Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 23:53

 

En parallèle de l'ouverture du Centre Pompidou de Metz, l'Ecole supérieure d'Art de Metz Métropole , avec la collaboration du Centre d'Etudes et de Recherches en arts plastiques de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, sous le commissariat de Christian Debize, organise , du 10 mai au 4 juillet, une exposition intitulée "Le pire n'est jamais certain - La création à l'épreuve des risques majeurs"-

Un appel à projet avait été lancé en juillet 2009, auquel avait répondu Yveline Tropéa, dont le regard personnel et singulier sur l'Afrique dans laquelle elle vit, et sur une pratique ancestrale - la broderie- revisitée par des visions contemporaines, justifiait une réflexion sur un tel sujet, réflexion que nous avions menée ensemble. 

 

Le projet, s'il n'a pas été retenu dans l'exposition, est néanmoins visible durant le temps de l'exposition dans la "Bibliothèque de l'appel à projet".

 

Ce projet reste d'actualité.......

 

visuel-yveline-1-copie-1.jpg« Le pire n'est jamais certain »:  La formulation du titre de l’exposition est à la fois déroutant et ambigu - Yveline Tropéa a donc souhaité jouer sur ses ambivalences, jusque dans la manière dont sera produite son installation.

Le pire, tel qu’il est décrit dans l’appel à projet : catastrophes écologiques, guerres, crises financières, pandémies, bouleversements de toutes sortes, la liste est longue..., ce pire, s’il est à craindre, n'est pas CERTAIN. Incertitude nécessaire ne serait-ce que parce que si l’avenir se construit en partie dans le présent, il conserve par essence une part d’indéterminé. En ce sens, si aucun avenir n’est certain, le pire à venir ne peut l’être non plus. En outre, quelque chose peut toujours advenir.

Ensuite, parce que si nous pouvons croire que le pire puisse être évité, c’est parce que nous pensons qu’agir, ici et maintenant, peut avoir une incidence sur un avenir aujourd’hui inquiétant. De manière générale, si le pire n'est pas certain, on peut donc envisager un espoir, une porte de sortie.

 

Ces projets d’installation témoignent aussi de son implication, en tant qu'européenne, avec l'Afrique, sur lequel elle tente de porter un regard sans complaisance ni manichéisme. Yveline Tropéa vit depuis plusieurs années entre la France et le Burkina Faso. Afin de faire réaliser son travail de broderie, elle y a monté un atelier de brodeurs. Cette pratique de « sous-traitance » renoue avec une longue tradition de l’atelier. Mais au-delà, aujourd’hui, elle tient à la fois de la globalisation et d’une forme d’engagement, dans la continuité de l’Arte Povera et d’Aligheiro Boetti. Sa collaboration avec ces artisans burkinabé est une rencontre et un échange de pratiques et de savoir-faire, en même temps qu’un engagement d’espoir et de fraternité.

Le travail de tissage de la matière plastique sur le mobilier, qui forme le coeur de l’installation, serait réalisé par les prisonniers de la prison de Ouahougya, au Mali. Ce projet permettrait d’améliorer les conditions de vie misérable des prisonniers. Pour eux, grâce à ce projet, le pire pourrait ne pas être certain.

 

Yveline Tropéa a donc imaginé plusieurs propositions, jouant sur cette ambivalence.

 

 Elle oppose, dans sa première proposition, le plastique noir, recouvrant tout comme une marée noire, inquiétante, chaotique, étouffante, suggérant autant la pollution que la désinformation, l’abandon des moyens, la maladie ou la pollution, une menaçe de fin du monde, à un crâne surdimensionné brodé très coloré, en suspension, autour duquel s’envole une nuée de papillons, évoquant une forme d'espoir, et contrastant avec le monochome noir de l’installation au sol, tout comme la matière naturelle dont sont faites les broderies contrastera avec le plastique industriel et polluant.

Cette partie de l’installation, qui est la partie plastique la plus récurrente dans son travail, recèle cependant elle aussi d’ambiguités : le crâne rappelant le thème des vanités peut aussi pointe le matérialisme du monde contemporain, et les papillons, sous leur légéreté, sont aussi symboles de l’éphémère et de la finitude. Ces éléments viennent aussi questionner notre rapport à la spiritualité : est-elle obsolète ou sera-t-elle notre planche de salut, autrement dit : la pensée peut-elle encore sauver le monde ?

 

La seconde proposition reprend l’idée de reproduire un environnement quotidien, entièrement couvert de plastique noir, mais avec un mobilier plus modeste : peut-être une chambre à coucher, juste un lit, un placard une télé ...On pourra penser à une chambre de prisonnier, ou un lieu abandonné après une catastrophe. Au sol et un peu partout des têtes tissées de plastique noir, ou blanc et noir, mais aussi des armes blanches, des machettes, qui évoquent les guerres ethniques et les violences qui menaçent sans cesse de nombreux africains.

Dans cette installation, des poulets (idéalement des poulets vivants, retenus par un grillage...mais on pourra se contenter de poulets en céramique, en plastique, bien que cela modifie le sens de leur présence ...) signifient les problèmes de nutrition, de subsistance, de famine, que connait l’Afrique, en même temps que la vie et la survie, grâce à ces poulets, mais évoquent aussi un aspect spécifique des rapports Nord-Sud : l’exportation massive de poulets congelés excédents de l’Europe vers l’Afrique, qui en est très consommatrice, poulets considérés comme impropres à la consommation en Europe, crée de graves problèmes sanitaires : Ces poulets sont appelés en Afrique : « poulets export », « poulets morgue » ou « poulets cadavres »...

 

Dans la troisième proposition, les meubles tissés sont remplacés par un amas de crânes tissés noirs, évoquant un possible génocide, renforcé par la présence d’armes blanches, machettes, recouvertes de plastique noires elles aussi . En suspension, le crâne surdimensionné brodé et la nuée de papillons, questionnements autour de la valeur de la vie et de la mort, dans des pays dévastée par les guerres et les maladies.

 

Voir l'exposition "Le pire n'est jamais certain - La création à l'épreuve des risques majeurs" - du 10 mai au 4 juillet 2010- en plusieurs lieux à Metz. 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Recherche

Liens