Jeudi 4 septembre 2014 4 04 /09 /Sep /2014 10:49

 

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"Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voici déjà beaucoup pour une seule vie d'homme. Et sans doute cela ne peut suffire. Mais à cette patrie de l'âme tout aspire à certaines minutes. "Oui, c'est là-bas qu'il nous faut retourner" "

"L'été à Alger" dans "L'été"

Albert Camus

 

Pour mon papa tant aimé, né à Alger le 22 octobre 1942, et qui nous a quitté, le 31 juillet 2014.

Par Marie Deparis-Yafil
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Mercredi 3 septembre 2014 3 03 /09 /Sep /2014 11:16

 

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Dalila Dalléas

6 dessins issus du projet et de la série « Algérie Année 0 » : "Lounes Matoub"40 x 30 cm, Crayon et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012 , "Massacre d’El Rais"40 x 30 cm, Crayon et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012, "Ecriture 2"40 x 30 cm, Crayon, huile et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012,"Ecriture 5"40 x 30 cm, Crayon, huile et acrylique sur papier, Encadré sous-verre, 2012, 2 oeuvres "sans titre", 100x70  crayon et acrylique ou crayon, huile, acrylique, 2012

 

Dalila Dalléas présente ici six œuvres extraites d’une série de 40 dessins, tous réalisés d'après des images 'archives datant de la guerre d'Algérie et de la guerre civile des années 90 aussi appelée "décennie noire".  C'est après avoir vu le film documentaire Algérie(s) de Malek Bensmail, Patrice Barrat et Thierry Leclère (2004) qu'elle a commencé ce travail. La violence montrée dans ce film a agi chez elle comme un électrochoc.


Ce travail est sous-tendu par la quête de mémoire d'une artiste algérienne, née en Algérie mais ayant grandi en France et dont le père avait 20 ans pendant la guerre d'Algérie. Partant du constat personnel qu'elle n'avait qu’une mémoire et une connaissance très parcellaires de ces deux périodes  fondatrices de l'histoire de l'Algérie contemporaine, Dalila Dalléas a cherché à re-construire son propre savoir en allant chercher dans la documentation disponible, celle des archives et des médias, de quoi construire ses propres images et reconstituer une mémoire.

Ainsi re-construit-elle l’image de cette terrible nuit du 28 au 29 aout 1997, cette nuit durant laquelle des hommes du Groupe islamique armé (GIA) ont pénétré dans Raïs, au coeur de la plaine agricole de la Mitidja, et massacré sans discernement des centaines d'habitants, fusillés ou égorgés. Ainsi encore fait-elle le portrait de Lounès Matoub, célèbre chanteur et compositeur algérien de musique kabyle, artiste engagé et militant qui fut, tout au long de sa vie, en proie aux attaques politiques et qui fut assassiné, en 1998, sur une route à quelques kilomètres de son village natal, attentat revendiqué par le GIA.

 

S’offrent plusieurs lectures du travail de Dalila Dalléas : questionnement sur l’histoire, sur la mémoire, sur la violence, et sur le rôle de l’artiste qui veut prendre à bras le corps la réalité multiple et complexe de ce passé qui ne passe pas.

 

Dalila Dalléas Bouzar, née en 1974 à Oran en Algérie, est diplômée des Beaux-arts de Paris (ENSBA). Elle vit et travaille à Berlin, en Allemagne.  Son travail est montré, dans le cadre d’expositions personnelles ou collectives aussi bien à Berlin qu’en Algérie, au Congo, en Afrique du Sud ou en Suède. Les dessins présentés ici ont été exposés en Algérie, dans les instituts français d'Alger et d'Oran, ainsi qu’à Berlin, où a résidé l’artiste.Ce travail a également fait l'objet d'un livre publié par les éditions Barzakh, Alger, paru en juin 2012. Ce livre regroupe 26 dessins ainsi que 8 textes de 7 auteurs dont Kamel Daoud, journaliste et écrivain, Hassan Remaoun, historien, Anissa Bouayeb, historienne et critique d'art, Bonaventure N'digunk, commissaire d'exposition et directeur de Savvy Contemporary, Frédéric Dalléas, philosophe, Cloé Kormann, écrivaine.

