping scene. The day after, the police turned up but Zevs had already left Berlin, with the hostage folded in a suitcase. For months, he sometimes showed, sometimes hid the hostage. Finally, he sent to the company CEO, an anonymous letter of ransom. On a Website and at the Patricia Dorfmann’s gallery, in 2004, people could vote whether or not the hostage was to be executed. In 2005, after numerous negotiations, an agreement was found between Zevs and Lavazza, who would give to the artist a fake check. In the form of a happening, this conclusion was justifiably seen as a hijacking of an anti-ad subversive strategy turned into a huge media event for this brand that proclaimed “Express Yourself”! In Germany, the “Visual Kidnapping” inspired others activists , who kidnapped many others ads.

 

Zevs learned from this experience. He started to distanced himself  from the brands. Since then has attacked the logos, to “liquidate” them, many luxury labels have contacted him, but he has always turned down their proposals. He maintains that position  when he liquidates, in his gallery in Zurich, the logo of Vuitton re-designed by Murakami. The “Liquidated logos” began in Berlin, in 2005, with a Nike swoosh, then with the logos of Coca-Cola and Mac Donald’s. Now he works on the logos of the luxury trademarks, that he duplicates in order to liquidate them in the galleries. Making them liquid, Zevs visually attacks their symbolic function. He develops his critique by further  examining the power and the promotion of the advertising signs. A keynote of a brand identity, the logo durably interferes in the people’s emotional landscape. It’s an extremely efficient “silent buyer”. When he liquidates the well-known logos of Chanel or Vuitton, Zevs attacks a network of signs (of identification), of  (social) codes, of meanings and of emotions. A logo digests a world. By a suggestive opposing force, its metamorphosis by being liquidated brings to mind over consumption, the tyranny of advertising, apparences and the vulgarity of ostentation. At the same time, Zevs clearly keeps the ambivalences when he appropriates the logo to produce his work and when he gives to it a new aesthetic. By doing this, he confirms the logo is an aesthetic object.

 

The liquidation performed in Honk Hong in 2008 is probably one of the most interesting ones. On a stage, the artist starts by tattooing the logo of Chanel on the naked back of a woman. The image of this very famous acronym, so exciting for so many women, the letters bleeding on her waist, is extremely striking and efficient. It reminds us of Man Ray’s violin. It recalls an Ingres’s bathing beauty that would make us think that voluptuousness would be no more to nudity than the brand that clothes her. It’s also the violence and the sensuality from Peter Greenaway’s “Pillow Book”.

 

According to Zevs, every artistic space – both literally and figuratively- is a possible space for a performance, a story, a scenario. Most of his projects, the films he makes from them are always meticulously written and cut. For example, the film that relates the story of the “Visual Kidnapping” is written like a thriller, and even the documentary film talking about his exhibition at the Glyptotek Museum in Copenhagen keeps us in suspense. One of his last photographic series, called “Cold Traces”, shows some strange foot steps in the snow. Zevs says: “I was walking alone in the mountain with a red spray can in my bag. So I was wondering what I could mark in this new and immaculate territory. After two hours of walking , I turned around and saw my traces in the snow. Then I had the idea to paint them and so to prolong them and outline what already existed.”. These blood-red foot steps in the snow throw us into a frightening atmosphere, with a premonition of violence: something between “Fargo”, “A simple plan” and the Parcival Everett’s novel “Wounded”. “I also thought about “The Shining” “, Zevs says, and at the same time, he also thought of a Rothko’s painting, with the blurred outlined red watered down in the bluish snow.

 

Zevs’s work devellops like a baroque and heroic opera, it's very theatrical.

