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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 11:12
Dimitri FAGBOHOUN – Nkissi Pi , portrait de Picasso– Céramique émaillée, disque de laiton, 10 x 10 cm sur 40 cm de diamètre, 2017 – Photo: Marco Godinho

Dimitri FAGBOHOUN – Nkissi Pi , portrait de Picasso– Céramique émaillée, disque de laiton, 10 x 10 cm sur 40 cm de diamètre, 2017 – Photo: Marco Godinho

Dimitri FAGBOHOUN – Nkissi Pi , portrait de Picasso– Céramique émaillée, disque de laiton, 10 x 10 cm sur 40 cm de diamètre, 2017 – Avec l'aimable autorisation de l'artiste

 

Cette céramique, qui ressemble à un masque traditionnel fait partie d'un ensemble d'oeuvres que l'artiste a intitulé « Recollection », du latin recolligere : revenir à soi. « L'idée», explique-t-il, est de se réapproprier les œuvres d'art issues des traditions africaines, et qui ont influencées l’art ou la pensée occidentale (Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Michel Leiris, le cubisme, le surréalisme...)(...) Elles me paraissent être des « immigrés » au même titre que moi, artiste issu de la diaspora africaine en Europe. Il s’agit donc ici de s’interroger sur leur influence, leur perception, leur force d’inspiration dans le contexte actuel, à l’instar de Jean-Michel Basquiat qui disait "Picasso est venu à l'Art primitif pour redonner ses lettres de noblesse à l'Art Occidental et moi je suis venu à Picasso pour donner ses lettres de noblesse à l'Art dit primitif », et de réinterpréter ces oeuvres africaines ayant fait l’objet d’une captation. ». Dimitri Fagbohoun s'intéresse ainsi à la production de ces objets et au-delà, à la manière dont les occidentaux, au travers de l'histoire du colonialisme et de l'histoire de l'art s'y sont attachés, comme forme d'art mais aussi comme commerce. En produisant à son tour des objets dits “fétiches”, dans une techniques différente, la céramique émaillée, il cherche à se “réapproprier” ces objets culturels et rituels. Le matériau utilisé, la céramique, est lui même partie prenante de ce processus, par la transformation, alchimique, de la terre par le feu.

« L’art nègre ? Connais pas » aurait dit Picasso en 1920 à un critique d’art. C'est que l'intérêt de Picasso pour ces arts dits « primitifs » n'était pas ethnographique, ni même à proprement parler esthétique: "Ce n’est pas un processus esthétique, c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreur comme à nos désirs." Et Picasso, comme Matisse ou Derain, fut un des premiers à voir dans ces masques et statues des oeuvres d’art, plutôt que des curiosités folkloriques. Pourtant, si Guillaume Apollinaire réclamait dès le début du 20ème siècle que les arts africains et océaniens fassent leur entrée au Louvre, ce n'est qu'au début du 21ème siècle, que la question de leur monstration, et au-delà de leur restitution, est prise au sérieux.

Ce portrait de Picasso se veut ainsi un clin d'oeil, une sorte de "retour à l'envoyeur".

 

Dimitri Fagbohoun est né en 1972, à Cotonou, au Bénin, d'un père béninois et d'une mère ukrainienne. Il grandit au Cameroun avant de s'installer en France. Dans son oeuvre, il projette son identité composite et transculturelle, remettant en question la définition désormais «anachronique» de «l'Africain» et ce que cela représente dans la mémoire commune aujourd'hui. Les thèmes et les questions qu’il aborde sont à l’image de son parcours et son histoire, à cheval sur les frontières géographiques et artistiques. Son travail protéiforme, par les formes hétérogènes qu’il utilise, vidéo, photographie, installation, exprime un rapport aux identités et à l’histoire dans lequel son écriture dérange les modèles qui les constituent. Depuis 2014, il s’interroge sur les œuvres d’art classique (africaines) qui ont influencées l’art ou la pensée occidentale. En 2017, pour le projet « Recollection », il a reçu le Smithsonian Fellowship Award du Smithsonian National Museum of African Art à Washington. DC . Son travail a été présenté internationalement (Londres, Moscou, Berlin, Montréal, Sao Paolo, Dallas, Cuba, entre autres), et exposé en Afrique (entre autres) dans le cadre de la Rencontre de Photographie Africaine à Bamako (Mali) en 2007 et 2011, le Festival Panafricain à Alger en 2009 et la Biennale de Picha au Congo en 2010 et à la DAKART biennale OFF 2012 et 2016.

 

Autres oeuvres: au desus, affiche de Philippe Cazal, dans la vitrine, dioramas de Curtis Santiago

Autres oeuvres: au desus, affiche de Philippe Cazal, dans la vitrine, dioramas de Curtis Santiago

Le Pavillon de l'Exil 03- Escale à Saint-Louis, Sénégal

Du 28 avril au 3 juillet 2018

Institut Français de Saint-Louis – Galerie du Fleuve

Commissaires : Marie Deparis- Yafil et mounir fatmi

Nkissi Pi - Dimitri Fagbohoun - Pavillon de l'Exil 03 / Escale à Saint-Louis Sénégal
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