 

"Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat

Fête de l'Humanité

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

http://fete.humanite.fr/

Par Marie Deparis-Yafil - Publié dans : Commissariats
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Mercredi 3 septembre 2014 3 03 /09 /Sep /2014 11:14

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Mat Collishaw

"Johnny Frank Garrett", série "Last meal on death row" - Photographie C-Print, cadre en bois Red Grandis laqué noir-36,5 x 30,5 x 7, 5, 2010 – Coll.privée, M. Spiegel

 

Cette photographie aux allures de classique nature morte fait partie d’une célèbre série photographique, « Last meal on death row », le dernier repas dans le couloir de la mort, réalisée par le plasticien anglais Mat Collishaw.

Il s’agit du repas demandé par un détenu exécuté au Texas en 1992. Une manière à la fois simple et violente de ré humaniser, de rendre à sa réalité, ce qui se passe dans le dernier couloir qui mène à la mort, encore, dans certains Etats américains.

Johnny Frank Garrett  était accusé d’avoir violé, assassiné et mutilé post-mortem sœur Tadea Benz, une nonne âgée de 76 ans, à Amarillo, Texas, le soir d’halloween, en 1981. Vivant à proximité du lieu du crime, Johnny Frank Garrett, 17 ans, mentalement handicapé, connu pour ses accès de violence, s’est vite avéré le meurtrier idéal. Reconnu coupable, après avoir signé des aveux, et condamné à mort par injection létale, Garrett clamera son innocence durant ses neufs années dans le couloir de la mort. Ses demandes d’appel seront rejetées et il finira dans la chambre de la mort de sa prison texane. Plusieurs années plus tard, Garrett sera innocenté de ce crime, le véritable tueur étant un réfugié cubain ayant un casier judiciaire à Cuba pour viol et meurtre. Il aurait même été interrogé à Amarillo le même soir que Garrett !

 

Mat Collishaw est né en 1966, à Nottingham, en Angleterre. Formé à Goldsmiths, université de Londres, il vit et travaille dans le quartier de Bethnal Green, à Londres.

Comme la série des «Last meal on death row  », de nombreuses œuvres de Mat Collishaw révèlent sa fascination pour les grands maîtres de la peinture, de Velasquez aux maîtres flamands, de Dürer à Bacon, qu’il réinterprète avec les outils les plus contemporains. Il fait partie de la génération des Young British Artists – groupe dont Damien Hirst signa la naissance en organisant en 1988 aux Surrey Docks l’exposition « Freeze »-. Toute son œuvre est à l’image de celle qui le rendit célèbre à ce moment-là, « Bullet hole » : une stratégie de la double lecture, des images à double détente. L’effroi et la fascination, le vivant et la destruction, la beauté et la transgression, la violence et la douceur, l’horreur et le sublime. « Je ne recherche pas la provocation, explique Mat Collishaw, mais une expression du sublime, ce sentiment que l’on éprouve lorsqu’on est devant une chose effroyable, et dont il ressort une beauté qui n’existerait pas si la laideur n’était pas là. »* Sans doute son goût pour les images ambigües et interdites a-t-il été formé par son enfance à Nottingham, élevé par des parents adeptes de la secte des Christadelphes, chez lesquels seule la lecture de la Bible et la contemplation des images du Christ crucifié sont autorisées. « Cette période de ma vie a été modelée par le Nouveau et l’Ancien Testament, seules lectures que j’étais autorisé à avoir. Je me sentais isolé de mes camarades, qui avaient, eux, une culture pop acquise au cinéma, au théâtre, à la télévision, autant de choses qui m’étaient interdites. Ce qui était permis, ou toléré, pour les autres, revêtait pour moi la forme du péché. Les images comprenaient en elles le frisson absolu. »


*Entretien avec Corine Callebeau, Arts Hebdo Medias, 2013

 

 

"Liberté mon amour"- Le prisonnier politique et son combat

 Fête de l'Humanité

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

http://fete.humanite.fr/

 

 

Par Marie Deparis-Yafil - Publié dans : Commissariats
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Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 11:58

