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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 11:41

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“Fuir” – 192x77 cm, tressage de câbles électriques, prises, néon, mur peint, 2010

 

« Fuir » est une pièce de fils électriques tressé, trame et chaîne serrées en un carré à la fois fermement tissé et inachevé. Les restes des câbles forment un écheveau de fils et de prises évoquant quelque chose comme une chevelure de Gorgone, de Méduse brutale et raffinée, suggérant l’imminence d’une mise sous tension, d’une d’urgence, à la fois fragile et électrique, Cette sensation, entre violence de l’électrochoc et abandon, est renforcée par le mot « Fuir », se détachant en néon au cœur de l’œuvre. Le verbe est essentiel chez Naji Kamouche. Charge poétique mais pas seulement : les mots de Naji disent l’indicible, portent en eux ce pouvoir de suggestion, de radicalité, et la polysémie se fait polémique. « Fuir » : la fuite en avant, mais aussi l’écoulement involontaire, la puissance de l’action, donc -ici davantage solution d’évanouissement réparateur – mais aussi un état de déliquescence. Combattre ou se résigner, lutter ou abdiquer, la colère ou la résistance : de nombreuses œuvres de Kamouche s’articulent autour de ce duel permanent, matérialisation d’une conscience en lutte perpétuelle. « Fuir » manifeste avec grâce et puissance émotionnelle  ce que raccommoder, réparer les blessures peut vouloir dire. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de l’action, du combat, plutôt que l’aliénation. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.

 

Né en 1968, Naji Kamouche vit et travaille à Mulhouse. Son œuvre, toujours pensée et réalisée avec la plus extrême exigence, se joue dans une stratégie symbolique d’utilisation d’objets et de matières réinventés, recréés, reproduits ou détournés dans une perspective mémorielle et poétique. Souvent chargée de références personnelles, son travail explore les territoires de l’intime –douleur, solitude, souffrance, déchirement, colère, émotion, difficulté d’être soi-, sphère existentielle à laquelle se superpose une forme de parole et d’engagement sur des terrains plus politiques, un regard à vif sur un monde en souffrance. Son œuvre, ouvertement vitaliste, loin de tout aveu d’impuissance, dit cet absolue nécessité de la lutte, qui, de l’ «homo homini lupus » de Hobbes à la guerre des consciences hégélienne, s’inscrit au cœur de l’existence humaine parmi les autres. Si cette lutte est d’abord celle de l’affirmation de soi, elle manifeste aussi  pour Naji Kamouche le refus d’abdiquer de la conviction  que la colère et la pensée critique ont un sens.

 

Photo:

« Fuir » - Tressage de câbles électriques, prises, néon, 2010

Photo: ©Fred Hurst – Courtesy Naji Kamouche – Courtesy School Gallery, Paris 

 

 

Remerciements à Olivier Castaing, de la School Gallery, pour le prêt de l'oeuvre "Fuir".

 

« Sutures »

Galerie Charlotte Norberg- Du 1er au 24 septembre 2011

74 rue Charlot- Paris 3ème

Vernissage le 1er septembre à partir de 18h, en présence des artistes

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Commissariats
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