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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 11:25

Ernest Pignon-Ernest

« Ecce Homo VI », Impression numérique, Edition de 6 + 1 EA ex. EA,  enc. 143 x 113 cm, 2012 - # W17841

« Linceul IV », Impression numérique, Edition de 6 + 1 EA ex. EA,  enc. 143 x 113 cm, 2012 - # W17859

Courtesy l’artiste et galerie Lelong, Paris


 

W17859LinceulIV.jpg

 

Désaffectée depuis 2009, la prison Saint-Paul à Lyon a « ouvert » une dernière fois en septembre 2012 pour les journées du patrimoine. Ernest Pignon-Ernest et d’autres artistes ont été invités à y intervenir.

« Avant que la transformation des lieux en campus ne provoque une amnésie collective, j'ai tenté d'y réinscrire par l'image le souvenir singulier d’hommes et de femmes, célèbres ou inconnus, qui y ont été torturés ou exécutés. Dans différents couloirs, cellules, cours, je me suis efforcé d’inscrire leur visage, leur corps, d’y introduire le signe de l’humain. La prison Saint-Paul de Lyon n'est pas une prison ordinaire. Klaus Barbie y a sévi. Jean Moulin, Raymond Aubrac, de nombreux résistants y ont été emprisonnés. Au cours de l'automne 1943, deux jeunes résistants y ont été détenus et guillotinés sur ordre de Vichy. » explique Pignon-Ernest. « Dans cette architecture carcérale du XIXème siècle, les murs affirment leur poids, leur pesante épaisseur ; poids de pierres, de blindage, poids d'histoire et de douleur aussi… Les murs sont coiffés de ces dentelles d'acier aiguisées et redoutables que sont les barbelés auxquels, dérisoires, pathétiques, sont accrochés, comme des insectes dans une toile d'araignée, des lambeaux de vêtements, de couvertures et des dizaines de « yoyos », ces bouteilles de plastique qu'avec l'aide d'une ficelle les détenus tentent de faire passer, en les balançant de fenêtre à fenêtre. Cette image de yoyos pendus, la lecture de souvenirs publiés et quelques dialogues avec d'anciens détenus m'ont suggéré le dessin de multiples yoyos, signes de colère, de désir, de culpabilité, de désespoir, d'amour… »

 

Ernest Pignon-Ernest, né en 1942 à Nice, vit et travaille à Paris. Depuis plus de quarante ans il invente des images qu’il appose sur les murs des cités. Aujourd’hui, il est unanimement reconnu comme un précurseur, avec Daniel Buren et Gérard Zlotykam de l'art urbain en  France. Précurseur donc, dès 1966, de ce que l'on nomme désormais le «street art», ses interventions métamorphosent, perturbent, révèlent les lieux et les événements qu'il a précisément choisis. Inscrits de nuit dans des contextes pour lesquels ils ont été conçus, ses dessins s'apparentent à des fictions surgissant par effraction dans le champ du réel et qui en bouleversent autant l'appréhension que les perspectives et les habitudes. Car il s'agit d'actions qui excèdent la simple exposition en extérieur, qui entendent susciter ou ressusciter, à la manière d'un poète voire d'un anthropologue, tout un jeu de relations complexes, enfouies, oubliées, parfois censurées. «Je ne fais pas des œuvres en situation, dit Ernest Pignon-Ernest, j'essaie de faire œuvre des situations.»

 " Au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J'essaie d'en comprendre, d'en saisir à la fois tout ce qui s'y voit : l'espace, la lumière, les couleurs... et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l'histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique... Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d'un corps à l'échelle 1). Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique..."  Ainsi, du plateau d'Albion à Certaldo, de Charleville à Paris, de Naples à Alger, de Nice à Soweto, du Chili à la Palestine... Ernest Pignon-Ernest change les rues du monde en œuvres d'art éphémère. Certaines de ses images, notamment les fusillés de la Commune et son Rimbaud vagabond, reproduites à des centaines de milliers d'exemplaires, sont devenues de véritables icônes des temps modernes.


"Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat


Fête de l'Humanité  

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 11:23

Gastineau Massamba

« 46664 Robben Island » -  installation de 18 œuvres fixées au mur : toiles de lin sur chassis, papiers journaux cousus, toiles noircies à la fumée, 40 x 40 cm chaque toile, ensemble de cadenas  au sol, dimensions variables, 2014, courtesy de l’artiste et Galerie KO21

 

De-tail-3.jpg

 

Cette œuvre de l’artiste congolais Gastineau Massamba, réalisée spécifiquement pour l’exposition, évoque le plus célèbre, le plus iconique des prisonniers politiques : Nelson Mandela. « 46664 Robben Island » fait à la fois référence au matricule de prisonnier de Nelson Mandela depuis le début de sa détention en 1964 jusqu'à sa libération en 1990, numéro encore utilisé comme référence honorifique, et au nom de l’île, au large du Cap, où était bâtie la prison dans laquelle les opposants noirs au régime d'apartheid, condamnés à de longues peines, furent internés (dont notamment trois futurs présidents sud-africains : Nelson Mandela, Kgalema Motlanthe et Jacob Zuma). Sur ses 27 années d’emprisonnement, Nelson Mandela en passera 19 à Robben Island, refusant toujours l’exil, continuant de militer par-delà les barreaux de sa cellule, malgré la mise à l’isolement, l’interdiction de lire les journaux ou d’écouter la radio.

En octobre 1989, le nouveau président de l’Afirque du Sud, De Klerk fait libérer sept dirigeants de l'ANC. Puis il annonce la légalisation immédiate de l'ANC et du Parti communiste sud-africain. Les exécutions capitales sont suspendues. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990. À 71 ans, il commence une autre vie…

En 1996, Robben Island cesse définitivement ses fonctions de centre pénitentiaire. L'île prison se visite aujourd'hui comme un musée. Les guides sont d'anciens détenus qui racontent comment on y suivait des cours par correspondance ou comment lors des promenades obligatoires on parlait droit ou histoire du pays .

A propos de son œuvre, Gastineau Massamba écrit : « Comme la lumière, les idées de Nelson Mandela se sont posées sur le monde et ont éclairé mon œuvre. Mes toiles représentent des petites cellules à l’image de celle où était enfermé Mandela. Certains de mes personnages sortent du cadre et font apparaître des coupures de journaux qui représentent ou devraient représenter la parole qui circule. Les corps découpés deviennent des petites langues que lʼon voudrait faire taire, cadenasser. La clé de chaque cadenas peut servir à lʼouvrir ou le fermer. Serviront-elles à libérer nos pensées ou, à l’image de Gérard Ludi, à les enfermer. Mon œuvre donnera la possibilité à celui qui la regardera d’ouvrir sa relation à l’autre en sortant de sa case.

Cette oeuvre rend aussi hommage à tous ses compagnons de lutte et surtout à Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, Denis Goldberg, Raymond Mhlaba, Lionel Bernstein, James Kantor, Elias Motsoaledi, Billy Nair, Bob Hepple, Harold Wolpe et Andrew Mlangeni. »

 

En complément de « 46664 Robben Island », Gastineau Massamba présente, au cours de l’exposition deux performances en collaboration avec Stephanie Bintou Mbaye.

 

 

Gastineau Massamba Mbongo est né en 1973 à Poto-Poto, quartier populaire de Brazzaville, dans la république du Congo. Il fait son apprentissage chez son père, professeur de sculpture et céramique à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Brazzaville, puis les cours au Centre d'Art de la Tsiémé à Talangaï. Il fut sélectionné pour représenter son pays à la Biennale de Dakar en 2004. Aujourd’hui, Gastineau Massamba s’est résolument tourné vers la toile brute, cousant et modelant ses personnages avec du fil noir ou blanc. Sensible à l’injustice, Gastineau Massamba se refuse à un silence coupable. Aussi, dans ses œuvres, la réflexion  politique se télescope avec les images et les mots, n’hésitant pas à aborder les sujets les plus polémiques comme les droits à la sexualité, la violence, l’injustice politique, les vanités humaines, la protection de la nature, ou les enfants soldats. Son travail, marqué par la guerre qui lui a pris des êtres chers, lui permet de se guérir de ses blessures. Ses vanités viennent transcender l’horreur contemporaine. Toute la grâce du monde et toute l’humanité sont là, vivantes face aux ténèbres et à la cruauté.