 

Zevs totally assumes  this dramatic dimension to his work. The choice of his name, Zevs, is the code-name of a suburban train that almost crushed him, one night when he was writing in a dark railway tunnel. But, the V instead of the U, the name of the Greek mythological god of gods refers to an other mythology, the mythology of the superheroes, which inspires the character that the artist has created. A yellow working jumpsuit, a leopard-printed scarf hiding the face, a hat, a pair of gloves: in his artistic life, Zevs is incognito and few people know the real face of this discreet young man. He’s Clark Kent and Superman. Moreover, the logo that he created crosses the graphics of the yellow triangle on the voltage transformer in the Parisian subway and the logo of the Siegel and Shuster’s Kryptonian hero.

« I wanted to create a role, a persona, and to work at a distance, behind this image”, he explains. It’s like a questioning about the representation and the distance. The artist, who was also an actor, knows what Brecht called the “distance”, this gap between what is given to see and what is real, this strangeness, stimulating people to think about the reality. Everything in his work as well as in the role that created deals with this gap. 

 

Like in Comic- books, is Zevs  an urban hero, produced by the urban jungle and the neurosises of the modern world ? Probably he is not. He remembers that in a story of Superman, when Superman gets in contact with the Kryptonite, he looses his strenght and his logo liquefies. Zevs owns a stone from somewhere else, called “Zevsonite”. At its touch, the trademarks dissolve. He uses the mythic power of the superhero to reverse its energy and to stigmatize the disintegration of the images and of the signs.

In fact, Zevs is nor a superhero nor an antihero. He’s a “counter-hero”. 

Article publié dans la revue JUXTAPOZ- September 2009 issue- Texte et traduction: Marie Deparis-Yafil- Remerciements à Richard Morgan et Stéphanie Yafil
Photos courtesy ZEVS - www.gzzglz.com

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 20:40

Leo Chiachio et Daniel Giannone : un couple d’artistes argentins explosif et atypique. S’il fallait leur imaginer une filiation, ils pourraient être les enfants improbables de Gilbert et George, croisés avec Pierre et Gilles, dont les aïeux seraient Diego Rivera et Frida Kahlo. Chiachio et Giannone tiennent du duo anglais cette manière de se mettre en scène dans une iconographie incarnée, et du couple français, ce sens du baroque et de l’esthétique populaire. Ces artistes venus de Buenos-Aires ont acquis une grande notoriété en Amérique du Sud et leurs oeuvres brodées ont reçu de nombreux prix. Ces créations, extrêmement sophistiquées et délicates, sont à la fois ancrées dans des pratiques ancestrales et domestiques et, par leur manière sarcastique et kitsch de raconter leur vie, étonnement contemporaines.

 

Depuis leur rencontre une nuit de 2001, Leo et Daniel ne se sont plus quittés. A l’instar du mythe d’Aristophane, chacun a trouvé en l’autre sa moitié originelle, à tel point qu’ils considèrent leur vie d’avant cette rencontre comme étrangère, comme si leur réelle naissance datait de ce soir-là, il y a huit ans. Leur couple, fusionnel et gémellaire, forme une unité créative, un tout un et unique, une communion puissante qui nourrit leur art entre quotidien et fantaisie absolue.

 
Impossible, sitôt qu’on s’approche du travail de Chiachio et Giannone, de ne pas être saisi par l’époustouflante richesse de leurs tableaux brodés, l’extraordinaire profusion de points et de motifs, la complexité des compositions, le raffinement des fils de coton et de soie multicolores, la diversité des textures, à laquelle s’ajoutent pompons,  applications de tissu,  incrustations...le toute dans une opulence et un souci du détail extrême.

Obsessionnels, ils brodent minutieusement chaque après-midi, de 14h à 21h, tous les deux penchés sur la même pièce de tissu, en écoutant à la radio les telenovelas, partie intégrante de la culture populaire sud-américaine, dont les histoires à l’eau de rose imprègnent de kitsch leur travail. “Il arrive un moment où tout ce qu’il y a autour disparait”, raconte Leo Chiachio, et il ne reste plus que l’aiguille, le fil, Daniel, la radio en fond sonore, durant des heures. Une sorte de prière, un rituel ordonné, un sacrifice joyeux. Sous leurs doigts naissent alors petit à petit les plus somptueuses broderies, contrastant avec la simplicité rude de leur support, des pièces de coton, glanées sur les marchés du monde, récupérées, souvent de simples mouchoirs de toile brute, comme celles, bon marché,  présentées à la School Gallery, utilisées par les classes sociales les plus pauvres et les plus laborieuses. Dans cette réminiscence d’Arte Povera, la toile devient le miroir de leurs fantasmes, de leurs jeux, de leur vie ensemble.

