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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:55
Terra- Pierre de Semond, gravure, 100 x 56 x 10 cm, 2014 - Courtesy de l’artiste de la galerie Loevenbruck, Paris

Terra- Pierre de Semond, gravure, 100 x 56 x 10 cm, 2014 - Courtesy de l’artiste de la galerie Loevenbruck, Paris

Sous le magnolia du deuxième cloître, une pierre tombale été déposée. On en découvre, en s'approchant, l'étrange épitaphe...

«Selon les nouvelles données de l’astrophysique, notre planète a quatre milliards cinq cent quarante millions d’années et sa mort surviendra dans quelque six milliards d’années. (Inutile de s’inquiéter, de toute façon les dernières traces de vie sur Terre auront disparu d’ici cinq cent millions d’années.) Étant donné l’évolution du système solaire, la Terre sera engloutie par le Soleil qui sera devenu une géante rouge. Le Soleil se dilatera alors jusqu’à l’orbite de la Terre. C’en sera terminé de Mercure, de Vénus, de la Terre et, pour finir, de Mars aussi. Les autres planètes seront vouées à un avenir très, très chaud.

Après le célèbre Socle du monde de Piero Manzoni, où l’artiste plaçait la planète entière dans un contexte sculptural, je crois qu’il est temps de franchir une autre étape et d’envisager la sculpture dans le contexte de notre système solaire, en tenant compte de la quatrième dimension temporelle. Il serait bon, je pense, de dédier à notre Terre une pierre tombale personnelle. Sans attendre davantage, parce que l’humanité ne vivra pas jusque-là».

Werner Reiterer, juin 2014

L'artiste autrichien Werner Reiterer excelle dans l'art du contre-pied. Drôle, dérangeant, impertinent, son travail est une «entreprise de démystification de nos réalités quotidiennes», entre absurde, humour et poésie.

Ses oeuvres questionnent la condition humaine sous toutes ses dimensions. Obsédé par la mort, il cherche à la traiter de manière irrévérencieuse, pour mieux s'y confronter. «L'astuce, c'est de traiter la mort avec un parfait aplomb, sans respect. On a besoin de la devancer pour pouvoir se retourner soudain et lui tirer la langue!»*. Il développe ainsi un univers dont il masque la gravité par la facétie, l'effet de surprise, l'esprit. Ici, présente-t-il une excavation comme « l'entrée du centre de la terre », là, dans une intervention in situ reprise dans The Site Specific Mobiles, Boarding, 2012, il accroche dans une église un panneau lumineux indiquant l'heure d'embarquement pour le paradis, ou encore, ailleurs, une pancarte divine indiquant sèchement que le ciel est fermé, plus loin, une inscription en os évoquant l'anorexie...Sur une table, entre une auréole en néon et un téléphone qui sonne à intervalles réguliers, Dieu a laissé un mot : « Will be back in 5 minutes, God ! » Autant de jeux d'images et d'esprit, oscillant entre le comique, le cynique et l'absurde. Et, dans cette opération de démystification et de détournement, le spectateur est souvent pris à parti, placé dans des situations déroutantes aux limites de l’absurde. Né en 1964 à Graz en Autriche, Werner Reiterer vit et travaille à Vienne.

 

 

* Werner Reiterer, « Werner & Reiterer & Conversation, Collage d’entretiens divers », in Text(e)s, Editions Loevenbruck, Paris, 2009, p.190

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