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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:06


A l'occasion de la sortie du film "Home", dont on dit le plus grand bien éducatif, je me suis souvenu de cet article que j'avais écrit en 2005 pour le webzine lafactory.com. A l'époque, Yann Arthus Bertrand essuyait de violentes critiques sur ses méthodes, que je ne trouvais pas réellement justifiées.
Aujourd'hui, il semble que le travail de ce photographe recueille un intérêt unanime - on voit à quel point le souci écologique a changé en quelques années- même si des esprits cyniques soulèvent la bien-pensance de son discours. Le cynisme, j'aime assez, de là à en faire l'étalon de tous les jugements, c'est un peu facile. A force de ne pas vouloir tomber dans le politiquement correct, on finit par devenir très con. Pour autant, je ne suis pas farouchement militante de l'écologie, pour les raisons d'ordre ontologique que j'explique dans ce texte.




Yann Arthus-Bertrand, chevalier du ciel

Depuis près de dix ans, les photographies de « La Terre Vue Du Ciel » ont fait le tour du monde et ont été vues par des millions de personnes. Cet été , plus d'une centaine d'entre elles, dont une quarantaine d'inédites, font escale dans un écrin de verdure au cœur du pays tourangeau. Au domaine du Château de la Bourdaisière, natures et cultures s'exposent, dans un extraordinaire foisonnement de couleurs et de paysages, de ceux qu'on ne voit pas d'ici-bas.

 

Un parcours initiatique


D'image en image on découvre le monde tel qu'on ne l'a jamais vu, tel qu'on risque de le perdre. Car sans ambiguïté, et avec une certaine modestie, Yann Arthus-Bertrand s'affirme davantage photoreporter que photographe d'art. Le projet initial, chapeauté par l'UNESCO, est bel et bien de constituer une banque d'images de la Terre, un inventaire de ses écosystèmes vus du ciel, de réaliser une sorte d' état des lieux de la planète. Un projet à l'essence clairement écologique, destiné à informer, alerter, responsabiliser le public, partant de l'idée qu' « on ne protège bien que ce que l'on connaît bien ».

 

La beauté des paysages pourrait être un bonus, l'essentiel étant que cette Terre est la « notre », et qu'il nous appartiendrait de la sauvegarder pour les générations futures, selon un « principe de responsabilité » cher au philosophe Hans Jonas. Il s'agit d'abord de prendre conscience des dangers que « l'agir humain » de l'ère moderne fait peser sur l'environnement et donc, sur la perdurance de l'humanité. Ce ne sont pas les images du monde qui sont belles, dirait Yann Arthus-Bertrand, mais le monde lui-même, qu'il saisit au vol, et dont il cherche à montrer la puissance et la fragilité.

Mais il se trouve que la beauté des images de Yann Arthus-Bertrand, et la beauté du monde, paysages ou activités humaines, qu'il photographie ne sont nullement en supplément. Elles sont au contraire les clés de voûte de ce combat qu'il entend mener. Que l'on soit écolo ou pas, cette beauté ne peut que frapper les esprits et exercer sa séduction comme un moyen d'accéder à la prise de conscience du danger que représente l'impérialisme de l'économie dans le monde des humains. Voir le beau conduit à en saisir la valeur, à l'aimer, et du beau au bien il n'y a qu'un pas. Celui qui consisterait à comprendre que pour conserver cette beauté, il nous faut « bien agir », c'est-à-dire, protéger cette beauté. Vouloir protéger cette beauté revient à nous protéger nous-mêmes, à faire « notre » bien. CQFD. Et pour renforcer ce mouvement espéré des esprits, se glissent çà et là des images saisissantes de contrastes, catastrophes naturelles dues au réchauffement de la planète, Tchernobyl déserté, camps de réfugiés, bidonvilles installés sur des décharges ou avions militaires abandonnés dans le désert.