Car Chiachio et Giannone, d’une certaine manière, ont huit ans. L’âge des jeux de rôle et de la comédie. Ils se mettent en scène dans leurs tableaux brodés comme dans des jeux d’enfants : on dirait qu’on serait samouraï, indien guaraní, tigre ou panthère, empereur ou encore on s’amuserait à  être El Pombero, l'esprit de la malice*. Si le jeu est moteur dans leur travail croisé, il apparaît, au-delà de ces enfantillages, une volonté de dissoudre les frontières entre « Arts majeurs » et « Arts mineurs ». Héritiers d’Arts & Crafts, ils mixent les genres, les époques, les histoires, entre art et artisanat, culture et culture populaire, mythes et réalité contemporaine, futilité de la mode et sérieux de l’engagement politique.



Toutes les inspirations sont bonnes à leurs travaux d’aiguilles, qui sont pour eux autant de joyeuses fantaisies, d’une totale liberté. On y trouve pêle-mêle, sans hiérarchie des genres et de manière aléatoire : Madonna, Rufus Wainwright, John Galliano, Grace Jones, l’art guatémaltèque, les ponchos argentins, les estampes japonaises, la vie domestique, les déesses brahmanes, le théâtre Kabuki, les magazines porno gay, Farah Fawcett, la queer culture, Mishima, les soap operas brésiliens, les B-movies, les gossip magazines, American Idol, Vivienne Westwood, Pasolini, Kitano, Bruce LaBruce ou Hiroshige...Toutes les fantaisies sont possibles, rien n’est interdit.

Ce métissage extrême, expliquent les deux artistes, est l’essence même de Buenos Aires, une ville cosmopolite, où se rencontrent des gens et des cultures du monde entier. Ainsi peut-on dire que leur travail parle de chez eux, de Buenos Aires, de l’Amérique du Sud, comme un témoignage de la créolisation du monde, de la réalité contemporaine du « tout-monde », pour reprendre l’expression d’Edouard Glissant.


A la différence de leurs aînés britanniques, et à l’ère du numérique et de la haute technologie appliquée à l’art, Chiachio et Giannone ont choisi les techniques les plus artisanales, la broderie, la céramique, qui demandent un travail manuel, concret, et de la lenteur, de la persévérance. Peintres de formation, ils ont su transposer leur sens de l’image dans le langage de la broderie, activité marginale, à plus d’un titre. La broderie, c’est d’abord cette activité habituellement dévolue aux femmes. Ainsi se rappellent-ils la légende de la reine Mathilde brodant la tapisserie de Bayeux, relatant l’histoire de son époque, ses guerres ses batailles. Ils pensent aussi aux femmes de la région de Mendoza qui brodèrent les drapeaux aux armes du général José de San Martín, qui libéra l’Argentine du joug espagnol au 18e siècle. Ce sont d’autres batailles que racontent parfois, entre imagerie kitsch et glitter, les broderies de Chiachio et Giannone: dans une sorte de « militantisme de l’aiguille », ils narrent la difficulté d’imposer le raimbow flag dans des pays, dont l’Argentine fait partie, où l’homosexualité est encore taboue, et rendent hommage aux morts du Sida. « Etre ouvertement et visiblement gays », disent-ils, “c’est s’affirmer acteurs du changement, et de l’Histoire.” Ainsi donc en se « soumettant » à cette pratique à la fois féminine et « archaïque » au regard des médiums artistiques contemporains, il choisissent une technique marginale comme un processus de réintégration, dans ce foisonnement de références et d’inspiration, de toutes les marges dans leur diversité culturelle, ethnique, sexuelle ou sociale.