Traditionnelle exposition de rentrée chez Franck et Fils, le petit grand magasin très chic de la Rue de Passy, qui accueille régulièremment des expositions de jeunes artistes (je me souviens y avoir vu Anne-Flore Cabanis, que j'ai exposé dans le cadre des "Jardins en Métamorphose" à Thiais).

cette année, c'est la jeune artiste Arièle Rozowy qui y montre ses tableaux entre cinétique et art minimal

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A cette occasion, j'ai rédigé un petit texte pour Arièle:

Arièle Rozowy est une « jeune » artiste, non pas tant sur le plan biographique – elle débute avec son activité artistique une « seconde vie » - mais parce qu’elle porte en elle toute la fraicheur et le dynamisme d’un regard neuf sur une pratique qu’elle découvre et expérimente depuis peu, avec tous les espoirs et les évolutions possibles d’un travail en émergence.

Pour l’heure, le travail très graphique qu’elle produit est une découverte, pour elle comme pour celui qui regarde l’œuvre, car il est pour elle le résultat d’une succession de hasards, d’intuitions, et pour celui qui regarde, une expérience visuelle sans cesse renouvelée.

Les œuvres d’Arièle Rozowy, sous le titre générique d’ « Elusive Circles », convoquent au premier regard tout un pan de l’histoire de l’art, de l’abstraction géométrique à l’op art ou à l’art cinétique.

On y retrouve la pureté graphique de l’abstraction géométrique, dans l’appel aux formes primaires – le cercle, la croix – et à un usage minimal mais puissant des couleurs vives. On y reconnait aussi quelque chose de l’art optique et cinétique, dans les jeux de perception visuelle qu’elle produit – jeux davantage qu’illusions- par lesquels l’œil du spectateur se fait en quelque sorte moteur de l’œuvre. Car, à l’instar du mouvement cinétique, qui fut pionnier en la matière, c’est bien le corps du spectateur, tant dans sa capacité visuelle que dans son propre mouvement qui est d’abord sollicité, au cœur du dispositif. L’art cinétique, on le sait, puisa ses influences, parmi d’autres mouvements, dans l’orphisme. Et c’est aussi à l’orphisme, art de la couleur et de la lumière, que l’on pense en regardant une œuvre de Rozowy , qui, un peu à la manière de Delaunay, offre à l’œil l’occasion de « retrouver son innocence », cette langue primitive qu’est la couleur, qui, dit encore Delaunay s’enracine dans « l’essence lumineuse » du monde.*

Cependant, si ces références historiques certes contextualisent son œuvre, l’artiste ajoute indéniablement la plus-value d’une manière très personnelle d’en appeler au mouvement, à la couleur et la lumière au cœur de l’œuvre.

Car les « tableaux » d’Arièle Rozowy s’inscrivent dans une perspective s’ouvrant au-delà de la peinture, portant en eux de manière intrinsèque une dimension sinon sculpturale, du moins dépassant le système du plan surface, par la simple perspective du « double plan » -celui du mur et celui du tableau- qui l’un et l’autre conjointement forment œuvre, plan dédoublé auquel il faut adjoindre une troisième dimension qui est celle de la lumière, et une quatrième dimension, celle du mouvement de l’observateur.

C’est donc à une expérience inédite et complète sur le plan perceptif qu’invite l’artiste. Effets de profondeurs, jeux de  perspectives subtils, d’ombres insaisissables, d’auras changeantes: Arièle Rozowy introduit ainsi une forme de magie mouvante et instable, jouant sur notre perception  de manière étonnante au regard de l’efficace simplicité du procédé plastique. Une plaque de métal évidée de cercles identiques, qui pourrait passer pour un hommage à Niele Toroni si d’autres éléments plastiques ne venaient le contredire, les étoiles de couleur vive, comme des points de convergence du regard, une oeuvre comme en apesanteur devant le mur, seconde surface qui la supporte et la complète, et c’est alors que les effets optiques surgissent.

