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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 00:31

SEULES LES PIERRES SONT INNOCENTES

 

Sur une invitation de Marc Monsallier, Galerie Talmart

Du 13 avril au 12 mai 2012

 

 

Vernissage le jeudi 12 avril à partir de 18h

 

 

Avec :

Yassine Balbzioui, Raed Bawayah, Corine Borgnet, Katia Bourdarel, Arnaud Cohen, Jessy Deshais, mounir fatmi, Jamila Lamrani, Jacques Lizène, Moolinex, Loulou Picasso, Lionel Scoccimaro, Michaela Spiegel

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« Seules les pierres sont innocentes », titre en forme d’hommage à Camus, présente des œuvres d’artistes qui, d’une manière ou d’une autre, se sont interrogés, dans leur travail, sur le sens de cette innocence, au travers de photographies, dessins, installations ou vidéos.

L’exposition se développe autour de trois axes, offrant, dans l’espace réduit de la galerie, autant de croisements que possible : l’enfance ou le fantasme de l’innocence, le temps de la culpabilité, l’innocence dissidente ou la figure de l’idiot.

 

Dans une époque où l’on peut être considéré comme coupable avant d’avoir été jugé, ou innocent contre l’évidence même, comment définir un tel concept ?

Deleuze, dans un de ses célèbres cours à Paris8, disait, à l’orée des années 80 : « Tous les concepts moraux sont des Idées. L’innocence ! L’innocence. Y a-t-il quelqu’un qui soit purement innocent ? Oui, ça peut se dire, mais enfin, c’est douteux ! Une pure innocence, voilà une Idée ! »*

L’innocence ne serait-elle alors rien autre chose qu’un idéal ?

 

 

Pré carré de l’enfance, qui en parait le territoire – le terreau- essentiel, le temps de l’innocence est-il un moment moins révolu qu’utopique ? Le pourtant pessimiste Schopenhauer n’a-t-il pas décrit  l’enfance comme «le temps de l’innocence et du bonheur, le paradis de la vie, l’Eden perdu, vers lequel, durant tout le reste de notre vie, nous tournons les yeux avec regret.»** ? 

Loin de tout angélisme naïf, mais loin aussi de toute tentation de second degré qui rendrait l’enfance plus « diaboliquement innocente », pour se réapproprier le mot de Kafka, plus séductrice à nos yeux pervers qu’elle ne l’est, l’innocence pourrait être appréhendée comme un territoire « invisible », une sorte d’utopie, un « moment » historique sans lieu ni temps réels, à l’image de cet état de nature dont parlent les philosophes, état qui n’existe pas et n’a peut-être jamais existé, sorte d’état pré-moral dont l’enfance ne serait au fond qu’une incarnation plus ou moins fantasmée, aux contours flous mais dont nous avons le sentiment de connaître implicitement le contenu. Le temps de l’innocence comme un état de suspension…

C’est l’implosion de ce fantasme que montrent avec ironie l’installation de petites culottes plus dangereuses qu’elles n’y paraissent de Jessy Deshais, les photos d’époque revisitées par Michaela Spiegel ou la fausse pudeur de l’étrange créature de Loulou Picasso. Et dans le regard des adolescents, inquiétant chez Corine Borgnet, plein de défi chez Raed Bawayah, la perte de toute illusion d’une candeur  réservée aux jeunes années.

 

 

Alors si la pureté de l’innocence n’est qu’un fantasme de naïveté, est-ce à dire que nous sommes tous, solidaires ou complices,  responsables…et coupables?

 « Seules les pierres sont innocentes »** affirmait Camus à propos de la barbarie de l’Histoire. Et dans l’affirmation de cette impossible innocence, énoncée par les barbares eux-mêmes, pointent autant les éternels tiraillements religieux entre innocence et culpabilité, péché et expiation, que les folies idéologiques. Tel est peut-être le sens de cette culpabilité que nourrit le religieux et/ou dont se joue le politique que symbolise le Saint-Sébastien contemporain d’Arnaud Cohen, sur lequel jouent avec humour les dessins de Katia Bourdarel, qu’aborde avec violence et gravité la vidéo de mounir fatmi.

Voici donc l’homme condamné à ses propres sentences, qui, en intégrant comme une donnée logique le mariage de la raison et de la violence dans son histoire, choisit la «culpabilité totale ». Choix qui peut s’avérer tout à fait décomplexé, comme le laisse entendre avec le plus grinçant des cynismes l’œuvre au point de croix de Moolinex.

 

 

Comment alors se délivrer de cette « ignoble et cruelle pénitence »** ? Par la révolte, ou –et- par l’absurde, dirait Camus.

L’idée de l’innocence se fait alors « idée directrice » mais idée dissidente.

C’est l’insoumission d’un Meursault, dont l’étrangeté aux valeurs, si ce n’est l’indifférence, menace l’ordre et les normes établis. « Un de ces terribles innocents qui font le scandale d’une société parce qu’ils n’acceptent pas les règles de son jeu. », en disait Sartre. Ce pourrait être la dérision des valeurs et des hiérarchies, incarnée par l’homme qui a donné à l’art ses « lettres de médiocrité », Jacques Lizène. Ce sont aussi les figures du fou ou de l’idiot, si bien dessinées par Gogol ou Dostoïevski, et auxquelles la photographie de Raed Bawayah nous ramène brutalement. C’est enfin cette « idiotie » dont l’art contemporain a pris possession comme figure de la subversion. Celle non dénue de tendresse des « Octodégénérés » de Lionel Scoccimaro, celle penchant nettement vers le non-sens de Yassine Balbzioui.

 

 

Et au milieu, tel un îlot d’innocence, île vierge encore, havre d’espérance ou quelque chose de ce genre, l’installation de Jamila Lamrani, ses voiles purs protégeant les rêves de quelques beaux lendemains.

 

 

* Gilles Deleuze - Cinéma cours 32 - du 22/02/83 – Université Paris 8 Transcription : Lucie Lembrez

** Arthur Schopenhauer, Le Monde Comme Volonté et comme Représentation, « Suppléments au livre troisième », « Du génie », PUF, 1966, p. 1125.

*** Albert Camus, L’Homme révolté in Essais, II, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1965

.

 

 

Du 13 avril au 12 mai 2012

 

Galerie Talmart

22 rue du Cloître St Merri – Paris 4ème

 +33 (0)1 42 78 52 38  

contact@talmart.com

 

 

 

Avec nos remerciements pour leur précieuse collaboration :

 

Galerie Arsenicgalerie, Paris (pour Moolinex)

ArtsFactory, Montreuil (pour Loulou Picasso)

Galerie Eva Hober, Paris (pour Katia Bourdarel)

Galerie Eric Hussenot, Paris (pour mounir fatmi)

Galerie Olivier Robert, Paris (pour Lionel Scoccimaro)

Galerie Laure Roynette (pour Arnaud Cohen) 

et

Espace 251 Nord, Liège, Belgique (pour Jacques Lizène)

 

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Commissariats
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