Le monde de Leo Chiachio et Daniel Giannone est un peu fou. Et le portrait de cette folie créatrice ne serait complet si on ne savait qu’en réalité, il existe un troisième membre à ce couple déjà hors du commun. Leo et Daniel ont un fils, Piolín. « Dans nos œuvres », expliquent-ils, « nous parlons de nous-mêmes, nous sommes toujours les uniques protagonistes. Et dans nos vies, il y a Piolín. Nous sommes une famille. » Piolín est un mini daschung, fils-mascotte présent partout sur les toiles. Mais Piolín est plus qu’un animal de compagnie ou qu’un modèle. Piolín a un destin unique car il est devenu, en quelques années, un important collectionneur d’art. Plus de 150 œuvres d’art offertes par des artistes, argentins mais pas seulement, toutes proportionnées à l’animal et en rapport avec Piolín ou son monde. Le plus sérieusement du monde, le chien possède son propre musée, le MUPI - MUSEO PIOLIN et sa collection a déjà été présentée plusieurs fois au public ! Lorsqu’elle est exposée, la collection est montée à hauteur de l’animal et pour l’admirer, il faut donc se mettre à sa hauteur...et changer de point de vue !

 

Sans aucun doute, Leo Chichio et Daniel Giannone ressuscitent à leur manière le « real maravilloso » cher au surréalisme, offrant à nos regards émerveillés, dans une expression artistique unique et avec un zeste de folie, les images du syncrétisme culturel d’un monde  aujourd’hui nécessairement métissé.

 

 

 

* Dans la mythologie guaraní, et dans les légendes populaires du nord argentin, El Pombero était  considéré comme un génie protecteur des oiseaux de la forêt. Toutefois, le mythe a évolué vers un personnage turbulent, qui met du désordre partout où il passe, et possède d’étranges pouvoirs : se métamorphoser en n’importe quel animal, imiter le chant des oiseaux, devenir invisible, rendre une personne bête, muette ou victime de tremblements, se glisser à travers n´importe quel orifice. Comme Kurupi, un autre personnage de la mythologie guaraní, on dit que le pénis d’ El Pombero est capable de s'étendre en passant sous les portes, les fenêtres et autres ouvertures d'une maison, et ainsi féconder les femmes endormies. Pombero et Kurupi servaient ainsi souvent d’explication aux femmes adultères afin d'éviter la colère de leurs maris, ou pour expliquer des grossesses de célibataires ! Dans le nord de l’Argentine, il est courant de voir des offrandes de tabac à mâcher, de miel ou de bouteilles de canne, laissées près des maisons pour gagner son amitié...


 

Photo 1: Invitation School Gallery- Photo 2: PIOLIN - Photo 3: 5ème Biennale Internationale de l'Art Textile - "Desde lo textil: hacia nuevos territorios" - Palais de Glace- Buenos Aires, Argentine
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 19:58


« Une partie d’un monde auquel, dit-il, je ne croyais pas »
- Invitée comme commissaire par Michel Delacroix, auteur et directeur artistique de Chez Robert, j’ai convié Emmanuel Régent à investir tous les espaces de la galerie pour une exposition autour des mystères de l’absurde et de la perception.

Du 15 septembre au 13 novembre 2009

www.chez-robert.com

 

Après ses péripéties à Honk-Hong, Zevs revient avec un article que je lui ai consacré dans le numéro de septembre de la revue underground américaine Juxtapoz. A commander sur le site du magazine www.juxtapoz.com ou dans les bonnes libraires anglophones (et ici, dans quelques jours) -

Zevs est également présent avec une vidéo et une photo "Electric Rainbow" dans l'exposition "Graffiti- Etat des lieux" - à la Galerie du Jour Agnès b - 44, rue quincampoix- Paris 4è- Du 8 septembre au 10 octobre 2009 - www.galeriedujour.com 
 

Spécial Biennale de Lyon : la 10 ème Biennale de Lyon s’ouvre cette année sous le titre du « Spectacle du quotidien », mené de concert par Thierry Raspail, directeur artistique de la Biennale et par le curateur chinois Hou Hanru. Mounir Fatmi fait partie de la quarantaine d’artistes invités.

