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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 23:16

 

Satellite-Des-Sens-6.jpgDans le cadre des projets Enfance & Jeunesse, Lille2004 avait fait appel à Joep Van Lieshout et son atelier, pour réaliser le "Satellite des sens", une "micro-architecture" nomade, sorte de capsule se déplaçant d'école en école, à l'intérieur de laquelle les enfants pouvaient expérimenter, de manière ludique, leur cinq sens.

Quand on connait l'univers de Joep Van Lieshout, l'idée de lui commander une pièce pour enfant peut paraitre surprenante.

D'un autre côté, chez AVL, dans les docks de Rotterdam, vivent aussi des enfants...

Quoiqu'il en soit, le "Satellite des sens " eut beaucoup de succès - je ne sais pas ce qu'il est devenu-

 

Ci-dessous, un "mix" de ce que j'avais rédigé pour présenter le "Satellite des sens", et d'un article que j'ai écris plus tard pour un webzine sur l'univers de AVL-Joep Van Lieshout et en particulier à propos de la "Wombhouse" (littéralement "maison-utérus")

 

"Joep Van Lieshout est né à Ravenstein en 1963. Après avoir étudié à l’Académie d’Art Moderne de Rotterdam, à Haarlem et à Nice, il revient s’installer à Rotterdam en 1987. Il se fait d’abord connaître grâce à ses gigantesques constructions de pavés ou de caisses de bière. A partir de 1988, sa notoriété se développe avec la création de mobilier en polyester de couleurs vives, fonctionnels et esthétiques. En 1995, il fonde AVL (Atelier Van Lieshout), dans lequel il accueille une trentaine d’artistes, ressuscitant ainsi la tradition flamande de l'Atelier. En 2001, Joep Van Lieshout réalise avec AVL le projet AVL-Ville dans les Docks de Rotterdam. Il fonde un « Etat libre » auto-proclamé, possédant ses propres règles, drapeau et monnaie, produisant ses propres biens de consommation et services, sur le modèle autarcique de la cité aristotélicienne.C’est là que la communauté d’AVL vit et reçoit les visiteurs. En 2002, une autre AVL-Ville voit le jour à Middleheim près d’Anvers.

Inspiré par l’œuvre de Machiavel pour son observation réaliste de l’activité humaine et des jeux de pouvoir, Joep Van Lieshout se veut un artiste indépendant, hors des normes morales, sociales ou religieuses, mais aussi hors de tout mouvement artistique. Sa recherche d’autonomie, qui l’a amené à fonder la cité d’AVL, est aussi celle qui le fait sortir du simple vocable d’ « artiste ». Au travers de l’expérience d’AVL, Joep Van Lieshout se fait entrepreneur, inventeur, stratège, fermier, boucher…voir son « Alpha with Chicken Coop » (1999) ou sa « Farm house ». Car il s’agit de produire sa nourriture, son énergie, sa maison mobile.

 

hdHD-Wombhouse432-copie-1.jpgLa « Wombhouse » est une œuvre d’art architecturale s’inscrivant dans le projet « Perfect house » initié par Philippe Jousse et Franck Perrin. Il s’agit, à l’image des « Maisons d’urgence » de Jean Prouvé ou des « Maisons bulle » de Jean Manéval, d’imaginer des solutions d’habitats mobiles, fonctionnels, esthétiques et innovants.

La « Wombhouse » peut être appréhendée comme un « noyau technique » d’un genre nouveau. Le principe du noyau technique, conçu par les architectes d’avant-garde du siècle dernier, réside dans la création d’une unité préfabriquée contenant les fonctions essentielles d’un habitat, tels que les sanitaires, la cuisine, le chauffage et la ventilation. Sauf qu’ici, la « Wombhouse » est littéralement un utérus, lieu évoquant la chaleur, la douceur et l’apesanteur de l’état prénatal. Dans cet utérus, on trouve chauffage et air conditionné, cuisine et douche, tandis que les ovaires contiennent des toilettes et un mini-bar. C’est violemment métaphorique, quelque peu poétique et çà ne manque pas d’humour ! C’est aussi un symbole du concept d’« autosuffisance », fondamental dans la création d’AVL, qui considère l’autonomie matérielle comme la seule réponse pragmatique possible aux conditions de vie contemporaine. Une déclinaison inédite d’un matérialisme historique d’un genre nouveau.

 

Les œuvres de Joep Van Lieshout-AVL qui tiennent tout à la fois de l’art, du design, de l’architecture et de l’agro-alimentaire sont perçues comme extrêmement efficaces et ultra-contemporaines, porteuses de messages à entrées multiples.

D’abord parce que chez AVL, les œuvres d’art sont utilisées au quotidien. On dort dans leurs « Capsules hotels » et leurs « Compost- toilets » semblent utilisables. Ainsi l’art se retrouve-t-il au cœur du fonctionnement ordinaire de la cité. En fabricant des salles de bains, des meubles en fibre de verre, des mobil-homes, des concept-homes tel le « Sportopia » ( logement complet entièrement démontable comprenant lit, douche, WC, bar), l’Atelier Van Lieshout produit des objets davantage destinés à l’usage qu’à l’exposition, même si l’un n’exclut pas l’autre.

Ensuite parce que Joep Van Lieshout n’est pas qu’un simple artiste-designer un peu déjanté. Il véhicule dans ses œuvres une sorte d’idéologie de l’organique à méditer.

On se souvient de « Cloaca », la machine à recomposer artificiellement les principes de la digestion, de Wim Delvoye, qui, en 2001, avait défrayé la chronique. Wim Delvoye avait, au sens propre comme au sens figuré « fabriqué de la merde », affirmant que « Cloaca » pouvait tout aussi bien être considéré comme le « symbole de l’inutilité de l’art ».  Mais ce type de machine n’est rien comparé aux projets d’AVL qui entend inclure l’homme dans son processus de réorganisation utilitaire de la matière sur le thème : rien ne se perd, tout se transforme. De là naissent des questions problématiques. Jennifer Allen, critique d’art et philosophe, écrit à propos de « The Technocrat », œuvre conçue en 2003 : « Le « courrier » biologique- des aliments aux excréments est perpétuellement envoyé et reçu dans des systèmes parfaitement hiérarchisés, dans lesquels toute perte est absolument évitée. A chaque activité humaine basique –le travail, le sommeil- est assigné une finalité et un cheminement particulier, sans détournement possible. « The Technocrat » illustre tout à fait cela. Afin de conserver à la chaîne alimentaire son mouvement perpétuel, cette installation conséquente peut subvenir aux besoins d’un millier d’être humains souhaitant manger, dormir et se soulager sans le moindre effort. Allongées sur les couchettes par groupes de dix, les personnes sont nourries par les tuyaux du « Feeder » d’un côté et soulagées grâce au « Total Faecal Solution » de l’autre. Ici, le corps devient un rouage biologique au sein d’un système destiné à alimenter « The Biogas Installation » avec suffisamment de matière première pour produire de précieuses ressources biologiques : du gaz, de l’eau et du compost ».

S’il n’est pas inintéressant de réfléchir à des solutions alternatives de production et de consommation de matières premières, on peut trouver l’idée de réduire l’activité humaine à ses plus simples fonctions organiques pour en recycler les effets franchement discutable.

La Wombhouse est l’épiphénomène d’un développement nouveau de l’œuvre d’AVL autour de la mise en perspective des organes humains comme lieux et objets d’art et de vie. Elle cherche à instiller par là une réflexion sur la place de l’individu dans le corps...politique."

 

 

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