 

 

"Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 11:22

Estelle Lagarde

Série "Maison d'arrêt": "Le parloir", "Matricule R0013-1", "Le mitard », photographies argentique, 80 x 100 cm chaque, 2010

 

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La série « Maison d’arrêt », dont sont issues les trois photographies présentées ici, a été réalisée en 2010 à la prison Sainte Anne à Avignon, prison désaffectée depuis plus de dix ans.

Au travers de ces images à l’ambiance fantomatique, réalisées à la chambre, l’artiste cherche à exprimer un certain rapport physique entre la prison en tant que lieu réel et l’aura, la mémoire, des personnes qui y furent enfermées. Ces images confrontent la brutalité d’un espace aujourd’hui vide mais encore plein de son ancienne fonction et hanté de son histoire humaine chargée. Au-delà ou au travers de l’atmosphère onirique, elles donnent à voir, certes sous un angle particulier, l’univers carcéral dans ce qu’il est : privation de liberté, solitude, violence latente, qu’elle soit institutionnelle ou générée par la cohabitation et l’enfermement, folie…

Estelle Lagarde raconte sa rencontre avec la prison Sainte Anne :

« 15 novembre – 7h32 – Gare de Lyon – TGV pour Avignon. C’est le grand jour: j’ai rendez-vous avec la prison Saint-Anne. (…)J’entre dans le hall. L’ancien hall. Tout de suite, une grille.

Du hall, trois couloirs. Aucun n’est engageant. Ils semblent se terminer dans une pénombre froide et humide.

La peur commence à monter.

             Me demande encore  pourquoi je viens dans ces endroits. Seule. Qu’est-ce que j’y cherche en fait ?

L’endroit me fascine.

Quelques minutes passent. Ce qui me fascine et me fait peur, c’est tout ce qui s’est passé ici pendant toutes ces années. Ne peux m’empêcher d’y penser. Ressens une trés grande solitude et une trés forte promiscuité mêlées à une violence sourde. Puissance des murs semblant s’écraser contre moi.

Après la visite de dizaines de cellules, je me rends dans les cours de promenades. Ces cours me paraissent à peine plus grandes que les cellules. Toutes de béton, aucune végétation n’y est présente hormis ces herbes sauvages qui poussent entre les pierres comme dans tous bâtiments désertés. Suis stupéfaite des centaines de chaussettes sombres suspendues aux barbelés et remplies d’on-ne-sait-quoi. Elles pendent là telles de vieilles figues séchées et noircies par le temps, sordides témoins d’échanges ratés entre détenus.

Un soudain sentiment de claustrophobie m’envahit. Nulle vision vers l’extérieur, vers la ville.

Je me souviens d’un ciel plombé fermant le cinquième côté de la boîte à promenades. Mon corps me semble trop étroit. Jamais senti ça.

Si, même le ciel, de par la façon dont il est cadré par les bâtiments, ne permet pas l’Echappée, seul l’esprit peut encore le faire ? Je me surprends à penser que si j’étais détenue, je préfèrerai rester dans ma cellule. Mais supporterais-je de rester ainsi enfermée pendant des jours, des mois, des années ? Aucune réponse bien sûr.

Quelque chose se passera ici. Je reviendrai.»

 

Architecte de formation, Estelle Lagarde débute dans la photographie en 1996. Elle réalise des séries photographiques dans des lieux à l'abandon – château, hôpital, maisons promises à la démolition. « Ce n'est pas la poésie des ruines qui l’attire, mais le fait que ces endroits chargés de la présence de leurs anciens locataires constituent des sanctuaires propices à l'évocation d'êtres disparus. »* Ainsi, « Dame des Songes » (2006) et « Contes Sauvages » (2007), évoquaient le deuil et une tentative de retour dans le monde des vivants. Dans Hôpital (2007-2008), les spectres cédaient la place à des êtres de chairs et de sang. Estelle Lagarde y révélait allégoriquement les peurs, le dénuement, l’impression d'être dépossédé de soi, que l'on ressent dans les établissements hospitaliers.

Estelle Lagarde vit et travaille à Paris.

