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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 00:08

Voir débarquer Peter Greenaway et son équipe dans l'Eglise Sainte-Marie Madeleine fut en soi une expérience. Hermétique. Je n'ai pas compris tout ce qui se tramait ici, entre mise en scène, installation, performance, et chorégraphie.

"Wash and Travel" devait à la fois être une installation théâtrale-performance chorégraphique avec Saskia Bodekke, qui avait d'abord été monté dans la Rotonda della Bassana de Milan. L'oeuvre prenait aussi appui sur le projet cinématographique "Tulse Luper", l'histoire en plusieurs épisodes d'un criminel récidiviste qui aurait traversé le siècle en traversant le monde, laissant ça et là quelques 92 valises mystérieuses au contenu non moins mystérieux.

 

Le résultat fut à la hauteur de l'esthétique maniérée de l'auteur: une oeuvre totale, grandiose, mystique, et, à mon sens, une réussite.

 

Je rédigeai quant à moi ce court texte pour présenter l'installation:

 

   

 

"Pénétrer dans l’univers de Peter Greenaway peut paraître difficile, tant ses oeuvres, cinématographiques et picturales semblent nourries de références abondantes, complexes et érudites.

 

Le cinéaste gallois à la filmographie hors du commun offre ici aux visiteurs l’occasion d’approcher son monde, ses obsessions, sa réflexion sur la numération du monde, en recréant l’atmosphère de « Drowning by numbers ».

Dans ce film de 1988, une mère et ses deux filles faisaient disparaître leurs maris respectifs en les noyant, entrainant le spectateur dans un jeu de piste sur le mode de l’inventaire, de 1 à 100.

Les deux éléments fondamentaux du film, l’eau et le nombre, sont au cœur de l’installation :l’eau, s’écoulant en paysage sonore, mais aussi remplissant des baignoires ; le nombre, dans le choix du nombre de baignoires (12) et de valises, 92, chacune étiquetée et remplie d’objets divers : charbon, jouets, photos, lettres, stylos usés, outils…

 

greenaway2.jpg

 

 

 

Cette installation, apparemment hermétique, révèle en réalité les préoccupations philosophiques et esthétiques de Peter Greenaway. Ainsi, le contenu hétéroclite des valises marque l’intérêt de l’auteur pour l’inventaire, la collection, le catalogue, le recollement, dont Diderot et D’Alembert sont, pour Peter Greenaway, les maîtres.

Puis importe le nombre, comme instrument de construction et de narration, ou plus exactement, comme moyen d’ « évacuer la narration » : « Compter représente la forme de narration la plus simple et la plus primitive.1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Un récit avec un début, un milieu et une fin, un sens dans la progression - parvenir à deux chiffres- un but réalisé, un dénouement atteint. »

Bien que Peter Greenaway affirme ne pas « penser les nombre en termes mystiques », il a choisi 92 valises, 92, comme le nombre atomique de l’uranium, 92, comme autant de manières dont le monde pourrait finir, en référence à son film de 1980, « The Falls ». 

Avec cette installation, on pénètre donc dans un univers extrêmement symbolique qui, pour être compris, demande un travail de déchiffrement, suscitant par là même une réflexion sur le processus de construction d’un univers artistique."

 

Le cinéma de Greenaway fut et reste pour moi une fascination, évidemment esthétique,  depuis Zoo, le Ventre de l'architecte, The Baby of Macon ou the Pillow Book, jusqu'à la Ronde de Nuit. Le projet multimedia Tulse Luper Suitcases atteignant peut-être les limites de la complexité d'un propos, et d'une certaine forme de maniérisme, n'a, me semble-t-il, pas reçu l'accueil que Greenaway espérait.

 

Photo Lille2004 

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commentaires

M
great
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