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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 15:28

Détournement d’icônes

 

Mélanger l’art et la vie : devenir l’espace d’un instant une star du football, prendre la place des nouvelles icônes que sont devenus les sportifs de haut niveau, réfléchir sur le pouvoir des logos...

 

J'avais découvert le travail de Cyril Hatt à Slick l'année dernière, et j'avais retenu de ses étonnants volumes photographiques une impression d densité qui était trompeuse, car il n'y a rien de plus léger que ces objets, et cela renforce l'étrangeté de ces oeuvres au réalisme malmené.

Nous avons choisi de montrer plusieurs oeuvres de Cyril Hatt dans l'exposition, et, en particulier dans cette première partie, un ensemble de "chaussures à logo", comme une interrogation sur cette sorte de hiatus entre le fantasme du logo, et la réalité de l'objet.

 

hatt-shoes.jpg"Une fois passé le moment de perplexité et d’étonnement face aux objets réalistes mais étrangement usés de Cyril Hatt, on saisit à quel jeu sculptural, autour de l’illusion de l’image, de la matière, de la densité et des volumes, l’artiste nous convie. Cyril Hatt s’approprie des objets du quotidien, souvent issus de la culture populaire - une bicyclette, un tee-shirt - ou de l’univers de la rue - comme le skate-board -, à la fois ordinaires et anodins, si quotidiens qu’on ne les voit plus. Il les fait renaître sous notre regard, dans la reconnaissance troublée de cette réalité, à la fois étrange et familière.

Avec ses chaussures de sport « à logo », il présente des objets de désir « presque » à l’identique, mais qui, contrairement à une contrefaçon, se trouvent vidés de leur substance, de leur valeur marchande. « Peau » de l’objet ou simulacre, l’artefact, avec ses sutures visibles, se trouve privé d’une certaine manière de son pouvoir de séduction, montrant comme l’envers de son décor, sa métaphore négative.

 

Travaillant depuis longtemps sur la matière photographique, Cyril Hatt produit des « volumes photographiques » depuis 2003. Pour lui, la photographie est un matériau et un moyen de détournement de l’image de l’objet. Prenant des dizaines de clichés d’un objet sous tous les angles, il en découpe les contours puis le réassemble en volume à l’aide de simples rubans adhésifs et d’agrafes. Il le recrée alors dans ses trois dimensions, opérant ainsi un glissement des dimensions. Appliquant à n’importe quel objet ce procédé de « stéréophotographie »*, Cyril Hatt peut réaliser des objets aussi impressionnants qu’un bus ou une voiture à l’échelle 1 et même des intérieurs d’appartement entiers ! Il questionne ainsi la perception de la réalité, des volumes et de la densité par des effets d’illusion. Mais dans le même temps, cette mise en volume inhabituelle de l’image photographique n’est pas une duplication hyperréaliste de l’objet. Les photographies-sculptures de Cyril Hatt, altérées et fragiles, à la fois « bricolées et sophistiquées », semblent avoir vécu. Artefacts dotés d’une certaine étrangeté, réalités sublimées, les objets sont théâtralisés, comme des reliques, devenant simulacres de notre monde quotidien, dont le réassemblage paraît en dévoiler une forme de vérité intrinsèque.

 

 

*Depuis 2003, Cyril Hatt travaille autour du procédé de stéréophotographie. « La stéréophotographie est un procédé qui permet de créer l’illusion du relief en superposant deux photographies prises d’un même objet ou lieu, mais à partir de points de vue légèrement différents, recréant la distance entre les deux yeux. C’est de centaines de points de vue qu’a besoin Cyril Hatt pour recréer le relief sans passer par l’illusion d’optique », François Bazzoli"

 

(Texte extrait du catalogue de l'exposition)

Oeuvres Courtesy Galerie Bertrand Grimont

 

On retrouvera prochainement la Galerie Bertrand Grimont et Cyril Hatt à la FIAC, cour carrée du Louvre

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Publications
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