 

* Luc Desbenoit pour Télérama, n° 3089

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 10:20

Sandra Krasker

"¡ No pasaran ! ", Dessin au fusain, pierre noire et encre rouge sur papier marouflé sur toile,  250 x 130 cm, 2014

 

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Cette œuvre de grand format, réalisée spécifiquement pour l’exposition, évoque avec force le franquisme, tel qu’il fut vécu, dans leur chair, par la famille de l’artiste, membres de la FAI (Federación Anarquista Ibérica) dont l’engagement politique traditionnel a fait des victimes : son arrière-grand-père et son grand-oncle, déjà, avait été prisonniers politiques.

Sandra Krasker raconte : « Ma grand-mère catalane et sa famille, anarchistes fortement engagés contre Franco, ont payé fort le prix de la liberté d’expression. Son plus jeune frère, à même pas 20 ans, peu conscient des dangers qu’il encourrait, a été fait prisonnier par Franco, puis envoyé à la légion étrangère. Sur place, ses jambes ont gelés et il a été ramené en Catalogne pour gangrène : opéré à 21 reprises pour stopper la nécrose des tissu, par morceau. Ma grand-mère, infirmière de fortune pendant la guerre, a pris elle-même la décision de couper haut pour tout stopper. Alors, que les médecins ne lui donnaient que 4 ans à vivre maximum… il a survécu plus de 40 ans sous morphine. »
« La dictature », dit-elle encore, « empêche la parole mais surtout laisse ses traces sur le corps, son empreinte pour des années dans la chair. J’ai choisi d’appelé ce travail “ ¡ No pasaran ! ” en mémoire des espagnols qui ont cru que les nationalistes de Franco ne passeraient pas. Franco “a coupé les jambes aux gens”, et leur dignité avec. »

Il reste de cette époque une mystérieuse plaque sur la constitution de la république, que l’arrière-grand-père avait prévu d’installer sur la place du village, longtemps cachée dans une cave de la maison familiale et que la mère de l’artiste expose aujourd’hui sur la terrasse !

 

Sandra Krasker est née en 1976 dans le Lot et Garonne. Après une première vie de directeur artistique dans une agence de publicité, elle troque la palette graphique pour celle du peintre, poursuivant autrement l’expression de son goût pour l’image.

L’oeuvre dessinée de Sandra Krasker s’inscrit dans une recherche sur ce qui anime le corps, non pas tant dans la forme générique du corps humain, mais dans ce qui en constituerait un portrait possible. L’artiste entend saisir une vérité du modèle, une vérité sous-jacente, perceptible dans un regard, une attitude, un geste… Il s’agit pour elle de privilégier la saisie de l’émotion, du vécu, du ressenti, une forme de beauté qui n’est pas celle, académique, de parfaites proportions, mais qui a à voir avec ce qui transparaît de l’humain, ce qui en fait la beauté, en somme, réévaluant ainsi le sens de la « figuration ». Derrière cette sorte de perfection classique de la ligne, ce n’est pas le corps qu’elle dessine mais c’est à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière.

Sandra Krasker vit et travaille à Colombes, près de Paris.

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 11:19

Jean-Marc Forax

"Portrait de prisonniers communistes japonais",  vidéo 5 mn,  2014

Sans titre, Installation avec dessin au  fusain, 100x100, mixed media, 2014

 

 JMForax-Sakae.jpg

 

Spécialement réalisées pour l’exposition, la vidéo et l’installation de Jean-Marc forax évoquent, au travers d’un galerie de portraits, le sort des prisonniers politiques communistes japonais, à une époque où le communisme était sévèrement réprimé au Pays du Soleil levant.

La vidéo fait appel à un procédé original, montrant un lent glissement de la photographie au dessin. L’installation quant à elle restitue une sorte d’autel commémoratif domestique, rappelant la manière dont les japonais disposent chez eux les portraits de défunts.

Les conditions de travail dans l’industrie japonaise naissante de la fin du 19èmesiècle étant particulièrement difficiles, naissent des mouvements ouvriers.  Pendant l’ère Taishô, de véritables partis politiques prolétaires apparaissent. En 1922 est créé le Nihon Kyôsantô, parti communiste japonais, devenant immédiatement une organisation politique clandestine. Considéré comme dangereux par le pouvoir, il est déclaré hors-la-loi par la « Loi de préservation de la paix » et la « police de la pensée », persécute dès lors les communistes et les syndicats actifs. Interdit jusqu'en 1945, le parti communiste fut alors le seul parti politique à s'opposer à l'entrée du Japon dans la Seconde Guerre mondiale.