Du 16 septembre 2009 au 3 janvier 2010

www.mounirfatmi.com // www.biennale-de-lyon.org

 

En off de la Biennale, des artistes de la School Gallery investissent des lieux emblématiques de la vie lyonnaise, dans le cadre de la première édition Arty Vitrines.

L’artiste, designer et sculpteur argentin Pablo Reinoso, qui vit et travaille à Paris, propose une installation « mêlant esprit ludique et quintessence du détournement et de la réappropriation, un exercice dans lequel Pablo Reinoso excelle, ses readymade à partir des chaises Thonet restant un must du genre. » - Collège Hotel – 5 Place St Paul – 69005 Lyon

Chloé Ruchon, jeune artiste fraîchement diplômée de l’école des arts décoratifs de Strasbourg, présente le BARBIE FOOT chez IKKS enfants.

On retrouvera églement l’installation coup de poing de Naji Kamouche , « A bas les cieux », qu’on a déjà pu voir à ArtParis l’année dernière ainsi qu’à la Chapelle des Beaux-arts de Paris (voir texte dans ces pages), cette fois présenté dans le Patio du Crédit Agricole.

Du 10 au 30 septembre 2009

 

Toujours à la School Gallery, on peut s’attendre à un vernissage de rentrée haut en couleur le 12 septembre avec la première exposition du couple de brodeurs argentins Leo Chiachio et Daniel Giannone. On peut lire mon texte sur le site de la School Gallery www.schoolgallery.com  et sous peu dans ces pages.

Du 8 septembre au 10 octobre 2009 

 

"Temps et tant de réflexion": Ghyslain Bertholon, qui sait que le temps n'existe pas, interroge nos conceptions du temps calculé, vécu, perdu, tué... chez SynopsisM  à Lausanne du 5 septembre au 10 décembre 2009 -

 

Et bientôt 

-l’Association Florence, qui soutient la création contemporaine, présentera prochainement à l’Espace Commines, dans le Marais, sa 31ème exposition sur le thème de l’Imaginaire, autour de sept artistes dont je parlerai prochainement.

-A Aghios Nikolaos, en Crète (Grèce), mon amie Mary-Jane Schumacher signe en octobre le commissariat de l’exposition « One Modern Icon, Thousands of symbols », autour de la question de l’icône, contemporaine ou traditionnelle. Parmi les artistes, Hervé Perdriel, avec qui je collabore régulièrement depuis plusieurs années.

 

Photo :  BARBIE FOOT, 2009 Barbies (MATTEL), Taquets en résine, baby foot (BONZINI) 110 X 100 X 300 cm, © Chloé RUCHON, courtesy School Gallery

 

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 22:35

Zevs, artiste de street art bien connu , sur qui j'ai eu l'occasion de rédiger un portrait pour le magazine Etapes Graphiques au mois de mars dernier (voir dans ces pages), expose ses logos liquidés à la Galerie Art Statements de Honk Hong.

Seulement voilà que Zevs décide, comme il a pu le faire dans d'autres villes dans le monde, de liquider un logo à même un mur de la ville. Il choisit de liquider un beau logo Chanel sur la façade du magasin Armani, en plein centre de ce temple de la consommation de luxe qu'est Honk Hong. Arrêté par la police locale, il commence par passer une nuit en prison avant que son avocat commis d'office, et mal préparé à sa défense, lui annonce le retrait de son passeport jusqu'à son jugement, le 14 août. Zevs est donc retenu à Honk Hong par les autorités, jusqu'à nouvel ordre.
Les experts de la société à laquelle appartient le bâtiment abritant la boutique Armani ont jugés que la pierre de St Maximin dont est faite la façade ne pouvait souffrir de nettoyage et réclament la somme folle de 600 000 euros pour réparer le préjudice en refaisant complètement la façade. Bien qe la liquidation ait été réalisée avec de la peinture à l'eau, la pierre, poreuse, a absorbé la peinture et empêche un nettoyage artisanal. De son côté, Zevs a fait appel à une société spécialisée dans le nettoyage des façades, avec laquelle il avait travaillé à Copenhague et qui a déjà fait ses preuves sur les façades du Louvre ou au Met de NY.

