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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 11:29
"1871 Ikoufen" - Kamel Yahiaoui

"1871 Ikoufen" - Kamel Yahiaoui

Kamel Yahiaoui

"Paroles séquestrées", sculpture-installation, Technique mixte sur machine à écrire et joug de bœuf, 53 x 44 x 71,5 cm, 2013

"1871 Ikoufen"- "Omar, Belkacem, Saïd", sculptures-installations, technique mixte, gravure sur radiographie, sculpture en métal, 140 cm de haut, 2014

Courtesy l’artiste et Galerie KO21, Paris

 

 

 

Les deux œuvres de Kamel Yahiaoui témoignent de la manière dont les objets font sens, lorsqu’ils sont empreints d’une histoire et investis de la charge créatrice d’un artiste profondément engagé dans une réflexion politique, historique et mémorielle.

« « Paroles séquestrées » oeuvre du plasticien Kamel Yahiaoui évoque en moi un cri, des cris.

Cris qui deviennent témoignages écrits.

Cris sortis du ventre d'une machine à écrire – d’une liberté d’expression ligotée.

(…)Dans l'image de ces cinq hommes aux visages grillagés derrière les barreaux de leur prison, Kamel nous donne à entendre la plainte des condamnés. » (Patrick Aspe, poète)

Les trois « Ikoufen » font écho à l’histoire personnelle de l’artiste, intimement liée à l’Histoire de l’Algérie et l’Histoire de la colonisation.

Kamel Yahiaoui explique : « Dans la maison en Kabylie, les ikoufen, réserves de blé en terre, font partie de l'ameublement traditionnel des maisons kabyles. Réalisés et décorés avec soin par les femmes de motifs berbères très signifiants. chaque akoufi permet de stocker différentes céréales, on passe la main à travers les trous apparents sur la façade pour se servir.(…)J'ai créé trois réserves de blé en métal, dʼaprès les ikoufen antiques se trouvant dans notre vieille maison familiale à Taboudoucht.(…)

La première personne à m'en avoir parlé, c'est mon grand-père, « C'est des Moudjahidin », répétait-il en les désignant. (…)Ma mère et mes deux grands-mères parlaient des ikoufen comme de leurs protecteurs, elles m'ont appris qu'ils avaient servi à cacher les armes au milieu du blé pendant la guerre dʼAlgérie. Les mots de mon grand-père restaient gravés en moi. Bien plus tard, j'ai cherché à comprendre et j'ai découvert la révolte de 1871, mon grand-père était né en 1897, 19 ans après cet appel à la lutte contre les colonisateurs français., Ce furent 450 000 hectares que le gouvernement français de lʼépoque sʼest octroyé comme butin de guerre, 100 000 Kabyles dépossédés de leur terre, terres offertes aux Alsaciens qui avaient rejoint la France après la défaite de Sedan quand lʼAllemagne eut annexé lʼAlsace. Les insurgés ont été déportés pour une part en Nouvelle Calédonie et en Guyane, mêlés aux Communards, ils nʼont pas eu comme eux la chance de retrouver leur terre en 1874 lors de lʼamnistie ; ils sont restés dans lʼîle sans jamais revenir chez eux.

Quand mon grand-père me montrait les ikoufen, ils étaient pour lui le symbole de ce pour quoi les Mokrani et Cheikh Aheddad s'étaient révoltés en Mars 1871 lorsque plus de 250 tribus se sont soulevées pour défendre leur terre contre le colon, révolte violemment réprimée et suivie de déportations.

Je me sens aujourd'hui garant de cette mémoire qui me nourrit chaque jour de nouvelles révoltes contre le viol de la dignité humaine. J'ai gravé cette mémoire sur mes radiographies qui diagnostiquent la souffrance des corps de mes ancêtres déportés, morts pour leur terre, enterrés loin de leurs ikoufen désormais témoins de leur révoltes, état de la souffrance humaine.

Leurs ombres hantent chacun de mes traits et guident mon souffle vers les nouveaux systèmes de la colonisation afin de dire non à la conquête contemporaine coloniale.

Les cols de Ikoufen sont devenus des urnes pour recueillir les cendres des terres calcinées, les os et lʼâme des déportés. »

Kamel Yahiaouiest un artiste-peintre algérien né en 1966 à la Casbah d'Alger. Il fréquente  l'École des beaux-arts d'Alger puis celle de Nantes. L'œuvre de Kamel Yahiaoui se développe autour de supports et de matériaux divers, souvent objets usuels, toiles de jute ou plaques d'ardoise, tronçons de poutres ou madriers, tapis, cartes téléphoniques, éléments d'appareils ménagers, serpillères ou valises…Son engagement, notamment contre la colonisation, a parfois pu provoquer la polémique mais il reste indéfectiblement un artiste engagé « contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme, et contre tous ceux qui minimisent la dimension universelle des génocides et la non-reconnaissance de tous les crimes contre l’humanité » 

 

"Liberté mon amour" - Le prisonnier poltique et son combat

Fête de l'Humanité

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

http://fete.humanite.fr/

Détail de l'oeuvre "1871 Ikoufen" - Kamel Yahiaoui

Détail de l'oeuvre "1871 Ikoufen" - Kamel Yahiaoui

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Commissariats
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