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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 17:12

Dans le cadre de l'exposition déambulatoire "Je sème à tous vents", sur l'initiative du commissaire David Rosenberg, présentant plus de cent artistes dans 11 galeries autour du thème floral, la galerie arsenicgalerie présente la nouvelle production de dessins du désormais célèbre artiste japonais Daisuke Ichiba.

 

 

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Pour clore la saison en (sombre) beauté, arsenicgalerie accueille les œuvres nouvelles de Daisuke Ichiba, sous l’égide printanière de la fleur- « Hana » en japonais-.

 

Ici, les fleurs seront forcément « ambigües », car le travail du dessinateur japonais, héraut de la contre culture otaku et  désormais internationalement reconnu (son travail a récemment été présenté au MoMA de New-York dans le cadre de l’exposition Tokyo 1955-1970 : A New Avant-Garde“)  exige de pénétrer dans un monde aux tensions multiples, entre violence et subversion.

 

La fleur, le motif floral ou végétal, dans leurs dimensions ornementales et symboliques, entrent de manière récurrente dans le travail de Daisuke Ichiba. C’est pourtant pour la première fois et à l’occasion de l’évènement « Je sème à tout vent »* à laquelle participe arsenicgalerie, qu’Ichiba a produit 4 œuvres focus sur les fleurs, 3 petits formats dans un esprit proche de l’esthétique de l’estampe japonais. Belles et vénéneuses, étrangement vivantes et voraces, délicates et d’une élégance noire, elles semblent distiller leur parfum empoisonné, fidèles à l’univers délétère que développe Ichiba dans ses compositions plus complexes.

 

Il suffit cependant d’observer avec attention les travaux d’Ichiba pour reconnaître que le motif floral s’y retrouve partout, en fond de trame, en motif ornemental, en environnement, bien évidemment de manière très éloignée du décoratif kawaï. De même que l’introduction récente de la couleur, notamment dans ses derniers travaux revisitant le « dessin d’enfants » dans lesquels, au-delà de l’encre de Chine, il use du pastel gras, parfois écrasé en trace colorée, parfois en transparence comme un lavis,  ne contribue pas à apaiser le trait et les représentations tourmentées de l’artiste japonais, les fleurs d’Ichiba sont toujours plus inquiétantes qu’apaisantes, les motifs végétaux pouvant même parfois se faire dévorateurs ou, à l’instar du nénuphar de Vian, pousser dans la poitrine de leurs hôtes tels des aliens poétiques, des Yokaï elles aussi, dont se nourrissent peut-être les jeunes filles d’Ichiba, sorte de Ko-no-hana-no-sakuya (princesses-fleurs dans la mythologie japonaise) délicates mais cruelles.

 

Dans cette œuvre fascinante, dans laquelle la beauté et la jeunesse frayent avec la corruption, la mort, la violence, la folie et la monstruosité, révélant les contradictions morales et les pans refoulés d’une société japonaise ambiguë et complexe, la présence récurrente du motif floral ne peut qu’être emprunt de symbolisme critique. Ainsi, à l’instar des sakura (fleurs de cerisiers), les fleurs d’Ichiba symbolisent une pureté et une beauté fragile et éphémère, en même temps que, de manière plus équivoque, un motif iconique dans l’histoire et la culture nippone, dans leur dimensions martiales, depuis les bushi ancestraux jusqu’aux policiers d’aujourd’hui, en passant par les kamikazes de la seconde guerre mondiale.**

Dans ce balancement perpétuel entre l’amour et la cruauté, la beauté et la destruction, les œuvres d’Ichiba sont, pour reprendre le titre du chef d’œuvre de Kitano, Hana-Bi, un feu d’artifice entre la vie et la mort.

 

*« « Je sème à tout vent… », 11 galeries parisiennes en fleur » est une proposition curatoriale de David Rosenberg.

Cabinet de curiosités, expositions collectives ou personnelles d'artistes de différents horizons, performances, poésie, ikebana, art d'aujourd'hui et arts premiers… Le parcours "Je sème à tout vent" explore à travers la sensibilité de onze galeries parisiennes la place de la fleur dans l'imaginaire artistique contemporain.

Avec la participation des galeries : Galerie 1900-2000, A2Z Art Gallery, Galerie Alberta Pane, Arsenicgalerie, Galerie Da-End, Galerie Martine & Thibault de la Châtre, L'Inlassable Galerie, Galerie de Nobele, Galerie Ilan Engel, Galerie Maïa Muller, Galerie Odile Ouizeman

Du 16 mai au 15 juin 2013

 

** Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes nippons peignaient le motif du sakura sur les flancs de leur avion avant de partir pour une mission suicide, en tant que symbole de beauté et de nature éphémère. Le gouvernement encourageait les Japonais à croire que l'âme des soldats morts au combat se réincarnait en fleurs de cerisier. Aujourd'hui encore, les militaires et les policiers utilisent ces fleurs comme emblèmes, drapeaux et insignes à la place d'étoiles (d’après source : Wikipedia)

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Published by Marie Deparis-Yafil - dans Artistes - Galeries
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