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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 14:15
29 juillet – Série «La traversée imprévue- Adénocarcinome» - Tirage argentique sur papier baryté – 50 x 60 - 2008

29 juillet – Série «La traversée imprévue- Adénocarcinome» - Tirage argentique sur papier baryté – 50 x 60 - 2008

Estelle Lagarde

 

29 juillet – Série «La traversée imprévue- Adénocarcinome» - Tirage argentique sur papier baryté – 50 x 60 - 2008

 

«La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.»

Marie François Xavier Bichat

Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1799

 

Etre en vie, rester en vie est une résistance. Telle est sans doute la «leçon», s'il devait y en avoir une, de La traversée imprévue, ce journal littéraire et photographique de la maladie qu'a traversée Estelle Lagarde, et dont elle livre ici une image puissante et saisissante. Passé la violence du diagnostic, malgré les peurs et les angoisses, elle décide de faire de son combat une expérience humaine et artistique: "Je ferai quelque chose de ce cancer, ce n’est pas lui qui fera quelque chose de moi. Ou plutôt si. Mais pour le mieux. Ça sera forcément pour le mieux. C’est ce que je décide."

Le 29 juillet, elle écrit :

« (…) Je me suis arrêtée sur cet extrait du livre Métastase de Laurent Schwartz*: « Les mémoires de Mme de Motteville (1664) qui retracent dans le détail l’évolution du cancer du sein de la mère de Louis XIV donnent une description assez fidèle de la manière dont la maladie était autrefois perçue : “Ayant vu des cancers à des religieuses qui en étoient mortes toutes pourries, elle (Anne d’Autriche) avoit toujours eu l’horreur de cette maladie si effroyable à sa seule imagination... Elle continoit de mettre sur son sein de cette cigüe qui paraissoit l’empirer beaucoup... Sa plaie se trouva sèche, flétrie et noire : son cancer se trouva de même en mauvais état.” Complétons ce sinistre tableau. Les premiers services de cancérologie ont été crées au XVIIe siècle, non parce que l’on avait mis au point des traitements adaptés à la maladie, mais pour isoler les cancéreux, épargnant ainsi à l’entourage l’insupportable puanteur qui émanait de leur corps pourrissant. » Charmant. Ce texte me laisse pensive. (...) Les époques se mélangent : je ne peux m’empêcher d’imaginer cette femme de la noblesse ayant perdu ses cheveux à la suite d’une chimiothérapie... »

La Traversée imprévue. Adénocarcinome a fait l’objet d’un livre paru en 2010** et, en 2014, a été adapté au théâtre.***

Estelle Lagarde, née en 1973, est diplômée d’archictecture mais s'est engagée dans la photographie depuis 1996. Ses séries réalisées à la chambre mettent en scène de manière récurrente des espaces à l'abandon, châteaux, prison, maisons promises à la démolition, qui apparaissent comme hantées de présences humaines et fantomatiques, questionnant l'histoire qui se construit, le passé, les traces du passé, physiques et mémorielles. Parfois inquiétantes mais toujours animées d'une grande poésie, ses séries viennent habiter ces lieux désertés, comme une tentative d'en ranimer le souffle, de les ramener des limbes, évaluant un certain rapport physique, brut, entre des lieux réels aujourd’hui délabrés mais encore plein de leurs anciennes fonctions -hôpital, prison- et l’aura, la mémoire, des personnes qui y vécurent et parfois, y souffrirent.«Ce n'est pas la poésie des ruines qui l’attire, mais le fait que ces endroits chargés de la présence de leurs anciens locataires constituent des sanctuaires propices à l'évocation d'êtres disparus.»**** Ainsi, Dame des Songes (2006) et Contes Sauvages (2007), évoquaient le deuil et une tentative de retour dans le monde des vivants. Dans Hôpital (2007-2008), les spectres cédaient la place à des êtres de chairs et de sang. Estelle Lagarde y révélait allégoriquement les peurs, le dénuement, l’impression d'être dépossédé de soi, que l'on ressent dans les établissements hospitaliers.

Estelle Lagarde vit et travaille à Paris.

 

* Editions Hachette Pluriel, 2001

**Editions La Cause des Livres. Préface du Dr. Dominique Gros, sénologue, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 17 x 21 cm, 144 pages, 70 photographies en noir et blanc, 8 en couleurs, octobre 2010 - ISBN : 978-2-917336-13-

***mis en scène et interprété par Elodie Franques, présenté dans le cadre du Ruban de l'espoir dans 20 villes étapes sur toute la France

**** Luc Desbenoit pour Télérama, n° 3089

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Published by Madame De - dans Commissariats
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