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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:29

knifeMD.jpgA la Galerie Olivier Robert, première exposition personnelle en France d'un jeune et prometteur artiste de Philadelphie, Alex Da Corte. Avec "Night Chat", Alex Da Corte rend un hommage personnel et inspiré au personnage et à l'ambiance du "Halloween" de John Carpenter (1978), éludant avec soin ce que le film d'horreur aurait pu inspirer de grand-guignolesque et cherchant plutôt à révéler la réelle et inquiétante étrangeté des images, et la dimension souvent critique, du cinéma -injustement méprisé par les cinéphiles d'aujourd'hui- de John Carpenter. (Je suis une grande fan d"'Invasion Los Angeles" et je suis surprise qu'à part Shepard Fairey, graffeur américain surtout connu pour ses images soutenant Obama, peu d'artistes ont eu l'idée de s'en inspirer, et de manière moins littérale)

D'oeuvre en oeuvre, la présence de cette incarnation du mal dans l'exposition se devine ou se précise. Dans le même temps, Alex Da Corte dit y voir "une Odyssée, l'errance d'un héros à la recherche d'une raison de vivre, en quête d'amour et prêt à lutter pour survivre".

 

 

 

"Night Chat" - Alex da Corte - Galerie Olivier Robert- 5 rue des Haudriettes- Paris 3ème - jusqu'au 11 février 2012

 

Le YIA, pour Young Internationals Artists, investit un nouvel espace éphémère dans le Marais et invite pour l'inaugurer l'artiste Regis-R, devenu au fil des ans roi de la récupération, du détournement, du recyclage et de l'assemblage, dans des oeuvres parfois monumentales qui flirtent autant avec la "récup" duchampienne qu'avec un Pop critique - un regard lucide et actif sur le folie de l'obsolescence de la société de consommation contemporaine- les "combines" de Rauschenberg, les accumulations de déchets des Nouveaux Réalistes, les "Dirty Trash" de Tim Noble et Sue Webster, voire certaines des "illusions" de Vik Muniz...

Bref, d'une certaine manière, l'usage de déchets dans la production artistique n'est guère nouvelle, et nous savons, avec Roland Barthes, combien le déchet prend sa noblesse en se contextualisant en oeuvre d'art.

Non ce qui est intéressant chez Regis-R, c'est la manière dont il réinjecte de la forme et du contenu à ses assemblages hétéroclites, une certaine forme d'évidence à ce qui le parait peu pour le moins, comment il recompose une réalité nouvelle et plutôt ludique incluant ce qui devait être exclu -ordures, rebus, déchets- cet aspect low tech anachronique comme une poche de résistance somme toute très contemporaine. 

regis-r.jpgA voir en tout cas, la pièce "Equilibre précaire", réalisée in situ à partir d'objets et de détritus collectés dans les rues du Marais, et montés sur le scooter personnel de Regis-R. Oeuvre qui se veut clin d'oeil à Vincent Ganivet, ce qui peut surprendre au premier regard car il semble y avoir peu de connivence visuelle entre les univers des deux artistes. Mais au final, outre que Romain Tichit, l'hôte des lieux, me dit que ces deux-là sont amis, se partage entre eux un goût pour l'équilibre précaire et l'assemblage, pour les matériaux du quotidien aussi...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Transit"- Regis-R - YIA - 11 rue Chapon - PAris 3ème - jusqu'au 23 janvier 2012

 

 

 

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On en avait pas mal parlé pendant la FIAC et c'est donc avec un certain intérêt acquis d'avance que l'on entre chez Eric Dupont pour découvrir la dernière exposition de l'artiste palestinien Taysir Batniji, au titre fort bien trouvé "Le monde n'est pas arrivé".

On y retrouve, de manière plus complète la série des "Gaza Houses". La superposition des niveaux de lecture, entre la forme aseptisée façon agence immobilière, la désolation des images d'habitations ruinées par les bombardements auquel s'oppose, laconique et glaçant, le descriptif du lieu , donne à l'ensemble une force singulière, tranquillement et implaquablement critique. La force de l'évidence.

Evidence aussi de ces "détails" que semble affectionner l'artiste, d'où l'inscription "minede rien" sur le mur de la galerie, et une atmosphère presque Arte Povera, que son "Socle du monde" hommage à Manzoni ne contredit pas, et qui rendrait le travail de Batniji presque plus existentiel qu'univoquement politique.

 

"Le monde n'est pas arrivé" - Taysir Batniji - Galerie Eric Dupont - 138 rue du Temple- Paris 3ème - Jusqu'au 21 janvier 2012

 

 

 

Il reste quelques jours pour découvrir à la Galerie Charlotte Norberg les oeuvres complexes et fluides de Benoît Carpentier et admirer le résultat d'un travail précis, minutieux, et d'une grande élégance.

 

Benoit Carpentier- Galerie Charlotte Norberg - 74 rue Charlot- Paris 3ème - jusqu'au 14 janvier 2012

 

claire-20tabouret-20n.jpgJ'avoue, j'ai parfois un peu de mal avec la peinture contemporaine...Mais c'est une belle confirmation (je ne dirai pas "surprise" car je connaissais un peu son travail, notamment au travers du petit catalogue réalisé à l'issue de son passage chez Shakers! à Montluçon) que l'exposition de Claire Tabouret à la Galerie Isabelle Gounod. Sans doute aussi parce que cette nouvelle série rencontre mon goût pour la mer et les hommes qui l'affrontent ou en vivent -et parfois y meurent- (que n'ai-je passé trois heures à regarder l'arrivée de Loïc Peyron en rade de Brest...). J'ai aimé sa maîtrise, sa touche et son sens de la composition, ses choix chromatiques rendant des atmosphères "entre chien et loup", la tension dramatique qu'elle a su instiller en même temps qu'une sorte de lenteur, de solitude, de sérénité fatale. A voir, c'est certain.

 

"L'Ile" - Claire Tabouret - Galerie Isabelle Gounod - 13 rue Chapon- Paris 3ème - jusqu'au 18 fevrier 2012

 

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La représentation animale (moultement symbolique) fait l'objet d'un engouement assez extraordinaire chez les artistes contemporains, et on ne compte plus ceux qui font appel aux animaux naturalisés (taxidermiste: un métier en pleine expansion). Delphine Gigoux-Martin en est un brillant exemple, qui sait, avec poésie, humour et cruauté, les mettre en scène avec un sens du télescopage des espaces et des temps, un "rythme" inédit dans ce genre de travaux. Chacune de ses installations, superposant souvent animal naturalisé et dessin tracé au fusain ou vidéo-projection animée,  glisse du présent au passé, du mort au vivant, du rire à l'effroi...

Mention spéciale pour "la Rôtisserie de la reine Péquaude" (2007): descendre au sous-sol de la Galerie Métropolis se révèle un étrange voyage.

 

"Rien n'a d'importance" - Delphine Gigoux-Martin - Galerie Métropolis - 13 rue de Montmorency -Paris 3ème - Jusqu'au 22 janvier 2012

 

Photos: Alex Da corte- Courtesy Galerie Olivier Robert / Regis-R - Courtesy YIA / Taysir Batniji- courtesy Galerie Eric Dupont / Claire Tabouret - copyright R. Fanuele / Delphine Gigoux-Martin - Courtesy Galerie Métropolis

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Encore (des expos)!
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Vence 28/01/2012 21:09

Vous pouvez trouver un autre article sur l'exposition de Claire Tabouret à la Galerie Isabelle Gounod sur http://blog.paris3e.fr/post/Claire-Tabouret-Isabelle-Gounod-Ile