J'avais déjà développé dans mon article la portée signifiante de la liquidation de logo. Il apparait clairement et sans l'ombre d'un doute que le geste de Zevs était bien celui d'un artiste contemporain désireux de faire réagir le consommateur idôlatre sur le sens et la valeur du sigle, dans cette ville-temple de la fièvre acheteuse et de l'avidité dans laquelle l'adoration du sigle est un veau d'or, et non, comme certains s'acharnent à le dire, un pur acte de vandalisme, ni même un geste anti-pub, ce qui serait à la fois vain, et contradictoire.


J'apporte donc naturellement tout mon soutien à cet artiste dont j'admire et respecte le travail et enjoins les personnalités du monde de l'art à lui manifester leur soutien.

 

Le site de zevs : www.gzzglz.com

Le site de la galerie : www.artstatements.com

Art Statements Gallery
G/F, 5 Mee Lun Street
Central, Hong Kong
TEL #: +852 2122 9657

Exhibition Dates: July 16th- September 30th

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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 23:08



Depuis 2006, Richard Trian inscrit son travail dans une recherche axée sur la picturalisation du langage graphique urbain. Ses œuvres, aux confins de la peinture, du graphisme, de l'écriture et du graff, empruntant l'énergie et la gestuelle de l'expressionnisme abstrait, interrogent les signes de ces esthétiques populaires et urbaines pour les décontextualiser et en réinvestir plastiquement les codes.

Le travail de Richard Trian, nourri d'une véritable culture de l'action painting, cherche ainsi à pointer le lien -le chaînon manquant- entre l'expressionnisme abstrait américain et le street art. Il se réapproprie et connecte les codes de ce double langage plastique.

D'une part, la picturalisation de l'écriture, par laquelle mots, nombres, phrases, citations, abstractisés, illisibles désormais, s'impriment en un processus élaboré : le premier dripping voit sa trace confirmée au pinceau, dans une approche calligraphique, puis se fixe au chalumeau.

D'autre part, la rapidité du geste, les traces et les coulures, l'éclatement des formes, l'énergie d'un Pollock. Dans sa manière de capturer la dynamique du signe, de le saisir sans le figer, il allie la performance du mouvement, du flux rapide, l'urgence de l'expression à la spontanéité définitive du geste (la rigueur même du shodô).

Avec Urban tattoo, l'importance du travail chromatique se confirme. Sur fond de blanc optique, les couleurs se lovent, se dissolvent, dans la transparence ou les opacités, la peinture raclée ou reliefée au contraire.

Urban tattoo peut se lire comme une synthèse d'un certain nombre de questionnements au cœur de l'expressionnisme abstrait, poursuivie dans le street art et en particulier dans le graffiti contemporain.

Il y a d'abord la question du support et de ses limites, question récurrente dans l'histoire de l'art. Avec l'action painting, et ses all over, s'exprimait le désir de s'affranchir des limites de la toile, de dépasser mentalement ces limites en hors champ, dans un effet d'expansion. Expansion que l'on retrouve dans l'art de la rue, qui, en s'appropriant les murs de la ville, se libère concrètement des bornes de la toile. Au premier regard, on pourrait penser que les Urban tattoo entretiennent des affinités avec cette extension du domaine pictural. Mais il semblerait au contraire que la proposition de Richard Train tienne de l'hypothèse du Big Crunch. La question du support, de la surface et de sa limite, se résout ici ramassée, presque contrainte dans son cadre, dans une présence, une densité, comme une sorte de pendant pictural de compression à la César.

