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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 00:07

 

Parmi les nombreuses propositions d'installations urbaines mises en oeuvre pour Lille2004, celle de Daniel Buren fut sans doute, et de manière inattendue, une des plus ludiques.

Clin d'oeil à la dimension flamande de la ville de Lille, à l'histoire du "Vieux Lille" et de l'Hospice Comtesse tout proche, par le biais d'une référence au maître hollandais du clair-obscur, l'oeuvre s'intitulait "Ronde de nuit".

 

 ronde_de_nuit_2004_Buren_6.jpg

 

"Inscrire le plus grand cercle possible à l’intérieur de la cour à « trois côtés et demi » que forme l’ilôt Comtesse, rendant plus évidente l’idée de « place » en créant une fermeture visuelle, tel est le projet de Daniel Buren pour Lille 2004. Au cœur d’un ensemble architectural plus que tricentenaire, à l’atmosphère de tableau flamand, il a imaginé un serpent de lumière au mouvement perpétuel.

 

Un cercle de plexiglas translucide blanc, soutenu à quelques mètres du sol par des poteaux simplissimes, sur lequel des bandes de couleur rouge sont enroulées tous les 8,7 cm ,forme la trame familière de l’œuvre de Daniel Buren. Festive, « La ronde de nuit » de Daniel Buren se parera de lumière et de mouvement, tel un manège, et métamorphosera l’ilôt Comtesse dès la nuit tombée."

 

Et ce fut vraiment un manège. La lumière, programmée pour circuler dans le cercle de plexiglas à des vitesses et des rythmes différents fascinaient les enfants qui, à force de courir en rond après la lumière, finirent par creuser des tranchées dans le gazon de l'Ilot Comtesse!

 

En 2005, j'eus l'occasion de voir au Musée Guggenheim de New-York "The eye of the storm", qui acheva de me convaincre, si besoin était encore, de l'évident intérêt de l'oeuvre, et particulièrement quand il s'intéresse à l'architecture, mais aussi du parcours, de l'histoire, de Daniel Buren.

J'avais alors raconté pour un webzine les tribulations de Daniel Buren à New-York

 

« Daniel Buren dans l’œil du cyclone »

 

Plus de trente ans après s’être fait éjecté du Guggenheim sans même avoir pu montrer sa pièce, Daniel Buren, pas rancunier mais pugnace, revient à New-York. A l’assaut de la célèbre spirale de Franck Lloyd Wright, il crée « in situ » « The Eye of the Storm », installation surprenante à plus d’un titre.

 

Pour la petite histoire...

 

En 1971, le Musée Guggenheim de New-York organisait sa sixième exposition internationale. A cette occasion, Daniel Buren avait été invité à réaliser une pièce, intitulée « Peinture-Sculpture », sorte de kakémono de 200m2. Se déroulant au centre de la spirale, de la verrière au sol, elles devait révéler, par sa taille et les rayures qui rendirent Buren célèbre, une sorte de verticale virtuelle, axe de rotation invisible au milieu de cette architecture qui en est totalement dépourvue.

Mais, sous la pression de Donald Judd et Dan Flavin, l’œuvre fut retirée de l’exposition avant même que celle-ci ne soit ouverte au public. Ne reste de cette mésaventure que les quelques photos prises par Buren qui, revanchard mais pas trop, les utilise aujourd’hui pour le catalogue de « The Eye of the Storm », modestement titré « The Buren Times » (Typo du « New-York Times » comprise).

 

Wright déconstruit et restitué

 

db-eye-of-storm.jpgC’est précisément à l’architecture du musée que s’est cette fois encore intéressé Daniel Buren, instaurant une sorte de dialogue avec l’auteur du lieu. Une série d’interventions déconstruisent, subliment ou révèlent cette construction autrefois contestée et aujourd’hui sur les cartes postales de New-York au même titre que la Statue de la Liberté ou l’Empire State Building.

« Around the Corner » réinvente l’idée de cette fameuse « verticale virtuelle » auquel Buren tenait déjà il y a plus de trente ans. Mais cette fois, l’intervention est beaucoup plus complexe. Une construction de toute la hauteur du bâtiment aménagée sur un quart de la spirale fait passer le spectateur alternativement devant puis derrière un jeu de miroirs. Devant : le quart manquant de la spirale est virtuellement restitué par la réflexion des miroirs . L’effet dramatique est saisissant. Se jouant de notre perception, les limites de l’installation se confondent avec la spirale réelle, et serait presque invisible si...on ne se voyait pas dedans, à l’autre bout de l’hélice. Une étrange démultiplication qui met le spectateur au cœur de l’œuvre.Quand à la verticale virtuelle, l’angle à 90° du miroir indique précisément l’œil de ce parfait cyclone, mais aussi l’angle de la 89ème rue et de la 5ème Avenue : une manière de renverser les proportions en introduisant New-York au centre du musée. Derrière : En montant ou descendant la spirale, le spectateur passe derrière l’œuvre, découvrant sa structure (panneaux de bois, échaffaudages). Autre hommage à la ville et à son architecture (brownstones, cast-irons, railroads)

La verrière en rosace dessinée par Wright, au sommet de la rotonde, les fenêtres des galeries Thannhauser se transforment en vitraux aux couleurs primaires chromatiques, contrastant avec le blanc épuré du lieu. Ainsi, de la verrière, la lumière zénithale prend différentes teintes de rose selon l’heure et le temps new-yorkais et transforme la perception de l’installation de manière aléatoire. « Pour moi, a dit Daniel Buren, il y a peu d’autres choses indicibles dans l’art que la couleur (…) et la combinaison des sensations et du jeu avec l’espace. »

 

 

Buren by Buren

 

Cà et là, des  « videos-souvenirs » offrent le moyen de connaître ou de se remémorer les quarantes années de création de l’artiste français. Depuis toujours, Daniel Buren fait de la ville un terrain privilégié d’interventions artistiques : « J’ai décidé que la ville toute entière serait mon atelier et aussi le support de mon travail. » (Les Inrockuptibles – 2000), dans une recherche de cohérence entre l’œuvre éphémère et le lieu pérenne. De nombreuses oeuvres « in situ » donc, affichage urbain plus ou moins sauvage, à New-york, Chicago ou Paris, colonnes rayées dans un lieu patrimonial (le Palais Royal à Paris, bien sûr !), architectures revisitées dans des tas de MAC de France... partout il zèbre l’espace public de ses rayures radicales.

Et ses rayures, justement ? Le long de la spirale, tous les 8,7cm exactement (son nombre d’or ?), s’inscrit une courte rayure verte du plus bel effet, comme un ouvrage de dame, un jour échelle consciencieusement placé pour habiller la chose..et parce que Buren sans les rayures, ce n’est pas concevable ! Un « Mur de peintures » se chargera de nous le rappeler, en même temps que la dimension conceptuelle de son œuvre."

 

 

db-sans-titre-Copyright-maxime-dufour.jpgEt puis, en 2006, j'eus à nouveau l'occasion de m'intéresser au travail de Daniel Buren, lorsque Lille3000 (émanation de Lille2004) me commanda les textes de l'exposition artistico-scientifique "Futurotextiles", pour qui Buren réalisa une pièce assez extraordinaire de soierie lumineuse à fibres optiques avec la Maison Cédric Brochier, ..à rayures rouges et blanches évidemment!

 

 

 

Photo 1: "Photo-souvenir" - Daniel Buren- Photo 3: copyright Maxime Dufour

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