Plus complexes qu’ils n’y paraissent, les « Elusive Circles » multiplient les paramètres de perception, ouvrant un hypnotique champ des possibles. Ainsi sommes-nous happés au cœur d’une œuvre qui ne se laisse pas appréhender au premier regard, jamais tout à fait la même selon l’heure du jour et la lumière du temps, ni même selon le mouvement induit par son spectateur, en un permanent et réjouissant spectacle, devant lequel on passe de l’enfantin étonnement à la sereine contemplation du mouvement des matières dont le monde est fait.

* Robert Delaunay. De l’impressionnisme à l’abstraction, 1906-1914, éditions du Centre Pompidou, 1999, p.167).

 

"Elusive circles- Arièle Rozowy

Chez Franck et Fils, Galerie Franck et Fils

A partir du 26 aout 2014

vernissage jeudi 4 septembre

80 rue de Passy, Paris 16e

Par Marie Deparis-Yafil - Publié dans : Actu des uns et des autres
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Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 11:04

Texte de préface du petit catalogue de l'exposition "Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat

 

Au lendemain de la mort de Nelson Mandela, le monde entier salue la mémoire de celui qui est devenu une icône de la liberté et de la paix, une figure emblématique du prisonnier politique, un symbole désormais universel de la lutte contre l’oppression et l’injustice.

Il existe encore de par le monde de nombreux pays dans lesquels le « délit d’opinion » ou de croyance mènent à l’emprisonnement, et dans lesquels la liberté de pensée, de conscience et de religion, la liberté d’expression et d’association sont réprimées, et ses défenseurs, sujets d’une privation le plus souvent arbitraire de leurs droits les plus élémentaires.

L’exposition se donne pour projet d’évoquer, au travers d’une sélection d’œuvres d’artistes contemporains, la figure du prisonnier politique, qu’il s’agisse de personnalités ayant marqué l’histoire de la liberté ou d’une réflexion sur les enjeux de la détention politique.

Certains d’entre eux, comme Nidhal Chamekh, Dalila Dalléas, Sandra Krasker ou Kamel Yahiaoui, puisent dans leur histoire personnelle, intimement liée à l’histoire de leur pays, montrant avec force l’imbrication de l’histoire individuelle et de l’histoire collective.

D’autres, comme Gastineau Massamba,  Jean-Marc Forax, ou encore, de manière très distanciée et critique, comme mounir fatmi, évoquent la trajectoire et le devenir des prisonniers politiques, de leurs combats et des idéologies.

Nous avons voulu élargir le propos, notamment en évoquant, avec Estelle Lagarde, Katrin Meller et Ernest Pignon-Ernest, l’univers carcéral, comme une réalité fantomatique pour la plupart d’entre nous, mais bien réelle au corps contraints des prisonniers. Evocation « triviale », mais bien réelle elle aussi, que ce dernier repas du condamné à mort mis en scène par Mat Collishaw.

Avec les œuvres de Bruce Clarke, d’Anne Bothuon, de Pascal Colrat, de Mustapha Sedjal, nous avons voulu, dans des angles d’approches différents,  rendre hommage à tous ceux qui, jusqu’à leur dernier souffle, résistent, luttent pour que soient défendus les droits des peuples, que cessent les injustices et les oppressions et que ne s’éteignent les mémoires. Pour l’amour de la liberté.

Il nous a semblé intéressant d’approcher la manière dont les artistes contemporains, dont beaucoup sont aujourd’hui très directement impliqués dans une expression politique de leur art, au travers des médias les plus divers et dans des angles d’attaques différents, s’emparent de cette réalité toujours actuelle, et parfois largement médiatisée et polémique, qu’est celle du prisonnier politique. Figure de résistance et de liberté dans laquelle l’artiste peut aussi reconnaitre quelque chose de ses propres combats.

Parallèlement à l’exposition d’art contemporain, un espace rassemble des images, livres, œuvres, archives, films, permettant un regard documenté sur l’histoire des prisonniers politiques.


"Liberté mon amour" - Le prisonnier politique et son combat

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Fête de l'Humanité

Parc Départemental Georges Valbon - La Courneuve

12, 13, 14 septembre 2014

http://fete.humanite.fr/


Par Marie Deparis-Yafil - Publié dans : Commissariats
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