L'expressionnisme abstrait comme le graffiti opèrent une déconstruction des formes, des images, des signes. Ici, on assiste aux prémices d'une dissolution du déconstruit.

Au travers de cette esthétique de l'enchevêtrement, de fouillis dense presque dérangeant  dans lequel se dissout toute lecture, se dessine l'image d'un monde certes cosmopolite mais à la prolifération contenue...à la fois comme en apesanteur sur son fond blanc et au bord de l'effondrement.

Dans cette désintégration de l'image se joue une très symptomatique liquéfaction des signes, une sensation d'énergie implosive, tandis que partout micro explosions, coulures, flaques comme autant de tentatives d'échapper à la finitude du cadre, opposent leurs forces de résistances contraires. Chacun des Urban tattoo est une bombe.

Plus que chaînon manquant entre l'expressionnisme et le street art, il est possible que le travail de Richard Trian esquisse les premiers pas d'un post-mouvement qui n'en finit plus de rejoindre les cimaises des galeries et des musées. Une destination logique, au fond, ce qui n'enlève rien à la puissance de la bataille que constitue tout mouvement artistique dans l'Histoire. Richard Trian montre au contraire que la peinture est toujours un évènement et que l'espace de la toile reste, et plus que jamais, « une arène dans laquelle agir »*.

 

*Harold Rosenberg - « The American Action Painters »-1952

photo: Richard TRIAN - Peinture ayant remporté le Prix du Public à l'occasion du Salon 2009 de l'Art Contemporain de Cognac

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 23:04

Chez Robert, projet ambitieux que nous connaissons maintenant -voir la rubrique"Projets"- mené par l'artiste Michel Delacroix accueille Pierre-Yves Freund pour son exposition d'été.

"Coulée", présentée par Cécile Desbaudard:

"Lentement, la coulée de plâtre noir, visqueuse plus que liquide, se répand sur « Quelque chose », objets de plâtre blanc. Deux points de vue permettent de visualiser cet écoulement / éboulement.
Quelque chose disparaît progressivement, perturbé, renversé puis annulé par recouvrement. La masse noire de la Coulée prend possession des lieux, se rapprochant de sa future solidification qui, inéluctable, échappe à la visibilité. Pierre-Yves Freund a choisi de ne présenter que l’élaboration, la gestation de la Coulée non sa réduction finale à l’immobilisme. La projection du film « chaque jour », où la caméra joue le rôle d’une pelle creusant la terre complète l’exposition. Recouvrement à nouveau mais démultiplié, pluriel et saccadé, appliqué cette fois à l’écran de la caméra, et à la globalité de notre champ de vision. Il ne s’agit pas simplement de recouvrir la matière inerte pour l’éloigner d’une identification visuelle mais d’éloigner la capacité-même à percevoir. Il est désormais question des défaillances, de la nature accidentelle du corps. "

Prenez le temps de chercher ou cliquer pour découvrir les vidéos!

"Coulée"- Pierre-Yves FREUND
Chez Robert -
www.chez-robert.com
Du 10 juillet au 6 septembre 2009


Et à partir du 15 septembre, Chez Robert me fait l'honneur de m'inviter comme commissaire. J'ai choisi d'y présenter Emmanuel Régent, qui investira l'espace de la galerie avec l'exposition "Une partie d'un monde auquel, dit-il, je ne croyais pas"

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 22:49

Depuis le 18 juin, se tient une très belle exposition à l'Espace Culturel François Mitterand de Périgueux: « De la couleur au trait, 40 ans de figuration ». Aux côtés d'artistes comme Bernard Rancillac, Peter Klasen, Jacques Monory, Erro, Rebecca Bournigault, Damien Deroubaix, Hervé Di Rosa,  Robert Combas...  on pourra découvrir une somptueuse pièce de Luna, malicieusement intitulée "Tu m'amuses, ma muse".



