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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 22:20

*Sans dessus dessous, sens dessus dessous : les artistes jouent avec les matières, les images et les représentations, et détournent les sens, histoire de jouer !

 

Jouer sur les matières, utiliser un matériau sportif pour en faire autre chose ou au contraire, produire un objet à usage apparemment sportif mais dans un matériau inattendu, comme le font Cyril Hatt, Bruno Peinado, Guillaume Poulain, Emmanuel Régent ou Luna, c’est détourner le sens initial donné à l’objet du sport et par extension, redessiner les contours de l’univers qui va avec. Puisant dans ce que le sport a à voir avec la culture populaire aujourd’hui, les artistes libèrent les objets de leur « valeur d’usage », s’en réapproprient les signes, télescopent, mixent et métissent. Des casques de moto deviennent grappe sculpturale et colorée chez Lionel Scoccimaro, et Sophie Dalla Rosa invente des trophées d’une matière nouvelle.

 

 

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LA-COUPE---Guillaume-Poulain_BD.jpgCe ballon découpé en fleur, cette « coupe » de Guillaume Poulain, témoigne de la manière dont un certain nombre d’artistes contemporains choisissent de récupérer des objets du quotidien, dans leur banalité, pour en réévaluer le potentiel et recréer une réalité à partir d’elle.

Guillaume Poulain entre ainsi dans une certaine logique de ready-made, bien qu’intervenant souvent dans un processus réel de création, notamment par le changement d’échelle, le surdimensionnement, le choix des matériaux, de ces objets trouvés un peu partout dans ce qu’offre le monde contemporain, au supermarché, dans un magasin de sport ou de bricolage.

Ainsi cette « coupe » -un ballon de basket- est découpée selon les lignes, formant au choix une étoile ou une fleur, simplement punaisée au mur. Cette intervention peu sophistiquée sur l’objet tient à la fois du déplacement et de la transformation de sa « valeur d’usage », et suffit à lui ré -inventer une raison et une manière d’être.

 

Faire ré-émerger une dimension esthétique du quotidien, où l’extraordinaire peut toujours se révéler sous l’ordinaire (à moins qu’il ne s’agisse du contraire !), est peut-être une manière de remettre sous le regard une beauté possible enfouie sous l’habitude. Un pare-soleil de voiture, un plancher stratifié, un ballon, un fil de réglisse… sont autant d'éléments de référence et d'émerveillement susceptibles de devenir œuvres d’art.

Mais la posture de discrétion et de simplicité dans les interventions de Guillaume Poulain, qui donne parfois à voir des œuvres qui peuvent sembler inachevées, tient de la volonté de ne pas céder à un fini clinquant, à la « virtuosité ou à l’esbroufe technique »*. Simplicité qui n’est jamais dénuée d’humour ou d’ironie, pas très éloigné d’un « jeu de mot visuel », dans la dérision de ses systèmes antichar en mélaminé, ses ballons de basket en terre cuite, son biscuit Lu géant en aggloméré, son « maman » dans la typographie d’une célèbre marque d’électroménager ou sa tour Babybel gonflable.

Humour qui n’est jamais sans souci réel de réflexion sémantique et sémiologique sur les objets, les signes, les images, qui sous-tendent une société contemporaine toute entière tournée vers l’économie, l’ostentation et les discours simplificateurs.

Guillaume Poulain est diplômé de l’ENSBA de Paris et enseigne à l’Ecole des Beaux-Arts de Tarbes. 

        

* Jean-Marc Huitorel

 

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( Texte extrait du catalogue de l'exposition)

 

La coupe -  Ballon découpé- 65 cm de diamètre – 2005- Courtesy Galerie Marion Meyer

 

 

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Publications
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