Que toutes les images ne soient pas « belles », au sens où on ne peut trouver essentiellement belle une image de camp de réfugiés au Kosovo, même si la photo est bonne, est pour le photographe une manière d'écarter un danger : qu'à défaut d'alerter le monde sur l'état de la planète, on ne retienne de son travail que la dimension esthétique.



La « responsabilité » en question


Si ces photos constituent aussi un inventaire de la diversité des activités humaines, en montrant donc la richesse et la pauvreté, la guerre et la paix, la survie et la surpopulation, elles n'en sont pas que témoins, bien qu'objectivement présentées. L'empathie, la compassion, la reconnaissance de l'altérité, qui pourraient bien être les premiers et ultimes fondements d'une morale authentiquement altruiste, apparaissent comme un autre nerf de la « guerre » humaniste à laquelle Arthus-Bertrand participe à sa manière.

 

« Aujourd'hui, je ne vois pas comment on peut ne pas être écologiste » dit le photographe dont l'engagement en faveur du développement durable est sans faille. Ne pas être écologiste aujourd'hui ? Rien de plus facile ! Il suffit de ne pas se sentir responsable ! Et il serait réducteur de penser que ne pas assumer la portée de ses actes revient à un simple égoïsme irréfléchi. Au-delà de l'idée, dont on perçoit immédiatement l'évidence, d'un monde où le profit, matériel, ici et maintenant, est roi, au détriment de toute autre considération à venir, apparaissent d'autres questions. Car pour se sentir responsable, il faut se reconnaître des obligations et des devoirs. Envers qui et en vertu de quoi ? Lorsqu'en 1979, le philosophe allemand Hans Jonas publie « Le Principe responsabilité », esquissant une nouvelle éthique fondée sur la nécessité d'agir « de façon que (notre) action soit compatible avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre », il soulève en même temps des problèmes, toujours aigus aujourd'hui.

 

Pour vouloir protéger l'environnement, il faut d'abord considérer la terre comme    « biosphère », c'est-à-dire, lieu de VIE, et de la notre en particulier. Autrement dit, à moins de fétichiser la nature, ce n'est pas pour elle-même que nous devons la protéger, mais pour nous. Quel nous ? Non pas celui d'aujourd'hui ou de demain, mais pour les « générations futures » comme on dit. Abstraction qu'il n'est pas bien difficile d'ignorer, car cela revient à devoir se sentir responsable d'êtres « potentiels" qui n'existent pas (encore). De même qu'il est facile de fermer les yeux sur des massacres lointains, il est tout aussi facile, poussé par des impératifs économiques et présents, de ne pas se sentir concerné par ce qui adviendra de nos arrières- petits-enfants, dans cent cinquante ans...Sauf que...Aujourd'hui, le danger est au plus près, déjà dans nos assiettes et l'air que nous respirons.

Plus radicalement, pour se préoccuper sérieusement du devenir humain, encore faut-il s'accorder sur le postulat de la nécessité de l'existence humaine. Que l'humanité doive à tout prix continuer d'exister n'est nullement une évidence. Il faudra beaucoup plus d'amour, au sens le plus fort, de souci de soi, pour que chaque humain, convaincu que l'humanité mérite de subsister, agisse pour l'humanité, et sauve la nature qui l'accueille. Là est sans doute le plus gros projet de l'humanité pour le siècle à venir, et il y a du boulot !

Les photos de Yann Arthus-Bertrand continuent de parcourir le monde, porteuses d'un message si simple qu'on en oublie la profondeur : Ah ! Que la vie est belle !


« La Terre vue du Ciel » - Yann Arthus-Bertrand
Château de la Bourdaisière - 37270 Montlouis-sur-Loire
Tarifs : 6, 50/ 5,50/ 4,50 gratuit pour les - de 18 ans et groupes scolaires
Jusqu'au 30 octobre 2005
www.yannarthusbertrand.org



Ce texte avait été lu par Yann Arthus-Bertrand, et sa femme (je crois) m'avait envoyé un petit mot gentil...

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