J'ai le plaisir de voir un de mes petites textes, présentant le travail de Luna, publié dans le catalogue de l'exposition:

"Luna est une artiste sans concession offrant un travail très personnel axé autour d’une réflexion sur le statut actuel de l’image – son autonomie –et la situation contemporaine de l’auteur – la question de la dépersonnification de la création. A partir de travaux d’installation, de vidéos,d’images au caractère quasi “pictural”, elle opère une déconstruction des images et des codes, notamment par le détournement et la réappropriation. Dans une posture de mise à distance et de dérision qui renvoie parfois, de manière renouvelée,

au geste actionniste, le travail de Luna s’inscrit de manière très contemporaine dans une réflexion critique sur les codes, les conventions, les représentations, les postures sociales, les modes d’identification postulés ou avérés, les mythes collectifs."

 

“De la couleur au trait, 40 ans de figuratif”

du 18 juin au 11 septembre 2009

 

Espace culturel François Mitterrand

2 place Hoche 24000 Périgueux

Entrée libre 

 

 

 tous les jours, de 13h à 18h30 (nocturne le jeudi jusqu’à 21h30)

photo courtesy Luna - "Tu m'amuses ma muse"- gouache et feutre - 150X160, 2009
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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 23:44

La galerie Estace, tournée vers les arts graphiques et urbains, se lance dans l'édition d'art numérique avec DELIDART. Pour cette première édition, une dizaine d'artistes, pour la plupart voués à la création numérique, présentent des œuvres en édition limitée.

Parmi eux, on pourra retrouver Sylvain Polony, avec qui j'ai déjà eu l'occasion de travailler (voir notre entretien pour la Galerie Charlotte Norberg dans la rubrique « artistes, galeries »), dont le travail de peinture se prête parfaitement bien à cet exercice.

On pourra également découvrir une œuvre inédite de Luna, dont la présence logique s'explique par la teneur technique de son travail, entre numérique et palette graphique. Son tryptique rose pétard, encadrant un Euro triomphant des deux nababs de l'art contemporain, Jeff Koons et Damien Hirst, non moins triomphants, offre une néo-alternative bien malicieuse au portrait warholien. Tel est pris qui croyait prendre...

 

Une galerie à découvrir aussi pour l'enthousiasme communicatif de son propriétaire !

 

DÉLIDART_01
18 06 09 _ 26 09 09
Exposition d'oeuvres numériques en édition exclusive et limitée de

Philippe BAUDELOCQUE
Germain CAMINADE
Laëtitia DERFEUIL
Jean-Jacques GUIONNET
HYST
KROS
LUNA
Sylvain POLONY
Raoul SINIER
Y LIVER...

VERNISSAGE "L'APPEL DU NUMÉRIQUE", LE 18 JUIN À PARTIR DE 18H00

ESTACE
74 rue Charlot (premier étage) 75003 Paris
www.estace.fr
tel 00 33 (1) 42 71 31 40 _ 00 33 (0)6 61 19 89 17
La galerie est ouverte du mardi au samedi de 14h00 à 19h00 et sur rendez-vous

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 23:04

Une longue et fructueuse "résidence"  dans la capitale burkinabe a permis à Yveline Tropéa d'exposer au Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou une nouvelle série de broderies ainsi qu'une très impressionnante tête brodée de près de 3 mètres de haut. En collaboration étroite avec une équipe de brodeurs et brodeuses locale, l'artiste poursuit son chemin fantasque et émotionnel autour du corps et de l'organique, entre planches anatomiques imaginaires et paysages intérieurs écorchés vifs.

Yveline Tropéa au CCF Georges Méliès de Ouagadougou

du 17 juin au 8 juillet 2009

01 BP 561
Ouagadougou 01
Burkina Faso
www.ccfouaga.com




voir aussi le travail d'Yveline Tropéa sur le site de la School Gallery: www.schoolgallery.com

et le texte que j'ai rédigé pour son exposition parisienne dans ces pages... 

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