Les œuvres de Jean-Marc Forax se présentent donc comme un hommage aux grandes figures persécutées du communisme, et de l’anarchisme, japonais, tels qu’ Hajime Kawakami, emprisonné de 1933 à 1937 pour sa pensée subversive, Hitoshi Yamakawa, déjà condamné plusieurs fois avant de devenir, en 1922, un des fondateurs et idéologue du parti communiste naissant, Sakae Ōsugi, sorte d’électron libre des idéologies subversives du début du 20ème siècle, Shūsui Kōtoku, condamné pour « propagande subversive » en 1905 et exécuté plus tard pour trahison par le gouvernement japonais, ou encore Kanno Sugako, féministe, et qui fut la première femme au statut de prisonnier politique à être exécutée, dans l’histoire du Japon moderne.

 

"Jean-Marc Forax a vu des films. Il s’en souvient. Surtout quand il ferme les yeux.
Quand ça ne bouge plus. Alors, tout peut commencer. Dans des dispositifs vidéo qui ont tout à voir avec la fascination, il projette, au ralenti, sur le dessin au fusain d’un photogramme, la séquence d’où est extrait ce photogramme. L’image frémit, l’image vit, non de la reproduction de la vie mais de la vie propre aux images, on entre dans un temps hypnotique."(Bruno Dubreuil)

Jean-Marc Forax, diplômé de l’ENSBA, est aussi titulaire d’une licence de japonais. Si la culture japonaise l’inspire, depuis ses traditions séculaires jusqu’aux jaquettes des dvd érotiques dont il redessine les illustrations, son intérêt se porte plus généralement, du cinéma au dessin en passant par la vidéo, sur la notion de « représentation ». Son travail, qu’il s’agisse d’aquarelle, de sculpture ou d’installation, interroge le rapport entre image fixe et image animée,  et au-delà, la relation entre la représentation d’une part, la mort et le sacré de l’autre.

 

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 11:18

mounir fatmi

"Memorandum", France, 9 min 31, SD, 4/3, color, stereo, 2009, courtesy de l’artiste et Yvon Lambert, Paris. 

« Mutation, Burn Baby Burn », mixed media, 2012, courtesy de l’artiste et Yvon Lambert, Paris.

 

fatmi-burnbabyburnb.jpg


Les œuvres de mounir fatmi présentées dans le cadre de l’exposition interroge avec acuité ce qu’il reste d’une idéologie, d’un mouvement politique, lorsque le temps et les mouvements du monde leur imposent une mutation. Et quelle mutation ?

La vidéo « Memorandum », issue d’un projet sur lequel l’artiste travaille depuis 2006, montre la rencontre de David Hilliard, ancien membre fondateur et chef de l’état-major du Black Panthers Party, proche du leader Huey P. Newton, avec des jeunes d’aujourd’hui. Il y parle de la condition des noirs telle qu’il la connu dans les années 60, de son combat, de la prison. Le dialogue qui s'instaure rappelle comment, de la fondation du parti en 1966 jusqu'à sa dissolution au milieu des années 70, miné par le FBI et les tensions internes, les Black Panthers ont toujours pris les positions les plus radicales pour la défense de la communauté noire, combien sont morts, ont risqué leur vie, ont fait de la prison… Pour mounir fatmi, il s’agit tout autant de s’intéresser à la trajectoire personnelle d’un révolutionnaire quarante ans plus tard que de rappeler un pan de l’Histoire à nos mémoires menacées par l’oubli.

L’artiste découvre qu'en 2005, David Hilliard et Fredrika Newton viennent de lancer, avec la complicité du chanteur Al Green, la « Burn Baby Burn hot sauce », une sauce épicée aux ingrédients biologiques faite maison, baptisée d'après le cri historique du Parti : «Burn baby burn». Désormais la légendaire Panthère noire devient une marque, une accroche marketing, une ligne de vêtements, une moutarde au miel, du café portant le slogan « all power to people »… C'est cette mutation que mounir fatmi propose de mettre en évidence à travers un pastiche de campagne publicitaire, une série de photographie ainsi que des documents d'archives. Finalement, la question essentielle que pose ce projet est la suivante : que reste-t-il d'un parti politique révolutionnaire comme « le Black Panthers Party » une fois que son idéologie politique devient une sauce piquante à consommer ?

