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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 12:13
A l'ombre d'Eros- Visite guidée - L'Eglise - Tarik Essalhi

Gisant 3 – Béton – 80 x 19 x 15 – 2009 – Courtesy l'artiste et Galerie Mariska Hammoudi, Paris

 

Sur le jubé, seul et rayonnant, ce gisant de Tarik Essalhi subjugue par l'émotion qu'il dégage, dans sa simplicité et son dénuement.

Réalisée en béton, l'oeuvre s'inscrit d'emblée dans cette ambiguité de la douceur et de la dureté, de la chair et de l'inanimé. « Le but", écrit Pascal Beausse, "n’est pas d’atteindre à un hyperréalisme, mais bien plutôt de retrouver dans l’usage de cette matière paradoxale, qui construit les murs de nos enfermements, l’idée de la "morbidezza" formulée par les Italiens. Avec toute la richesse de l’ambiguïté du terme et de sa traduction : la morbidesse en art, c’est la mollesse et la délicatesse de la figure, la souplesse du modelé de l’anatomie. Une forme de sensualité du corps mort ou souffrant. Les vertus d’un alliage entre misère physique et puissance sensuelle permettent à l’artiste d’affirmer la dureté de sa vision. Ce corps rejeté, les mains liées dans le dos, a une chair, douce et mouvante : le traitement des plis de son ventre le dit, en lui restituant une individuation qui lui fut niée par la cruauté de son exécution."

 

La facture d’apparence néoclassique de la sculpture renforce le trouble, semblant surligner l'écart entre une forme apaisée et une image de la pénitence, de l'enchainement, de la domination et de la barbarie. De même, la réduction de l'échelle, nous éloignant d'un frontalité trop évidente, crée une sorte d'empathie transcendant la dureté du sujet et du matériau, nous laissant revenir vers une étrange sérénité...

 

Tarik Essalhi s'intéresse à l'imagerie de la barbarie, dans ses dessins comme dans ses sculptures, réfléchissant sur l'iconographie de la pénitence, de la "martyrologie", très présentes, notamment dans les représentations bibliques de l'histoire de l'art occidental, depuis le 15ème siècle. On reconnait aussi sans peine son inclination pour la statuaire classique, et "dans ce mélange de force et de sensualité"*, son regard sur l'oeuvre de Michel Ange. Ainsi le travail de l’artiste culmine-t-il "avec la dépouille de Saint-Barthélémy ( écho de celle qu’a peinte Michel-Ange dans son Jugement Dernier ) : une surface sans volume comme un oripeau de la pratique du sculpteur, une enveloppe pendante qui nous questionne sur son contenu éphémère."*


 

Né en 1981 à la Réunion, Tarik Essalhi vit et travaille à Mazens dans le Tarn.Il est diplômé de l’école nationale supérieure des Beaux art de Paris et a remporté plusieurs prix pour son travail de dessin, une de ses deux expressions majeures, avec la sculpture. Tarik Essalhi, dessine à la plume, et sa manière, et ses sujets de prédilection, sont imprégnées d'une vision du classicisme, bousculées dans leur fond par un regard très contemporain sur la brutalité du monde. Le travail de Tarik Essalhi semble ainsi s'isncrire dans la droite ligne des artistes de la Renaissance, humanisme compris, "usant des représentations du corps pour dire sa vulnérabilité et la permanence de la brutalité collective."

 

*D'après Bruno Dubreuil

A l'ombre d'Eros- Visite guidée - L'Eglise - Tarik Essalhi

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Published by Madame De - dans Commissariats
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