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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 20:10
RENAITRE - Un solo show de Yancouba BADJI, à la Galerie TALMART

Outre le retour de la galerie Talmart, apèrs 7 ans d'absence, je suis ravie de pouvoir y signer le commissariat du premier solo show à Paris de l'artiste sénégalais Yancuba Badji, que je soutiens depuis 2018.

A la Galerie Talmart, donc, à Paris, on peut découvrir ou redécouvrir des oeuvres anciennes, la désormais iconique oeuvre Lapa Lapa, et plusieurs toiles récentes de grand format.

On peut également y lire le texte que j'ai écrit pour l'exposition, présenté ci-dessous, ainsi qu'un texte écrit par Marc Monsalllier, de retour de quatre année à Saint-Louis du Sénégal.

On pourra, enfin, découvrir à Paris, à l'Entrepôt dans le 14e ou au Luminor, à deux pas de la galerie, le film déjà multi primé de Sophie Bachelier et Valérie Malek, "Tilo Koto", dont Yancouba Badji est le "héros".

Lapa, Lapa - Yancouba BAdji

Lapa, Lapa - Yancouba BAdji

La vie de Yancouba Badji n’est pas moins romanesque qu’un film, et le film documentaire de Sophie Bachelier et  Valérie Malek, dont il est le “héros” - à l’affiche aujourd’hui partout en France, et que cette exposition accompagne- opère la mise en abîme d’un destin à la fois terriblement ordinaire, celui d’un migrant sur la route de la mort ou de la survie, selon, et sublime: celui d’un homme renaissant de drames que l’occident a oublié, le pinceau comme arme et résilience, un autre film, une histoire dans l’histoire.

En 2018, je rencontrai Yancouba Badji pour la première fois, à Saint-Louis, au Sénégal. En plein tournage de Tilo Koto, il cherchait, avec Sophie Bachelier, à rejoindre sa Casamance natale en moto, pour y tourner les dernières séquences de ce film qui documente et narre son voyage, son aventure, son périple, son errance achevée.

Européenne pour qui, quelque compassionnelle que l’on puisse être, le “drame des migrants” n’avait jamais été autre chose que des images, d’une certaine manière abstraite, saisies dans les médias, rencontrer Yancouba Badji fut comme une déflagration. Soudain, son regard, son sourire, sa voix, la manière dont, silencieux d’abord, il s’ouvre peu à peu et parle, non pour se jeter dans un récit malheureux mais pour exprimer, avec force et conviction, ce en quoi il croit, et son souci politique: voici un homme, une épiphanie, comme aurait dit Levinas. Après cela, le migrant mourant dans les flots bleus de la Méditerranée devenue noire de ses gisants, ne peut plus jamais être, à la façon du “on” heideggerien, une abstraction. Par sa présence sans relâche, dans ses expositions, les débats que suscitent Tilo Koto, Yancouba Badji incarne toute une humanité, toute l’humanité.


 

Cette anecdote est devenue comme un fil conducteur de ce à quoi il est destiné: lorsque Sophie Bachelier demanda à Yancouba, alors détenu en Tunisie, ce dont il avait besoin, il lui répondit: “des pinceaux et de la peinture”.


 

" Si je vais en enfer, j'y ferai des croquis. D'ailleurs, j'ai l'expérience, j'y suis allé et j'ai dessiné " 

Boris Taslitzky


 

Par la peinture Yancouba Badji donne à voir ce qui est aujourd'hui un des rares -sinon le seul- témoignages artistiques connus de l’errance migratoire dans laquelle est jetée une partie de l’humanité du 21ème siècle.

Il y a bien sûr chez Yancouba Badji, comme chez d’autres avant lui dans l’Histoire, quelque chose de cette inextinguible force qui pousse à créer pour résister, résister à l'ennemi, résister à la destruction, faire acte de vie, de survivance, ce sentiment de nécessité de créer pour porter témoignage et  restituer au  monde une image de l'inimaginable. Peindre l’horreur, mais pour qui? Pour ses compagnons d'infortune, pour ses compatriotes, pour nous qui découvrons peut-être ici et autrement la  face sombre et bien réelle du destin de milliers d’humains pris dans les filets d’une histoire géo politique devenue la leur par force.


 

Peindre pour nous, peindre pour lui.


 

Car Yancouba Badji est peintre, ici se tient son essence, son salut, l’arme de sa perdurance et de sa renaissance. Par sa peinture il s’est fait vainqueur du soleil et de la mort, qu' il a regardé en face. Quoiqu'il advienne, et déjà depuis l’enfance, il porte en lui cette fiévreuse urgence de produire des images, des formes et des représentations, de poser sur la toile sa vision d' un monde, d'abord celui qu’il a connu et le hante encore, mais plus encore, d’interpréter la trace d’une réalité, d’un récit humain individuel, débordant l'autobiographie, et à la portée forcément universelle. Ainsi, au-delà du témoignage précieux qu’elle représente, et de sa dimension résiliente, l'œuvre en éclosion de l’artiste Yancouba Badji se dessine aussi et surtout comme la promesse d’un regard singulier, brillant, qui jamais ne s’accomodera du monde tel qu'il est.


 

RENAITRE - Un solo show de Yancouba BADJI, à la Galerie TALMART

RENAITRE

Solo Show de Yancouba Badji

Commissariat: Marie Deparis-Yafil

Galerie Talmart

22 rue du Cloitre St Merri

75004 Paris

Jusqu'au 15 Janvier 2022

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