 

Né en 1970 à Tanger, mounir fatmi vit et travaille entre Paris et Tanger. Construisant des espaces et des jeux de langage, son travail traite de la désacralisation de l'objet religieux, de la déconstruction, de la fin des dogmes et des idéologies. Il élabore progressivement une axiologie rhyzomatique, une écriture comme un entrelacs de points de vue et de connexions. Avec son regard critique sur les réalités et les fantasmes du monde contemporain, il écrit que celui-ci ne peut se lire que dans la complexité, la confusion parfois, de ses approches.  Ses œuvres multiplient les lectures, dans des stratifications sémantiques mettant en réseau tous les domaines de la pensée. Ses préoccupations sont autant esthétiques que formelles, politiques que sociologiques, économiques qu’éthiques, métaphysiques que religieuses.  Cassettes VHS, câbles d’antenne, barres d’obstacle, casques de chantier : ces matériaux techniques, pauvres ou ordinaires, sont détournés, réhabilités en vocables plastiques.

Son travail est présenté partout dans le monde, dans les institutions les plus prestigieuses, dans de nombreuses expositions personnelles ou collectives, au Migros Museum für Gegenarskunst (Zürich), au Musée Picasso,  au Centre Georges Pompidou (Paris), au Brooklyn Museum (New York), au Mori Art Museum (Tokyo), au Museum on the Seam (Jerusalem), etc. Ses installations on été sélectionnées dans le cadre de la 52ème et la 54e Biennale de Venise, la 8ème Biennale de Sharjah, la 5éme et la 7éme biennale de Dakar, la 2ème Biennale de Séville, la 5ème Biennale de Gwangju, la 10ème Biennale de Lyon. Il a reçu plusieurs prix dont le prix de la Biennale du Caire, en 2010, le Uriôt prize, Amsterdam, ainsi que le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la 7ème Biennale de Dakar en 2006.

 

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 11:11

Nidhal Chamekh

« Ode to » - vitrine- installation – objets, mixed medias – dimensions variables, 2014

 

ode-to.jpg

 

L’installation- ready made « Ode to », présentée ici pour la première fois, évoque ce que peut être la vie quotidienne du prisonnier politique, arbitrairement arraché à sa famille. Œuvre à la dimension fortement biographique, il s’agit d’un ensemble d’éléments, lettres et objets-surprises, réalisés par le père de l’artiste lors de ses séjours en prison.

Nidhal Chamekh explique : «  Ces éléments ont été gardé précieusement depuis des années, comme un héritage, le seul d'ailleurs, que l'on transmet d'une génération à une autre. Les objets rassemblés dans cette vitrine constituent un ensemble archéologique ; Outre la charge de l'histoire qu'ils contiennent et la référence à la question des prisonniers politiques, ils révèlent dans leurs  formes la procédure de fabrication et de création dans le milieu carcéral où tout manque. Le bricolage des éléments, l'économie des moyens, le détournement des matières... témoignent de la primauté de la création dans tout acte de résistance, de survie. Les éléments ici  rassemblés sont souvent constitués de matières récupérées : cartons de cigarettes ou boites d'aliments. Les crayons utilisés sont rentrés en prison en cachette, ma mère extrayait les mines de couleurs et les incrustais dans les coutures des vêtements, procédé connu par les prisonniers politiques. Le papier est généralement collé par du dentifrice. Chaque objet marque une date, et un lieu. Les prisonniers politiques en Tunisie sont souvent déplacés d'une prison à une autre, pour éviter qu'ils "noyautent" en prison où qu'ils créent des relations avec d'autres prisonniers. »



