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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 11:48

Deuxième jour de visite, on continue ! Cette introduction à l'exposition au travers de l'évocation de la carte et des cartographies du monde passe par cette petite pièce de Brankica Zilovic.

Dans un autre contexte spatial, j'aurai opté sans doute pour un de ses grands planisphères  mais ici, faute de place, j'ai choisi cette oeuvre plus intime faisant partie d'une série intitulée "No longer mine".

 

J'avais eu l'occasion d'écrire un long texte sur le travail de Brankica Zilovic lors de sa dernière exposition personnelle à la Galerie Laure Roynette, et notamment sur cette série et ce sentiment étrange qu'elle partage avec nombre de ses compatriotes de "venir d'un pays qui n'existe plus", comme a pu le dire Marina Abramovic

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

Ici est mise en avant la dimension onirique et poétique de l'appropriation du langage cartographique par les artistes et de la manière dont ils produisent ainsi une interprétation, une vision du monde, dans lequel le déplacement est essentiel. C'est aussi un clin d'oeil à tout ce qui se rapporte à une littérature: récit de voyage, odyssées et épopées, livres d'aventures...

 

Brankica ZILOVIC

No longer mine 12 – Broderie sur livre – 19 x 25 cm – 2019 – Courtesy l'artiste et Galerie Laure Roynette, Paris

Cette œuvre délicate de l'artiste serbe Brankica Zilovic opère la rencontre du la carte et du fil, ouvrant à un univers propice au rêve, à la poésie. La relation de Brankica Zilovic avec les cartes et les territoires commence à l'orée de «La Pangée» (son premier «planisphère», 2011) et se poursuit depuis, inlassablement. En parfois très grands formats ou de manière, comme ici, plus intime, elle explore les frontières, les fractures, les schismes, les rifts, les mers et les territoires. Comme d'autres artistes contemporains, et malgré Google Maps, la carte agit sur elle comme un objet de question et de représentation, non pas tant du réel que d'un espace mental, d'une projection de l'ordre de la mémoire, de l'imaginaire et du désir. Autrement dit, la carte fait toujours rêver. Cette vision sélective, subjective, et poétique de monde pourrait s'appréhender comme une riposte à l'abstraction et à la dématérialisation du monde contemporain. Elle rend un territoire, fusse-t-il fictionnel, mais visible, à un monde paradoxalement en invisibilité, «sans corps ni visage» (N. Bourriaud). Ces cartes-là parlent d'un monde ouvert, et multiple, un «Tout Monde», comme le définissait Edouard Glissant, penseur auquel elle aime se référer. Sa réflexion, comme sa pratique, prend appui sur cette idée d'interpénétration des cultures et des imaginaires, d'un monde qui perdure et/mais qui change, d'où son vif intérêt pour les images d'ici et d'ailleurs, les cartes et les livres, son insatiable curiosité de tout, qu'elle assouvit dans ses voyages, histoire de vérifier que la terre est bien «en partage pour tous». Ses œuvres sont à l'image de ce monde-là, mouvantes, chaotiques. Par le travail de la broderie et des fils, les éléments s'y croisent, se rencontrent, surgissent, disparaissent, se transforment. Et en brodant des livres anciens de cartes, laissant s'échapper du bleu de la mer des fils pareils à des torrents, elle les réactive d'une certaine manière. Objets de savoir et d'imaginaire en passe de disparaitre dans le vortex numérique, ils persistent et redeviennent, par l'art, objet d'une transmission et d'une histoire.

Au premier plan, oeuvre de Bogdan Pavlovic, à découvrir demain...

Au premier plan, oeuvre de Bogdan Pavlovic, à découvrir demain...

Brankica Zilovic travaille à partir de matériaux issus de l'univers du textile , lesquels donnent lieu, au moyen d'installations et de configurations picturales, à des pièces mêlant biographie individuelle et collective. Marquée par les paysages enneigés des Alpes dinariques de son enfance aussi bien que par le contexte et l’histoire de la Serbie, elle coud, tisse ou brode des compositions réticulaires qui prennent l’allure de paysages mentaux. Ses travaux s’inscrivent ainsi à la croisée de considérations individuelles et de préoccupations historiques voire politiques. Depuis plusieurs années, elle développe un travail parfois monumental et parfois plus intime autour de la cartographie dans lequel elle développe une sorte de sémantique du fil. Elle expose régulièrement en France et à l'étranger. Parallèlement à sa pratique artistique, elle dispense des cours dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur, à Paris, et aux Beaux-Arts d'Angers.

Née en 1974 en Serbie, Brankica Zilovic vit et travaille à Paris.

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