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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 13:25
Judith et Holopherne – Broderie – 2015 – Courtesy l'artiste et School Gallery, Paris

Judith et Holopherne – Broderie – 2015 – Courtesy l'artiste et School Gallery, Paris

Il est un truisme de dire que l'amour peut être dangereux. Le revers d'Eros, ce n'est pas tant la violence de la séduction, mais la violence derrière la séduction. L'amour et le désir peuvent cacher de sombres desseins pour l'homme séduit par cette femme « fatale » qui hante l'imaginaire, entre fascination et répulsion. Thème ancré dans la mythologie biblique, la figure de Judith, qui fait littéralement perdre la tête à Holopherne, définit d'une certaine manière le pouvoir – et la perversité- de la femme dans sa démoniaque capacité de séduction...

Ishtar, Eve, Lilith, Dalila, Salomé, Aphrodite, Cléopâtre, Mathilde, Thaïs, Vera ou Clara, Mata-Hari, et jusqu'à la Vamp Theda Bara, la Rita Hayworth de La dame de Shangaï ou la Sharon Stone de Basic Instinct, toutes les cultures regorgent d'histoires de femmes maléfiques et scandaleuses.

Faisant partie d'une nouvelle série consacrée à ces «héroïnes» mythologiques, la tapisserie d'Yveline Tropéa reprend donc l'imagerie de Judith décapitant Holopherne, dont on trouve de nombreuses interprétations, de Giorgione à Cranach, du Titien au Caravage, en passant par le tableau du vénitien Pietro Della Vecchia, que l'on peut voir non loin. Cependant, la Judith de Tropéa – un autoportrait- est probablement plus proche des Judith fin de siècle, à la sensualité rageuse, à l'instar de celle de Klimt dont l'air de « malice vorace »*, exprimerait quelque chose comme « une joie orgasmique à la castration symbolique de l'homme.»*

 

Dans sa série de Madones (2011) déjà, Yveline Tropéa usait de l'autoportrait, exercice classique depuis la Renaissance mais toujours énigmatique. Le travail de Yveline Tropéa pourrait se définir comme des tentatives d’en sublimer la dimension autobiographique, par une réappropriation esthétique et fantasmatique de sa représentation. Têtes brodées, planches anatomiques, tableaux allégoriques, vanités, madones, toutes ses œuvres sont sous-tendues de son histoire personnelle, et de la question de la représentation de soi. Sur le motif de la fugacité de la vie, Yveline Tropéa opère un vaste syncrétisme, croisant antiques « Memento Mori » et vanités chères à la peinture classique. Ainsi, certaines scènes brodées rassemblent dans un joyeux fouillis un carnaval de squelettes, d'animaux et de fleurs, inspirées des gravures de la fin du 17e siècle du Thesaurus Anatomicus Primus de Frederic Ruysch, rappelant aussi les calaveras de Posada dans cette « nécessité poétique » de maintenir la conscience de la finitude au cœur de l'existence. Ses autoportraits, dans lesquels elle arbore les coiffures les plus extravagantes, compositions délirantes façon Marie-Antoinette, offrent, dans la profusion rococo des motifs et des couleurs, une manifestation de la plus absolue frivolité contre la plus certaine vacuité, du jeu contre le sérieux de la vie. Se dévoile en arrière-fonds ce que l'artiste appelle « la dureté de la vie », et le désenchantement, qui n'épargne personne. Toutes ses œuvres brodées à la main, sont réalisées dans un atelier que l’artiste a monté, au Burkina Faso, où elle réside.

* Margarita Stocker – Judith, sexual warrior, Women and Power in Western Culture- Ed. Yale University, 1998

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Published by Madame De - dans Commissariats
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