Nidhal Chamekh est né en 1985 à Dahmani, en Tunisie. Il a étudié l'art aux Beaux-Arts de Tunis puis à Paris et réalise actuellement sa recherche doctorale à la Sorbonne. Les quartiers populaires de Tunis où il grandit et la persécution de sa famille militante ont un impact profond sur son travail artistique, qui questionne souvent l'histoire et la charge culturelle et politique des images, opérant un travail de collection et d’ « archéologie », pointant l’importance du témoignage, du « retour aux sources », en eux-mêmes aussi importants que leur pouvoir sur le présent ; On pourrait considérer son travail comme un outil pour « échantillonner » le chaos de l’histoire, cherchant à « créer des plans capables d’opérer certaines « coupes du chaos » pour constituer une sorte d’archéologie sociale et culturelle visant à rendre sensible la complexité historique des images. » Nidhal Chamekh vit et travaille entre Paris et Tunis.

 

 

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 10:49

 

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"Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voici déjà beaucoup pour une seule vie d'homme. Et sans doute cela ne peut suffire. Mais à cette patrie de l'âme tout aspire à certaines minutes. "Oui, c'est là-bas qu'il nous faut retourner" "

"L'été à Alger" dans "L'été"

Albert Camus

 

Pour mon papa tant aimé, né à Alger le 22 octobre 1942, et qui nous a quitté, le 31 juillet 2014.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 11:16

 

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Dalila Dalléas

6 dessins issus du projet et de la série « Algérie Année 0 » : "Lounes Matoub"40 x 30 cm, Crayon et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012 , "Massacre d’El Rais"40 x 30 cm, Crayon et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012, "Ecriture 2"40 x 30 cm, Crayon, huile et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012,"Ecriture 5"40 x 30 cm, Crayon, huile et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012, 2 oeuvres "sans titre", 100x70  crayon et acrylique ou crayon, huile, acrylique, 2012

 

Dalila Dalléas présente ici six œuvres extraites d’une série de 40 dessins, tous réalisés d'après des images 'archives datant de la guerre d'Algérie et de la guerre civile des années 90 aussi appelée "décennie noire".  C'est après avoir vu le film documentaire Algérie(s) de Malek Bensmail, Patrice Barrat et Thierry Leclère (2004) qu'elle a commencé ce travail. La violence montrée dans ce film a agi chez elle comme un électrochoc.


Ce travail est sous-tendu par la quête de mémoire d'une artiste algérienne, née en Algérie mais ayant grandi en France et dont le père avait 20 ans pendant la guerre d'Algérie. Partant du constat personnel qu'elle n'avait qu’une mémoire et une connaissance très parcellaires de ces deux périodes  fondatrices de l'histoire de l'Algérie contemporaine, Dalila Dalléas a cherché à re-construire son propre savoir en allant chercher dans la documentation disponible, celle des archives et des médias, de quoi construire ses propres images et reconstituer une mémoire.

Ainsi re-construit-elle l’image de cette terrible nuit du 28 au 29 aout 1997, cette nuit durant laquelle des hommes du Groupe islamique armé (GIA) ont pénétré dans Raïs, au coeur de la plaine agricole de la Mitidja, et massacré sans discernement des centaines d'habitants, fusillés ou égorgés. Ainsi encore fait-elle le portrait de Lounès Matoub, célèbre chanteur et compositeur algérien de musique kabyle, artiste engagé et militant qui fut, tout au long de sa vie, en proie aux attaques politiques et qui fut assassiné, en 1998, sur une route à quelques kilomètres de son village natal, attentat revendiqué par le GIA.

 

S’offrent plusieurs lectures du travail de Dalila Dalléas : questionnement sur l’histoire, sur la mémoire, sur la violence, et sur le rôle de l’artiste qui veut prendre à bras le corps la réalité multiple et complexe de ce passé qui ne passe pas.

 

Dalila Dalléas Bouzar, née en 1974 à Oran en Algérie, est diplômée des Beaux-arts de Paris (ENSBA). Elle vit et travaille à Berlin, en Allemagne.  Son travail est montré, dans le cadre d’expositions personnelles ou collectives aussi bien à Berlin qu’en Algérie, au Congo, en Afrique du Sud ou en Suède. Les dessins présentés ici ont été exposés en Algérie, dans les instituts français d'Alger et d'Oran, ainsi qu’à Berlin, où a résidé l’artiste.Ce travail a également fait l'objet d'un livre publié par les éditions Barzakh, Alger, paru en juin 2012. Ce livre regroupe 26 dessins ainsi que 8 textes de 7 auteurs dont Kamel Daoud, journaliste et écrivain, Hassan Remaoun, historien, Anissa Bouayeb, historienne et critique d'art, Bonaventure N'digunk, commissaire d'exposition et directeur de Savvy Contemporary, Frédéric Dalléas, philosophe, Cloé Kormann, écrivaine.

 

"Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat

Fête de l'Humanité

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

http://fete.humanite.fr/

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 11:14

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Mat Collishaw

"Johnny Frank Garrett", série "Last meal on death row" - Photographie C-Print, cadre en bois Red Grandis laqué noir-36,5 x 30,5 x 7, 5, 2010 – Coll.privée, M. Spiegel

 

Cette photographie aux allures de classique nature morte fait partie d’une célèbre série photographique, « Last meal on death row », le dernier repas dans le couloir de la mort, réalisée par le plasticien anglais Mat Collishaw.

Il s’agit du repas demandé par un détenu exécuté au Texas en 1992. Une manière à la fois simple et violente de ré humaniser, de rendre à sa réalité, ce qui se passe dans le dernier couloir qui mène à la mort, encore, dans certains Etats américains.

Johnny Frank Garrett  était accusé d’avoir violé, assassiné et mutilé post-mortem sœur Tadea Benz, une nonne âgée de 76 ans, à Amarillo, Texas, le soir d’halloween, en 1981. Vivant à proximité du lieu du crime, Johnny Frank Garrett, 17 ans, mentalement handicapé, connu pour ses accès de violence, s’est vite avéré le meurtrier idéal. Reconnu coupable, après avoir signé des aveux, et condamné à mort par injection létale, Garrett clamera son innocence durant ses neufs années dans le couloir de la mort. Ses demandes d’appel seront rejetées et il finira dans la chambre de la mort de sa prison texane. Plusieurs années plus tard, Garrett sera innocenté de ce crime, le véritable tueur étant un réfugié cubain ayant un casier judiciaire à Cuba pour viol et meurtre. Il aurait même été interrogé à Amarillo le même soir que Garrett !

 

Mat Collishaw est né en 1966, à Nottingham, en Angleterre. Formé à Goldsmiths, université de Londres, il vit et travaille dans le quartier de Bethnal Green, à Londres.

Comme la série des «Last meal on death row  », de nombreuses œuvres de Mat Collishaw révèlent sa fascination pour les grands maîtres de la peinture, de Velasquez aux maîtres flamands, de Dürer à Bacon, qu’il réinterprète avec les outils les plus contemporains. Il fait partie de la génération des Young British Artists – groupe dont Damien Hirst signa la naissance en organisant en 1988 aux Surrey Docks l’exposition « Freeze »-. Toute son œuvre est à l’image de celle qui le rendit célèbre à ce moment-là, « Bullet hole » : une stratégie de la double lecture, des images à double détente. L’effroi et la fascination, le vivant et la destruction, la beauté et la transgression, la violence et la douceur, l’horreur et le sublime. « Je ne recherche pas la provocation, explique Mat Collishaw, mais une expression du sublime, ce sentiment que l’on éprouve lorsqu’on est devant une chose effroyable, et dont il ressort une beauté qui n’existerait pas si la laideur n’était pas là. »* Sans doute son goût pour les images ambigües et interdites a-t-il été formé par son enfance à Nottingham, élevé par des parents adeptes de la secte des Christadelphes, chez lesquels seule la lecture de la Bible et la contemplation des images du Christ crucifié sont autorisées. « Cette période de ma vie a été modelée par le Nouveau et l’Ancien Testament, seules lectures que j’étais autorisé à avoir. Je me sentais isolé de mes camarades, qui avaient, eux, une culture pop acquise au cinéma, au théâtre, à la télévision, autant de choses qui m’étaient interdites. Ce qui était permis, ou toléré, pour les autres, revêtait pour moi la forme du péché. Les images comprenaient en elles le frisson absolu. »


*Entretien avec Corine Callebeau, Arts Hebdo Medias, 2013

 

 

"Liberté mon amour"- Le prisonnier politique et son combat

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